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LA FAMILLE ET L'ÉTAT DANS L'ÉDUCATION

Nous ne saurions trop attirer l'attention des parents sur le devoir rigoureux qui leur incombe de défendre leurs droits, c'est-à-dire les droits de la famille contre les empiétements de l'Etat. En défendant leurs droits, ils défendront la Société et ils défendront l'Eglise; car la Société repose sur la Famille et si l'Eglise, pour se conformer aux ordres du Christ, veut évangéliser les nations qui s'éloignent de Lui, il faut qu'elle ait le droit d'enseigner, dans toute sa plénitude, sans vexations ni entraves.

C'est donc à nous, pères de famille chrétiens, de défendre l'Eglise, en refusant à l'Etat le droit odieux de modeler, sous prétexte d'unité morale, le cerveau et l'âme de nos petits; c'est à nous de leur donner une éducation plus virile et un enseignement plus rationnel.

Qui commande à l'Ecole? Le Père ou l'Etat?

Sur les graves questions qui touchent aux droits respectifs des Parents, de V Enfant et de l'Etat, on consultera :

Lavollée (René). — L'Etat, le Père et l'Enfant.— Paris, Pion, 1904, in-8 de vu et 367 p. — Prix : 7 fr. 5o.

C'est le meilleur livre qui ait été écrit sur la question et c'est aussi le livre où nous trouverons les solutions les plus pondérées et les plus justes. A la fois historique et doctrinal, l'ouvrage de M. René Lauollée éclaire d'une lumière pure ces questions, que les controverses ont souvent obscurcies. Les conclusions, si solidement étayées, et l'annonce d'une irrémédiable défaite pour ceux qui voudront enfreindre les droits sacrés du père de famille, ne sont pas faites pour plaire à ceux qui, comme MM. Doumergue, Buisson et Steeg, réclament l'omnipotence de l'Etat, pour avoir raison, vite et mieux, de ce qui reste de foi en France.

Le Passé : L'Antiquité. De la fin de l'Empire romain à la fondation de l'université de Paris. L'Université de Paris, de son origine à Charles Vil. L'Education domestique et l'instruction populaire. L'Enseignement sur la monarchie moderne. La Révolution. Le Consulat et l'Empire. La Restauration et la Monarchie de Juillet. La République de 1848 et la loi de 1850.

Aujourd'hui : Le second empire et le troisième république. Législation étrangère.

Principes et solution : L'Etat, sa nature, ses attributions. Le droit de l'Enfant. Le droit du Père. Le droit de l'Etat.

(( L'Etat peut légitimement intervenir comme gardien de l'ordre « et de la morale publique, comme défenseur des grands intérêts « communs du pays, enfin, comme protecteur naturel des enfants, « des mineurs, des incapables. Mais s'il prétend faire plus, s'il veut « se constituer juge des méthodes d'éducation, imposer ou proscrire « une doctrine, se substituer aux pères de famille, rendre ses proa près écoles obligatoires, interdire ou entraver l'enseignement « libre, il commet, selon le mot de Talleyrand, un crime d'abord et « plus qu'un crime, une faute. Non seulement il viole les droits les a plus saints, il cherche à briser ou à relâcher les liens les plus « sacrés, que Dieu et la nature aient établis entre les hommes, mais a encore il s'engage dans une série de difficultés et de conflits où « il risque de devenir aussi ridicule qu'odieux, de subir d'irrépara- « blés échecs ou de remporter une victoire plus lamentable qu'une « défaite » (p. 354).

~^ Voir aussi la Lettre de ï Episcopat français du i4 sept.

1909 (1) et les travaux de :

Drillon (Paul) : Les Droits et les devoirs du père de famille. Paris, Bloud, in-16 de 83 p. Prix : o fr. 60 ; — du P. Sertillanges : La Famille et l'Etat dans l'Education. Paris,

(1) Dans Questions Àctutlles (Paris, Bonne Presse).

Lecoffre, 1907, in- 12 de 240 p. Prix : 2 fr. 5o. — De l'abbé Duballet : La Famille, l'Eglise et l'Etat dans l'Education. Pullav (Eure), chez l'auteur, 19 10, in- 8 de 353 p. Prix : 5 fr.

-vw On trouvera sensiblement les mêmes conclusions dans le livre suivant, écrit en pleine bataille :

Jouin (Abbé). — L'Ecole en France au XXe siècle : Devoirs des Parents à l'égard de l'Ecole. — Paris, Beauchesne, 1910, gr. in-8 de 107 p. — Prix : 3 fr.

Les articles publiés par M. l'abbé Jouin, docteur en théologie, dans la Revue pratique d'apologétique, constituent une étude très documentée, très au point, qu'il importe de lire pour bien posséder la doctrine de l'Eglise sur la question scolaire et pour connaître exactement les devoirs des Parents en face de l'Ecole Neutre.

Les parents ont la chaire de l'instruction et de l'éducation de leurs enfants : Le premier devoir des parents, en matière d'éducation, est d'assurer à leurs enfants l'instruction religieuse. Les trois écoles : contre Dieu, sans Dieu, avec Dieu.

Doctrine catholique touchant la question scolaire : Devoirs pratiques des Parents : 1° le choix de l'Ecole ; 2° la surveillance de l'Ecole.

Appendice : La question scolaire et la révolution. Impossibilité de la neutralité.

« Les parents ont la charg-e de l'éducation de leurs enfants qui « comprend, avec la culture de l'esprit, la formation à la vie chré- « tienne : dès lors, du moment qu'ils confient ce double soin à des « maîtres, ils sont obligés de surveiller si ceux-ci remplissent conve- « nablement leur mandat. D'après ce principe, la surveillance de « l'école chrétienne elle-même rentre dans les attributions de ia a famille. Si les parents n'usent pas de ce droit, c'est qu'ils ont cona fiance dans les instituteurs chrétiens.

« Mais l'abdication de leur droit de surveillance n'est plus permis « pour l'école sans Dieu. Le devoir qui s'impose à leur conscience « est d'autant plus rigoureux que la neutralité est mauvaise en elle- « même et presque humainement impossible, si bien que ces pa- « rents doivent veiller à toutes les infractions qui changeraient, « passagèrement ou fréquemment, l'école sans Dieu en école contre « Dieu » (p. 35).

*~* Gomment exercer cette surveillance? En constituant des

associations dites « de pères de famille », dont M. Gurnaud va nous entretenir :

Gurnaud. — L'Ecole et la Famille. — Paris, Perrin, 1909, in-8 de ni et 324 pages. — Prix : 3 fr. 5o.

Nous ne saurions trop recommander la lecture du livre si intéressant et si actuel de M. Gurnaud. L'auteur est un des promoteurs les plus actifs des« Associations de pères de famille », dont les progrès ont effrayé les adversaires de l'Eglise, tant à cause de la surveillance, qu'elles ont la juste prétention d'exercer sur l'Ecole, que du principe incontestablement naturel qu'elles ont mis en valeur. Fait bizarre; c'est nous, catholiques, qui sommes d'accord avec la Révolution de 1789... N'est-ce pas la Convention qui, pour une fois, voulut faire œuvre rationnelle, en reconnaissant aux familles les droits qu'elles tiennent de la nature et en organisant des comités de surveillance... ? L'idée de M. Gurnaud a donc été excellente; pourtant nous ferons deux observations. La première, c'est que M. Gurnaud, contrairement à l'avis de beaucoup de catholiques, semble réprouver les associations confessionnelles et paraît ainsi approuver le principe de la neutralité formellement condamné par l'Eglise. La seconde, c'est qu'il convient d'appeler les « mères de famille » à la surveillance de l'école. Leur refuser ce droit, c'est les mettre dans un état d'infériorité injustifiée.

L'auteur étudie les manuels scolaires, les conflits qui sont nés autour de l'école, les associations de pères de famille, les projets de loi scolaire et le rôle de la famille dans l'enseignement. A propos de la [capitulation d'un instituteur, l'auteur dit :

« 11 me semble qu'elle atteste le désarroi où l'habile tactique des «c parents a jeté l'instituteur et que, si ceux-ci le veulent, le choix des « livres, loin d'être le privilège exorbitant des maîtres, sera partout « le résultat d'un compromis entre les instituteurs et les familles.»

[Et ailleurs] « La cause initiale de la crise n'est-elle pas le mépris « constant du législateur pour le droit familial? » (p. 11).

*** On complétera par les Associations scolaires de pères de famille, avec préface de Georges Picot. Paris, Lig-ue de l'Enseignement, 1910, in-16 de [±o p. Prix : o fr. 5o — par

les brochures de l'Action populaire relatives au même objet, et par l'opuscule de G. Pécoul : La R. P. scolaire. Paris, Lethielleux, 1911, in-12 de 27 p. Prix}: o fr. 5o.

w^ Enfin, on consultera aussi à titre documentaire : Biétry: la Séparation des écoles et de VEtat.Vd.viSj Jouve, 1 9 10, in- 1 a de iv-272 p. Prix: 3 fr., et on se tiendra au courant parle Bulletin de la Société générale d'Education et d'Enssignement (mensuel. Un an : i5 fr.)

La Liberté de l'enseignement dérive du droit des pères de famille.

La liberté de l'enseignement, c'est le droit d'enseigner, non seulement pour l'Etat, mais pour tous les citoyens qui ne sont pas en révolte contre l'ordre social. Nous trouverons dans les œuvres de Montalembert (Paris, Lecoffre), qui, on le sait, attendait un peu trop de la liberté, dans Cépéda, et dans d'autres livres cités au cours de ce travail, les principes sur lesquels repose cette liberté. Pourtant, voici encore un bon livre où nous puiserons d'excellents arguments :

Chesnelong. — Discours sur la Liberté d'enseignement [1867-1897]. Paris, Bloud, 1910, in-8 de vi-632 p. — Prix : 6 fr.

*** Signalons maintenant une étude historique peu répandue, mais sérieusement faite et d'un très bon esprit :

Grimaud (Louis). — Histoire de la liberté d'enseignement depuis la chute de l'ancien régime jusqu'à nos jours. Thèse pour le doctorat. — Grenoble, Allier (26, cours Saint-André), 1896, in-8 de 601 p. (épuisé).

La Révolution. L'Université de France. La Restauration. La Monarchie de Juillet et la seconde République : Conquête de la liberté de l'enseignement primaire et secondaire. Le second Empire et l'Assemblée Nationale. Les lois scolaires de la troisième République et la liberté d'enseignement.

« La liberté d'enseignement, que nos lois modernes ont organisée, « paraît définitivement consacrée. Nous jouissons de la liberté. L'Etat « s'est assuré toutes les garanties que sa conservation nécessite. Une « surveillance plus étroite des conditions plus sévères mises à l'exer-

« cice du droit d'enseigner violer?" t incontestablement le droit de « l'individu, les droits que la liberté a mis plus d'un siècle à con- « quérir. L'Etat moderne doit les respecter afin de pouvoir, grâce à « leur concours, réaliser sa mission, quiest d'avancer sans cesse dans « la voie du progrès et de travailler à l'amélioration de l'homme «. pir la liberté (p. 5o,o).

^w Mentionnons aussi l'aperçu historique de. Laurent (A#): La Liberté de l'enseignement. Paris, Bloud, 1904, in-16 de 63p. ofr. 60.

~v Si nous voulons savoir comment nous devons nous servir de cette liberté et si nous tenons à connaître la nature et les tendances de notre enseignement supérieur, il faut lire :

Baudfullart (Mgr) : L'Enseignement catholique dans la France contemporaine. Etudes et discours, 2e édition. Paris, Bloud, 1910, in-8 de vni-704 p. Prix : 7 fr. 5o. On aura enfin des Hures pratiques sur l'enseignement primaire et secondaire libre, en consultant les Guides publiés par la Ligue de la liberté de l'enseignement (Prix : o fr. 60 et 1 fr.) et Pouget : Guide de l'Ecole Libre. Reims, Act. Pop., in-8 de 200 p. Prix : 3 fr. 5o. Les maîtres chrétiens liront le Bulletin de la Société générale d'éducation et d'enseignement (déjà cité) et l'Ecole, revue d'enseignement primaire et primaire supérieur (hebd., Paris, Poussielgue, un an : 8 fr.) — ou encore L'Ecole Libre, organe mensuel des associations scolaires de la région lyonnaise : Lyon, 23, rue Neuve (1 fr. 5o pour les sociétaires).

Des réformes qu'il convient d'apporter à l'éducation et à l'enseignement donnés par l'Etat.

Aujourd'hui, à l'heure où l'Etat semble vouloir écraser toutes les intelligences sous le fatras de ses programmes encyclopédiques, il importe que nous réclamions, pour les enfants de la nation, une éducation plus virile et un enseignement plus rationnel.

Un jugement sûr et une volonté forte sont plus féconds que les plus merveilleuses mémoires. Faisons aux nôtres la part belle et au lieu de rester constamment sur la défensive, allons de l'avant et travaillons sans cesse à faire modifier les programmes ridicules qui font de nos enfants des pédants au lieu d'en faire des hommes. -

Quand nous aurons consulté les ouvrages de Demolins (i), nous lirons le livre suivant :

Gaultier (Paul). — La Vraie éducation. L'Education du corps ; V éducation de la sensibilité ; V éducation de l'intelligence; V éducation du vouloir. — Paris, Hachette, 19 10, in- 16 de x-283 p. — Prix : 3 fr. 5o.

« Tout enseignement est à délibérément écarter qui ne tend pas à « rendre l'enfant plus intelligent. A l'école et au foyer, depuis le « berceau jusqu'à la virilité, ce doit être la préoccupation de tous. « En dehors de cela, pour excellente que soit l'instruction, non seule lement elle ne vaut pas, elle est dangereuse. »

<vw Nous croyons enfin devoir dire un mot de renseignement supérieur qui parfait définitivement l'éducation de nos fils et qui exerce tant d'influence sur le mouvement des idées. Nous nous contenterons, pour ne pas déborder notre cadre, de renvoyer, à titre documentaire, au livre cité plus haut de Gab. Hanotaux et aux travaux qu'il nous annonce ainsi qu'à l'intéressant travail paru sous le pseudonyme de :

Agathon. — L'Esprit de la Nouvelle Sorbonne,fo cri** de la culture classique, la crise du français. — Paris, Mercure de France, 191 1, in-12 de 376 p. — Prix : 3 fr. 5o.

L'auteur, bien documenté, juge avec sévérité la direction défectueuse que notre vieille Université a donnée aux études; ses observations sont généralement justes. Certes, c'estune faute d'avoir appliqué à toutes les branches de renseignement supérieur les méthodes rigoureuses et précises de l'Ecole des Chartes ; mais, si l'on a pu dire que cette Ecole avait conquis la Sorbonne, il ne convient pas de la rendre responsable de l'engouement irréfléchi des universitaires pour ses procédés d'investigation et de critique. Ce sont bien plutôt les méthodes allemandes, lourdes et étroites, qui ont imprégné tout notre enseignement. Si quelques professeurs de l'Ecole des Chartes, oublieux des traditions de clarté léguées par les Bénédictins, se sont mis à la remorque des érudits d'outre-Rhin, il ne faut

(1) Dbmoli.ns (E.) : A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons. Didot. Prix : 3 fr. 5o. L'Education nouvelle : l'Ecole des Roches. Paris, ibid. Prix : 3 fr. 5o.

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pourtant pas oublier que cette Ecole est un de nos meilleurs foyers de formation intellectuelle, car elle discipline l'esprit et l'habitue à la critique et à la précision, par la recherche de la vérité objective qu'il faut arracher aux erreurs de la tradition, à l'obscurité des textes et aux passions des hommes. Enfin, aux intelligences ouvertes et curieuses, qui refusent de s'enlizer dans l'amoncellement des faits, l'Ecole conseille la synthèse. Son enseignement, très spécial, est, peut-être, trop exclusif des idées générales; mais, précisément, le rôle de la Sorbonne est de donner cette direction, et, si la Sorbonne ne la donne pas, elle manque à sa mission.

Pour nous, ce n'est pas tant à l'Ecole des Chartes qu'il faut s'en prendre, ni même à la science allemande, mais surtout à l'impuissance de la philosophie moderne. C'est à la philosophie qu'appartient, en effet, la connaissance et l'étude des principes généraux, capables de satisfaire l'intelligence et de la guider vers la vérité. Bien qu'elle ne puisse, à elle seule, percer le mystère de la vie, une philosophie saine et forte est absolument nécessaire. Or, la philosophie moderne n'a point été à la hauteur de sa tâche. Dans la déroute des doctrines, les esprits se sont accrochés désespérément au savoir positif, à la matérialité des faits, à la minutie des détails, pour essayer, d'abord, d'en tirer la synthèse qui leur manque, puis, pour ne pas s'en aller à la dérive dans la nuit. Mais la critique est négative et l'érudition est bornée : ce n'est point d'elles seules qu'il faut attendre la lumière. Oui donc ouvrira, toutes grandes, les fenêtres de notre vieille Sorbonne où les plus belles intelligences s'usent, s'atrophient et se gâtent? Lesérudits qui vieillissent sur les textes sans chercher à découvrir les lois auxquelles sont soumises les sociétés humaines? Non. Les savants, qui dissèquent la nature pour y trouver le mécanisme de la vie? Non, Les philosophes qui croient que la raison atteint tout et suffit à tout? Non plus.

Ce seront les catholiques... Notre heure viendra. Du haut des chaires solennelles où parlent des morts, tomberont bientôt sur les intelligences de nos fils, avides d'unité et de lumière, des paroles de vie...

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