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HISTOIRE DES DOCTRINES CATHOLIQUES SOCIALES

S'il est indispensable d'adapter notre doctrine sociale à la pensée du Christ et à renseignement de l'Eglise, il est également nécessaire, à nous qui sommes riches de l'expérience de vingt siècles, de connaître l'histoire du travail pour mieux apprécier les applications pratiques de la Doctrine chrétienne. Et ainsi, nous augmenterons notre confiance dans la mission sociale de l'Eglise, nous profiterons de la leçon des âges écoulés et nous pourrons faire œuvre plus profonde et plus durable, en nous appuyant sur le passé afin de pousser la société vers plus de paix et vers plus de justice.

Malheureusement, les érudits, pionniers de l'histoire, ont négligé de diriger de ce côté leurs investigations. Pourtant l'histoire sociale est captivante entre toutes. « Et c'est à nous, comme dit M. de Boissieu, « de mieux faire comprendre l'histoire sociale en peignant le passé de ces petits qui, autant que les grands, ont fait la France... »

A défaut d'une étude d'ensemble écrite sur cette matière par un historien catholique (i),nous nous reporterons à l'Histoire de l'Eglise de l'abbé Mourret, qui met parfaitement en valeur le rôle social de l'Eglise (voir page 8). Nous consulterons les ouvrages de la collection : La Pensée et l'œuvre sociale du christianisme (2), et nous répandrons l'opuscule également cité (p. 84): l'Eglise et les Humbles, ainsi que l'ouvrage du P. Gaffre : La Restauration sociale ; de V esclave à l'ouvrier'. Paris, Tralin, 191 2, ix-277 p. Prix : 3 fr. 5o; ouvrage plus éloquent que savant et peu favorable au mouvement syndical.

(1) M. Rambaud a bien publié une Histoire des doctrines économiques (Paris, Larose, 190g, in-8 de 816 p! Prix : 10 fr.) dans laquelle les esprits cultives trouveront de nombreux 1 enseignements, mais nous ne la citons qu'avec réserve parce que M. Rambaud, quoique catholique convaincu, se défend d'appartenir à l Ecole catholique sociale pour laquelle il est, dans les dernières pages de son ouvrage, d'une sévérité excessive. — (2) Parmi les ouvrages parus, citons : Lugan, Balmès.

— Ermom : Saint Jean Chrysostomè. — Christiani; Luther et la question sociale,

— Jules Martin : Saint Àuf/ustin, etc. (Paris, Tralin, in- 16 de 25o p. environ. Prix du vol. 2 fr. 5o). La collection est dirigée par l'abbé Lugax.

a44 LA VIE sociale

Sur les premiers siècles du christianisme, nous trouverons, dans les travaux d'un éminent historien dont nous parlerons tout à l'heure, des pages du plus grand intérêt sur l'émancipation des esclaves par l'Eglise.

Sur le travail au Moyen-âge, en dehors des ouvrages, d'ailleurs remarquables, qui se préoccupent peu de l'action de l'Eglise, nous n'avons qu'une ou deux bonnes études écrites par des historiens qui n'hésitent pas à proclamer la bienfaisance sociale du christianisme.

Enfin, récemment, des travaux assez nombreux ont retracé, à grands traits, la renaissance de la doctrine catholique sociale au xixe siècle, et cette renaissance se comprend ; car, devant les désastres accumulés par l'erreur révolutionnaire, l'Eglise catholique s'est cabrée et ressaisie. Elle s'est souvenue que le Christ avait surtout aimé ceux dont les reins ployaient sous le fardeau du jour et elle s'est rappelée son ancienne et constante prédilection pour les humbles. Elle a relu les livres de ses Pères, elle a consulté les travaux de ses Théologiens, elle a compulsé les actes de ses Conciles, elle a noté les gestes de ses Fils, et peu à peu, sous l'effort puissant et continu de ses Penseurs, une doctrine catholique sociale s'est manifestée, appuyée sur la tradition, adaptée à la vie présente, avide des promesses de l'avenir.

Et de cette doctrine, Léon XIII fit la lumineuse et féconde synthèse.

Le Travail et les esclaves-

Si nous voulons vraiment sentir toute la puissance du ferment nouveau qui devait transformer le monde, il nous faut remonter jusqu'aux siècles où le christianisme se dressait, doux et vigoureux en face du paganisme cruel qui mourait. Le spectacle des deux civilisations aux prises vaut la peine qu'on s'y attarde, car nous en retirerons un puissant réconfort.

Si nous trouvons dans l'Histoire de l'Eglise de Mourret d'excellentes pages sur ce sujet, nous devons aussi connaître quelques études très savantes dont les auteurs n'hésitent pas à

LA DOCTRINE SOCIALE DE l'ÉGLISE 245

rendre hommage au christianisme: hommage discret avec Gaston Boissier, hommage éclatant avec Paul Allard.

Nous consulterons donc d'abord un livre qui, bien qu'il traite de la religion païenne, nous fournira de précieux arguments en faveur de la bienfaisance sociale duchristianisme. M. Boissier, en effet, dans son travail : la Religion romaine d'Auguste aux Antonins (i), étudie longuement la situation des ouvriers, des esclaves et des femmes.

Ce qu'il dit des associations ouvrières est extrêmement intéressant et ses conclusions méritent d'être rapportées ici.

« La différence qui sépare des autres associations celles des chré- « tiens est nettement marquée dans un passage célèbre de Tertullien. « — Notre trésor, dit-il, quand nous en avons un, n'est pas formé des « sommes que versent les ambitieux qui veulent obtenir chez nous « des honneurs et ce n'est pas en mettant notre religion aux enchè- « res que nous le remplissons. Chacun apporte tous les mois une coti- « sation modique. Il paye s'il le veut, quand il veut, ou plutôt quand « il peut : personne n'est forcé de rien verser, les contributions sont « volontaires. Nous regardons cet argent comme un dépôt qui nous a est confié par la piété : aussi ne le dépensons-nous pas à manger et « à boire, nous nous gardons bien de l'employer à d'indécentes orgies. «. II sert à donner du pain aux pauvres, à élever les orphelins des « deux sexes, à secourir nos vieillards... »

« — Voilà ce que n'ont jamais fait les sociétés païennes, au moins d'une « manière régulière et permanente; ce noble emploi de leur fortune « leur était généralement inconnu. Dans cette voie de bienfaisance et « d'humanité, où elles s'étaient avancées si loin, elles n'ont pas atteint « le terme ! Ce n'est pourtant pas que le temps leur ait manqué pour « accomplir ce dernier progrès : si, pendant ces deux siècles, où elles « ont été si florissantes, elles ne sont pas avisées de se servir de leurs « fonds « pour donner du pain aux pauvres, pour élever les orphe- « lins, secourir les vieillards, » c'est qu'il n'était pas dans leur nature a de le faire... Elles s'étaient approchées de la charité sans Tattein- « dre » (p. 3o3).

M. Boissier, dans le même ouvrage, nous initie à la vie pénible et dure de l'esclave qui vivait en marge de la société et qui ne dut son émancipation qu'au seul christianisme.

(i) Boissier, la Religion romaine d'Auguste aux Antonins, 6e édition. Paris, Hachette, 1900, 2 vol. in-12. — Prix: 3 fr.5o.

« Ce qui est surtout remarquable r di t à ce propos M. Boissier], « c'est qu'on ne trouve jamais exprimé dans un écrivain antique, ni « comme une espérance éloignée, ni comme un souhait fugitif, ni « même comme une hypothèse invraisemblable, cette pensée que l'es- « clavage pourra être un jour aboli; qu'on lui soit favorable ou con- « traire, on n'imagine pas qu'il puisse cesser d'exister... C'était une « institution si ancienne et tellement entrée dans ces mœurs qu'on ne « comprenait plus la vie sans elle... C'était donc encore une de ces « réformes radicales qu'on n'était guère en droit d'attendre du cours « régulier des choses et peut-être nous faut-il répéter ici ce que nous « avons eu déjà tant de fois l'occasion de dire, qu'un changement si « profond, que personne n'a désiré ni prévu, ne pouvait s'accomplir « sansunede ces révolutions qui renouvellent le monde »(t. II, p. 36o).

~~ Il faut compléter l'étude de G. Boissier, par l'ouvrage très remarquable que Paul Attarda écrit sur les esclaves chrétiens : c'est un ouvrage de première main, parfaitement composé, agréable à lire, qui n'est pas assez répandu parmi nous :

Allard (Paul). — Les Esclaves chrétiens depuis les premiers temps de l'Eglise jusqu'à la fin de la domination romaine en Occident, 4e édition. — Paris, Lecoffre, 1900, in-12 de xvi-4o,3 p. — Prix : 4 fr.

Vesclavage romain : Les classes populaires et l'esclavage. Le travail industriel et domestique. Le travail agricole. Les maîtres. Les esclaves.

V égalité chrétienne : L'Eglise primitive et l'esclavage. Rang des esclaves dans la société chrétienne. Les esclaves martyrs. Le mariage religieux des esclaves. L'apostolat domestique.

La liberté chrétienne : L'Eglise et les affranchissements. Les alumni (enfants trouvés), recueillis par des chrétiens. Réhabilitation du travail manuel. Diminution du nombre des esclaves et progrès du travail libre aux iv« et ve siècles. Résumé et conclusion.

« L'esclave a été remis par l'Eglise en possession de tons les « attributs essentiels de la personne humaine, et, cédant à l'impulsion « chrétienne, les lois lui ont restitué, l'un après l'autre, les princi- « paux d'entre eux. Il appartenait autrefois à un maître avant de « s'appartenir à lui-même : il s'appartient désormais à lui-même « avant d appartenir à son maître. L'Eglise lui reconnaît tous les « privilèges du chrétien : les lois civiles s'appliquent à sauvegarder « la conscience des esclaves chrétiens. L'Eglise lui a enseigné le prix « de la chasteté et lui a appris à la défendre : les lois civiles vien- « nent au secours de la pudeur des esclaves. L'Eglise lui confère tous

LA DOCTRINE SOCIALE DE l'ÉGLISE ll\~J

« les droits qui fondent et conservent la famille: les lois civiles comte mencent à parler avec sérieux et respect de la famille de l'esclave. « L'Eglise exhorte les fidèles à l'affranchir : les lois civiles multiplient c ces lois d'affranchissement. L'Eglise condamne les jeux sanglants « de l'amphithéâtre et les jeux immoraux de la scène : les lois civile les suppriment les gladiateurs et défendent de contraindre l'esclave « à figurer dans les spectacles. « L'Esprit souffle où il veut », et la « grâce divine éveille dans le cœur du fidèle la vocation sacerdotale « ou l'attrait vers les plus hauts sommets de la perfection chrétien- « ne, sans avoir égard aux distinctions d'origine, de condition ou de « rang : les lois civiles facilitent à l'esclave l'entrée dans le clergé et « lui ouvrent presque toutes grandes les portes des monastères. « Homme, chrétien, prêtre, époux, père, il peut désormais être tout «. cela, dans l'Eglise et même dans la cité. Il est rentré en possession « de sa personne : il ne doit plus à son maître que son travail.

« Quand le travail, à son tour, sera devenu libre, la destruction de « l'esclavage aura été consommée... Mais cette transformation elle- « même eût été injurieuse, si, avant la période barbare, l'Eglise n'a- « vait libéré la personne de l'esclave et ne lui avait rendu des droits, « une situation, sans lesquels la libération du travail n'eût pu s'ac- « complir à son profit. Pour cette première partie de son œuvre, la « plus délicate la plus difficile, l'Eglise fut seule, sans alliés et elle « eut contre elle le monde entier » (pp. 456 et suiv.).

Les Libertés et les charges des travailleurs de France au moyen-âge.

Comme nous ne connaissons point de bonne synthèse de cet important sujet, nous pourrons nous reporter, à titre documentaire, aux travaux de Levasseur, de Franklin, du vicomte d'^Lvenel, de Germain Martin, de Hauser(\),m&\s surtout aux études de Paul Allard, de Dubourguier et de Martin- Saint- Léon,

Le livre de Paul Allard, cité ci-dessous, n'a peut-être pas la portée scientifique de son beau travail sur les esclaves chré-

(i) E. Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de V industrie en France, 2e édition. Paris, Rousseau, l\ vol. in-8, 1903. Prix : 25 fr. — Franklin- : les Corporations ouvrières de Paris du XIIe au XVIP siècle : histoire, statuts, armoiries. Paris, Firrnin-Didot, 1884, in-4. Prias-: i3 fr. — Vicomte (TÀvenel : Découvertes sociales. Paris, Flammarion, 1910. Prix : 3 fr. 5o, et tous les travaux du môme auteur. — Germain Martin : tes Associations ouvrières, 1700-792. Paris, Rousseau, 1901, in-8. Prix : 7 fr.— Hauser : Ouvriers du temps passé X V* etXV/e siècles. Paris, Alcan, 1899, in-8. Prix : 6 fr. ;etc. — Sur le mouvement communal on se reportera à Lughaire, à Viollet et aux auteurs cités dans notre troisième partie : la Vie civique

tiens, mais il n'en est pas moins très utile à consulter. Si les premières pages nous rappellent ce que l'auteur nous a déjà dit des esclaves, le reste du volume nous fournit, sur l'histoire du travail au Moyen-âge, des vues intéressantes qui, bien que l'ouvrage soit un peu vieilli, seront neuves pour la plupart des lecteurs :

Allard (Paul). — Esclaves, serfs et mainmortables,5ee^7/o/i. — Paris, Lecoffre, 1 883, in- 12 de 420p. — Prix: 3 fr. (épuisé).

L'auteur, après avoir déclaré que le vrai sujet de son livre a été de montrer comment l'esclavage, né, dès les origines de l'histoire, de l'orgueil des victorieux et des forts, n'a commencé à décliner que le jour où le christianisme, après avoir réhabilité le travail, a substitué à la dureté des mœurs païennes l'égalité des enfants de Dieu, la liberté des âmes rachetées et la charité fraternelle, l'auteur, disons-nous, continue ainsi :

« Ce mouvement civilisateur, commencé dès les premiers jours de « la prédication chrétienne, était très avancé à la fin du quatrième ce siècle : le travail avait peu à peu échappé aux mains des esclaves « pour revenir à celle des ouvriers libres ; le nombre de ceux-ci n'a- « vait cessé de croître tandis que les premiers diminuaient : la légis- « lation de l'esclavage s'était considérablement adoucie : l'un des « adoucissements les plus sensibles avait été l'introduction d'une « forme mitigée de servitude, le servage, qui maintenait le travailce leur rustique attaché à la glèbe, sans qu'il fût possible au maître « de le vendre isolément, de briser ses liens de famille, de l'arracher ce au sol sur lequel il avait posé son foyer.

« Ces progrès furent brusquement interrompus, au cinquième siè- « cle, par les invasions germaniques : le christianisme dut prendre « une seconde fois en main la cause des esclaves, convertir à la douce ceur et à l'humanité les farouches maîtres du monde, lutter par ses « saints, par ses évêques, par ses moines, par ses conciles, en faveur « des faibles sur lesquels l'orgueil barbare laissait retomber de nou- « veau tout le poids du travail. L'époque mérovingienne s'écoula « tout entière dans ce conflit de la civilisation chrétienne et de la bar- « barie; après que, sous la forte main de Gharlemagne, la société eut « repris une assiette régulière, le sort des travailleurs s'améliora, « la forme adoucie du servage remplaça peu à peu l'esclavage perce sonnel de nouveau décroissant, et l'on put voir, autour des abbayes, a se grouper ces heureuses populations de colons et de serfs agrico-

« les, qui jouissaient d'une aisance presque comparable à celle des « paysans de nos jours.

« Quand, des débris de l'empire carolingien, fut née la féodalité, « l'attache à la glèbe devient l'état de la plus grande partie des habi- « tants des campagnes, heureux de recevoir, sous cette condition, « des terres à cultiver et de trouver auprès des seigneurs laïques ou « ecclésiastiques une protection que la recrudescence des invasions « normandes au nord, sarrazines au midi, rendait nécessaire à leur « sécurité. Mais ils commencèrent bientôt à souffrir des tyrannies « locales et leur sort se serait aggravé si la royauté, reprenant à son « tour la prépondérance, n'avait donné aux seig-neurs l'exemple de « l'affranchissement des serfs et n'avait favorisé les idées de « liberté, en aidant au grand mouvement religieux et populaire d'où « sortirent les communes.

« Dès lors, l'histoire du peuple en France nous offre ce spectacle « d'un progrès continu, menant peu à peu, à travers bien des vicis- « situdes, mais sans jamais se détourner de son but, les habitants des « villes et des campagnes à la liberté, à la propriété, à l'indépendance « civile et politique », (p. 4n)*

Et c'était la lointaine mais vivante parole du Christ qui avait créé cette société nouvelle.

-v^v A défaut d'une bonne étude de synthèse, nous signalerons un ouvrage de vulgarisation, sérieusement composé et facile à lire. L'auteur, tout en ayant voulu écrire un livre à tendance nettement apologétique, démontre bien que le moyen-âge, si profondément chrétien, avait trouvé les plus solides et les plus véritables assises de la société. La Révolution a cru les découvrir ailleurs. Elle s'est trompée et depuis lors la société recherche Taxe perdu :

Dubourguier (A.). — Travailleurs de France. Servitude et liberté au XIIe siècle et au XXe siècle. — Reims. [1907.] Action Populaire, et Paris, Lecoffre, in-8 de xn et ^35 p. — Prix : 3 fr. (épuisé).

Avant-propos : La République, V Eglise et les œuvres sociales. Le Régime municipal du XII* siècle. Ce qu'il fat. Idée générale et sociale du Régime municipal de l'ancien régime et du régime actuel. — Ce que fut le Régime municipal au xn» siècle. — Le Régime municipal du xne siècle fut une ei'florescence de l'Evangile. — Le Régime municipal fut une institution pacifique, non une révolution. Le Régime municipal du XII* siècle ;cc qu'il établit. Mutualité. Solidarité. La propriété privée. La propriété publique ou biens communs.

Les mines. Droit de chasse et de pêche. — Ce qu'il imposa : Capitation. Dîme. Deux ou trois redevances. Ni taille ni corvée. — Ce qu'il donne au dedans : Bonne foi sociale. Gouvernement civil. Libertés municipales et individuelles — Ce quil donna au dehors : Droit public ou international. Droit des gens. — L'avenir.

«Dites -nous donc comment pourront se développer et prospérer ces « institutions sociales qui n'ont point eu jusqu'ici, pour les couvrir, « l'esprit de justice, de bonne foi et d'amour?...

« Jadis, le prêtre enseignait et l'homme libre agissait. Gardien, X propagateur, défenseur jusqu'à la prison, jusqu'à la mort violente, « de la vérité chrétienne, le prêtre se faisait entendre partout et à « tous, au seigneur comme au manant.

« L'homme libre avait pour premier travail de réaliser en lui et « pleinement la vie chrétienne. Cette vie conforme à l'Evangile s'épate nouissait alors en vertus sociales.

« Qui donc oserait dire que ce travail de régénération n'est pas à « faire... (préf., p. xi).

« [Et plus loin] : L'Eglise en France a contribué en majeure (( partie à instituer un Régime municipal, une sorte de Chris- « tianisme social qui serait, à l'heure présente, s'il était rétabli « dans ses grandes lignes, le salut delà classe ouvrière, le salut du « pays... » (p. 2).

Histoire des corporations depuis leur origine jusqu'à la Révolution .

Nous ne saurions trop recommander, sur cette importante question, l'étude de M. Martin Saint-Léon, étude beaucoup plus fouillée que celle de Dubourguier, plus spéciale aussi et d'une lecture évidemment moins aisée. C'est la meilleure et la plus consciencieuse histoire des corporations que nous ayons; T érudition en est sûre et les conclusions en sont fort justes. L'auteur juge favorablement les corporations; il bénit l'idée qui présida à leur création, admire leur organisation primitive, regrette leur transformation en association fermée et déplore leur décadence. Parce qu'elles étaient inutiles au peuple et parce qu'elles formaient obstacle au progrès, elles devaient faire place à des associations vraiment professionnelles. La Révolution a retardé d'un siècle celte évolution :

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Martin Saint-Léon (Et.). — Histoire des corporations de métiers depuis leurs origines jusqu'à leur suppression en 1791, suivie d'une étude sur révolution de l'idée corporative de iygi à nos jours et sur le mouvement syndical contemporain. — Nouvelle édition revue et corrigée. — Alcan, 1910, in-8 de xxm-791 p. — Prix : 8 fr.

« Dégager des caractères des règlements et des statuts particuliers des métiers, l'idée directrice qui les inspire, énumérer les liens qui unissaient tous les travailleurs d'une même profession ainsi que les droits et les devoirs des individus envers la communauté, définir son fonctionnement, raconter ses luttes avec le pouvoir royal et la lente transformation qui, d'une association autonome et fraternelle, a fait une institution d'Etat, instrument d'un monopole et obstacle permanent au progrès industriel, telle est, dit M. Martin Saint-Léon, la tâche que nous nous sommes efforcé de remplir... »

Voici le sommaire de son livre •

Origine des corporations de métiers. — La corporation au XIII* siècle.— Les corporations de i328 à /46t. — Histoire des corporations de 14&1 à 1610. — Histoire des corporations de 1610 à iy/5. — Histoire des corporations de iyi 5 àleur abolition définitive (ijgi). — Etudes sur Yévolution de l'idée corporative aaXIX* siècle. — Le présent et V avenir.

« L'organisation corporative du travail n'est donc pas une panacée « capable de guérir à elle seule tous les maux et de supprimer toutes « les injustices. Mais s'il faut se garder de toute illusion, nous « avons cependant la conviction qu'une telle organisation serait, à « l'heure actuelle, pour la société comme pour les travailleurs, un « grand bienfait. La cause sinon unique, du moins la plus active, «du mal dont souffre le monde contemporain n'est autre en effet v que l'absence de toute solidarité, de toute sympathie, de tout com- « merce entre l'artisan et celui qui l'emploie. Le meilleur agent de « désorganisation sociale,'c'est l'esprit de caste... Or, la haute utilité, « la raison d'être supérieure des anciennes corporations résidaient « dans ce fait que, malgré leur abus, en dépit de leur réglementa- « tion surannée, vexatoire, souvent ridicule, elles maintenaient entre « le patron et l'ouvrier une solidarité et une communauté de vieémi- « nemment favorables à la paix sociale. » (Extrait de la ire édition.)

*** On aura également des considérations historiques très

générales dans une courte étude de P. de Pascal : le Régime corporatif et l'organisation du travail, citée plus loin.

La Philosophie révolutionnaire asservit le travail à la tyrannie capitaliste.

Nous n'insisterons pas sur ce point. Les auteurs recommandés dans notre travail signalent, en effet, avec assez d'énergie et de développement, l'erreur des philosophes et des économistes de la fin du xvme siècle. La fameuse loi Chapelier, dont la Révolution porte la terrible tare, en refusant aux ouvriers le droit de s'associer en organismes naturels pour défendre des intérêts communs, fut la plus grossière des atteintes qui aient été portées aux droits de l'homme. Le résultat? Nous l'avons sous les yeux : tyrannie du capital, misère imméritée des faibles, nécessité d'une nouvelle émancipation du travail.

Comme à la veille de la Révolution, ce sont les penseurs qui, en auscultant l'âme des foules, ont préparé les voies de la société nouvelle et l'avenir appartiendra à ceux qui ont perçu leurs aspirations naturelles et normales. Voyons comment les catholiques sont arrivés à concevoir les éléments de la rénovation sociale.

Comment, au XIXe siècle, les catholiques sont parvenus à retrouver la doctrine sociale de l'Eglise.

Ce n'est guère, avons-nous dit, qu'à la fin du xixe siècle que les catholiques ont pu, enfin ! se soustraire à l'emprise des doctrines sociales de la Révolution et relier, à force de travail et de foi, les temps nouveaux aux siècles les plus magnifiques de la chrétienté. Leur activité, en ces dernières années, a surtout été intellectuelle et l'histoire ne peut guère qu'enregistrer la renaissance, le développement et le rajeunissement de la doctrine sociale de l'Eglise, ainsi que les luttes souvent cour-

toises, parfois vives, qui mirent aux prises les meilleurs d'entre les nôtres.

Ne regrettons point le temps que nous avons passé à rechercher et à découvrir la vérité. Pendant que nos maîtres se recueillaient et travaillaient dans le silence, le Dogme révolutionnaire s'usait au contact des faits ; et voici que le socialisme, à son tour, sent aujourd'hui des résistances inattendues...

« L'heure critique et redoutable s'avance, avoue M. Jaurès, où la Démocratie devra choisir entre la réaction et le socialisme ( i). »

Notre heure est venue d'agir.

Nos penseurs ont préparé l'avenir; leur doctrine fécondera nos efforts et assurera notre prochain triomphe.

Il importait donc qu'un catholique traçât avec netteté l'histoire et les délimitations des diverses écoles qui nous sollicitent et qu'on fît ressortir plus particulièrement la valeur et l'avenir de X école catholique sociale.

M. Eblé, dans une étude très consciencieuse et très fouillée, a su débrouiller cet écheveau difficile avec patience et sagacité. Ce qui ne l'empêche pas de déclarer fort sagement : « 11 faut se rappeler que rien de ce qui est vivant ne comporte les lignes rigides auxquelles un exposé de ce genre doit se soumettre pour arriver à quelque clarté. Dans la réalité de la vie, il existe des nuances infinies et les systèmes offrent une souplesse qui ne saurait être pliée à un cadre tracé. » En résumé, le livre de M. Eblé est une étude dont on n'a pas assez parlé et qui n'est pas assez connue des esprits cultivés. Nous lirons donc :

Eblé (Maurice). — Les Ecoles catholiques d'économie politique et sociale en France au XIXe siècle. — Paris, Giard et Brière, 1905, in-8 de l\\2 p. — Prix : 7 fr.

Le Mouvement social catholique : Pendant la première moitié du xixe siècle. Les précurseurs des écoles. Les Etudes économiques et sociales. Les inspirateurs des écoles (1850-1870). Le Mouvement social contemporain ; formation des écoles.

Evolutiondcs idées et des partis api^ès l'encyclique Rerum Novarum. Un exemple de l'évolution des idées : évolution de l'idée corporative.

(1) Hunïanité du i4 février 191 1.

254 fA VIE SOCIALE

Les systèmes des écoles contemporaines : Ecole catholique libérale.

Ecole conservatrice. Ecole catholique sociale. Ecole démocratique

chrétienne. Le socialisme chrétien.

L'avenir des Ecoles : une Ecole nouvelle.

« Quand on considère [dit l'auteur en terminant] que les catho- « liques en sont arrivés, au moins pratiquement, à l'accord... ; « qu'ils ne semblent pas très loin d'adopter une même conception « sociale ; qu'en fait ils emploient leurs efforts à reconstituer les « organes sociaux et à remédier aux maux présents par des œuvres « où ils se rencontrent ; qu'ils se placent de plus en plus dans la « société moderne, lui adaptant leur action ; quand on envisage les « rapprochements déjà obtenus, on ne saurait être accusé de jugece ment téméraire en estimant que l'évolution pousse à la constituée tion d'une école. L'enseignement des Encycliques a exercé et exerce cera encore une pression continue en ce sens » (p. 388).

[Et ailleurs].., « solidement établis dans la vérité, les catholiques sociaux ne craignent pas le contact des faits » (p. 322).

<ww On ferait bien de posséder aussi un livre plus spécialement consacré à l'histoire du Catholicisme social, c'est-à-dire de l'Ecole sociale dont les chefs incontestés sont MM. de Mun, de La Tour du Pin, Goyao, Et. Lamy, Lorin, Antoine, de Pascal, Duthoit, etc., et aussi les anciens membres les plus éminents de l'Association catholique de la Jeunesse Française. Le livre de Paul Monicat, qui compte nécessairement des pages communes avec les études d'Eôléet de V. de Clercq, cité plus loin, nous expose parfaitement la genèse de ce remarquable mouvement. « M. Monicat, dit le comte de Mun, est l'un des écrivains qui ont le mieux étudié le mouvement auquel nous avons participé (i). »

Pour bien connaître l'origine du mouvement catholique social, il faut donc lire :

Monicat (Paul). — Contribution à l'étude du Mouvement catholique social au XIXe siècle. — Paris, Rondelet (aujourd'hui Vitte), 1898, in-8 de 3oo p. — Prix : 5 fr.

Et encore :

De Mun (comte Albert de). — Ma vocation sociale. — Sou-

(r) Lettre-Préface du comte de Mun à l'ouvrage cité plus loin de l'abbé Gh. C.iuri'E. l'Attttude sociale des catholiques français au XIXe siècle, p. vu.

venirs de la Fondation de l'œuvre des cercles catholiques, 2eédit.Paris,Lethielleux,ioio,in-8de ioet 324p.— Prix:l\ fr.

« Rien ne paraît plus propre à pénétrer les cœurs d'une immor- « telle confiance dans les destins de la France chrétienne que l'his- « toire du grand mouvement catholique et social qui entraîna, il y a « trente ans, beaucoup d'hommes de ma génération et décida de a leur vie... » (avant-propos).

^^ L'Encyclique Rerum Novarum, de Léon Xfiï, sur \& condition des ouvriers, fait date dans l'histoire du catholicisme social. Il appartenait à M. Goyau, chrétien, penseur et sociologue, d'en tirer les conclusions générales et pratiques. Le livre que M. Goyau a écrit sous le pseudonyme de Léon Grégoire s'impose à tous. C'est une étude très lumineuse, très réconfortante, très personnelle, très documentée. « Je souhaite, dit le cardinal Langènieux, que votre livre soit lu par tous les hommes de bonne foi qui sont préoccupés de la question sociale, persuadés qu'ils y trouveront la vraie doctrine du Pape et l'esprit catholique dans lequel elle doit être entendue et appliquée. »

Grégoire (Léon). — Le Pape, les catholiques et la question sociale, 4e édit. — Paris, Perrin, 1907, in-16 de x-3g4 p. — Prix : 3 fr.

Le Mouvement catholique social : La genèse de l'encyclique Rerum

Novarum. Esquisse du mouvement social catholique. Le dogme social

de l'Eglise et la situation écouomique actuelle. Comment faire supporter l'injustice sociale : La conquête évangélique

et la charité. Gomment faire régner la justice sociale ? l'Association.

L'Avenir.

« Il y a [dit M. Goyau], une question sociale. Pour caractériser la situation dont elle est issue, il suffit de rassembler quelques passages de l'encyclique Rerum Novarum... Voilà le mal défini par Léon XIII. Quel remède l'Eglise y prétend-elle apporter? Quel bien prétendelle substituer? Tel est l'objet de cette étude.» (Préface, pp. ix et x.)

[Et plus loin, l'auteur nous montre le comte de Mun, à Lille, saluant cette démocratie], « qui se lève, rude et violente pour prendre '+ possession du sceptre des rois... Il fallait que la papauté, par des « actes expressifs, distinguât sa cause de celle des dynasties et fît « siens les intérêts des masses populaires. Il fallait que les catholia ques de chaque pays, clercs et laïques, s'associassent à cette évolu-

« tion, qu'ils en connussent et qu'ils en fissent connaître l'inestima- « ble importance. La papauté a fait son devoir entièrement. Cer- « tains catholiques, dans chaque pays, ont depuis longtemps commencé « à faire le leur : ils forment le noyau d'un groupement; partout, ce « groupement grossit avec plus ou moins de rapidité, suivant l'intel- « ligence et le zèle des chrétiens. Il n'y a plus que deux forces « sociales, écrivait récemment M. Harmel, le clergé et le peuple « ouvrier ; c'est en les unissant que nous préparerons la vérité de « l'avenir et les triomphes de Jésus-Christ. »

*** Il faut compléter par un livre intéressant, qui a quelque peu vieilli, mais qu'une édition nouvelle mettra prochainement à jour. L'ouvrage de Max Tarmann est une mise au point très claire, mais plus objective que celle de G. Goyau, de l'histoire du programme et des principales manifestations doctrinales et pratiques de Y Ecole catholique sociale. L'auteur, très renseigné, a enrichi son travail d'une bibliographie copieuse. Cet ouvrage complète heureusement le Cours d'Economie sociale du P.Antoine, cité plus loin; on consultera donc :

Turmann (Max). — Le développement du catholicisme social depuis l'encyclique « Rerum Novarum». Idée directrice et caractères généraux. — Paris, Alcan, 1901, in-8 de 111 et 328 p. —Prix : 6 fr.

Les idées sociales : L'encyclique « De condiiione opificum » (ou Rerum Novaram) et le mouvement social catholique. Le travail. La famille. L'organisation professionnelle. L'intervention des pouvoirs publics. La propriété. Le capitalisme. L'orientation populaire du mouvement social catholique. La protection internationale du travail et des travailleurs.

Les Faits sociaux : Allocutions, lettres et encycliques de Léon XIII. Programmes, manifestes et congrès. Le catholicisme social et le Tiers-Ordre. Le catholicisme social en France. Le catholicisme social en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Hollande. Lois et propositions de lois dues à l'initiative des catholiques sociaux.

« V Ecole sociale catholique a formulé des doctrines dont l'en- « semble constitue ce que l'on appelle le « catholicisme social... ».

« L'Ecole catholique apparaît partout, une et identique à elle- « même : ses orateurs, ses docteurs, ses représentants dans tous les « Parlements s'appuient tous sur les mêmes passages fondamentaux «et s'accordent dans leurs conclusions pratiques... » (Préface, pp. 1 et 11.)

LA DOCTRINE SOCIALE DE l'ÉGLISE 257

,ww Enfin, citons, en terminant, quelques courtes études faciles à répandre, très sérieusement faites, très travaillées, pleines de faits et d'idées, agréables à lire :

Clercq (Victor de). — Les Doctrines sociales catholiques en France depuis la Révolution jusqu'à nos jours, précédé d'un avant-propos par Georges Goyau. — Paris, Bloud, 1905, 2 vol. in-16 de 63 et 64 p. — Prix : i fr. 20.

« Le catholicisme social, c'est le christianisme logique... » (p. /j).

<v~ Consulter surtout un petit livre qui, dit M. Fidao-Justuniani,« tient plus qu'il ne promet et où l'on suit très agréablement les étapes du mouvement catholique social tout le long du siècle passé t> (1) :

Calippe (Abbé). — L'Attitude sociale des catholiques français au XIXe siècle. — Les premiers essais de synthèse Préface du comte Albert de Mun. — Paris, Bloud, 19 10, in-16 de 278 p. — Prix : 2 fr. 5o.

wv Enfin nous lirons attentivement la remarquable conférence faite par Henri Lorin, à la Semaine sociale de Rouen, sur TOrientation de la pensée catholique au XIXe siècle (2).

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