ŒUVRES DE BIENFAISANCE SOCIALE
Qu'est-ce que la Charité ?
L'action sociale n'exclut point la charité. Sans amour du prochain, — car la charité, c'est Y amour — nos œuvres organiques elles-mêmes ne sauraient atteindre leur développement parfait. Elles fonctionneront bien sans doute, et la
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justice pourra n'être pas lésée, mais qui n'est que Juste est dur. Ce qui doit distinguer nos œuvres sociales chrétiennes, c'est la bonté; en les pénétrant de son doux parfum, elle les rendra plus justes, plus secourables et plus fraternelles... « C'est, dit Léon XIII, d'une abondante effusion de charité qu'il faut principalement attendre le salut. »
La charité, qui suscita au cours des siècles tant d'oeuvres sociales, est plus forte et plus féconde que la solidarité. Si la charité, inspirée par le Christ, peut amener un riche à se dépouiller de ses biens pour les donner à ceux qui souffrent et si elle peut aussi déterminer Un pauvre à se consacrer à Dieu pour mieux servir la société qui lui fut marâtre, la solidarité, elle, n'atteint les riches que pour en faire de mauvais payeurs et les gueux que pour en faire des révoltés.
La doctrine de la solidarité, dit Yves Guyot, « est devenue la philosophie officielle de la République. Introduite dans l'enseignement , elle est le contraire d'une doctrine morale, car l'œuvre de solidarité, au lieu d'être librement consentie, est extorquée (i) ».
Cette théorie, qui se présente sous les apparences « delà générosité et de la bienveillance, n'est qu'une doctrine de spoliation ».
Et M. Goyau, par ailleurs, déclare que, lorsque, « au nom de la solidarité, on s'évertue à réparer les dégâts commis par un certain libéralisme, on rend involontairement un double hommage à l'Eglise, puisque, d'une part, on reconnaît un mal qu'elle-même avait depuis longtemps proclamé, et puisque, d'autre part, les affirmations, par lesquelles on essaie de le corriger, ne sont qu'un démarquage des antiques affirmations de l'Eglise (2) ».
Il ne suffît pas de proclamer la transcendance de la charité chrétienne, il faut manifester par nos actes sa fécondité sociale et créatrice. Déjà, nous sommes décidés à créer toutes les institutions que le droit naturel et que la justice réclament; déjà,
(1) Yves Guyot, dans la Revue des Idées, i5 avril 1910, p. 343.
(2) V Eglise et les courants politiques du siècle, dans la Quinzaine, 16 décembre 1899.
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nous sommes résolus à imprégner ces œuvres de la fraternité évangélique,mais cela ne suffit pas; car il y aura toujours des maux à combattre, des misères à soulager, des enfants à assistermes mères à secourir, des blessures à guérir, des vieillards à soutenir (i). « Que le Peuple qui travaille, dit encore Léon XIII, soit aidé non seulement par des secours temporaires, mais par un système d'institutions permanentes, c'est là un fait qui doit être regardé comme un titre de gloire pour la charité . »
Dans les pages qui suivent, nous étudierons brièvement l'histoire de la charité, puis nous verrons comment, à côté des institutions charitables proprement dites, qui sont de tous les temps et de tous les lieux, elle a su revêtir des formes nouvelles adaptées à notre temps : habitations ouvrières, enseignement ménager, travaux d'appoint, jardins ouvriers, secrétariat du peuple, etc..
« C'est à la charité, dit P. Drillon, à la charité chrétienne notamment, qu'est échu le rôle de panser les plaies de l'âpre lutte. Mais cette charité, pour être pleinement efficace, s'harmonisera avec les réalités extérieures. A un état de choses nouveau correspondront, fatalement, des formes nouvelles qui n'en resteront pas moins, sous une apparence différente, la belle et éternelle charité (2) ».
* * Si l'on veut connaître la vraie nature de la charité, on ne manquera pas de se reporter au livre, déjà cité, de Mgr Gibier : Justice et charité, d'où nous extrayons les lignes qui suivent :
« L'Eglise catholique n'est pas une institution de philanthropie « humaine. Elle est une institution divine, qui a pour but premier et « immédiat le salut éternel des âmes, et elle met au-dessus de tout « les œuvres de zèle, qui donnent aux âmes la lumière, la vertu, « la grâce, la vie même de Dieu. L'Eglise, cependant, ne saurait « oublier qu'elle doit sanctifier et sauver des âmes, qui sont locali- « sées et comme enveloppées dans un réseau de misères corporelles, « et que sa mission seconde est de créer et de susciter des œuvres « de charité pour le soulagement des corps...
(1) Encyclique Graves de commani.
(2) Drillon (Pj, le Rôle social de lacharité, p. 63.
« Il y a, dans l'Evangile, un mot qui a souvent été mal interprété... « Lorsque les disciples s'indignaient de la prodigalité de Marie-Ma- « deleine versant au pied du Maître un vase plein de parfum, Jésusce Christ répondit par ces paroles : « Pourquoi affligez-vous cette « femme? Ce qu'elle vient de faire pour moi est une bonne œuvre. « Car vous avez toujours des pauvres parmi vous, mais moi, vous « ne m'avez pas toujours.» Jésus-Christ ne promulgue pas une loi, la « loi du paupérisme à outrance; il ne fait pas une prophétie, la pro- « phétie de la misère à perpétuité, il constate un fait, le fait du pau- « périsme qui existait de son temps et dans son pays, qui a toujours « existé et qui probablement existera toujours... » (pp. 222 et 226).
« Est-il possible de supprimer le paupérisme? Non. Est-ce à dire «, qu'il n'y a rien à faire, qu'il faut se croiser les bras et abandonner « l'humanité à son triste sort? Nullement. Il est possible de diminuer « la pauvreté » (p. 236).
-vw Enfin, nous relirons le livre de Mgr Gibier, cité plus haut (p. 891), les études de Fonsegriue, de Dr Mon, de Goyau, de Branetière, de Ch. de Ponthière (1) et l'ouvrage suivant, d'une grande valeur éducative :
Debize (Abbé E.) : L'Education de la charité. — Paris, de Gigord, ioii,in-i2 de 127 p. Prix : 1 fr. 25.
« Il y a, dit M. Goyau, à propos de ce livre, une science du « Bien. . . M. l'abbé Debize nous en donne, avec une vraie maîtrise, « les premiers rudiments. Elle ne mesure ni ne calcule les élans du « cœur : elle les dirige, elle les oriente, elle les sanctionne. Elle dé- « finit aux âmes charitables ce qu est le phénomène de la misère..., a elle leur enseigne une méthode pour faire le bien (2). »
Ce que la charité catholique a fait autrefois pour le peuple.
Si l'on veut savoir comment, depuis Jésus-Christ, l'Eglise s'est efforcée d'améliorer la condition des pauvres, nous lirons quelques livres d'histoire.
(1) FoxsEGRiVE (C\, Solidarité, pitié, charité. Paris, Bloud, 1907, in-16, de 62 p. Prix : o fr. 60. — Drillon (P.), le Rôle social delà charité. Paris, Bloud, 1906, in-16 de 04 p- Prix : o i'r. 60. — Goyau (C), Solidarisme et christianisme . Reims, Act. Populaire, et Paris, Lecoffre, s. d., in-16 de 32 p. Prix : o i'r. 20. — Bru.ni'.ïikre, l'Idée de solidarité dans Dicours de combat, t. II, pp. 49-85. — Ponthiere, (Ch. de), Charité, justice, propriété. Paris, Rondelet (Aug. Vitte), 1890, in-8, dc 54 P- Prix : 1 fr.
(2) Goyau (G), L' Education de la charité, dans la Croix du 21 juin 1911. L'article est à lire en entier.
Sur Y Histoire de la charité, on préférera peut-être à l'œuvre considérabledeLALLEMAND(i),très consciencieuse et animée d'un excellent esprit, des études plus courtes qui nous permettront d'avoir une vue plus nette des institutions charitables dont l'Eglise catholique couvrit notre pays, d'autant que nous avons la bonne fortune de pouvoir signaler un excellent travail composé par un ancien élève de l'Ecole des Chartes, qui a su écrire, dans une langue facile, une œuvre d'historien, d'éruditet d'apologiste. On lira donc le travail, trop peu répandu, de :
Loth (Arthur). — La Charité catholique en France avant la Révolution. — Tours, Marne, 1896, in-8 de 392 p. — Prix : 3 fr. 5o.
Les agents de la Charité : L'action sociale ou la charité. Le Clergé, Les Instituts religieux. Les autorités civiles. Les particuliers.
Les œuvres de charité : L'assistance des pauvres. L'hospitalité. Etablissement de charité. Secours aux misères exceptionnelles. Œuvres de libération et de patronage. Institutions de protection et de prévoyance. L'enseignement populaire.
« La France est peut-être le pays où la charité a le plus fait. (( Comme l'aînée des nations chrétiennes, ce n'est pas seulement la « plus longue histoire qu'elle a, c'est aussi la plus abondamment « pourvue en œuvres de toutes sortes... »
~~ Compléter par : Hubert- Valleroux : La Charité avant et depuis 1789 dans les campagnes de France, avec quelques exemples tirés de l'étranger. Paris, Guillaumin, 1890, in-8 de 436 p. Prix : 8fr.
Enfin on aura une courte synthèse du rôle charitable de l'Eglise en lisant : L'Eglise et les humbles (déjà cité).
Maintenant que nous comprenons mieux la beauté et la nécessité de la charité et puisque, d'autre part, nous savons que
(1) Lajllemand, Histoire de la charité, Paris, Picard, 4 vol. in-8, 7903-1910. — Prix : le vol. 5 IV. et 7 fr. 5o. L'ouvrage sera complet en 5 volumes. Le même auteur a également publié : la Révolution et les Pauvres. Paris, Picard, 1898, in-8 de 398 p. (épuisé).
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V aumône n'en est la manifestation ni la plus importante ni la plus utile, nous allons étudier les formes principales que lâcharitê, ainsi entendue, peut revêtir à notre époque. On n'a pas oublié que nous avons groupé ces œuvres sous trois rubriques: i° œuvres communes à la ville et à la campagne ; 20 œuvres spéciales à la ville ; 3° œuvres d'assistance.
Œuvres de bienfaisance : 1° communes à la ville et à la campagne.
La bienfaisance peut à la fois s'exercer à la ville et à la campagne, de diverses façons : Secrétariat du Peuple et Maison du Peuple, Enseignement ménager, Travaux d'appoint, Hygiène publique, Tempérance, Art social. — Quant aux habitations ouvrières et aux jardins ouvriers, nous considérons que ces œuvres sont surtout spéciales aux agglomérations et à la ville, et nous n'en parlerons que plus loin.
Secrétariat du Peuple et Maison du Peuple. Les secrétariats du Peuple, qui donnent aux ouvriers des renseignements et des appuis d'ordre pratique et juridique, sont d'un fonctionnement très simple; mais, comme cette institution exige, de la part de ceux qui s'en occupent, des compétences spéciales, du dévouement et des loisirs, ils ne sont pas très répandus parmi nous. « Pourtant, dit M. Doal,\e Secrétariat du Peuple est, à la fois, une» œuvre de solidarité ouvrière et une œuvre de rapprochement des hommes; à ce double titre, il mérite d'être encouragé et il est fort important que, partout où elle est possible, les catholiques prennent l'initiative de son organisation. On contribuera, par là, au maintien de la paix sociale. »
Doal : Secrétariat du Peuple. Guide Trafique. Paris, Bonne Presse, in-16 de 36 p. Prix : o fr. 20 — et le Manuel social pratique, pp. 204-206.
Le Secrétariat du Peuple est quelquefois l'embryon d'une Maison du Peuple. Le sièg-e d'un syndicat peut aussi devenir une « Maison commune ». Ce n'est plus alors une œuvre d§ bienfaisance, mais une œuvre de solidarité corporative.
4l6 LA VIE SOCIALE
Le Secrétariat du Peuple, toujours établi dans la ville, est également ouvert aux ruraux qui s'y rendent les jours de marché.
Enseignement ménager. \\ faut avoir vu, dans nos ménages ouvriers, les logis mal entretenus, les vêtements abîmés et malpropres, les mets coûteux et sans variété de la table commune, il faut avoir constaté l'inexpérience de ces pauvres mères de famille, qui, esclaves de l'atelier, n'ont jamais su tenir un ménage, tailler un tablier, repasser une chemise ou faire un pot au feu, il faut avoir vu tout cela pour comprendre l'utilité de renseignement ménager et sa portée sociale.
On aura une bonne étude d'ensemble avec :
Beauffreton (M.) : L'Enseignement ménager, 2e édit. Paris, Lecoilïe, iQo8,in-i2 de vn-201 p. Prix : 2 fr.5o. — Lire encore : Quillet (Abbé) : L'Enseignement ménager. Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre, s. d., in-16 de 32 p. (broch. de vulg.), Prix : o fr. 25. — Guide de l'Enseignement ménager. Paris, Ligue de la liberté d'enseignement. Prix : o fr. 5o. — Compléter par le Manuel social pratique, pp. 276- 3o5.
*** Enfin, si nous voulons avoir quelques précisions sur la matière même de l'enseignement ménager, nous mentionnerons, en outre des livres de M. de Caju, d'Ernestine Wirlk, de Le Mathieu (1), les ouvrages suivants :
Weil-Mantou : Hygiène individuelle et économie domestique, 4eédit. Paris, Colin, 1910, in-12 de xi-372 p. Prix : 3 fr. — Monicault (P. de) : Manuel d'enseignement ménager agricole. Lyon, Union du Sud-Est, in-8 de vn-3i3 p. Prix ;2fr.5o. — Enfin, on répandra l'excellent opuscule de MmesKLOBBet J. Brunhes : 150 recettes de cuisine avec prix de revient. Paris, Vitte, 1909, in-16 de 92p. Prix: 0, 3o. —
Travaux d'appoint. — Nous ne voulons point parler ici des travaux ou des ateliers de charité, organisés dans les périodes
li) Marie de Caju, le Livre de la femme fie ménage. Bruxelles, Lcbègue, 46, place de la Madeleine, 358 p. Prix : 2 fr. — Ernestine Wirth, la Future ménagère. Paris, Hachette, ioo4, 160 p. Prix : i.8o. — Mathieu (LX Notions deconomie domestique, Venins (Belgique), chez Hermann, rue David, 2G2 p. / rix: i.bo.
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de crise par les gouvernements ou par les communes, mais bien des « travaux faciles à faire chez soi », connus ordinairement sous le nom de petits métiers et capables de procurer un salaire de vie ou un salaire d'appoint. On lira là-dessus :
Lecoq (M.) : L'assistance par le travail et les jardins ouvriers en France. Paris, Giard et Brière : 1906, in 8 de 384 p. Prix: 8 fr. — puis le Manuel social, pp. 208-213. — Jean-Pierre : Petits métiers ruraux. Reims, Act. pop. et Paris, Lecofi're, s. d., in-16 de 32 p. Prix : o fr. 25 — ainsi que Rivière : L'Assistance par le travail. Reims, ibid.
« Le progrès delà mécanique, dit ce dernier, la concentration de l'industrie moderne, l'extrême bon marché de ses produits ont peu à peu fait disparaître, presque partout, les petits ateliers domestiques qui contribuaient autrefois si puissamment au bien etredu campagnard et au maintien de la famille rurale. Plus de fileuses, plus de tisserands, plus de vanniers, de dentellières, de teilleurs de lin ou de chanvre, plus de dévideuses, de brodeuses... C'est tout au plus si le sabotier est encore à son établi, et si la paysanne continue à tricoter en gardant son troupeau... De là résulte que des mois entiers s'écoulent pendant la mauvaise saison, sans travail, par conséquent sans salaire, pour l'ouvrier rural et que la faim, qui fait sortir le loup du bois, chasse le paysan vers la ville » (p. 3).
Hygiène publique. Les Guides sociaux, chaque année, consacrent des pages, parfaitement documentées, à l'hygiène publique, qu'il faut beaucoup améliorer. La santé, c'est le travail, c'est l'aisance, c'est la joie. Malheureusement, nos meilleures races sont affaiblies et le sang- de France semble épuisé. La maladie et la mort atteignent et frappent en pleine jeunesse, ceux dont les aïeux se sont éteints après une longue et verte vieillesse. Pourquoi? Faut-il attribuer le mal qui nous ronge aux abus de tous genres que les moralistes et les hygiénistes peuvent nous signaler? L'activité fiévreuse de la vie moderne a-t-elle usé nos organismes délicats? L'engorgement des villes rend-il les maladies plus contagieuses et nos souffrances plus dures ? Oui, sans doute...
4l8 LA VIE SOCIALE
Quoi qu'il en soit, si nous voulons vivre notre vie normale, il nous faut aujourd'hui pratiquer, pour nous-mêmes, une hygiène sévère, et demander aux communes et à l'Etat de mieux protéger la santé publique.
Nous aurions pu recommander un livre fort bien composé, si son auteur, le Dr Duclaux — dans ses Principes d'hygiène, — ne trouvait moyen de faire de l'anticléricalisme. Dieu, le prêtre, Adam... tout y passe! L'auteur s'est peut-être rappelé, pour excuser ces étranges considérations, le cri stupéfiant de Michelet,à propos de la santé publique, du Moyen-âge : « Pas un bain pendant mille ans!... » Erreur profonde, car on ne s'est jamais tant baigné qu'autrefois ; presque toutes les villes possédaient des bains publics qu'on appelait alors des étuves. Mais il ne faut pas que l'anticléricalisme du Dr Duclaux nous amène à faire, — à propos d'hygiène, — le procès de Michelet et puisque le Dr Duclaux n'a su garder une prudente réserve, nous lirons, en plus du livre de Weill-Mantou^ cité plus haut (p. I^i6) et des ouvrages de Burlureaux et de Galtier-Boissière (i) qui traitent de V hygiène individuelle, les livres suivants plus spécialement consacrés à Y hygiène publique :
Bernard (Marcel) : Pour protéger la santé publique. Paris, Giard et Brière, 1909, in-12 de 280 et xv p. Prix : 4 fr. — et du même : L'hygiène publique obligatoire en France. Paris, Giard et Brière, 1910, in-12 de 111-378 p. Prix : 4 fr- — Arnould (J.) : Nouveaux éléments d'hygiène [publique et privée}. 5« édition refondue par le Dv E. Arnould. Paris, Baillière, 1907, in-8 de vm-io48 p. Prix : 20 fr. — Très complet, mais l'auteur, à propos de la crémation, a quelques phrases malheureuses.
La Tempérance. Le Dr Bertillon, chef des travaux statistiques de la ville de Paris, est très pessimiste. Dans une étude remarquable sur les ravages de l'alcool : L'alcoolisme et les moyens de le combattre jugés par l'expérience. Paris, Lecof-
(1) Burlureaux (Dr), la Latte pour la santé. Paris, Perrin, 1906, in-16 <le vi- 3*4 P- Prix : 3 fr. 5o. Cet ouvrage, non illustré, est d'un excellent esprit. La foi, ditil en substance, aide le médecin. — Galtiek-Boissiére (Dr) : Notions élémentaires d'hi/f/iène pratique. Paris, Colin, 1007, in-12 de 3s4 p. et 295 grav. et 8 pi. en couleurs. Prix: 3 fr. 5o. (Très pratique.)
l'action sociale 4^9
fre, 1904, în-12 de 2^2 p. Prix : 2 fr., le Dr Bertillon écrit : « On ne prendra pas plus de mesures contre l'alcoolisme que contre l'abaissement de la natalité. Laissez faire t Laissez passer! Laissez tomber le bâtiment doublement avarié, sans rien tenter pour le sauver. La formule est simple; elle est d'une application peu fatigante. Elle a beau être abandonnée de plus en plus par ceux-mêmes qui l'ont inventée, on la suivra; c'est la lâcheté érigée en doctrine... La France périra donc par ce double motif : moindre nombre d'hommes, moindre valeur des hommes. »
Ne soyons pas nous si pessimistes, mais comptons plutôt sur la régénération du pays par les meilleurs de ses fils...
Les méfaits de l'alcoolisme ont suscité une littérature considérable. En outre du bon livre de Bertillon, on pourrait lire:
Ract (Abbé Camille) : Alcoolisme et décadence. Lyon, Chronique sociale, 1900, in-8 de 3i3 p. Prix: 4 fr. — Deslandres: L'alcoolisme (Conférence faite à la ((Semaine sociale de Marseille »et les travaux de Mg-r Gibier, de Vanlaer, de Legrain, etc.) (1). — Enfin, citons le Manuel du conférencier antialcoolique, dans la Revue de l'Action populaire (mars 1910) Reims, Act. populaire. Prix ; o fr. 5o.
L'art pour le Peuple. — Nous n'hésitons pas à terminer ce chapitre par quelques lignes sur l'art, car ceux-là, qui se rappellent que le Peuple, lui aussi, a droit « au plaisir de la Beauté », peuvent compter parmi ses plus insignes bienfaiteurs.
Comme nous le dirons plus loin, l'art exerce sur nous une influence incontestable. « Le Beau, a-t-on pu dire, est souvent nécessaire à l'éclosion du Bien dans la vie intérieure. » La Beauté est une des satisfactions les plus légitimes et les plus nobles qui puissent s'offrir à l'homme, et c'est encore une des plus accessibles et des plus durables.
Qu'une certaine éducation du goût soit souvent nécessaire,
(1) Mgr Gibier : Nos plaies sociales: La profanation du Dimanche, l'alcoolisme la désertion des campagnes. Paris, Lethielleux, igo3, in-16 de vm-5og p. Prix': 4 fr. — Vanlaer : Du fléau social; L'alcoolisme et ses remèdes. Paris, Colin 1897, in-12 de i6ip. (épuisé). —Legrain (Dr) : La réforme du cabaret...' Paris'. Union française anti- alcoolique, (Paris, 5o, rue des Écoles), 1901, in-16 de i3 p. Prix : 1 fr. 5o.
c'est possible; mais cette éducation peut se faire très rapidement et par les moyens les plus agréables : conférences, excursions, chorales, etc.
Nous avons déjà dit, en effet (p. 70), et nous reviendrons sur ce sujet (p. 586), combien Fart pénètre profondément la vie (ies peuples. Sans nous élever jusqu'à Ces considérations, nous nous bornerons, pour l'instant, à mentionner quelques études plus spécialement relatives à Y art au foyer :
Aux œuvres du baron de Montenach, déjà citées p. 70, particulièrement, «l'Art et le peuple, — il convient d'ajouter : La fleur et la ville : Lausanne, Pavot, 1906, et les ouvrages cpie cet auteur nous annonce sur l'Art dans ses rapports avec la maison et avec la Famille. — Lire aussi : Leroy (le P.) : L'art doit-il être populaire ? Reims, Action Populaire, et Paris, Lecoffre, igo5, in-iG de 32 p. Prix : o fr. 25. — Lahor (Jean) : L'Art pour le peuple à défaut de l'art par le peuple. Paris, Larousse, [s. d.], in-8 de 27 p. Prix : o fr. 60. — Du même auteur : Les Habitations à bon marché et un art nouveau pour le peuple, 3e édition. Paris, ibid., in-8 de io4 p. et 39 grav. — Prix : 2 fr.
Œuvres de bienfaisance :
2° spéciales à la ville.
Au nombre des œuvres de bienfaisance plus spéciales à la ville, se placent au premier rang- les habitations ou logements populaires à bon marché et les jardins ouvriers. Si ces œuvres sont surtout utiles dans lesagglomérationsurbaines, il convient, pourtant, de faire remarquer que la campagne peut aussi en bénéficier dans une assez large mesure.
Habitations à bon marché. Les habitations à bon marché ou habitations ouvrières sont, en eu"et,un desmoyens les plus sûrs et les plus commodes d'améliorer le sort de la famille ouvrière en abaissant son loyer souvent onéreux, en apportant au foyer domeslique plus d'air, plus de confort, plus d'hygiène, plus de moralité et aussi une intimité plus rationnelle et plus chrétienne.
Les catholiques n'ont peut-être pas encore assez compris l'importance dé cette œuvre ou du moins, s'ils l'ont conquise,
ils n'ont point fait l'effort nécessaire et ceux qui l'ont fait ne se sont point suffisamment préoccupés du caractère catholique qu'il convenait de donner à ce mouvement.
« Les capitalistes, dit un architecte, M. Pierre Regnault, n'ont pour ainsi dire rien fait en France comme catholiques, pour le logement des familles des travailleurs catholiques.
« Il existe, dit-il, à Paris des milliers de familles de travailleurs catholiques qui sont chargés d'enfant et qui subissent la misère imméritée due à la vie chère; les capitaux ne manquent pas aux catholiques ; mais, répétons-le, jusqu'à ce jour, l'action catholique immobilière a été presque nulle alors que les revenus que distribue la charité catholique sont immenses... »
C'est pourquoi il insiste avec beaucoup de raison « sur la nécessité et les grandes facilités pour les capitalistes catholiques de construire, et de construire en premier lieu pour les travailleurs catholiques; mais il ne faut pas construire des casernes, il faut que les maisons collectives familiales, tout en cherchant à être des modèles de réalisations hygiéniques et salubres, montrent, dans leur simplicité nécessaire, dans leur aspect extérieur, dans les dispositions des logements et dans l'organisation des services généraux tout le charme de la vie familiale et chrétienne.
« Par cette action positive qui aura la répercussion la plus
heureuse — au point de vue religieux, en facilitant la vie
morale, l'éducation des enfants et la vie paroissiale, — au point
de vue familial, en rendant plus agréable la vie au foyer, en
facilitant les repas en commun et le travail à domicile pour
les femmes, voire même pour les hommes, — au point de vue
professionnel, en encourageant spécialement les membres des
organisations constituées de travailleurs catholiques — au
point de vue social, en permettant aux travailleurs des villes
l'accession à la propriété d'un bien de famille ; — par cette action
positive qui montrera au public, une fois de plus, la fraternité
chrétienne, ferment de l'organisation sociale, les propriétaires
catholiques non seulement contribueront largement à rendre
populaire le souffle de renaissance religieuse qui court sur la
France, mais, en outre, ils indiqueront un chemin sûr pour
l'épargne populaire car, il est permis de le constater, ils feront un p lacem ent de toute sécurité... »
Enfin, M. Regnault pense qu'il conviendrait de grouper dans ces coopératives de construction, à la fois des propriétaires chrétiens et, peu à peu, des travailleurs catholiques. Les immeubles seraient construits pour les familles de travailleurs appartenant de préférence à une même société corporative, ('tant bien entendu que les locataires rachèteraient, petite petit, avec leur épargne, les actions représentant la valeur de leur logement (i).
Comme on le voit, la question présente un puissant intérêt et envisagée à ce point de vue, elle revêt vraiment un caractère social très prononcé.
~~ On lira, sur ce sujet Y excellente élude du Manuel social pratique : Habitations à bon marché, pp. 248-295, dont nous ne saurions trop recommander la lecture.
~v Consulter également.
Ferrand (Lucien), — L'Habitation à bon marché, avec une préface de Jules Siegjried. Paris, Rousseau, 1906, in-8 de vin-346 p., avec i5 pi. hors texte et de nombreux graphiques. Prix : 8 fr. — et une œuvre plus récente : Leybach (Alf .) : Les Habitations à bon marché ; la petite propriété, le bien de famille insaisissable, pré/ace de J. Siegfried. Commentaires pratiques des lois du 12 avril igoô, 10 avril igo8 et du 12 juillet igog. Paris, Berger-Levrault, 1910, in-12 de xiv- 348 p. Prix : 4 fri — Si l'on veut des brochures de vulgarisation, on lira : Cacheux : Les Habitations ouvrières à bon marché. Reims, Act. Popul., et Paris, Lecoffre, s. d., 2 broch. in- 16 de 32 p. Prix : o fr. 5o. — Ou encore Alf. Leybach : Habitations à bon marché; Guide pratique. Paris, Berger- Levrault, 1908, in-8 de 32 p. Prix: o,5o. — Montenach (Baron de) : Le Logis social, Reims, Act. Populaire, et Paris, Lecoffre, s. d., in-16 de 25 p. Prix : o fr. 25.
Jardins ouvriers. Les Jardins ouvriers, dont l'abbé Lemire
(1) Regkault 'Pierre) : Les catholiques et la question du logement populaire à bon marché : [Croix du 16 mars 1912). — Voir plus loin l'intéressante initiative prise par M Regnault dans le but de donner le sens social aux artistes et architectes catholiques (p. 588).
l'action SOCIALE /J23
fut un des promoteurs, constituent également un des meilleurs moyens d'alléger le budget des familles ouvrières. Si les petits métiers sont surtout utiles aux habitants de la campagne, les jardins sont d'une utilité incontestable pour l'ouvrier des villes qui y trouve distraction, profit, santé et joie. Lire encore, làdessus, l'étude si documentée et si claire du Manuel social : Jardins ouvriers, pages 2 1 3-233 , et le bon livre de Louis Rivière : La Terre et l'atelier : jardins ouvriers. — Paris, Lecoffre. 1904, in- 16 de vn-212 p. Prix : 2 fr. — M.L. Rivière consacre d'abord quelques pages, d'une lecture agréable, à l'histoire des rapports de la terre et de l'artisan sous l'ancien régime; puis il passe à une étude d'ensemble sur les jardins ouvriers de France et de l'étranger, sur leur organisation, sur leurs résultats matériels et moraux. Son dernier chapitre, vues d'avenir, l'amène à réclamer la constitution du Bien de famille. Consulter aussi :
Morgand : Jardins ouvriers. Paris, Berger-Levrault, 1908, in-8de3ip. Prix : 1 fr. — Lancry : Le Terrianisme, déjà cité, — et la revue : Le Coin de terre et le foyer : également citée (p. 338).
Œuvres de bienfaisance :
3° L'Assistance privée et l'assistance publique.
A côté de ces œuvres de bienfaisance sociale se place Vassistance proprement dite, qui se propose de soulager les infortunes les plus criantes : miséreux, malades, enfants abandonnés, vieillards, en un mot tous les estropiés de la vie.
La charité privée. C'est sur ce terrain-là que la charité chrétienne, sans le secours de l'Etat, a fait des merveilles. On saitdéjàson histoire; bornons-nous, maintenant^ mieux connaître les droits de la charité privée, ses titres à la reconnaissance de l'Etat, ses rapports avec lui, et nous terminerons par quelques mots sur l'assistance publique officielle. Lisons d'abord :
D'Haussonville : Assistance publique et bienfaisance pri-
vée. Paris, Calmann-Lévy, 1901, in-8 de n5 p. Prix : 1 fr. — Rivière (Louis) : L'Office central des œuvres de bienfaisance et l'Organisation de la charité, Reims, Act. Pop., et Paris, Lecofïre, s. d., in-16 de 33 p. Prix : o fr. 25.
^v Consulter aussi les belles pages, un peu spéciales sans doute et déjà vieillies, écrites parle fondateur de V Office central des œuvres de bienfaisance, qui occupe une si grande place dans le fonctionnement de la charité privée à notre époque :
Lefébure (Léon). — L'Organisation de la charité privée en France. Histoire d'une œuvre. — Paris, Firmin Didot, 1900, in-8 de 352 p. — Prix : 5 fr.
Le problème de la misère. Création d'office central des œuvres charitables. Sont but. Son développement. Nouveaux progrès. Méthode et enquête. L'office favorise l'assistance par le travail pour les femmes et pour les hommes. Œuvre du travail à domicile Eléments dont se compose la masse des gens sans travail en vue desquels l'assistance est organisée. Indications pratiques pour fonder un office central de la charité dans une région. Création de maisons de travail.
« Tout en constatant les graves imperfections qui se manifestent « dans l'exercice de la charité, ne nous plaignons pas trop de la mul- « liplicité de nos œuvres d'assistance; félicitons, nous plutôt que, « dans le domaine de la charité, l'initiative privée, à laquelle on a si « souvent reproché de languir dans notre pays, se soit manifestée « si extraordinairement de façon à faire envie à toutes les autres « nations, et donnons-lui, dans la liberté et par la liberté, l'organisa- « tion rationnelle qui lui manque pour avoir toute son efficacité »
~~ On trouvera la liste des principales œuvres de bienfaisance dans le Manuel des Œuvres religieuses et charitables. Paris, de Gigord, 1912, in-16 de 700 p. environ. Prix : 4 fr.5o Les quatre volumes de l'Office central des œuvres de bienfaisance sont aussi à consulter, mais ils ne sont plus « à jour ». Pour Paris, on se procurera l'édition que l'Office central a publié en 1910, sous le titre : Paris charitable et prévoyant, répertoire très utile au point de vue pratique. C'est le Botlin delà Charité. Prix : 8 fr. — Enfin on pourrait aussi acheter l'Annuaire du Clergé qui, lui, est toujours au point et donne
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l'adresse de nombreuses œuvres de bienfaisance de toute la France. (Paris, Amat le vol. 12 fr.);
L'Assistance publique. Bien des œuvres, malheureusement, ont dû fermer leur porte lors du renvoi des Congrégations qui les avaient créées et qui les soutenaient. Ce résultat n'était pas pour déplaire à l'Etat, qui voit, d'un œil jaloux, la prospérité de nos œuvres d'assistance et qui tentera peut-être, quelque jour, de les faire disparaître à son profit, en leur imposant une surveillance hostile et tracassière.
Si, élevant le débat, nous voulons posséder quelques notions précises sur les droits de l'Etat, qui sont indéniables, on consultera le Cours d'Economie sociale du P. Antoine et on se reportera aux conférences faites par M. Deslandres, aux Semaines sociales sur la collaboration des particuliers aux lois d'assistance et d'hygiène sociale (Marseille, igo8 et igog).
<vw Sur Y Assistance publique, exercée par VEtat, on pourra consulter :
Derouin,Gory et Worms. — Traité théorique et pratique d'assistance publique, préface de H. Berthelemy. — Paris, Larose, 1900,10-8 de xu-824 p. et xu-750 p. — Prix : les deux vol. 28 fr.
C'est un ouvrage un peu touffu, légèrement tendancieux, peu favorable à l'assistance privée. « Ce n'est pas avec les corps francs qu'on gagne les batailles », lit-on dans la préface. Et, d'autre part, cette affirmation, qui pourrait avoir les plus graves conséquences : « En pure théorie, le droit à l'assistance ne se défend pas »,mais il ajoute :« L'institution de l'assistance administrative a pour conséquence le droit à l'assistance et j'avoue n'en être nullement effrayé. »
-w* Enfin, on trouvera, sur ces œuvres elles-mêmes, de précieux renseignements dans la publication officielle intitulée : Statistique annuelle des établissements d'assistance (depuis 1899). Paris, ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, et Roustan, 1908, in-8 de xv-259 pages. Prix : 3 fr. 5o.
*~* Consulter aussi :
Campagnole : L'Assistance aux vieillards, aux infirmes, aux
incurables. Paris, Berger- Levrault, 1908, in-8 de xxx-453 p. Prix : 7 fr. 5o. — Ou, sous le même titre, un opuscule tics pratique in-12 de 1 36 p., s. d., édité à la Librairie Larousse. Prix : 1 fr. 20. — Fuzet (Mgr) : La participation du clergé aux œuvres d'assistance légales (déjà cité p. 212).
~~ L'assistance publique a suscité de justes critiques, l'exagération de ses dépenses, qui absorbent une grande partie de ses revenus, les négligences souvent coupables de ses divers services, l'éducation qu'elle donne à ses pupilles ont soulevé d'unanimes protestations. La presse indépendante dénonce souvent les scandales de Y Assistance publique. On voudra bien s'y reporter, à l'occasion.