‹ Localisation de la syphilose corticale du cerveauChapitre 5 sur 8 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

Messieurs, je vais revenir aujourd’hui sur quelques points de la pathologie syphilitique du cerveau dont je vous ai déjà entretenu à deux reprises différentes, en novembre 1875 et au commencement de cette année. Plusieurs d’entre vous ont pu voir et étudier l’un des malades qui ont fait l’objet de mes deux premières leçons sur Y aphasie et V hémiplégie droite syphilitiques à forme intermittente. Il a été obligé de rentrer dans mon service, et, malheureusement pour lui, j’aurai encore à vous parler de son état qui est loin de s’être amélioré. Vous avez pu constater en effet, tout à l’heure, que le cerveau de ce pauvre homme fonctionne infiniment plus mal que l’année dernière. C’est à peine s’il peut articuler quelques mots, et encore a-t-on peine à les comprendre. Il porte sur sa face l’empreinte de cette hébétude qu’on observe dans toutes les encéphalopathies, qui ont frappé d’une décadence irrémédiable les facultés intellectuelles. Il est visible que chez lui les phénomènes de l’ordre psychique sont même tombés au-dessous du niveau où sont descendues presque toutes les fonctions nerveuses.

Et pourtant, à la fin de décembre, quand ce malade quitta mon service, vous vous rappelez qu’il était dans une situation relativement bonne. Il venait d’éprouver une troisième attaque assez sérieuse d’aphasie et d’hémiplégie droite, mais elle n’avait eu qu’une durée de six ou sept jours ; et la rapidité avec laquelle avaient disparu tous les accidents cérébraux semblait indiquer que si la lésion morbide intra-crânienne persistait encore, elle n’irradiait autour d’elle que des fusées hyperhémiques incapables pour le moment d’entraîner une destruction de la pulpe cérébrale assez profonde pour abolir d’une façon définitive l’usage de la parole et la motilité dans les membres du côté droit.

Rien n’est plus instructif et plus utile pour l’étude des maladies constitutionnelles que l’observation de la même individualité morbide poursuivie à travers toutes les phases de son évolution. Remarquez, en effet, messieurs, que l’ensemble, le groupement, la succession des phénomènes ont une importance autrement considérable au point de vue théorique et pratique si on les constate chez les mêmes malades, que si on les prend çà et là chez des malades différents pour construire, pièce à pièce et par un ajustement toujours plus ou moins artificiel, le processus général de l’affection. Il est facile dans les hôpitaux de constater jour par jour la marche des maladies aiguës accidentelles, depuis leur début jusqu’à leur terminaison ; mais il n’en est plus de même pour les maladies chroniques et constitutionnelles. Elles embrassent une durée trop longue de la vie des patients pour que dans le va-etvient, la confusion et le pêle-mêle des grandes villes, une ou plusieurs de leurs atteintes ne nous échappent pas. Il faut donc profiter des occasions trop rares qui se présentent de soumettre à une investigation clinique faite à loisir et rigoureusement les diverses étapes de la même affection çhez le même individu ; et c’est parce que je suis persuadé que les longues histoires pathologiques sont d’une importance capitale en médecine que je reprends celle de notre malade au point où nous l’avons laissée le 7 janvier dernier.

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