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ŒUVRES D'ORGANISATION SOCIALE

1° Institutions communes à la ville et à la campagne.

On trouvera dans ce chapitre les renseignements concernant quelques institutions profondément sociales, communes à la fois à la ville et à la campagne.

Parmi ces œuvres et institutions, il en est évidemment qui, comme les syndicats et les coopératives de production, se développent plus aisément dans les villes, mais il n'en est aucune qui ne puisse également trouver son application dans nos campagnes et nous estimons que c'est fausser quelque peu l'esprit que de faire rentrer dans les institutions urbaines : i° le syndicat, qui peut grouper non seulement des ouvriers des villes, mais aussi les ouvriers des exploitations agricoles et forestières et les ouvriers des industries isolées, comme les filatures échelonnées le long de nos rivières et les distilleries et sucreries perdues dans la campagne ; i° les coopératives de crédit ouvrier, qui sont de nature à rendre de grands services aux ouvriers agricoles ; 3° les coopératives ouvrières de production qui peuvent vivre et se développer au milieu de nos populations rurales : coopératives de dentelleries, coopératives de tisseurs, coopératives de vanniers, etc.

3g6 LA VIE SOCIALE

Le Syndicat. Comment le créer et comment le faire vivre m

Le syndicat, en tant qu'il groupe les ouvriers des villes ou les ouvriers des champs, ou mieux, tous les salariés de l'industrie, du commerce et de l'agriculture, est une institution commune à la ville et à la campagne. Nous parlerons plus loin, sous la rubrique « Institutions spéciales à la campagne », des syndicats agricoles proprement dits, c'est-à-dire des associations formées entre propriétaires terriens, fermiers et métayers, associations qui, d'ailleurs, sont moins des syndicats que des coopératives.

D'autre part, nous avons déjà parlé assez longuement du syndicat pour qu'il soit inutile, maintenant, de nous y arrêter longuement.

Bornons-nous donc à recommander des études qui, en quelques pages concises, nous diront comment il faut s'y prendre pour créer un syndicat et pour le faire prospérer.

Mais, comme il importe particulièrement, quand il s'agit d une institution si importante, de ne pas s'écarter des doctrines du catholicisme social, mais, au contraire, d'en manifester toute P « efficacité » , nous ne recommanderons que l'étude publiée dans le Manuel social pratique, sous le titre : Les Syndicats : caractères généraux : Syndicats d'ouvriers, syndicats d'employés, syndicats féminins (pp. 161-167).

Ces vingt pages, dont il n'est pas un mot qui ne porte, peuvent être considérées comme ce qui a été écrit de plus complet et de plus pratique sur ce sujet.

« Dans chaque comité de syndicat, il faut des hommes fermes, « d'esprit large, tenaces, persévérants, confiants dans les causes «. qu'ils soutiennent... La direction du syndicat n'appartiendra « jamais qu'à une minorité, une élite d'hommes extrêmementdévouée. <( Le syndicat doit avoir : i° un programme social et donc étudier « et connaître les principes généraux ; 20 un esprit qui naîtra de « l'adoption môme des principes adoptés pour la réalisation de l'or- « dre social entrevu. »

Et plus loin, à propos de l'organisation :

« On peut partout observer ces quatre points que nous considé- « rons comme essentiels, savoir: i° un petit local toujours le même; « 20 tenir des séances de commissions et des assemblées générales à

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« dates fixes ; 3° avoir un secrétaire visible au siège social, à jour « et à heure déterminés, même appointé, si cela est nécessaire ; « 4° veiller à la régularité des perceptions de cotisations par des « collecteurs appointés et contrôlés... » (pp. i55 et i56).

<v~ Consulter également :

Séverac(G.) : Guide pratique des syndicats professionnels - Paris, Rivière, 1908, 1 vol. in-12 de 181 p. Prix : 2 fr. — et pour la propagande : De Seilhac (Léon). Association et syndicats. Reims, Act. Pop., et Paris, Lecoffre,[s. d.],in-i6de 32 p. Prix : o fr. 25. — Jean : Le Syndicalisme (déjà cité p. 354).

Coopératives ouvrières de production. La coopérative ouvrière de production est une institution sociale qu'il faut encourager, car elle procure aux ouvriers une plus grande indépendance économique et des bénéfices plus considérables, mais, comme cette institution, où la discipline est assez difficile à obtenir, se double encore d'une entreprise, elle comporte bien des aléas et des déboires. On consultera ci-dessus: Manuel social pratique, pp. 170-177, et une très bonne brochure :

Hachtn. — La Coopération ouvrière de production. — Reims, Act. Pop., et Paris, Lecoffre [s. d.], in- 16 de 32 p. — Prix : o fr. 25.

~~ L'étude d'HuBERT-VALLEROux : La Coopération, 2e éd., Paris, Lecoffre, 1904, est également intéressante à consulter, bien que l'auteur (et c'est un peu son habitude lorsqu'il s'agit d'institutions ouvrières) ne semble pas très enthousiaste. On partagera plutôt l'opinion de M. Hachin :

« Il est manifeste que les hommes tendent à une plus grande indexe pendance économique, mais ils poursuivent ce but sous différentes « formes ; l'action législative, l'action syndicale, la coopération de « production sont les principales méthodes par lesquelles les travail- « leurs semblent vouloir conquérir cette indépendance. Une des for- « mes l'emportera-t-elle sur les autres, en accomplissant^ elle seule « et d'une façon absolue, la rénovation sociale désirée? Ou bien, au « contraire, concourront-elles parallèlement au même but? Nous « inclinons plutôt vers cette dernière solution et notre conclusion sera n celle que nous donna M. Bourguin dans son beau livre sur les k Doctrines socialistes et l'évolution économique. Aucun système

« radical, ni l'individualisme absolu, ni le collectivisme intégral, « ni le coopératisme généralisé ne paraît en mesure d'imposer sa « solution simpliste à un organisme aussi complexe que celui des « sociétés contemporaines » (p. 34).

Ce qui n'empêche pas l'auteur de se demander si la coopération de production n'est pas « l'embryon d'une vaste organisation économique dans laquelle la condition sociale des producteurs sera transformée ».

Coopératives de consommation. On ne trouvera pas de meilleure étude que celle de Gh. Gide, un protestant, à l'éloquence et à l'esprit chrétien duquel nous sommes heureux de rendre hommage :

Gide (Gh.). — Les Sociétés coopératives de consommation. Nouvelle édition refondue et augmentée. — Paris, Colin, 1910, in-18 de 192 p. — Prix : 3 fr. 5o

« J'espère [dit l'auteur] que ce livre aura pour effet d'intéresser à « la coopération de consommation ceux qui ne la connaissent pas « encore, en leur montrant combien elle est diversifiée, copieuse, com- « ment cette institution, qui semblait si modeste dans son origine, « une pauvre petite graminée dans la flore économique, est en train « de devenir une forêt de haute futaie, et pourquoi, déjà, des millions « d'hommes viennent s'asseoir à son ombre » (p. vij.

-w», Voir aussi : Manuel social, pp. 3o6-354. — Corréard : Les Sociétés coopératives de consommation en France et à l'Etranger. Paris, Lethielleux, 1908, in-16 de xxiv-3oi p. Prix : 3 fr. ; — dans Hubert-Valleroux, cité ci-dessus, les pages relatives aux coopératives de consommation, — et Ch. Gide : La Coopération, conférences de propagande. Paris, Larose, 2e éd., 1906. Prix : 5 fr.

Coopératives ouvrières de crédit. Si les grands industriels et les grands commerçants trouvent assez facilement le crédit nécessaire à leurs opérations, il n'en est pas de même des travailleurs des classes moyennes qui, faute d'un peu d'argent, ne peuventétendreou perfectionner leurindustrie,nisurmonterdes obstacles imprévus. De même, l'ouvrier, souvent, ne peut se procurer les outils ou machines indispensables qui lui fourniraient un salaire d'appoint ou lui permettraient d'arriver insensible-

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ment au petit patronat. De là, l'utilité des coopératives de crédit ouvrier et des coopératives de crédit commercial et bourgeois.

Sur les coopératives de crédit ouvrier, on lira, dans l'opuscule, cité plus loin, de Durand : La Caisse rurale, quelques pages consacrées àla. caisse ouvrière, « œuvre, dit l'auteur, qui peut soulager bien des misères, sécher bien des pleurs, et cela suffit à l'ambition des hommes de cœur qui lui donnent leur dévouement ».

Voir encore :

Cetty : Une caisse ouvrière. Saint Joseph de Mulhouse : Reims. Action populaire, et Paris, Lecofïre (s.d.), in-16 de 33 p. Prix : o fr. 25. — Becouincourt : Une caisse ouvrière à Reims; Action populaire, ibid. — Manuel social pratique,

pp. 178-180.

Coopératives de crédit des classes moyennes. Les coopératives de crédit commercial ou bourgeois, appliquées aux classes moyennes, petit commerce et petite bourgeoisie, se sont bien développées en France, mais elles sont surtout florissantes en Italie. Elles sont généralement désignées sous le nom de banques populaires, dont M. Rayneri, leur promoteur, a écrit :

« Une banque populaire est une association de travailleurs honte nêtes, d'hommes de progrès, qui, sans distinction d'opinion ou de « confession, mettent en commun leurs épargnes, leur expérience, « leur intelligence pour se procurer mutuellement le crédit à bon « marché, diriger vers les activités locales une partie des capitaux « disponibles et bénéficier des produits des opérations communes. » [Et plus loin] ...« Les banques populaires ne sont pas non plus des « œuvres de bienfaisance. Schulze-Delitzsch a écrit : « Une banque « populaire, qui veut s'assurer un avenir durable, doit avoir soin de « repousser toute apparence d'institution de bienfaisance. Sa mis- « sion n'est pas de distribuer des secours aux indigents, mais de « protéger contre l'indigence. Elle n'est pas un hospice d'incurables, « mais une institution d'hygiène économique » (p. i4 de l'ouvrage ci-dessous).

Sur ces banques populaires, auxquelles il convient, quoi qu'en dise M. Rayneri, de donner, si les circonstances le permettent, un caractère nettement catholique, on lira :

Rayneri : Manuel des banques populaires. Menton, 1894, in-4

de 336 p. Prix : 5 fr. — Ou, du même auteur : Vade mecum pour l'organisation en France du Crédit Populaire urbain. Menton, Imp. coopérative mentonnaise. 1909, broch. in-8. Prix ; 1 fr.

Mutualités. On sait que les sociétés de secours mutuels ont généralement pour but d'assurer à leurs adhérents une indemnité en cas de maladie, d'invalidité, d'accident, de mariage, de vieillesse et de mort. La mutualité, d'une inspiration si évangélique qu'on la retrouve aux origines des premières communautés chrétiennes, est une excellente école de formation sociale et se prêtera merveilleusement à la réorganisation de notre société sur des bases naturelles, la famille et la profession.

« Une des œuvres les plus urgentes, dit, en effet, M. Dédé dans la préface de l'ouvrage que nous citons plus loin, nous a paru être la consolidation des liens familiaux et professionnels. Nous croyons que la mutualité, mieux comprise, pourrait être, à cet égard, d'un utile service et nous nous efforcerons d'indiquer son rôle économique et social. Nous voudrions tirer nos sociétés de secours mutuels de la routine où elles s'enlizent, c'està-dire de l'individualisme, qui nous vient de la Révolution et qui a faussé les rouages de la Mutualité, comme il a faussé tous les autres. »

Dedé (E.). — Les Sociétés de secours mutuels, Isur rôle économique et social. Principe. Organisation, fonctionnement, avec préface du comte Albert de M un. 3e éd. — Paris, Bonne Presse, in-12 de xvm et 353 p. — Prix: 3 fr.

C'est l'œuvre, très complète et 1res pratique/d'un homme convaincu qui, dans son journal, le Mutualiste français, soutient vaillamment le bon combat.

~~ Consulter également :

Manuel social : les Mutualités, pp. 35G-420. — Pour propagande, la brochure de E. Dedé : Mutualité. Législation et statuts, Reims, Act. popul.,etPans, Lecoffre [s.d.], in-iG de 82 p. Prix; o i'r. 25. — Cheysson : L'Action sociale de la femme dans la mutualité. Paris, 1902, Société d'Economie sociale (épuisé). (Extrait de la Réjorme sociale du 16 avril 1902).

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Les Caisses d'épargne. La caisse d'épargne rentre bien, ce nous semble, dans la catégorie des œuvres d'organisation sociale puisqu'elles ne devraient être qu'une forme spéciale et supérieure de la mutualité, mais l'Etat s'est complu à favoriser les instincts individualistes des déposants, de sorte que ces institutions, qui auraient pu être une excellente école de formation sociale et un remarquable élément de progrès économique pour la ville et pour la région, sont engravées dans l'égoïsme et dans la routine. Il y a là un danger que les caisses privées doivent éviter. On trouvera de bonnes pages sur ce sujet dans :

Bosc (André). — Le Rôle social des caisses d'Epargne privées en France et en Italie. — Paris, Rousseau, 1909, in-8 de 182 p. — Prix : 5 fr.

« Notre pays pourrait trouver, dans une modification de notre mode d'emploi des fonds des déposants, un puissant stimulant « pour le développement de ses conditions économiques et de son éco- « nomic sociale. Le libre emploi ne rencontrera pas, en France, le « terrain si bien préparé que lui a offert l'Italie. Il trouvera, pour « l'arrêter dans son essor, la nature un peu craintive et profondé- « ment individualiste de nos déposants, la tradition séculaire de nos « établissements d'épargne et notre tendance vers la centralisation, « vers la suppression de toute vie locale, de toute activité régionale, « indépendante et autonome. Mais si nous devons renoncer à des « espoirs trop vastes, nous ne devons point hésiter, pourtant, devant <c une modification de notre régime français » (p. 166).

~~ Enfin, si on veut une étude d'ensemble, très « au point », il faut lire le livre récent de :

Lepelletier (F.). — Les Caisses d'épargne [en France et à V étranger^. — Paris, Lecoffre, 191 1, in- 12 de 243 p. — Prix : 2 fr.

Les conclusions de l'auteur sont sensiblement les mêmes que celle d'André Bosc : «Si Ton ne veut pas, dit-il, que Tépargne demeure une vertu individuelle et, en un certain sens, égoïste; si Ton prétend l'associer à la vie économique et sociale du pays, il est indispensable de ne point en stériliser les efforts par la mainmise de l'Etat sur la totalité des capitaux

aô

qu'elle rassemble, et d'en étendre le fruit à la collectivité tout entière. »

Caisses de chômage. Par le chômage volontaire et surtout par le chômage forcé, les ouvriers perdent le salaire qui assure leur subsistance; c'est ce qui a fait dire à M. Cagninacci.

« L'assurance chômage..., clef de voûte de tout le système des assurances sociales, est celle dont l'organisation pratique est le moins avancée; et cependant le chômage est une plaie qu'il faudrait guérir. A quoi bon organiser, en effet, tout un réseau d'assurances contre la maladie, la vieillesse ou l'invalidité, si le travailleur est sans cesse menacé de se voir privé par un chômage involontaire de ce salaire régulier qui, seul, peut lui permettre, et au prix de lourds sacrifices parfois, d'alimenter les autres assurances. Qu'est-ce à dire, sinon que ce problème des assurances sociales ne sera pleinement résolu que le jour où l'on aura pleinement réussi à garantir les travailleurs contre le risque de chômage, cet ennemi qui paralyse tous leurs efforts. »

Plusieurs bons travaux ont été consacrés à l'assurance contre le chômage. Depuis les travaux de Cagninacci et de Variez, une étude complète a été récemment publiée, que nous ne saurions trop recommander :

Las Cases (Phil. de). — Le Chômage. — Paris, Lecoffre, 1909, in- 12 de 191 p. — Prix ; 2 fr.

Voir aussi :

Duthoit : Vers l'organisation professionnelle, déjà cité — le Manuel social pratique, pp. 199-203. — On pourrait consulter aussi Cagninacci : Le chômage et les moyens d'y remédier particulièrement par l'assurance. Paris, Rousseau, 1903, in-8 de vn-332 p. Prix : 8 fr. — et surtout L. Varlez : Les Formes nouvelles de l'assurance contre le chômage. Paris, Rousseau, 1903, in-i 2 de 272 p. Prix : 3 fr. 5o.

Les Ligues sociales d'acheteurs. — Nous n'hésitons pas à faire entrer, parmi les œuvres d'organisation sociale, les Ligues sociales d'acheteurs qui ne sont, en somme, que des syndicats

L ACTION SOCIALE faoS

d'acheteurs et qui nous paraissent bien revêtir les caractères qui distinguent les œuvres organiques.

« Les L. S. A., lisons-nous dans le Guide social de 1910, ;ont des groupements d'actions de première valeur...

« Acheter est une fonction sociale, disent les Ligues avec raison : par votre acte d'achat, vous exercez, sur un point donné, une pression économique, vous faites de X action directe. Cet acte a pour caractère essentiel de ne pas être simple du tout, en dépit des apparences : il est très gros de complexités et peut devenir malfaisant, si Ton n'y prend garde. Le moment où vous ferez votre achat, la manière dont vous le ferez peuvent avoir de profondes répercussions, causer ou permettre la misère d'un grand nombre de producteurs. On ignore généralement les dessous de la production, parce que les intéressés les dissimulent sous des dehors trompeurs; vous ferez donc une chose excellente, en vous instruisant des réalités et en subordonnant vos actes aux notions que vous avez acquises. » On lira:

Deslandres (M.). — L'Acheteur, son rôle économique et social. Les ligues sociales d'acheteurs. Paris, Alcan, 191 1, in-8 de vn-5io p. Prix : 8 fr. — On pourrait compléter cet excellent livre par les comptes rendus des Congrès des Ligues sociales d'acheteurs, les tracts édités par cette ligue et le Bal" letin des L. S.A., Paris, 28, rue Serpente. Un an : 5 fr.

Bien de famille. — Nous avons également eu l'occasion de parler du bien de famille quand nous avons cherché les moyens d'asseoir la famille sur des bases plus solides. On se reportera donc aux pages que nous lui avons consacrées et aux auteurs recommandés (p. 338).

Œuvres d'organisation sociale :

2° Institutions agricoles.

Si les catholiques ont laissé les socialistes fonder, dans les villes, une multitude d'œuvres organiques, ils ont, par contre, sur eux dans les campagnes une avance considérable qu'il convient de conserver.

L'action rurale des catholiques s'est surtout exercée en faveur

4o4 LA VIE SOCIALE

des petits propriétaires extrêmement nombreux; mais, à côté d'eux, il y a la classe des salariés agricoles que nous avons trop négligée et qui déjà formule impérieusement ses revendications. Le socialisme agraire est en marche; il dépend de nous d'enrayer ce mouvement révolutionnaire, en créant, pour les ruraux, les institutions sociales dont ils ont tant besoin.

Ces institutions, nous les connaissons: ce sont, ne l'oublions pas, les syndicats, les mutualités, les coopératives et toutes les œuvres ouvrières que nous venons d'étudier et qui peuvent vivre et prospérer dans nos campagnes.

A côté de ces œuvres qui groupent les salariés, il en est d'autres,dont nous allons parler, qui s'adressent exclusivement aux producteurs, propriétaires, fermiers, métayers. Ce sont ces œuvres qu'on désigne ordinairement sous le nom d'œuvres agricoles. Elles sont également utiles, mais les premières obligent tout autant notre conscience.

De quelques connaissances utiles aux ruraux. L'action rurale demande une préparation très sérieuse et aussi très spéciale, que, seule, la pratique et l'étude peuvent donner. N'est pas « paysan » qui veut. Si l'homme d'action doit posséder une information sûre et des connaissances techniques indiscutables, c'est bien lorsque son activité s'exerce sur les paysans ombrageux et méfiants à l'égard des « gens de la ville ». Il convient donc que le rural parle au rural. Les petits cultivateurs et les gros propriétaires terriens peuvent exercer autour d'eux une influence profonde; encore faut-il qu'ils connaissent parfaitement, non seulement les grands problèmes dont la solution importe tant à l'agriculture, mais aussi maints petits côtés de la vie rurale.

-w-w Sur les questions rurales en général, on lira le petit livre suivant, très intéressant et très complet, qui donnera une juste idée de la multiplicité et de l'importance des questions qui s'olfrent à l'attention des hommes d'action :

Moro, Lassale et Terrel : Programme d'études pour groupes ruraux. 1910, in- 16 de 196 p. — Lyon, Chronique sociale de France. — Prix : 1 fr. 5o.

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On trouvera également des vues intéressantes et nouvelles dans les rapports publiés dans le compte rendu du Congrès social agricole d'Angers (mars 1908), tenu par Y Association catholique de la Jeunesse Française. Blois, Rivière; et Paris, siège de l'Association, in-8 de4i6 pages. — Prix : 3 fr. (Edition in- 16 de 243 p. Prix : o fr. 65.)

<w* Enfin, il faut' compléter ces études théoriques par la lecture du livre suivant qui nous apprendra comment quelquesuns ont su appliquer nos doctrines :

Paysans de France. 2Q édition. — Reims, Act. Pop., et Paris, Lecoiïre, 1908, in- 12 de 320 p. — Prix ; 2 fr. 5o.

Cet ouvrage est un recueil de monographies et d'études écrites par des ruraux qui signent de BoissiEU,de Villebois- Mareuil, de Bizemont, Gérald, Lassale, Terrel, etc. Leur exemple ne peut qu'inciter à l'action tous ceux qui « aiment le sol natal, qui croient en sa vertu réparatrice, qui préviennent sa désertion, qui aspirent à reprendre aux villes les conquêtes funestes qu'elles ont faites sur les campagnes ».

Préparé par la lecture de ces livres ou documenté par eux, le catholique rural pourra songer à l'action, dont il trouvera plus loin, les formes principales.

-ww Sur la Propriété rurale, on lira le bon livre suivant :

Flour de Saint-Genis. — La Propriété rurale en France. précédé d'un rapport de M. de Fouille. — Paris, Colin, 1902, in-8 de xvnt-445 p. — Prix ; 6 fr.

M. de Foville, dans un rapport fait par lui à l'Académie des sciences morales et politiques, dit de l'auteur qu'il a « la compétence d'un spécialiste, la documentation précise et abondante d'un statisticien et d'un érudit, la dialectique d'un juriste et, quand il le faut, la hardiesse d'un réformateur ».

Consulter aussi :

La Petite propriété rurale en France, 1908- 1909, enquête monographique. [Enquête du Ministère de l'Agriculture.] Paris, Berger-Levrault, in-8 de 35o p. ; cartes et graphique. Prix : 3 fr. 00. — Michel : Etudes statistiques : Un canton type,

4o6 LA VIE SOCIALE

la propriété, les habitants. Paris, Berger-Levrault, 1908, 3 vol. de 4oo à 5oo p. environ. Prix des deux vol. parus : 12 et i3 fr. — Convert : L'Industrie agricole, climat, 50/, population, plantes, animaux. Paris, Baillière, 1901, in-12 de xi 1-444 p. Prix : 5 fr.

<v~ Sur le Métayage, on pourra lire :

Ratouis de Limay. — Le Métayage et lès baux à colonage partiaire dans le déparlement de Vlndre. — Châteauroux, Langlois, 1896, in-8 de 236 p. — Prix : 2 fr. 5o (à la veille d'être épuisé).

« Ce n'est pas seulement le trait d'union le plus intime entre le possesseur et le travailleur, le rapprochement et la réunion des forces contributives de chacun, ce peut être encore un des plus efficaces moyens de moralisation. »

>wv Sur le Droit rural : on a le choix entre Rivet, Butel, Zolla, Faisant etLesage. Le travail de ce dernier auteur est très précis, très clair, très complet :

Lesage : Petit Dictionnaire de Droit rural et usuel, manuel pratique à l'usage des propriétaires et des fermiers. Paris, 1909. Librairie Agricole de la Maison rustique (26, rue Jacob), in-12 de vi-i3g p. Prix: 2 fr. — et du même auteur : Le Gode de Législation rurale, gr. in-8 de 1800 p. Paris, ibid. Prix : 26 fr.

-w^ Sur r agriculture rationnelle, une bonne étude, claire, agréablement illustrée, utile à répandre :

Dumont (R.). — Routine et progrès en agriculture. — Paris, Larousse, [s. d.] in-8 de 224 p. — Prix : 1 fr. 80.

Les syndicats agricoles. On désigne généralement, sous le nom de syndicat agricole, une association de producteurs propriétaires ou exploitants. M. de Rocquigny, délégué au service agricole du Musée social, est, avec M. de Gailhard-Bancel, un des plus actifs promoteurs de ces syndicats qui ont si puissamment contribué à maintenir la paix sociale dans nos campagnes et qui ont rendu à nos « paysans » tant de signalés services. « Le syndicat agricole, dit M. de Rocquigny, est un type d'association rurale bien français par son origine, une

l'action sociale 4°7

conception spontanée du génie de notre race : c'est aussi dans notre pays qu'il s'est développé et transformé progressivement de façon à acquérir la forme d'action définitive qui permet de le présenter aujourd'hui comme l'association agricole modèle. »

« II importe de chercher à fixer par suite de quelles lois mystérieuses, dérivant de la logique des choses et des besoins particuliers de notre temps, ces associations se sont élevées, des procédés les plus élémentaires de la coopération à la pratique d'un véritable devoir social ; comment elles ont, peu à peu, abordé les divers progrès matériels et moraux que réclament les conditions des paysans; comment, par l'union et le soutien mutuel, elles travaillent efficacement à répandre le bien-être, la sécurité du lendemain et à atténuer les inégalités sociales. »

~~ Consulter les excellents livres de :

Rocquigny (Comte de). — Les Syndicats agricoles et leur œuvre. — Paris, Colin, 1906, in-18 de xxxn-4i2 p. — Prix : 4 fr.

-vw Signalons encore :

De Gailhard-Bancel (H.) : Quinze années d'action syndicale. Paris, 1900, Lamulle et Poisson (aujourd'hui, imprimerie Valentinoise à Valence), in-8 de 386 p. Prix : 4 fr- 5° — ou plutôt le Manuel Pratique des Syndicats agricoles, avec préface d'Emile Duport (8e édition, revue). Paris, ibid. (etSoc. des Agric. de Fr.). 1907, in-8 de n4 p. Prix : 1 fr. 26 ; — et surtout le Manuel Social, pages 1 à 5o. Ces pages sont absolument parfaites. — Pour la propagande, répandre les études et monographies de Y Action populaire : par ex. : de Vismes : Association agricole. Reims, Action populaire, et Paris, Lecoffre [s.d.],broch.in-i6 de 32 p. Prix : o fr.25 — et Valéry: Syndicat agricole modèle à Quet enBeaumont. Reims, ibid.

Coopératives agricoles de production. A côté du syndicat, et sans se confondre avec lui, se place une autre institution, également utile aux agriculteurs et nécessaire à la prospérité de nos campagnes, ce sont les coopératives agricoles de production. C'est pourquoi M. Colliez, après avoir constaté l'infériorité de la France sur les divers marchés du monde, déclare que le remède est dans la coopérative de production.

4o8 LA VIE SOCIALE

«C'est, dit-il, l'association : association pour la production, association pour le transport, association pour la vente, qui a permis à l'agriculture danoise de conquérir en moins de vingt ans sur le marché anglais la situation qu'on lui connaît.

<< C'est grâce à l'association pour la production et pour la vente que les laiteries de Sibérie ont pu en six ans obtenir pour leurs beurres sur le marché de Londres une place presque égale à la nôtre. C'est encore grâce à l'association que l'agriculture italienne est arrivée à dominer de la sorte les marchés autrichiens et allemands et à augmenter en moins de quinze ans ses exportations de 5o o/o.

a Entrons donc franchement dans la voie que nous montrent nos concurrents; nous en retirerons des avantages considérables, non seulement au point de vue économique, mais encore au point de vue social. La poursuite d'un but collectif", la mise en commun des efforts développent, en effet, un vif sentiment de solidarité et d'union ».

A défaut d'un bon travail d'ensemble sur ce sujet, nous renvoyons encore au :

Manuel social pratique qui étudie les caractères communs de la coopération agricole, puis consacre quelques pag-es aux laiteries, fromageries, caves, sucreries, distilleries, cidreriescoopératives ainsi qu'aux moulins coopératifs (pp. i5oet suiv.).

Puis nous pourrons consulter :

Colliez : Les Associations agricoles de production et de vente. Préface de P. Deschanel. Paris, Guillaumin, in-8 de i84 p. Prix : 2 fr. — Berget (Acl.) : La Coopération dans la viticulture européenne. Lille, Devos, 1902, in-8 de 716 p. (épuisé). — Rozeray : Etudes sur les beurreries coopératives et l'industrie laitière dans le département des Deux-Sèvres. Niort, Clouzot, 1900, in-8 de 180 et xvni p. Prix : 2 fr. 5o. — Tuefaine : Les Laiteries coopératives en France. Lille, Robbe, 1902, in-iC de i5o p. Prix : 3 fr. 5o. — On trouvera d'autres monographies à Y Action populaire ou au Musée social.

Coopératives ouvrières de crédit ou Caisses rurales, L&caisse rurale, dont le développement et la prospérité sont si remarquables, peut se définir ainsi « une association de travailleurs

honnêtes habitant la même commune ou deux communes voisines et s'unissant dans le but de procurer à chacun d'entre eux le crédit qu'il mérite et qu'il ne peut trouver individuellement ». Elle est, dit M. Durand, son zélé promoteur, a une action sociale, une influence moralisatrice qui lui méritent la sympathie et le concours de tous les hommes de bien ».

Bien que les études de Fagneux, de Dufourmantelle et de Ray ner i (i) soient sérieusement faites, on leur préférera les travaux de Durand, qui a su donner à ses caisses rurales, si prospères et si indépendantes, un caractère nettement catholique :

Durand : La Caisse rurale chez l'auteur. Lyon, 97, avenue de Saxe. Prix : 1 fr. — Du même auteur : Manuel Pratique à l'usage des fondateurs et administrateurs des Caisses rurales (i5e mille). Paris, Bonne Presse, 1909, in-4 de x-25o p. Prix : 1 fr. — Manuel Social, pp. 62-86. — Pour la propagande : Terrkl (J.) : Du crédit agricole. Beims, Act. Pop., et Paris, LecofFre [s. d.], in-16 de 32 p. Prix: o fr.25. — Et les autres brochures de Y Action Populaire. — Enfin, citons, à titre documentaire : Le Crédit agricole... Paris, Ministère de l'Agriculture, et Boustan, 191 1, 2 vol. in-8 de 112 et 63 p. Prix : 3 fr. les deux volumes.

Les assurances agricoles. Les assurances agricoles ont pour but de mettre le cultivateur à l'abri des périls qui le menacent, par le payement, en cas de désastre, d'une prime qui le dédommage, en partie, de la perte éprouvée. Des compagnies financières et de grandes mutuelles offrent leurs services aux petits cultivateurs qui peuvent en profiter, mais qui ont tout intérêt à fonder une société locale d'assurances mutuelles parce qu'elles leur donnent plus de sécurité et parce qu'elles acceptent les risques à meilleur marché. «Les modestes groupements, dit M. de Rocquigny, multipliés un peu partout, tendent à implanter solidement dans les campagnes l'esprit de solidarité et fournissent une base excellente à toutes les appli-

(1) Faoneux(L.) : La Caisse de crédit Raiffeissen... Paris, Leclerc,ï9o8, in-8 de 386 p. Prix : 7 fr. {épuisé) —Dufourmantelle : Ls Crédit agricole, Menton, Centre fédératif du crédit populaire. Prix : i fr. — M. Raynerj : Manuel du crédit agricole, Menton, ibid. Prix: i fr. 5o.

cations, même supérieures, de la prévoyance et de la mutualité. »

«*w Voir dans le Manuel Social, pp. 91, 147, le chapitre intitulé Assurances agricoles, avec ses subdivisions : Notions communes . Mutuelle bétail. Mutuelle chevaux. Mutuelle incendie. Mutuelle grêle. Mutuelle accidents.

Lire aussi :

Rocouigny (Gte de) : Guide pour l'organisation des assurances mutuelles agricoles : Paris, Rousseau, 1908, et Musée social, in-8 de 9?. p. Prix : 1 fr. 5o. — Pelud et Arnaud des Essarts : L'Assurance mutuelle agricole contre l'incendie. Lyon, Chronique du Sud-Est, 1910, in-12 de i3o p. Prix : 1 fr. — Marcillac (de) : L'Assurance mutuelle du bétail. Périgueux, imprimerie de la Dordogne, in-8 de 200 p. Prix: 2 fr. 5o. (Epuisé.) — Enfin, on trouvera divers statuts de mutuelles dans les Actes Sociaux. Reims, Act. Popul., et Paris, Lecod're, [s. d.]. Prix: o fr. 25.

Telles sont les œuvres, essentiellement sociales, que les catholiques doivent créer chaque fois que les circonstances l'exigeront. Nous l'avons déjà dit, il en est d'autres encore sur lesquelles on trouvera tous les renseignements nécessaires dans le Manuel et dans les Guides d'action sociale cités plus haut.

Nous allons maintenant étudier les œuvres charitables proprement dites, qui, à l'heure actuelle, sont plus nécessaires que jamais pour panser les plaies de la société égarée...

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