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lance et son aménité. Nommé préfet de la Haute-Marne en 1871, il fit remarquer pendant ses courtes fonctions sa loyauté et sa modération. Ses administrés, quelle que füt leur opinion politique, furent unanimes à déplorer son départ en 1873. Lors de l’arrivée aux affaires du ministère Marcère, M. Grangier de la Marinière fut désigné pour être préfet de la Meuse : le mauvais état de sa santé le força de décliner toute fonction publique et de rentrer définitivement dans la vie privée. Il retourna à ses chers livres et à ses manuscrits : presque chaque jour il se rendait à la Bibliothèque nationale, et c'était pour lui un bonheur de relever tel fait inconnu, de découvrir tel manuscrit inédit. Retenu chez lui par une cruelle maladie, 1l ne cessa de lire et d'étudier jusqu'à ses derniers jours : il oubliait ses souffrances en s’absorbant dans ce passé qu'il aimait tant à faire revivre.
M. Grangier de la Marinière a travaillé toute sa vie. Les manuscrits qu'il laisse derrière lui, écrits de cette petite écriture fine, nette, serrée et ferme, que ses amis connaissaient bien, sont considérables. Malheureusement la plupart de ses écrits sont inachevés ou incomplets. Ils traitent les sujets les plus divers : parmi les œuvres de jeunesse de M. Grangier de la Marinière nous trouvons des études de genre, dont quelques-unes publiées dans les journaux du temps, des projets de comédies, des essais critiques. [Il commença de bonne heure à faire ses Mémoires, et ces pages, écrites jour par jour depuis quarante ans, sans souci du public, remplies d’ailleurs de souvenirs personnels et de fines observations, témoignent d'un esprit toujours en éveil et du plus rare discernement.
Mais c’est à l’histoire du passé que M. Grangier de la Marinière réserva surtout son attention.
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Ses études historiques ont eu principalement pour objet le Nivernais et notamment l'époque de la plus srande gloire des dues de Nevers, celle qui fut illustrée par la princesse Palatine et par Marie de Gonzague, reine de Pologne : M. de la Marinière avait entrepris d'écrire l'histoire de cette dernière princesse, Dans ce but, il | avait tiré des archives de Varsovie, Cracovie, Berlin, Vienne, ete., la collection complète des Souvenirs et Lettres inédites de Marie de Gonzague, reine de Pologne, : princesse de Mantoue, de Clèves et de Nevers, et de la Princesse Palatine, sa sœur (de 1611 a 1666). Il avait également réuni les matériaux d’une édition nouvelle des Lettres de Pierre des Noyers, secrétaire de Marie de Gonzaque, Un autre membre de la famille de Nevers attira son attention : le duc Philippe-Julien Mazarini Mancini, neveu du cardinal Mazarin, dont il prit soin d'étudier la vie et de réunir les œuvres poétiques, célèbres jadis, éparses en une foule de bibliothèques, et demeurées inédites.
Attentif à tous les souvenirs historiques de son pays natal, M. de la Marinière compulsa les annales des principales villes de la Nièvre depuis le xm° siècle jusqu à nos jours. [l laisse une volumineuse collection de notes touchant les villes de Nevers, Cosne, Glamecy, Château- Chinon, Donzy, la Charité, etc., et même les lieux moins importants de Saint-Verain, La Celle, ete.
Le dernier ouvrage auquel il mit la main est le projet d'une nouvelle édition des Lettres de Gui Patin : ce travail était presque achevé, quelques pages manquaient seules à l'introduction, quand la mort est venue interrompre l’œuvre commencée.
M. Grangier de la Marinière aimait les livres autant que les lettres, avec la même délicatesse et la même sûreté
de goût. Il s'était plu à en rassembler de rares et d’exquis ; il connaissait dans le dernier détail l’histoire de chacun d’eux, ainsi que le témoignent les volumineuses notes manuscrites dont sont remplis la plupart. Le catalogue de sa bibliothèque, qui fait connaître les patientes recherches et l’érudition du bibliophile, restera pour les
vrais amateurs de livres un document précieux à consulter.
Après les pages qu’on vient de lire, il me reste peu de chose à dire de l’aimable et bien cher ami dont on va vendre la bibliothèque. J'avais fait la connaissance de M. Grangier de la Marinière lors de la révolution de 1848. Nous habitions tous deux alors la Chaussée-d'Antin et nous nous trouvions exactement tous les deux jours comme gardes nationaux dans un de ces nombreux corps de garde que le gouvernement de la liberté et de la fraternité avait établis, dans toutes les boutiques à louer du quartier. Charmé de son esprit, de son amabilité, de sa bonne humeur, je m'étais lié avec lui, et notre goût commun pour les livres avait resserré notre liaison, quoique nos convictions politiques ne fussent pas les mêmes. Depuis nous restâämes constamment unis. M. de la Marinière était devenu membre, en 1849, de cette Société des Bibliophiles par laquelle ont passé à peu près tous les grands amateurs de ce siècle, et il y était très apprécié. Plus tard, ayant eu le désir de s'occuper spécialement d'agriculture dans sa belle propriété de Cosne, et
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de l’éducation de ses enfants qu’il avait eus de sa charmante et digne compagne, il se retira et obtint la distinction, très rarement accordée, d'être nommé membre honoraire. |
Grangier de la Marinière était un chercheur habile et plein de goût. Il appartenait à cette école, que je crois la bonne, dont le principe est de recueillir des livres avant tout instructifs et intéressants, des livres qui vous renseignent au besoin et dans lesquels on trouve autre chose que des redites et des lieux communs. Il savait parfaitement discerner l'intérêt que pouvaient présenter les ventes et les suivait avec autant de patience que de sagacité. C'est ainsi qu'il tira un très heureux parti des ventes de M. Villenave, cet incomparable collectionneur. Plusieurs volumes et dossiers de ses collections en proviennent. C'est de cette même source que vient aussi un dossier important relatif au comte d'Hoym, qu'il me céda, je devrais dire qu'il me donna, quand il sut que je travaillais sur ce célèbre amateur. Car chez lui le plaisir d'obliger ses amis passait avant l’amour des livres, comme la bonté de son cœur l’emportait aussi sur la distinction de son esprit.
Cet esprit charmant, animé d’une verve si brillante, comment le décrire pour ceux qui ne l’ont pas connu? Jamais je ne l'avais autant apprécié que lorsqu'il me raconta l’histoire du départ de M. Thiers pour l'exil en 1852 (1).
(1) Grangier de la Marinière avait obtenu la permission d’accompagner son ami, et il attendait dans la gare l’arrivée du prisonnier. Un haut fonctionnaire de la police était venu préparer l'expédition. Voyant un homme distingué, porteur d'un permis du ministre, il avait cru avoir affaire à une puissance de l'empire naissant. Il exposait avec empressement à Grangier ses prudentes attentions, ses
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La bibliothèque que laisse M. Grangier de la Marimière est surtout, comme je l’ai déjà dit, une b’sliothèque instructive et renseignante ; mais, Dieu merci ! dans les livres de cette espèce il en existe un grand nombre de singuliers et piquants qu'un amateur est heureux de trouver.
Dans le présent catalogue, on en remarquera d’abord une certaine quantité, dans la jurisprudence, de relatifs aux écoliers, au protestantisme, au luxe des étoffes, (n® 58, 59, 60, etc.), aux chaises à bras (66); de belles pièces sur le capitaine Carrefour et sur Ramponneau (87, 93, 234). Citons les n° 291 et 222, surtout le dernier, renfermant des portraits de personnages célèbres du xvi° siècle, dont plusieurs sont très remarquables ; — le n° 261, le Tailleur sincère, in-8°, moins précieux sans doute que l’in-folio, mais extrêmement curieux et rare aussi : l'auteur donnant la manière d’habiller toute l'humanité, depuis le Grand-Turc jusqu'au mendiant; — quantité d’oraisons funèbres d'Arnauld Sorbin, parmi lesquelles celles de Quélus et de Saint- Maigrin (290, 292); — une série de ces poètes latins des xv° et xvi° siècles, où se trouvent tant de renseignements (393 et suivants) ; — dans la poésie française, le Limas de Philippe de Villiers, livre de la plus grande
ngénieuses combinaisons policières. Tout à coup la lumière se fait, Il apprend qu'il a devant lui un ami du proscrit. Horreur! Qu'aurait-il donné pour rattraper toutes ces prévenances si mal placées! Changement de front immédiat. Un homme ami des disgraciés…. fi donc! Grangier ne vit plüs que son dos.
On se rappelle involontairement cette dédicace de je ne sais plus quel ouvrage de l'abbé Coyer aux malades de l'hôpital de Berlin : Chers misérdbles, vous n’avez que la gale à me donner. Bonsoir.
Pour certains hommes, la disgrâce n’est-elle pas la gale la plus redoutable ? |