LES DOCTRINES SOCIALISTES
Le chrétien, qui veut travailler à la restauration de la société sur ses véritables bases ne doit pas se contenter de posséder parfaitement la doctrine sociale de l'Eglise, mais il faut encore qu'il connaisse, pour mieux les combattre, les utopies et les systèmes de ceux qui prétendent pouvoir se passer de Dieu pour faire régner la justice.
Il n'existe pas, croyons-nous, un exposé critique et synthétique du socialisme, écrit par un catholique social. On trouvera bien, dans des revues spéciales,, surtout dans l'ancienne revue l'Association catholique, continuée aujourd'hui par le Mouvement social, des études nombreuses sur ce sujet, mais le livre qui s'impose, écrit par un des nôtres, n'existe pas. Nous serons donc obligé de mentionner plusieurs livres, de valeur inégale, où nous trouverons, disséminés, les éléments de la synthèse qui nous manque.
Le Programme socialiste.
Nous croyons qu'il vaut mieux, pour la clarté des discussions que nous pourrons avoir à soutenir, ne recommander ici que des études courtes, susceptibles de nous donner, en quelques pages, une synthèse rigoureuse de la pensée socialiste. Nous ne recommanderons donc ni Karl Marx, ni Engel , ni Bebel, ni même l'ouvrage, considérable sans doute, que M. Jaurès nous annonce depuis longtemps sur la société future, mais des travaux plus précis, écrits par des auteurs qui jouissent d'une autorité incontestable et qui ont su tracer, d'une plume vigoureuse, les grandes lignes de la doctrine socialiste.
Citons d'abord un petit livre, dans lequel nous trouverons un bon exposé du socialisme , sans commentaires d'aucune sorte :
Schaeffle (A.). — La Quintessence du socialisme. Traduction [de l'allemand] de Benoît Malon, revue et corrigée. — Paris, Bellais, 1904, in- 16 de i5o p. — Prix : o fr. 60.
Schaeffle n'était pas socialiste, mais son livre est écrit avec une si parfaite bonne foi qu'il est impossible, même au lecteur prévenu, de découvrir ses préférences cachées.
Il faut compléter Schaeffle par les études des socialistes doctrinaires qui dressent leur philosophie sociale contre la nôtre avec une netteté et une hardiesse dont nous ne pouvons que nous réjouir, car la bataille n'en sera que plus belle et notre victoire plus définitive. Nous lirons donc à titre documentaire :
Renard (Georges). — Le Régime socialiste, principe de son organisation politique et économique. Paris, Alcan, 1889, in-18 de 180 p. environ. Prix : 2 fr. 5o. — Et du même auteur : Le Socialisme à l'œuvre, ce qu'on a fait, ce qui reste à faire, en collaboration avec Berthod, Fréville, Landry , Mantoux, Simiand. Paris, Gornély, 1907, in-16 de vn-493 p. Prix : 4 fr. — Guesde (Jules) : Essai de catéchisme Socialiste. Bruxelles, Kistemaeckers, 1878, in-16. — Malon (Benoit) : Le Socialisme intégral. Paris, Alcan (puis Stock), 2 vol.in-8,de 471-xx, l&op.Prix: 12 fr. — Vandervelde : Le Collectivisme et l'évolution industrielle. Paris, Bellais, 1900, in-16 de 285 p. Prix : 1 fr. 5o. — Menger (Anton) :
L'Etat socialiste, traduit par Edgard Milhaud. Paris, Bellais, 1904, in-18 de xlv-38i p. Prix : 3 fr. 5o. — Et du même auteur : "Le Droit au produit intégral du travail, étude historique traduite par A If. Bonnet, avec une préface de Ch. Andler . Paris, Giard et Brière, 1900, in-18 de XL-249 p. — 3 fr. 00.
Si ces livres sont de tendance légèrement différente et si leurs auteurs, comme Georges Renard, par exemple, y ont parfois développé des idées assez personnelles, il n'en est pas moins vrai que les socialistes se sont généralement groupés, selon leurs affinités, autour des doctrines que nous trouvons exposées dans ces ouvrages dont ils ont fait leurs livres de chevet.
*"* On pourra se tenir au courant par la Revue socialiste dirigée par Fournière et Alb. Thomas (Paris, Rivière, 18 fr.).
~~ Les ouvrages de Mermeix et de Bourdeau, cités plus bas, n'ont pas la valeur documentaire des études précédentes. Le socialisme y est vu du dehors et ces auteurs tendent à le discréditer. C'est pourquoi, en toute équité., les esprits cultivés ne peuvent s'appuyer' sur ces travaux pour étudier et pour criti~ quer le programme socialiste. Ces auteurs pourront pourtant trouver place dans les bibliothèques de ceux qui ne sont pas tenus à une documentation de première main :
Mermeix. Le Socialisme, définition, explications, objections, exposé du pour et du contre. Paris, 011en'dorff,in-i2 de vi-363 p. Prix : 3 fr. 5o. — Bourdeau (Jean). L'Évolution du socialisme. Paris, Alcan, 1901, in-16 de 33o p. Prix : 3 fr. 5o.
wv Onpourrait enfin compléter par Fournière, par Weiss (i) et par les pages consciencieuses que M. Levasseur a consacrées à l'étude du socialisme dans le 4e volume de son Histoire des classes ouvrières, sous le titre : Questions ouvrières sous la 3e République. On lira aussi les études narratives que M. de Seilhac a fait paraître sur les diverses manifestations de la vie socialiste en ces dernières années. Les livres de M. de Seilhac (2) nous semblent chevaucher un peu les uns sur les autres;
(i) Weiss : Histoire du mouvement social en France, 1859-1910. Paris. Alcan, in-8,de bSip.Prix: 10 fr. Nous ne citons ce livre qu'à titre rigoureusement documentaire, de même: Fournière: Les Théories socialistes, au xix8 siècle Paris, Alcan i9°4.
(a) Les Congrès ouvriers en> France, 1893-1906. Reims, Act. Pop., et Paris,
pourquoi ne les condenserait-il pas en une bonne Histoire du socialime français, tenue à jour et complétée par quelques pages sur l'anarchisme qui, depuis un quart de siècle, a pris une véritable allure doctrinale (i)?
Critique des doctrines socialistes.
1° Livres de fonds. — Et maintenant, voyons les critiques qui ont été faites du programme socialiste; mais n'oublions pas, quand nous en aurons démontré l'impuissance, de faire œuvre positive en exposant fièrement aux fouies le programme des catholiques sociaux et en pénétrant hardiment sur le terrain des réalisations pratiques.
L'abbé Winterer avait composé naguère un bon travail : le Socialisme contemporain, qui nous donnait, en partie, satisfaction ; cet ouvrage est malheureusement épuisé et ne sera sans doute pas réédité (2). C'était bien, pourtant, l'histoire critique du socialisme, que nous cherchions, doctrinale et objective, écrite par un théologien et par un sociologue.
« Tous les chefs socialistes savent très bien que leur négation de « la propriété privée des instruments de travail et l'établissement « général et exclusif de la propriété collective des moyens de pro- « duction sont à la fois la négation de Dieu et de ses lois, la néga- « tion de l'Eglise et de son autorité, la négation de la famille chré- « tienne et de son libre développement. »
Leeoffre, 1908, in-12. Prix : 3 fr. — Syndicats ouvriers. Fédération. Bourses du Travail. Paris, Gollin, 1902, in-18. Prix : 3 fr. 5o. — Les Grèves. Paris, Leeoffre, 1903, in-12. Prix : 2 fr. — Le Monde socialiste. Paris, Leeoffre, in-18, 1903. Prix : 3 fr.
(1) Nous croyons devoir, pour être complet, indiquer quelques livres où les esprits curieux pourront se documenter sur l'anarchisme; d'abord : Dubois (Félix) : I». Péril, anarchiste. Paris, Flammarion. 189/», in-12 de 288 p. C'est une étude un peu superficielle, mais d'une lecture agréable et illustrée de nombreuses gravures. — ( >n aura une œuvre doctrinale en lisant avec les plus expresses réserves, car l'ouvrage est tendancieux : R. Eltzbacher : iAnarchisme, traduit par Otto Karmin, Paris, Giard et Brière, 1902, in-18 de 4'7 P- — Comme ouvrages anarchistes, écrits par des anarchistes, nous signalons, à titre documentaire : Kropotkine : l'Entraide^ un facteur de l'évolution. Paris, Hachette, 1906, in-16 de xvn-3go p. La conquête au Pain : Paris, Stock, in-12. — Grave (Jean) : la Société future. Paris, Stock,* 1895, in-18. — Faure (Sébastien) : la Douleur universelle. — Stirnbr (J. Caspar Schmitt) : l'Unique et sa propriété, traduction de Robert R. Leclaire,Par\s, Stock, 1900, in-18, — et l'ouvrage, d'un très mauvais esprit de Pasch (V.) : l'Individualisme anarchiste : Max Stirner : Paris, Alcan, 1904, in-88 de vi-ag4 p. Prix ' 6 fr. — Nous croyons inutile de nous attarder à la réfutation de ces doctrines. Citons pourtant la critique curieuse qu'en a faite un socialiste : M. G. Renard, dans une brochure intitulée : Socialisme libertaire et anarchie : Paris, Stock. Prix : o fr. 3o.
(a) A Paris, chez Leeoffre.
LA DOCTRINE SOCIALE DE l'ÉGLISE 20,3
~~ Fort heureusement, M. A. Béchaux vient de nous donner une substantielle étude qu'on devra se procurer :
Beciiaux(A.) : Les Ecoles socialistes; marxisme, réformisme, syndicalisme. Paris, Rousseau et Guillaumin, 19 12, in-8 de i58 p. Prix : 4 fr.
Part de vérité eid' erreur du système socialiste. — L'erreur économique. Les entraves au développement de la vie chère. — L'erreur politique. Méconnaissance du rôle normal de l'Etat. — L'erreur psychologique. Comment le socialisme arrête l'essor de la personne humaine. Nécessité d'éclairer l'opinion publique. La propagande des idées et des faits. Les ligues antisocialistes.
— Ajoutons que le P.Castelein, dans son Droit naturel (1), consacre de nombreuses pages à la réfutation du socialisme. Voir également Cépéda, le P. de Pascal, de Vareilles-Sommières, La Tour du Pin,Ketteler,Le Play, deMuN,d'HuLST, etc., cités plus haut, et les Guides sociaux de l'Action Populaire.
*~ A côté de ces études critiques, écrites par des catholiques d'une orthodoxie rigoureuse, nous citerons, en plus des livres de Mermeix et de Bourdeau, déjà mentionnés,' deux œuvres remarquables que les esprits cultivés consulteront avec réserve, mais dans lesquels ils trouveront beaucoup à glaner ; nous voulons parler des ouvrages de Bourguin et de Leroy- Beaulieu. Et, d'abord, mentionnons en première ligne :
Bourguin (Maurice). — Les Systèmes socialistes et l'évolution économique. 3e édit. — Paris, Colin, 1904, in-8 de x et 519 p. — Prix ; 10 fr.
C'est certainement une des meilleures et des plus profondes études qui aient été écrites sur le socialisme. L'auteur, qui est mort trop jeune, a voulu, sans idées préconçues, « apprécier la valeur des solutions positives que peut offrir la doctrine socialiste » et il s'est efforcé de distinguer « parmi les vues d'avenir des écoles socialistes celles qui paraissent irréalisables de celles qui sont, au contraire, justifiées par l'observation ». On sent nettement que Bourguin n'a pas voulu faire œuvre de parti, mais plutôt une œuvre conduite avec scrupule
(1) Paris, Lethielleux, 1903. Prix : 10 fr. (pp. 162-250).
et honnêteté. Ce livre renferme des considérations générales vraiment remarquables, qui découvrent au lecteur des horizons nouveaux en étendant sa vision jusqu'aux lointains possibles. C'est une œuvre de fonds, que les esprits d'élite doivent connaître ; à eux de faire le départ de ce qui cadre avec nos doctrines et de ce qui s'en éloigne.
Le Collectivisme pur et son régime de la valeur.
Le développement des formes d'organisation économique à V époque contemporaine : Constitution individuelle. Corporation. Unions professionnelles. Rôle économique de l'Etat.
Les Instructions tirées des faits : Individualisme. Collectivisme pur et socialisme d'Etat intégral. Socialisme sociétaire et coopératisme. Le sens de l'Evolution et la politique sociale. Vues d'avenir.
« Dans l'avenir, tel qu'on peut l'entrevoir en prolongeant par la « pensée le développement des organes qui paraissent les plus « vivaces et les plus progressifs, l'association jouera un rôle plus « important encore qu'aujourd'hui... L'association appelle l'associa- « tion. Un cartel de producteurs provoque la formation d'un cartel « de défense ; la pression d'un syndicat ouvrier détermine les « patrons à se syndiquer, ou inversement... Dans chaque groupe « les associations élémentaires se rapprochent dès qu'elles sont assez « nombreuses et assez fortes pour former entre elles des fédéra- « tions... Les sociétés civilisées paraissent donc appelées à prendre « des formes d'organisation plus régulières, dans lesquelles les élé- « ments sociaux, si longtemps dispersés, seront plus solidaires et « mieux coordonnés... » (p. 35o).
~~ Enfin , on trouvera d'excellents arguments dans l'étude, moins pénétrante que la précédente, déjà un peu ancienne, mais pourtant très importante et récemment mise au point, que Leroy -Beaulieu a consacrée au collectivisme et à ses diverses manifestations :
Leroy-Beaulieu (A.). — Le Collectivisme, examen critique du nouveau socialisme , révolution du socialisme depuis j8g5. Le syndicalisme. 5e édit. — Paris, Alcan, 1909, in-8 de xn- 709 p. — Prix : 9 fr.
L'auteur étudie, dans ce livre, le collectivisme et ses diverses formes, notamment le collectivisme industriel. 11 réfute auparavant Kurl Marx; puis il décrit l'évolution du socialisme depuis 1875, sa dissolution, et son remplacement par le syndicalisme,
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dont il établit la genèse. Le livre se termine par des pages très documentées sur la Confédération générale du Travail, sur la grève générale, et sur l'exposé des doctrines de la nouvelle école socialiste.
« Si les tendances actuelles, dans le public et dans le Parlement, « ne sont pas réprimées, on aura, en fait, frayé les voies au collec- « tivisme ; on en aura posé les fondements. En deux ou trois géné- « rations, on aura détruit les mobiles qui donnent de la force, de Tête lan, du succès, aux entreprises libres, individuelles ou associées- « on retombera graduellement à l'inertie des anciens âges et à la « misère primitive. » (Préface de la 5e édit., p. vu.)
M. Leroy -Beaulieu voit l'avenir un peu en noir; peut-être parce qu'il pressent l'impuissance de l'Ecole libérale dont il est le chef et parce qu'il s'aperçoit que ses troupes, mal encadrées, se débandent... Mais les catholiques sociaux relèvent courageusement le gant et ne désespèrent ni de leurs doctrines ni de leurs efforts.
Critique des doctrines socialistes : 2° Livres courants. A côté des livres de critique tout à fait supérieurs que nous venons de mentionner, il est utile de posséder un livre de combat, assez mesuré, et assez sûr pour être placé dans nos bibliothèques de cercles d'étude et de patronages. On se procurera donc :
Maisonabe (E.). — La Doctrine socialiste. — Paris, Poussielgue, 1900, in- 12 de 266 p. — Prix ; 2 fr. 5o.
Notions générales et bases scientifiques : Socialisme et collectivisme. Collectivisme et communisme. Les principaux fondateurs du collectivisme. La base scientifique du socialisme. Le collectivisme incomplet. Système de la nationalisation du sol.
Transformation de la propriété individuelle en propriété sociale, l Qu'est-ce que la collectivité. Etendue de la confiscation. Comment
s'opérait la confiscation. Injustice de la confiscation. Impossibilité de la confiscation.
Organisation de la société collectiviste : Refus des socialistes de s'expliquer sur l'organisation de la société future. Organisation de la production. Répartition des revenus. Conséquences de l'organisation collective.
«... Il y a le prolétariat, le prolétariat qui travaille et qui souffre, * le prolétariat pour lequel, on l'a dit, le socialisme n'est qu'une reli-
« gion meilleure et plus croyable parce qu'elle met un paradis à sa « portée, le prolétariat qui aurait, certes, l'intelligence et le bon sens « suffisants pour comprendre l'inanité des théories dont on lui préce sente seulement le mirage, mais qui n'a pas le loisir nécessaire « pour réfléchir à ces théories et les juger.
« Et c'est là, dans ce terrain ainsi préparé d'avance pour la mois- « son révolutionnaire, que le socialisme jette sa semence et se déve- « ioppe.
« Le meilleur moyen de l'arrêter dans sa marche, n'est-ce donc « point de le divulguer, de le faire connaître à ces malheureux qui « accourent à lui de confiance et les yeux fermés ? » (p. 25 1).
~~ Enfin il est bon de connaître de courtes études susceptibles d'éclairer ceux qui n'ont ni le temps ni les moyens de lire de gros ouvrages.
L'opuscule suivant, de l'abbé Moulard, plaira beaucoup :
Moulard (Abbé). — Le Socialisme, Histoire, doctrine, réfutation, avenir. — Paris, Vitte, 1906, in-8 de 110 p. — Prix :
o fr. 75. (Epuisé.)
Très bon travail. L'auteur, avec une grande pondération et un louable souci de la doctrine, expose clairement les visées secrètes et lointaines du socialisme. Cet opuscule est à lire surtout par les ouvriers généreux, mais irréfléchis, qui se proclament, de bonne foi, socialistes. A ceux-là, il faut faire toucher du doigt Terreur socialiste et leur montrer que nous édifions un système plus social, plus solide, plus positif, plus pratique.
~~ Signalons aussi la brochure (déjà citée) de l'abbé Srx : Catholicisme et collectivisme devant la question ouvrière. On trouvera, dans cette plaquette, en même temps qu'un compte rendu in extenso d'un débat public et contradictoire, un a vigoureux exposé de la doctrine sociale de l'Eglise ».
Mentionnons encore :
Richter (Eug.). Où mène le socialisme : trad. française. — Paris, Lesoudier, 1906, in-12 de vin et 82 pages [avec une introduction libérale de Leroy-Beau lieu] Prix : 1 fr. 5o — Seilhac (L. de). L'Utopie socialiste, 3e éd. Paris, Bloud, 1908, in- 16 de 62 p. Prix : o fr. 60.
Un catholique peut-il être socialiste?
Par les réfutations du socialisme que nous avons lues, il résulte clairement que les principes socialistes sont en opposition absolue avec la doctrine chrétienne. Si cette conclusion s'impose aux esprits cultivés, elle peut ne pas s'imposer aux intelligences moins ouvertes; c'est pourquoi des auteurs de talent comme le P. Serti /langes, E. Lamyy l'abbé Gayraud se sont attachés à la leur démontrer. Pourtant, nous croyons que la brochure de propagande, nette et précise, est encore à faire.
-wv Quand on aura lu, de préférence à Leroy-Beaulieu (i) : l'ouvrage du P. Sertillanges : Socialisme et christianisme, 2e éd. Paris, Lecoffre, igo5,in-i2 de xi et 332 pages. Prix: 3 fr., on ne manquera pas de méditer la substantielle brochure qui suit:
Lamy (Etienne). — Catholiques et socialistes : à propos des semaines sociales. — Paris, Bloud, 1910, in-16 de 63 p. — Prix: o fr. 60.
C'est une étude bien remarquable par la précision et par la sérénité de la pensée, par l'élévation de la doctrine , par la vigueur de sa critique et par la beauté de son style.
Voici le sommaire de cette courte brochure :
La guerre sociale : ses causes principales. — Les catholiques sociaux. — U école socialiste et l'intervention de la loi. — Dangers et légitimité de cette action. — Différence entre les socialistes et les catholiques sociaux. — La doctrine de l'Etat. — De l'action par les idées. — De l'action par les vertus.
...« Les catholiques... ne sont ni les dupes ni les complices du « socialisme. Les socialistes comptent sur l'Etat comme sur le trans- « formateur unique de l'avenir. Ils préparent l'expropriation de la « liberté individuelle au profit de la souveraineté collective. Même « les lois partielles, dont ils se doivent contenter aujourd'hui, leur « servent à étendre, par place, la paralysie progressive des volontés. « Ils faussent systématiquement tous les ressorts par lesquels agis- « sent les poussées d'opinion. Leurs congrès, qui, par de soi-disant « mandataires, semblent associer le prolétariat à la préparation de
(1) Leroy-Beaulieu (An.) : Christianisme et démocratie... Paris, Bloud, igo5, in-16, de 04 p. Prix : o fr. 60.
« ses destinées, déterminent ses programmes, choisissent ses chefs « et donnent ainsi à son gouvernement l'apparence d'un régime re- « présentatif, en sont l'imposture. Les corps de métiers les plus « nombreux et les plus intéressés à compter en proportion de leur « importance ne nomment pas plus de délégués que des agrégats :tices, inexistants dans le monde du travail, composés de quel- « ques comparses et multipliés de façon à annuler les véritables « groupes et à imposer les chefs qui, artisans de ce subterfuge et « grâce à lui, se nomment eux-mêmes. Pas plus que ces chefs ne « tiennent leur pouvoir de la volonté générale, ils ne s'inspirent « d'elle pour agir ni ne l'éclairent sur leurs projets. Ils couvrent leur « marche de silence, leur tactique préférée est la surprise, ils gou- « vernentpar mots d'ordre, exaltent l'idolâtrie de la soumission et « estiment que l'obéissance est parfaite quand elle ne demande pas « à comprendre avant d'agir. Pour la perpétuer dans les multitudes, « ils y perpétuent le chaos ; ils se gardent de le démêler en aidant « aux attractions rationnelles qui assemblent le prolétariat par mé- « tier ; ils ont hâte, si ses groupes se forment, de les replonger dans « la masse inorganique. Ce ne sont pas eux qui ont proposé la loi de « 1884, ce sont eux qui ont machiné la Bourse du Travail et ses « confédérations générales. Des ouvriers, associés par profession, « auraient compétence pour comprendre les intérêts de leur métier, « surveiller les serviteurs de leur pensée et ne se laisseraient conduire « qu'où ils voudraient d'avance aller. Des ouvriers de tous métiers, « confondus en une multitude confuse, y annulent leurs aptitudes : « chacune des sociétés professionnelles, qui serait capable de diriger « ses affaires, s'y perd, comme les fleuves, qui avaient chacun son « lit, sa pente, son cours, se perdent dans l'Océan, où leurs flots se « mêlent, où leur énergie s'arrête, et où leur force, sortie d'eux et « remise aux vents, attend le bon plaisir des tempêtes. Cet Océan « de pauvres n'a de commun que le sel amer de ses haines. Simples, « aveugles, inertes, elles reçoivent le mouvement du souffle étran- « ger qui se joue d'elles et les pousse, esclaves, où il veut. Les chefs « socialistes veulent être le souffle et l'appellent l'Etat. »
« Si les catholiques sociaux acceptaient un tel avenir pour des « créatures faites par Dieu, intelligentes et libres, ils ne seraient pas « catholiques. Eux veulent que l'Etat intervienne pour sauver la mul- « titude ouvrière des captivités où elle a été réduite par l'Etat, mais « qu'affranchie de ces chaînes elle se gouverne elle-même. Ils veu- « lent, pour qu'elle se gouverne, lui rendre la vie corporative... » (pp. 29 et suiv.).
~~ Dans l'opuscule précédent, M. Lamy s'attache principalement à faire ressortir combien sont différentes les notions
que les catholiques et les socialistes se font du rôle de t fi tat. Dans une autre brochure : Un catholique peut-il être socialiste? Paris, Bloud, s. d., 2® éd., 118 p. (Prix : i fr\), M. l'abbé Gayraud étudie plus spécialement la question de la propriété. Ce petit livre ne répond pas absolument à son titre, car on aurait aimé voir l'auteur expliquer successivement comment les enseignements de l'Eglise sur Y individu, sur la famille, sur la société, sur V Etat, sur la morale, sont en opposition absolue avec les doctrines socialistes. Faute de l'avoir fait, il résulte que l'esprit n'est pas suffisamment satisfait, car l'on voudrait voir mieux démontrée la conclusion de l'auteur :
« A l'heure présente, le socialisme se dresse au milieu des nations « chrétiennes comme le précurseur et l'agent d'une révolution qui « ne se bornera pas à abolir le régime de la propriété capitaliste et à (c libérer les travailleurs de la servilité du salariat, mais qui s'efforce cera d'établir un ordre social nouveau sur les bases de l'anti-chris- « tianisme, sur les fondements du matérialisme athée. Serait-ce un « progrès et un profit pour les classes prolétariennes? Non, certes, mais « plutôt l'avènement d'un régime de servitude et de misère.
« Voilà pourquoi l'Eglise de Jésus-Christ repousse et condamne le « socialisme » (p. 117).
Citons enfin, à titre documentaire, la controverse qui mit naguère aux prises G. Renard, un socialiste convaincu, et F. Brunetiêre, néophyte ardent mais théologien encore faible, qui prétendait qu'un catholique pouvait être socialiste, au sens doctrinal du mot. M. G. Renard affirmait le contraire et, comme dit M. Fayaeldans la Revue de janvier 1910, c'est M. Renard qui avait raison. On pourra donc consulter un livre de G. Renard, où l'on trouvera cette « dispute » célèbre : Discussions sociales. Paris, Albin Michel, 19 10. Prix : 3 fr.