‹ L’Oeil de feuChapitre 13 sur 17 · IL · texte numérisé non relu

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Bien contre son gré, OEil-de-Feu avait été désigné pour garder le bateau avec un autre soldat. Il vit ses camarades grimper sur la berge, s'enfoncer et disparaître dans les talus, puis il n'entendit plus rien.

Mais, quelques secondes après, un volcan sembla s'entr'ouvrir. Ce fut un tumulte horrible ; coups de feu, hurlements, cris de rage, plaintes des blessés !... une mêlée effrayante venait de s'engager.

L'Onondaga ne pût y tenir ; il laissa le bateau à son unique compagnon et sauta à terre : là il aperçut un cruel spectacle.

Deux cents Indiens entouraient l'héroïque petite troupe du major Bowen; les Anglais, adossés contre le rocher, faisaient face à leurs adversaires et défendaient vigoureusement leur vie.

La moitié des Anglais jonchait déjà le sol, mêlée à des monceaux de cadavres Indiens. Bowen tenait tête à une demi-douzaine de Hurons, en faisant tourbillonner autour de lui les crosses sanglantes de ses pistolets.

Dans la chaleur de la lutte il avait été séparé de ses soldats, et il cherchait à regagner

le bateau en criant aux Anglais de faire comme lui. Les malheureux firent leurs efforts pour le suivre, mais bientôt cette poignée d'hommes se vit à la merci des sauvages. Le major reconnut alors qu'il n J y avait plus d'espoir, et qu'il ne leur restait qu'à vendre chèrement leur vie.

Alors eut lieu un combat affreux ; chaque Anglais avait déjà tué au moins deux sauvages ; ceux qui survivaient se serrèrent é troitement les uns contre les autres, et se firent un vrai rempart de cadavres.

Le major tua d'abord deux de ses adversaires à coups de pistolets, en éventra deux autres de deux revers d'épée, fendit la tête au cinquième avec son propre tomahawk, et jeta le dernier d'ans les rochers où il se brisa les mem-

bres.

A ce moment Ut-ta-wan était à ses côtés :

— Échappez - vous, Œil - de - Feu, haleta le major ; vous direz comment nous sommes morts.

L'Onondaga ne répondit pas ; une nouvelle avalanche d'ennemis s'abattait sur eux. Il saisit

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.un Huron parmi les assaillants et l'emporta dans ses bras comme il eût fait d'un enfant. Ce boucHer vivant garantit sa retraite, car les autres sauvages n'osaient pas tirer de peur de tuer leur camarade. OEil-c}e-Feu recula ainsi jusque sur le bord du précipice, donna un coup, d'œil au major qu'il vit enveloppé de Français et d'Indiens, puis il s'élança dans la rivière avec son fardeau

vivant.

Un cri de fureur fut poussé par les Indiens, car une de leurs plus nobles proies allait s'éehaj> per, En effet, ils virent le bateau s'éloigner brusquement du rivage sous une invisible impulsion,

et, suivant doucement le fil de l'eau, disparaître dans les ténèbres: au bout de quelpues secondes retentit le cri de guerre de l'Onondaga ; ceux qui cour ur eut sur le bord du fleuve dans l'espoir de le rejoindre ne trouvèrent que le corps du Huron rejeté par les eaux où il avait reçu la mort.

Pendant que cet incident attirait l'attention des sauvages, un des héros Anglais qui tombèrent les premiers, se releva, demi-aveuglé .par. son sang et celui de ses frères d'armes, prit les clous et le marteau dans les mains d'un

mort, se traîna jusqu'aux pièces et les encloua.

Au moment où il attaquait la dernière, la crosse d'un soldat Français le renversa: les Indiens l'entourèrent, trouvèrent en lui un souflle de vie et l'emportèrent, le réservant pour la torture.

Celui qui, seul, avait accompli l'œuvre de tout un détachement, était le sergent Irlandais. Si cette noble action eût été connue en temps utile, le siège eut pu être prolongé, et le fort sauvé peutêtre.

Ut-ta-wan et le soldat resté seul sur le bateau revinrent au fort où ils racontèrent la désastreuse issue cle l'expédition. A ce récit, le commandant considéra la place comme perdue, et décida que sur-le-champ on l'abandonnerait pour se réfugier dans une des citadelles les, plus proches, sur la rive orientale.

Aussitôt on encloua les canons, on transborda laborieusement les munitions de l'autre côté de la rivière ; on opéra une silencieuse retraite au travers des bois.

Le lendemain, les Français s'étonnèrent de ne pas voir répondre à leur feu : ils envoyèrent un parlementaire au fort. Ce messager y trouva

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la solitude, le silence, la mort, au milieu des

ruines.

Le fort Oswego était anéanti, mais il ne s'était pas rendu.

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