‹ L’Oeil de feuChapitre 15 sur 17 · FL · texte numérisé non relu

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gnées de main avec tous ceux qu'il rencontra» car tout le monde l'aimait cordialement ; puis il se mit en route à travers les bois,

vec Ut-ta-wan qui l'avait rejoint, armé en guerre, réparé, rafraîchi, muni de toutes pièces, et pi et A fournir mieux que jamais une brillante campagne.

|f Les Anglais s'étaient établis dans un camp rc-

* tranché sur la lisière d'une forêt, a peu de distance de la rivière. Quelques débris des troupes disséminées dans les forts environnants s'étaient ralliés à la garnison de l'Oswego : mais ces troupes épuisées, démoralisées par le sentiment de leur faiblesse et de l'abandon où elles se trouvaient, ne

pouvaient soutenir longtemps une lutte inégale. Les Français vinrent les attaquer dans ce der- 'œ' nier refuge, et, après plusieurs assauts terribles,

les réduisirent à une position désespérée : bien-

tôt toute résistance devint inutile, une capitulation honorable leur fut accordée par Monlcalm

qui toujours se montra noble et généreux envers

de braves adversaires.

Le jeune officier Français, chargé de traiter

avec les Anglais, leur cffraitîc droit de se retirer librement avec armes et bagages sans qu'il fût fàï t

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aucun prisonnier: Les officiers devaient conserver leurs épées, mais en promettant sur l'honneur de n'en pas faire usage avant trois jours. Il engagea vivement le colonel à ne pas affronter les hor-

reurs d'un assaut, dont l'issue serait inévitablement funeste, et qui serait ensanglanté par les atrocités des sauvages.

Ce ne fut pas sans une douleur immense que

le commandant Anglais se résigna à ce qu'il considérait comme un déshonneur pour lui et tous les siens. Mais tout espoir, était perdu ; capituler était un acte de sagesse et d'humanité ; il signa, la sueur au front, la mort dans l'âme ; puis il donna l'ordre du départ.

Les assiégés s'éloignèrent tristement, laissant aux mains des Français une quantité considérable de munitions et d'approvisionnements de toute espèce. Ils marchèrent tout le jour, et ne respirèrent qu'après avoir mis trente milles entre eus et leurs vainqueurs.

Le soir venu, ils établirent leur campement sur l'Onéida, au lieu dit « la pointe des trois rivières ; » des sentinelles furent placées, tout le inonde s'endormit sous le- double poids de la

fatigue et du chagrin.

Vs

..La nuit était calme, tiède, splendide; tout semblait en paix sur la terre et sur les eaux murmurantes. Bientôt les factionnaires sentirent leurs paupières s'appesantir, leurs jambes fléchir, leurs mousquets glisser jusqu'à terre.

Vainement ils essayèrent de lutter contre ce dangereux assoupissement, car ils se souvenaient des recommandations de Rai pli; ils se laissèrent tomber sur le gazon ; au bout de quelques minutes il ne restait pas dans le camp un seul surveillant dont les yeux fussent ouverts.

Clara avait sa tente près de la rivière : elle reposait aussi, tranquille et presque heureuse ; quoique toujours au milieu des dangers, elle avait repris espoir ; son fiancé était retrouvé, son père était sain et sauf,, et serait prochainement rendu à la liberté ; elle ' pouvait rêver à des temps meilleurs.

La pauvre fille ne voyait pas un canot sillonnant dans l'ombre les eaux brillantes del'Onéida et abordant sans bruit tout près de sa tente : elle ne voyait pas une hideuse apparition étendant sur elle ses bras noirs, ses mains crispées^ dardant sur elle des regards de feu.. *

Avant même d'être éveillée, elle sentit un bâillon comprimer sa bouche ; une couverture fut roulée autour d'elle, on l'emporta rapidement jusqu'au canot. Là, son ravisseur s'assit à côté d'elle, et, manoeuvrant sans bruit les avirons, dirigea la nacelle jusqu'à la rive opposée. Sautant ensuite sur le sable, avec sa prisonnière sur les bras, il repoussa du pied le canot jusqu'au milieude l'eau et s'enfonça dans les broussailles, se dirigeant vers les territoires des Indiens.

Clara sentit tout son sang se glacer dans ses veines, en reconnaissant le sombre et farouche Ireton.

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