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CHAPITRE IV La Profession

Après avoir étudié les grandes lignes d'une organisation sociale plus juste et plus rationnelle, après avoir compris pourquoi la famille doit se trouver à la base de toute société normalement constituée, il importe encore de bien connaître les intérêts essentiels de la profession, si méconnus par la Révolution (i) et de faire ressortir l'utilité de l'association corporative qui, en rendant ses droits au travail, rendra aussi l'aisance à la famille, la femme au foyer et la paix à la société.

Pour bien faire comprendre la nécessité de l'organisation corporative et pour mieux montrer comment elle constitue un des plus puissants éléments de rénovation sociale, nous ne saurions mieux faire que rappeler ce que déclarait naguère le comte de M un :

« Un pays ne peut pas vivre dans les conditions sociales et économiques qui instituent en permanence la lutte entre les deux éléments du travail.

« Autrefois, il y avait des ordres dans l'Etat, aujourd'hui il n'y en a plus, mais il y a des professions. C'est sur elles que peut désormais reposer l'organisation sociale : ce sont elles qui peuvent devenir les corps permanents chargés de représenter les individus et de parler pour eux.

« J'ai souvent entendu dire que l'esprit d'association, qui fut la force vivifiante de l'ancienne France, était mort. Les faits protestent contre cet arrêt irréfléchi. Je vois, au contraire, que, de toutes parts, le sentiment profond des souffrances endu-

(i)On sait que la loi Chapelier fit défense aux ouvriers de s'associer et de se réunir pour tenir conseil sur leurs prétendus intérêts communs (17 juillet 1791).

rées,, des droits méconnus, des intérêts froissés enfante un irrésistible mouvement de retour vers le groupement en association des individus atteints par le dommage commun. Bien loin d'être mort, l'esprit d'association est partout, mais, jusqu'ici, les institutions et la loi le tiennent étouffé...

« Il faut que l'esprit d'association devienne l'esprit corporatif, c'est-à-dire que, du sein de toutes les professions, il s'élève un effort énergique, une revendication infatigable vers leur propre reconstitution en corps permanents, pourvus de tous les droits qui constituent un corps : la propriété, la juridiction, la représentation légale.

« Voilà la grande réforme constitutionnelle sans laquelle toutes les autres seront vaines (i). »

Vogelsang, de son côté, déclare qu'il « faut réformer de fond en comble le monde du travail et rétablir les associations professionnelles. Ou bien, dit-il, l'intérêt général de la Société apparaîtra et prévaudra de nouveau dans l'Etat, ce qui ne peut se faire que par une organisation corporative avec ses garanties et ses autonomies constitutives refrénant la bureaucratie, ou bien on retournera bien des siècles en arrière à l'antique économie de l'esclavage... ». Et Vog-elsang ajoute : « Comme des îlots de bon augure, surgissant du marécage de l'égalité universelle, on voit se reformer les corporations... Le métier réclame le droit de représentation de ses intérêts dans la forme de vie corporative nouvellement acquise. Il l'exige pour lui et, sachant que l'union fait la force, pour toutes les autres classes vouées à la production...

« Les peuples commencent à reconnaître la partialité inouïe, la dureté et la nocivité de la représentation parlementaire, sa faillite vis-à-vis des besoins réels. Dans la mesure même de leur énergie et de leur sagesse, ils sont conduits à lutter pour la création d'une représentation pliis conforme au droit et à la réalité (2). »

Etudions donc les questions qui touchent à l'organisation du

(i) Discours prononcé à Romans, en nov. i888.Cf. de Mun : Discours (cité plus haut).

(a) Vogelsang. Extraits de ses œuvres, pp. 46, i5, 34 (déjà cité).

travail et plus spécialement au mouvement syndical, puis nous verrons quelles sont les améliorations que la corporation, secondée par l'Etat, peut apporter au régime du travail.

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