‹ L’Oeil de feuChapitre 10 sur 17 · SI · texte numérisé non relu

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par les Sauvages qu'Ut-ta- wan avisa le petit canot laissé à la dérive par quelques nouveaux venus et s'en empara.

Ce fut précisément dans cette embarcation qu'il jugea à propos de se rendre au fort , et après avoir rasé les côtes avec mille précautions, il arriva enfin sans nouvelle encombre à Oswego.

Ut-ta-wan rencontra Clara sur Y esplanade. Les yeux humides et inquiets de la jeune fille le questionnèrent éloquemment dans leur langage muet mais expressif qui voulait dire : « qu'avezvous fait de notre ami ? »

L'Indien portait à la jeune fille une respec" tueuse affection, parce qu'il la savait dévouée à Ralph, et qu'il connaissait tout l'amour de ce dernier pour elle : il la rejoignit avec empressement.

— Où est Ralph? lui demanda-t-elle.

|: — Je l'ai laissé la nuit passée, répondit l'Onon-

daga.

— Etait-il en danger ?

— Je le suppose. Il y a toujours danger. Mais Ralph est brave, il ne s'en inquiète pas.

— Était-il en danger immédiat?

— Qu'est ce que cela veut dire : immédiat?

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— Que faisait Ralph ? répliqua la jeune iille.

— Il espionnait, donc !

— Pourquoi l'avez-vous laissé ?

— Il m'a dit : « Gourez au fort, chef, et racontez au « Père » que les Français arrivent. >■ Il est resté pour voir ce qui se passait : moi je suis venu pour parler au Père.

Clara s'empressa de le laisser aller ; elle comprenait très bien, malgré toutes ses inquiétudes, que le colonel devait recevoir sans retard le message apporté par TOnondaga.

Ce dernier traversa rapidement les quartiers, sans s'arrêter autrement que pour échanger une poignée de main avec un sergent Irlandais, un de ses bons amis, et fut aussitôt admis chez le commandant.

Leur entretien ne fut pas long : au bout de cinq minutes, l'officier sortit à la hâte de son ca*binet, fit battre le rappel et réunit toutes ses troupes sur l'esplanade .

Là il les harangua avec feu, leur annonça que cinq mille Français et Indiens marchaient sur le fort, et leur dit en termes énergiques que le moment était venu de vaincre ou de mourir.

Des sombres regards, des visages pâles de

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résolution et de colère répondirent à son discours ; une flamme électrique circula dans la garnison, y allumant le feu de la -vengeance et de l'orgueil militaire.

Immédiatement toutes les dispositions furent prises pour soutenir le siège ; soldats et officiers rivalisèrent de zèle pour mettre tout en état.

Longtemps avant la nuit les avant- gardes françaises se montrèrent sur la lisière des bois, et envoyèrent quelques volées de balles dans les embrasures et les meurtrières. Mais le fort demeura silencieux : les munitions étaient trop précieuses pour les prodiguer à un ennemi à peine en

vue.

La matinée du lendemain se passa en escarmouches et en fusillades inutiles. Pendant ce temps Montcalm, l'infatigable" Montcalm, admirablement secondé par son énergique et savant ami Morand, faisait élever de prodigieuses forti-. fîcations et y dressait des batteries formidables. (On voit encore des vestiges bien conservés de ces retranchements auprès d'une factorerie de la compagnie d'Hudson : ce sont les Reliques de l'indépendance américaine).

Deux ouvrages fortifiés s'élevèrent ainsi comme

par enchantement : l'un sur les bords du lac, l'autre, au point de jonction des trois rivières : partout les Français établirent des canons de gros calibre, disposés entre eux de façon telle qu'ils commandaient le fort, la plaine et le lac.

Tous ses préparatifs terminés, Montcalm, avec cette urbanité loyale qui présidait à la moindre de ses actions, envoya au fort un aide-de-camp, en parlementaire, pour inviter les Anglais à se rendre.

Le jeune et briUant officier chargé de cette mission épineuse se dirigea vers les remparts avec une intrépidité aussi calme que si la fusillade n'eût pas pétillé en face de lui. Lorsqu'il fut proche il déploya le drapeau de parlementaire ; aussitôt le feu cessa sur toute la ligne.

Il se présenta à la porte, et après avoir échangé les demandes et les réponses usitées dans le cérémonial de la guerre, la lourde herse s'éleva, le pont-levis roula sur ses gonds énormes et démasqua une batterie de pièces de vingt-quatre qui opposaient à tout assiégeant leurs gueules sombres et menaçantes.

Les artilleurs étaient debout à côté de leurs pièces, droits, fiers, immobiles comme des statues

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de bronze ; les mèches étaient allumées ; les boulets, empilés en tas coniques, occupaient toute la surface de l'esplanade; d'étroits sentiers couraient à travers ces monticules noirs, étincelants, mais formidables à voir.

Le parlementaire jeta un regard indifférent à ce luxe meurtrier des batailles et demanda le commandant.

La présentation et les saluts réciproques échangés avec toute la courtoisie du bon ton le plus raffiné, le jeune Français proposa doucement au colonel de capituler « attendu, ajouta-t-il, que la plus héroïque défense ne pourrait pas sauver la forteresse. »

Le commandant Anglais lui répondit, naturellement, par un refus empreint de la même civilité.

— Le poste que m'a confié Sa Majesté, dit-il en terminant, ne me sera arraché qu'avec la dernière goutte de mon sang.

— Nous connaissons exactement vos ressources, commandant, répliqua le Français, et nous savons, à un jour près, le moment où elles seront épuisées. Croyez-moi, ne risquez pas un sang précieux, acceptez une capitulation honorable,

sans conditions ; l'honneur ne consiste pas à affronter un désastre certain.

— Je suis un vieux soldat, répondit froidement le colonel, permettez-moi de conserver cette illusion que je me connais un peu en devoir et en honneur. Je tomberai sous des forces supérieures, c'est possihle ; mais je mourrai comme j'aurai vécu, sans peur et sans reproche. Vous me pardonnez, ajouta-t-il en souriant, d'emprunter cette dernière locution, à vous, peuple de chevaliers?. . .

L'aide-de-camp sourit et remercia d'un salut ; puis il reprit :

— Il est de ma conscience de vous dire que nous avons malheureusement pour coopérateurs des Indiens assemblés par nuées autour de nous ; il sera impossible de retenir ces hommes

de proie lorsque l'issue des combats vous aura été défavorable ; alors se reproduiront des scènes horribles de massacre et de dévastation que nous serons impuissants à réprimer.

— Je le sais, monsieur, reprit sèchement l'anglais : Vx Victis ! il y a longtemps que ce propos est vrai. Quant à vos Alliés sauvages, ce ne sera pas la première fois qu'ils auront souillé le dra-

peau sous lequel on les laisse combattre, et ce ne sera sans doute pas la dernière.

— Monsieur [ s'écria le jeune Français, rouge de colère, vous abusez de ce que je suis votre hôte. Mais apprenez que le drapeau Français n'est pas plus déshonoré parce que des cannibales violent son ombre héroïque, que votre drapeau anglais ne l'est parce que des pirates l'empruntent pour faire la traite des noirs !

Le commandant Anglais se mordit les lèvres, s'inclina pour indiquer que la conférence était terminée et garda le silence.

— Je me lave les mains . du sang qui va être versé, commandant, dit le parlementaire en se retirant; vous seul, serez responsable.

— Je le serai, sir ! Dieu nous jugera! répondit stoïquement le colonel.

Ils firent quelques pas sans rien dire :

— A propos, colonel, reprit le jeune Français nous avons capturé la nuit dernière un de ces espions qui vous informent si bien.

— Quel espion, sir?

— Un homme qui, avec l'Onondaga que j'aperçois par ici, nous a donné plus de fil à retordre

que tous vos fusiliers ensemble : il est toujours partout.

U't-ta-wan s'approcha, écoutant avec avidité.

— Yous connaissez donc ce brave garçon rouge, demanda le commandant.

— Miséricorde ! Si je le connais ! Ils m'ont fait prisonnier une fois : je portais des dépêches de Frontenac à Grown-Point ; j'avais lestement et heureusement fait ma route jusqu'à Horicon, et je me réjouissais déjà d'un avancement de grade que je regardais comme ma juste récompense, lorsque les scélérats m'ont pincé.

— Mais qu'allez- vous faire du. . . jeune homme ? demanda anxieusement le major Bowen.

— Ce que nous allons en faire? mon cher monsieur ! repartit le jeune Français en prenant avec délicatesse un bouton de son uniforme entre le pouce et l'index : Il a été pris dans l'intérieur

de nos lignes retranchées, faisant de l'espionnage*..., de l'es-pio-nna-ge ! entendez -vous. Eh! bien, je ne donnerais pas un sou de sa vie.

— Il sera exécuté ?

— Sans nul doute, sir.

— Pourrais-je le voir? demanda le bon major, au désespoir.

— Ce n'est pas probable; Montcalm est tellement irrité contre lui qu'il l'a fait mettre au secret le plus rigoureux .

A ce moment l'Onondaga s'approcha et flt un geste d'impatience :

— Mon frère s'en va ? demanda-il à l'officier

Français.

— Il s'en va, OEil-de-feu ; répliqua celui : vous n'avez pas beaucoup changé depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir à Horicon.

— Vous vous rappelez ce moment ? Je suppose que vous ne vous avons pas maltraité? vous n'avez manqué de nourriture, ni de rien ?

— Vous m'avez traité comme un prince : je me suis promis d'en être reconnaissant.

— Alors je suppose que vous donnerez çà au « Grand-Élan » ?

Le chef lui présenta une petite balle en ivoire couverte de curieuses sculptures. Le Français l'examina soupçonneusement, la tournant et la retournant en tous sens.

— N'ayez pas peur : ce n'est pas méchant, fît le chef.

— Vous me donnez votre parole que cette baïle ne contient pas quelque engin extraordinaire

pour le faire échapper ? demanda le jeune Français avec un sourire.

— J'étais avec le « Grand -Élan», il y a plusieurs lunes : un jour nous trouvâmes deux os comme celui-là. -— Grande médecine! çà ; très- grande médecine ! un charme ! Promettez-moi de le remettre au « Grand-Élan». Çà lui fera prendre patience. Il connaîtra que l'Onondaga ne l'oublie jamais.

— Au fait, je puis bien vous promettre cela : le pauvre diable n'a pas si longtemps à vivre, je ne vois pas d'inconvénient... Oui, je lui remettrai cet objet.

— Laissez-moi partir en parlementaire avec Monsieur, demanda d'un ton suppliant le major Bowen au commandant, afin que je puisse voir ce qu'il y aurait à faire pour ce pauvre Ralph. Songez, colonel, qu'il est le fiancé de ma fille ; je ne pourrai jamais dire à mon enfant que je l'ai laissé mourir sans faire un pas pour lui.

— Allez ! répondit le commandant ; prenez le drapeau. Offrez en échange le capitaine Duplessis pour avoir Warren. Je suppose qu'on ne refusera pas.

L'envoyé Français secoua la tête. .

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— Vous vous faites peut-être illusion, sir, ditil ; Montcalm ne remettra jamais en liberté un homme qu'il a tant désiré avoir. Je l'ai moimême entendu dire que cet espion devait mourir. Montcalm ne revient jamais sur sa parole.

— Gomme nt mourra-t-il ?

— Gela dépend. Il y a la potence, la fusillade... peut-être sera-t-il livré aux Indiens : je ne sais. Ce sont les Sauvages qui l'ont pris ; s'ils le réclament, Montcalm" se verra obligé de faire droit à leur demande. Ces gens là paraissent avoir une haine atroce contre votre « Grand-Élan ».

— Je pars, colonel, gémit le major ; portez la triste nouvelle à Clara.... mieux que moi vous pourrez lui dire cela.

Le commandant aurait mieux aimé marcher seul à l'assaut d'une batterie que de remplir une semblable mission ; néanmoins il ne pouvait refuser,

Le major et le parlementaire Français s'éloignèrent ensemble.

Ils trouvèrent le marquis de Montcalm assis

avec Morand devant une grande table couverte

d'un plan qu'ils^#m£aaint avec attention.

A rapprocMe:ues;de^ixt3pu veaux venus, le plan

fût roulé et mis de côté ; Montcalm se leva pour recevoir le major anglais.

— Vous venez pour conclure une capitulation, major? lui demanda-t-il.

— Non, sir : votre messager vous transmettra la réponse de mon commandant à cet égard.

— Eh. Lien ! qu'y a-t-il, Du Perrier? iit le marquis d'un ton sec et bref.

— Le commandant anglais refuse de se rendre,

mon général.

— Que tout le sang répandu retombe sur sa tête, alors. Néanmoins, pour l'acquit de ma conscience, je vais encore faire une tentative pour vaincre cette héroïque mais malheureuse obstination. Venez avec moi, major, je vais vous faire voir ce que vous méprisez sans le connaître : je Vais vous montrer mon armée.

Il prit le bras du major, et sortit avec lui de sa tente, suivi de Morand et de Du Perrier.

Il s'arrêtèrent au milieu d'une esplanade ménagée au milieu des travaux de fortification. Les

tambours battaient le rappel pour une parade, les bataillons se massaient en bon ordre sur le terrain. Bientôt l'exercice commença et la manœuvre fut brillamment exécutée;

L'œil guerrier du brave major étincela en voyant l'éclair qui miroitait le long des rangs, à chaque manœuvre, et attestait la précision merveilleuse de cette belle armée Française. Il ne pût retenir un murmure de satisfaction.

L'intelligent visage du marquis se colora d'un noble orgueil. Soldat lui-même, il appréciait àr toute sa valeur l'hommage spontané d'un brave soldat, ce dernier fût-il un ennemi.

Ge fut donc avec un inexprimable sentiment de juste amour-propre qu'il entendit le bon major Bowen grommeler en mâchonnant sa moustache :

— Dieu ! que c'est beau !

Effectivement, on n'aurait pu voir une plus belle armée : c'étaient des troupes d'élite formées avec soin par le marquis de Montcalm ; il se complais sait en elles comme dans sa création favorite. Cette année avait déjà, du reste, de glorieuses traditions ; c'était elle qui , dans les « Plaines d'Abraham, » avait remporté sur Wolfe une brillante vicoire après la lutte la plus acharnée qu'ait enregistrée l'histoire américaine.

— Vous les admirez, sir, dit le marquis de Montcalm, et vous faites bien ; car jamais plus

braves militaires n'ont foulé le sol indien. — Mais ceci n'est qu'une partie de m es forces : Voici l'autre portion.

Il donna à ses aides-de-camp quelques ordres rapides. Aussitôt ils furent répétés de ligne en ligne, les bataillons rompirent les rangs et se dispersèrent en bon ordre.

Au même instant, un bourdonnement étrange et des clameurs confuses sortirent des bois environnants. Au bout de quelques secondes appa-

rurent de longues files de guerriers Tndiens, la hache au poing, le rifle sur l'épaule : cette foule horrible et fantastique passa lentement devant l'état-maj or, lançant de farouches regards sur l'officier qui portait l'uniforme exécré des Anglais.

En même temps ils chantaient leur terrible chant de guerre, — symphonie infernale, inouïe,

terrifiante, dont la plume ne peut donner qu'une faible idée. — Tous ces furieux, au nombre de deux mille, étaient hideusement peints en

guerre, ou portaient sur leurs têtes les effroyables emblèmes dont ils aiment à se décorer à l'approche d'une bataille.

Leurs voix, rauques, gutturales, furieuses, vo-

ciféraient, comme une prophétie sinistre, les

sauvages refrains suivants :

» Hoo ÎIoo I

» Nous partons, nous partons !

» Voyez, regardez !

» JN T os haches sont sorties de la terre,

» Nous sommes prêts, nous sommes prêts;

» Nous sommes prêts pour une terrible guerre.

» Nos couteaux aigus, tranchants, aiguisés,

« Nos rifles au tir infaillible,

» Se dressent tous seuls contre les Anglais,

» Ils ont soif de leur sang.

» Mort à ces serpents qui rampent sous l'herbe !

» Nous les foulerons sous nos pieds comme la poussière ; » Ils se noieront dans leur sang » Dans leur sang qui inondera leurs grands Avigwams- » Voyez, regardez 1 » Nous avons pris les chevelures » Les chevelures de plus de mille braves ; » Nos guerriers sont comme la pluie qui se précipite, *■ * Comme les grains de la récolte,

» Nombreux, vaillants et terribles 1

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Le cœur du major Bowen se serrait en voyant défiler cette horde féroce dont les regards acérés semblaient le fouiller jusqu'au sang comme des poignards. Il comprit sur le champ que l'issue de cette lutte inégale serait sinistre et fatale : de sombres pressentiments lui traversèrent l'âme et répandirent un nuage sur ses traits.

Montcalm s'en aperçut, un hautain sourire de satisfaction erra sur ses lèvres.

Il passa son bras sous celui du major et rentra avec lui dans le camp.

— Vous avez pris connaissance de nos forces, |t" dit-il, vous savez maintenant à qui vous aurez S affaire. Venez un peu voir nos batteries.

On quitta les tentes pour- aller sur les bords de la rivière où avaient été braquées les pièces d'ar- j

tillerie, toutes de gros calibre. [

La colline ainsi transformée en bastion était !..

si élevée qu'elle plongeait sur le fort et permet- ■

tait d 'en foudroyer toutes les parties.

Le major eut une expression de critique :

Montcalm sourit malicieusement :

— J'espère que vous ne trouverez pas de faute dans mes fortifications.

— Il n'y a rien de parfait dans ce monde, sir, répliqua flegmatiquement l'officier Anglais. Le tir de cette batterie nous gênera incontestablement, et nous obligera de temps en temps à nous mettre à l'abri. Mais, sir, daignez prendre la peine de regarder le fort ; vous y verrez, dans l'embrasure du sud, une belle batterie :— presque aussi belle que la vôtre, sir.— Lorsque vous nous

enverrez vos compliments d'ici, je me fais fort

d'y répondre très convenablement : je vous rendrai boulet pour boulet ; vous m'excuserez si je ne vous rends pas canon pour canon.

— Bien riposté ! murmura le marquis : peste ! il n'est pas facile à intimider. Combien de temps pensez-vous pouvoir tenir contre nous, mon cber major ? demanda-t-il à haute voix.

«— C'est ce que l'expérience démontrera, sir : mais je puis vous garantir, pour le moins, un grand mois. ... et plus ... si vos batteries viennent à être endommagées.

Montcalm lui lança un coup d'œil admiratif mais ne répondit rien, et tous revinrent au camp.

Le jeune Du Perrier s'amusait beaucoup de voir que le « grand marquis » (comme se laissait appeler Montcalm) n'avait pu réussir à effaroucher l'Anglais , et il ne pouvait s'empêcher de rire intérieurement du dépit de son général.

I Lorsqu'on fut arrivé sous la tente de ce der-

nier, on servit des rafraîchissements exquis, entre autres des vins fins de France, qui au mérite du cru joignaient le mérite des années.

— Mais vous ne m'avez pas fait connaître le

but de votre visite, mon cher major, dit Mont-

calm au bout de quelques instants : veuillez donc m'en instruire.

— Je n'étais point venu assurément pour inspecter vos forces, monsieur le marquis ; tout à l'heure, à la citadelle, notre messager m'a appris qu'un de mes chers amis était entre vos mains. Je désire ardemment voir ce prisonnier : vous seul pouvez faciliter l'accomplissement de ■ ce désir.

— De qui me parlez-vous ?

— De Ralph Warren.

Le marquis se renversa sur son fauteuil, jetant au major un regard empreint du plus vif mécontentement et de la plus grande perplexité.

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