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TROISIÈME PARTIE

Après avoir étudié et compris les principes qui doivent régir la vie religieuse et la vie sociale dans leurs principales manifestations, il nous reste à étudier la vie civique, c'est-à-dire les droits et les devoirs réciproques de l'homme, de la cité et de l'Etat.

La vie civique est l'épanouissement du droit humain. Il faut établir l'harmonie entre l'homme, l'Etat et les autres corps sociaux, « aussi naturels que l'Etat, aussi indispensables dans leur genre, aussi légitimes que lui »; c'est précisément le rôle du Pouvoir... L'Etat ne crée pas le rythme, mais il bat la cadence.

Le Pouvoir souverain — prince ou peuple — doit donc s'attacher à découvrir le secret des harmonies sociales, c'està-dire les lois établies de toute éternité par la Providence pour faciliter l'ascension continue des hommes vers l'ordre et vers la liberté nécessaires à la poursuite normale de leurs destinées.

S'il est du privilège du Prince de posséder, par ses vertus, par ses fonctions, par ses études, par sa race, les connaissances indispensables au gouvernement de son peuple, il est du devoir des citoyens, dans une démocratie où tous les citoyens sont appelés à désigner les détenteurs du Pouvoir, d'acquérir assez de probité et assez de connaissances pour bien choisir les chefs chargés de faire régner la paix sociale.

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C'est pourquoi « la démocratie, a dit Montesquieu, est le gouvernement qui exige le plus de vertu ».

Et c'est pourquoi encore la démocratie suppose des élites directrices ; car c'est une utopie d'espérer rendre tous les citoyens vraiment conscients. Dieu a fait les intelligences inégales et la démocratie politique, née avec ia Révolution, est précisément le gouvernement qui, tout en paraissant faire participer chacun à la souveraineté, n'appelle, en réalité, à l'exercer que les plus actifs et les plus intelligents, les plus énergiques ou les plus ambitieux, les plus éloquents ou les plus bavards. C'est le règne des Comités, des Loges, des Ligues, des Sociétés de Pensée, du « Petit Peuple » et de la « Petite Cité », c'est-à-dire d une élite qui fraye la route et y pousse la masse de la Nation.

Si les foules, dociles, devaient se conformer aveuglément à l'ordre naturel, il n'y aurait que demi-mal ; malheureusement, l'homme abuse de sa liberté et la Société peut enfreindre volontairement les lois éternelles et pécher contre Dieu. C'est alors, tôt ou tard, l'irrémédiable décadence, à moins d'un retour à l'observance de la Morale, immuable et souveraine, régulatrice et féconde, qui porte en elle la justice et la paix.

Le chêne majestueux, qui étend aux alentours sa vigoureuse ramure où se cachent tant de nids, n'a plus, sous un autre ciel, que des branches décharnées et silencieuses parce qu'il a quitté la terre et le climat qui faisaient sa puissance. Ainsi en est-il des sociétés humaines : vivantes et fécondes quand elles se conforment à l'ordre naturel, elles s'anémient et meurent quand elles veulent s'y soustraire.

Oui donc, aujourd'hui que les rois absolus ont disparu et que les corps sociaux ont perdu leurs franchises, qui donc enseignera au peuple, maître de ses destinées, les lois qui font les sociétés prospères et pacifiques? Oui montrera à l'ouvrier, fatigué et brisé par les travaux du jour, la route cherchée par lui en tâtonnant?

L'Elite.

Car le peuple, aujourd'hui, a besoin d'être guidé dans le choix de ses chefs... L'homme qui brigue ses suffrages a-t-il

LA. VIE CIVIQUE l\7,D

les connaissances requises pour faire un bon législateur? Possède-t-il assez de doctrine pour saisir les rapports qui découlent de la nature des choses? Le peuple, en vérité, l'ignore et chacun peut se dire ce que Taine se disait à lui-même : « J'avais vingt ans, j'étais électeur et fort embarrassé... >>

Mais voici que, du sein de la foule incertaine, des citoyens intelligents et énergiques se lèvent et choisissent l'homme qui devra la représenter, et l'homme qu'ils auront désigné au peuple sera l'élu du peuple...

C'est le Roi ou la République qui « règne »,mais c'est l'élite qui gouverne. Et par l'élite c'est la doctrine, c'est le Bien ou c'est le Mal, c'est l'Eglise ou c'est la Loge.

En attendant que la démocratie donne aux élites naturelles leurs lettres de créance — car ce qui est une nécessité organique reste un droit et devient toujours une réalité — il est de notre devoir, à nous catholiques, de constituer partout, dans la cité que nous voulons reconstruire, des élites dont la pensée sera droite, la méthode sûre, l'action vigoureuse et le programme positif et hardi.

La pensée juste finit par s'imposer, ici ou là, aujourd'hui ou demain.

Nous serons donc des citoyens loyaux et éclairés. Nous proclamerons les droits de notre corps et les droits de notre âme, les droits du foyer et les droits de l'atelier, les droits du clocher et les droits du beffroi, les droits de la province et les droits de la nation, les droits des citoyens et les droits du Pouvoir, les droits des peuples et les droits de l'humanité, enfin, les droits de Dieu et de son Eglise, droits sacrés dont la hiérarchie engendre les devoirs, c'est-à-dire les harmonies sociales et les harmonies civiques.

Nous croirons à la Patrie et nous aimerons notre vieille France, nous aimerons à lire et à relire son histoire glorieuse, nous excuserons ses faiblesses et ses chimères, nous exalterons son patriotisme, son courage, sa générosité, son initiative, son bon sens qui la mirent au premier rang des nations et firent d'elle la plus grande puissance civilisatrice.

C'est pourquoi, attristés aujourd'hui par l'insuffisance de sa

constitution et de ses lois, nous voudrons réaliser les réformes qui réveilleront dans la patrie les vertus ancestrales et la rapprocheront davantage de l'ordre providentiel dont le Monde s'est tant éloigné.

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