CHAPITRE III La Famille
Presque tous les auteurs cités dans le chapitre précédent ont insisté sur l'importance sociale de la famille; c'est presque une banalité de dire que le groupe familial constitue la première et la plus importante des cellules sociales. « La famille est le principe de l'Etat», écrit Le Play. — « La société se compose non d'individus, mais de familles», affirme le P.Antoine. — « La famille est le berceau de la société civile, a dit Léon XIII, et c'esten grande partie dans l'enceinte du foyer domestique que se préparent les destinées des Etats. » Et le même ajoute ailleurs : « La société domestique contient et fortifie les principes et, pour ainsi dire, les meilleurs éléments de la vie sociale. » — Gépéda déclare : « La famille est un élément nécessaire à la conservation de Tordre social, un prolongement des traditions sociales et politiques qui rendent un peuple heureux et prospère. »
Et c'est également l'opinion de Bonald, de Balzac, d'Aug. Comte et d'Hœckel, qui écrit aussi : « La famille passe à bon droit pour l'assise de la société. » — Jules Lemaître, après eux, fait également remarquer que « vouloir organiser la société en fonction de l'individu, c'est proprement aller contre la nature ».
Enfin, Fr. Funck-Brentano, après avoir déclaré que « la famille fait l'Etat », et démontré que l'ancienne société française avait revêtu un caractère familial très accentué, ajoute : « C'est par la puissance des traditions de famille, union, dévouement réciproque, concorde, affection, que les peuples sont sortis de la barbarie, qu'ils ont formé leur civilisation,
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qu'ils ont résisté aux secousses les plus violentes et atteint leurs époques d'éclat et de prospérité. D'autre part, après que ces traditions eurent disparu et que les citoyens, qui naguère étaient comme des frères unis, furent devenus, dans leurs sentiments, comme étrangers les uns aux autres, l'on assista, dans l'antiquité, au lamentable effondrement, à la désorganisation des empires les plus puissants. Ce ne sont pas les victoires des hommes de guerre ni les succès des diplomates, ni même les conceptions des hommes d'Etat qui conservent aux nations la prospérité et la grandeur, c'est la puissance de leurs vertus morales... (i). »
Nous aurions désiré pouvoir recommander, sur cet important sujet, un livre de synthèse, bien au point, à la fois historique, philosophique, religieux, social, pratique. Ce livre n'existe pas. On trouvera, dans les livres cités plus haut, de très bonnes pages qui constitueront un excellent exposé de la doctrine catholique sociale sur la famille, particulièrement dans les encycliques de Léon XIIï — et dans les ouvrages de Cépéda, du P. Antoine, dans les Guides sociaux, et aussi dans d'autres études comme celle du P. Félix, à laquelle nous ajouterons, à titre documentaire, le livre de Paul Janet, etc. (2).