GOMMENT RESTAURER LA FAMILLE
Le mal, nous venons de le voir, est profond.
Devant l'effondrement des vertus familiales et devant là ruine qui menace la famille elle-même, notre devoir est tout tracé : c'est de la restaurer sur ses bases naturelles.
Nous chercherons d'abord, en dehors de toute préoccupation religieuse, les bases constitutives de la famille, telles que l'histoire et l'observation nous les présentent. Nous comprendrons mieux alors sa nécessité sociale et nous apprécierons mieux aussi la profonde sagesse de la doctrine chrétienne.
3o8 LA VIE SOCIALE
La Famille d'après l'histoire.
C'est dans un ouvrage de Ch. de Ribbe, très fouillé et très complet, que nous trouverons les renseignements les plus intéressants et les plus sûrs. L/ auteur sait vivifier les documents qu'il apporte à l'appui d'une thèse chère. C'est l'œuvre d'un érudit consciencieux et d'un propagandiste ardent. Ces pages seront une révélation pour beaucoup des nôtres, trop enclins à médire du vieux temps, qui, pourtant, sous l'inspiration chrétienne, avait su établir la société sur ses assises naturelles : la famille, la profession, la cité. Charles de Ribbe montre fort bien la grande place que la famille tenait dans les institutions :
Ribbe (Ch. de). — La Famille et la société en France avant la Révolution, d'après des documents originaux. Tours, Marne, 1879, 2 vol. in-18 de 35o p. environ. — Prix: 4 fr.
La Famille et les institutions : Les livres de famille de la Provence. L'idée de Dieu et de l'autorité paternelle dans les Livres de famille L'idée du travail et la notion de la richesse chez les familles modèles. La famille, les institutions et la liberté locale. Le dévouement au bien public chez les familles modèles. La Famille et la Patrie.
La Famille et V Ecole : Le foyer domestique et la tradition. Ce qu'est l'école au foyer domestique. Le Père de famille et l'Education. Le Père de famille et l'Ecole. La crise du xvie siècle. La classe dirigeante. La jeunesse et le devoir du travail. La mère de famille.
La Famille et l'ordre social : Le mariage et l'épargne domestique. Le ménage rural. La bénédiction paternelle et la vie future. Le testament et l'héritage paternel. La paix domestique.
« La fa mille est la première et la véritable unité organique de « l'ordre social. Elle a fait la grandeur morale, intellectuelle et politise que de la France. Par elle, la race française, douée d'une fécon- « dite plus puissante que toutes les nations, a constitué son unité et « sa nationalité, fait germer dans les profondeurs du pays ses liber- « tés locales..., assuré à une longue suite de générations l'inestima- « ble bienfait de la paix sociale et de la stabilité.
<( Il est temps que les bons citoyens s'unissent pour rétablir dans « notre pays les premiers principes sociaux, pour restaurer dans la m famille et par la familières bases de l'ordremoral, nécessaires atout a gouvernement. »
~* Recommandons également l'excellent opuscule d'un ancien élève de l'Ecole des Chartes :
Funck-Brentano (Frantz). — La Famille fait l'Etat. 3e édit. Paris, Bloud, 1906, in- 16 de 64 p. — Prix : o fr. 60.
La science historique de l'auteur rend cette étude particulièrement intéressante.
La Famille d'après l'observation.
L'ouvrage de Le Play, cité ci-dessous, est certainement ce qui a été écrit de plus serré et de plus documenté ; c'est un livre de première main qui demande, pour être lu, beaucoup d'attention et une certaine culture. Ce travail, comme tous ceux de Le Play, est remarquable par la multiplicité des observations, par l'étendue et par le fini des enquêtes, par la rigueur de la méthode, et aussi par l'esprit évangélique qui l'anime. On remarquera que Le Play fait figurer notre pays dans la catégorie des pays à famille souche, mais il faut remarquer que les conditions nouvelles d'existence portent nos familles à essaimer davantage. Les conclusions de l'auteur n'en restent pas moins généralement justes :
Le Play. — L'organisation de la famille selon le vrai modèle signalé par l'histoire de toutes les races et de tous les temps. 5e édition. — Tours, Marne, 1907, in-8 de 537 p. — Prix : 2 fr.
La famille sous ses trois régimes : famille patriarcale, famille instable. Famille souche. L'histoire de la famille souche. La description du modèle ou une famille souche de Lavedan en 1856. Une famille instable du Laonnais en 1861.
Autour de la famille ; La très petite propriété, le Code civil et ses agents. La réforme du Gode civil, selon les jurisconsultes des pays à famille souche.
« Depuis la Révolution, nous nous épuisons en efforts infructueux
* pour créer une société nouvelle, en détruisant par la violence les « coutumes et les mœurs qui firent la grandeur de nos aïeux, en « nous inspirant des chimères condamnées par la nature même de « l'homme. Nous cherchons, dans les changements des formes de
* gouvernement, les améliorations que peut seul nous donner le « retour à la vertu... Notre plus fatale erreur est de désorganiser, par
« les empiétements de l'Etat, l'autorité du père de famille, la plus « naturelle et la plus féconde des autonomies, celle qui conserve le « mieux: le lien social en réprimant la corruption originelle, en « dressant les jeunes générations au respect et à l'obéissance. »
La Morale de la famille.
Donc, la famille s'en va...
Gai donc, aujourd'hui, peut se mettre en travers de cette débâcle que les instincts mauvais de la nature humaine, débridée, ne peuvent qu'accélérer? La science, peut-être? mais elle est sans autorité. La raison? elle n'est ni assez impérative ni assez sévère pour les exigences des sens. La morale laïque ? elle n'a pas encore trouvé ses bases...
Seule l'Eglise, par sa morale sévère, mais bienfaisante à l'énergie humaine, peut redonner à la famille son cadre providentiel, au foyer son unité et sa puissance, à la race son énergie et sa splendeur. C'est pourquoi nous devons bien nous pénétrer des enseignements de l'Eglise sur cet objet et c'est Mgrd'Hulst qui nous les donnera avec sa précision habituelle :
Hulst (Mgr d'). — La Morale delà famille, conférences faites à Notre-Dame pendant le carême de i8g4- — Paris, Poussielgue, 1894, in-8 de 456 p. — Prix : 5 fr.
Il nous plaît d'avoir à recommander encore un livre de Mgr d'Bulst, qui étudia, avec toute la sincérité de son zèle et la pénétration de son esprit, les problèmes les plus délicats et les plus importants. La désorganisation de la famille ne pouvait le laisser indifférent, c'est pourquoi il a su, avec éloquence et précision, nous signaler le danger et nous montrer comment le conjurer. Mgr d'Hulsta rappelé aux chrétiens leurs devoirs trop souvent ignorés ou volontairement méconnus : devoirs des époux, devoirs des parents, devoirs des enfants, devoirs des maîtres et des serviteurs. D'accord avec Le Play, avec Kettelcr, avec Ch. Perin,il a fait, de la pratique de la vertu et de l'observance de l'Evangile, qui nous oblige à respecter le lien conjugal et les fins dernières du mariage, la condition essentielle de la régénération de la famille et du retour à son ancienne prééminence.
LA FAMILLE 3l I
« La famille... c'est le nœud de la société humaine et si l'on se « trompe sur la constitution de la famille, sur les rapports nécessaires « ue ses membres, toute la vie privée, toute la vie publique paieront « les frais de cette erreur originelle...
« Qu'est-ce qu'une nation, sinon une famille agrandie, une fédé- « ration de familles! Et comment les groupes factices garderaient-ils « leur consistance, si les unités naturelles, dont ils sont formés, ont « perdu la leur?
« Chrétiens,., qu'allez-vous opposer à ceux qui nient la vertu de « l'Evangile? Sera-ce l'exemple d'une société chrétienne de nom, « païenne de fait, qui inscrit la chasteté dans ses lois et abandonne « aux passions l'empire de la conduite? Hélas! c'est en faisant ainsi « que nous avons laissé grandir l'audace de l'erreur. On nous « regarde de près, on a fini par croire que notre idéal est une chi- « mère, s'il n'est pas un mensonge, et notre morale une hypothèse, (c Voulons-nous venger la parole du Christ? Donnons-lui raison en « nous-mêmes. Au monde qui hésite, déconcerté, entre tant de doc- « trines contraires, montrons le grand spectacle: un groupe compact « de familles fidèles à la loi de stabilité, à la loi d'autorité, à la loi « d'amour » (pp. 7 et suiv.).
~* Enfin, on ne saurait oublier que Léon XIII a rappelé aux chrétiens les exigences providentielles delà Famille et on conseillera, pour s'en pénétrer, les textes publiés par Cerceau : Catéchisme de Léon XIII déjà cité.