CHAPITRE VII
LOCALISATION DE L’ARBUTOSIDE DANS LE « LATHYRUS NIGER BERNH. »
Connaissant les réactions de l’arbutoside in vitro, nous avons cherché à caractériser ce principe dans le Lathyrus niger Bernh., Légumineuse Papilionacée. Pour cela, nous avons recherché une technique de coloration.
Méthode de localisation de l’arbutoside dans « Arctostaphylos Uva-Ursi ». CHEMINEAU [6]
Voici la technique indiquée par M. Chemineau :
« Prendre de l’acide nitrique au quart ou au tiers. Plonger les coupes dans ce réactif une minute et demie, trois minutes ou quatre minutes, suivant la concentration de l’acide. Les coupes prennent une teinte rougeâtre. On les retire et on les monte dans le glycérol. Les cellules à arbutoside prennent une belle coloration jaune-orange. »
Expérimentation sur la tige de « Lathyrus niger Bernh. »
Nous avons procédé d’abord à la préparation des coupes; nous en avons étudié l’anatomie et enfin nous avons cherché à y localiser l’arbutoside.
Préparation des coupes.
Ayant prélevé une portion de tige sur un des pieds que nous avions transplantés, nous y avons fait des coupes transversales assez fines.
Ces coupes furent traitées d’abord par l’eau de javel pendant quelques minutes, pour enlever le contenu cellulaire, puis par la fuchsine ammoniacale.
Nous avons monté la coupe en glycérol et observé la structure suivante (fig. n° 2, p. 36).
A l'extérieur, un épiderme à cuticule mince, un parenchyme cortical réduit à quatre ou cinq assises de cellules polygonales, avec du collenchyme aux angles de la tige. L’on y voit plusieurs traces foliaires : toujours deux, quelquefois quatre, selon la hauteur de la coupe faite dans la tige feuillée.
Puis vient un endoderme très net constitué par des cellules régulières formant un anneau continu autour du cylindre central; cet endoderme se retrouve autour de chacune des traces foliaires précitées, qui ont d’ailleurs la même morphologie que la tige proprement dite.
En allant vers le centre, nous rencontrons de nombreux faisceaux libéroligneux séparés par des rayons
EE ee
médullaires larges et lignifiés. Ces faisceaux sont protégés à la périphérie par des paquets de fibres péricycliques réniformes bordés vers l’extérieur par de nombreux cristaux prismatiques. (Une coupe longitudinale faite à ce niveau montre de nombreuses fibres à tubes cristalligènes. )
En dessous de ces fibres, un liber à petites cellules irrégulières et nacrées, puis le cambium sous forme de petites cellules en piles serrées, qui se différencient dans la tige âgée d’une part en liber secondaire, d’autre part en vaisseaux de bois. Le bois primaire rejeté vers l’intérieur est centrifuge. Bordant le bois primaire, nous trouvons un parenchyme interligneux.
La zone péri-médullaire est elle-même lignifiée en grande partie. La moelle est résorbée presque complètement, ce qui donne une tige creuse.
Ce qui caractérise microscopiquement la coupe de tige de Lathyrus niger Bernh., c’est l’abondance des tissus de soutien (fibres, vaisseaux de bois, parenchyme lignifié) et en particulier les fibres péricycliques bordées de nombreux cristaux prismatiques.
LOCALISATION DE L’ARBUTOSIDE
Nous avons essayé d’appliquer rigoureusement la technique donnée par M. R. Chemineau [61 (v. p. 37) aux coupes fraîches de Lathyrus niger Bernh.
Sous l’action de l’acide nitrique, toutes les parties lignifiées étaient colorées en jaune d’or; mais nous
1 Eee
n'avons pas observé la coloration jaune orangé annoncée par l’auteur dans les cellules des différents parenchymes. |
L’acide nitrique hydrolyse l’arbutoside des cellules et le dédouble en glucose et hydroquinol.
Deux heures après, nous avons constaté dans le parenchyme cortical une coloration vert foncé des cellules, due à un composé d’oxydation de l’hydroquinol.
Dans l’endoderme, le liber, les rayons médullaires et la moelle, on ne note aucune coloration.
En effet, l’action de l’acide nitrique à cette concentration est beaucoup trop brutale et détermine une attaque violente des tissus, qui sont fortement endommagés.
Nous avons essayé alors de caractériser l’arbutoside non plus directement, mais à l’aide de son produit de dédoublement : l’hydroquinol.
Ce dédoublement a été provoqué par des agents d’origine chimique et biologique : les acides dilués et les ferments. |
Dédoublement par les acides.
Les coupes furent traitées par quelques centimètres cubes d’acide sulfurique dilué à 1 %, et soumises à une douce ébullition pendant un quart d’heure. Elles furent lavées avec précaution, puis traitées sur la lame elle-même par une goutte d’aniline.
Après cinq minutes, nous avons vu apparaître une très belle coloration verte dans le parenchyme cortical, dans l’endoderme, dans le liber (surtout au voisi-
Fic. 3.
Coupe de tige de « Lathyrus niger Bernh »
montrant les cellules à arbutoside, dans le parenchyme cortical, le collenchyme, l’endoderme, le liber, les rayons médullaires et les cellules de la moelle avoisinant le bois. La localisation est faite à l’aniline. Les cellules à arbutoside ont sur le cliché une teinte grise
nage du bois), dans les rayons médullaires et dans les cellules de la moelle avoisinant le bois (fig. n° 3, p. 40).
Le dédoublement par les acides étant préjudiciable aux coupes au cours des différentes manipulations,
nous avons songé à employer l’hydrolyse fermentaire, moins brutale.
Dédoublement fermentaire.
Nous avons d’abord opéré sur les coupes et fait choix d’un complexe fermentaire : l’émulsine. Les coupes de tiges furent immergées dans 3 cc d’eau contenant environ 0,10 d’émulsine et laissées vingt-quatre heures en contact à une température de 30°.
Au bout de ce temps, les coupes furent traitées comme précédemment et la même coloration verte observée apparut.
Cette coloration est due à la quinhydrone formée. En effet, sous l’action de l’émulsine, l’arbutoside donne du glucose et de l’hydroquinol.
Or, la quinhydrone [46] est une combinaison d’hydroquinol et de quinone qui se forme toutes les fois qu’on fait agir sur l’hydroquinol des agents oxydants pour le convertir en quinone, ou des agents réducteurs pour réduire la quinone en hydroquinol. Par la chaleur, la coloration verte disparaît.
La formule de la quinhydrone est :
O—0 pa Nc: