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L'OFFICE

Etablissement Industriel, du point de vue Economique

SOMMAIRE. — L'Office, formule d'Etatisme ayant réussi — Résultats comparés dans des conditions analogues de personnel, de capital, de résultats financiers, et de circonstances économiques. — Les défauts

étatistes auxquels il échappe : fonctionnarisme administratif et politique. Manque d'intérêt personnel : agents et conseil. L'antinomie de l'Etat industriel et de l'Etat puissance publique. Manque de concurrence. — Corrollaire de la concurrence : nécessité d'être sur place. — La question Nord-Africaine : contingentement. La solution possible par voie d'entente et non par voie d'autorité.

« Recourir aux exploitations par l'Etat serait une très grande faute », a dit Loucheur au sortir des expériences malheureuses des formules étatistes pendant la guerre.

Sans vouloir nous laisser influencer par les réquisitoires bien connus de Guyot avant la guerre (la gestion par l'Etat et les municipalités) ou de Délemer (le bilan de l'Etatisme) sur les organes de la guerre, il nous faut constater que l’exploitation entreprise par l'Etat est, en général, déficitaire et que le terme rappelé par M. de Monzie dans le rapport Charlot « l’étaüsme à perte » est malheureusemnt trop souvent réel.

Les exemples ne manquent pas dans ces volumes, dans leur sévère véracité. Ils font penser à cette phrase de Truchy lorsqu'il proclame dans son cours d'Economie politique la supériorité de l'initiative privée : &l'Etat n’est pas le Dieu que quelques-uns vénèrent, C’est un organisme social très com-

pliqué, dont le fonctionnement est rarement tout à fait bon, parfois tout à fait mauvais, le plus souvent médiocre ». Ils font penser au réquisitoire de Leroy-Beaulieu contre la prétention de l'Etat: «à l’omni-science et à l’omni-compétence » (lElalt moderne et ses fonclions).

Tous sont d'accord pour constater l’incompétence et l’incapacité notoire de l'Etat comme industriel, ce qui ne rentre pas d’ailleurs dans son rôle normal selon eux.

Les faits sont patents d’ailleurs pour nous, en France ; et il nous faut bien le reconnaître, la Russie Etatiste de nos jours, où l’on ne peut prétendre cette fois que des desseins adverses ont pu venir contrecarrer l'essai, nous en apporte une éclatante confirmation.

Sans vouloir entrer dans des détails de chiffres, écoutons seulement l’aveu que nous en fait Kameneff, lorsqu'il cherche la façon dont on pourrait éviter la réalisation de la crainte formulée par Lénine lui-même, de voir ses paysans lui dire : «le pouvoir des Soviets est peut-être un bon pouvoir et les ouvriers de braves gens ; mais vous êtes incapable d’assurer la gestion » (discours Kameneff aux Soviets de Moscou, en date du 30-9-24).

L'Office Chérifien des Phosphates du Maroc a-t-11 été la bienheureuse formule, apte à justifier et à rénover le principe étatiste ou tout au moins à le disculper ? Sans doute, étant donné les résultats absolument inverses des précédents qu'a donné ce nouvel essai d’étatisme, étatisme de circonstance ‘devrionsnous, peut-être, il est vrai ajouter, d’après l’étude que nous venons d'en faire, et du fait que ces résultats ont pu être fonctions du caractère aussi peu étatiste que possible, que l’on s’est attaché à lui donner ; étatisme tout de même, pourtant, si non administratif.

[ nous appartient donc de voir comment cet Office a échappé aux défauts des affaires d'Etat au point de vue Economique, dans quelle mesure supplémentaire il aurait pu y échapper, enfin, la garantie qu’il peut avoir de conserver ces caractères, alors que nous le savons déjà, il les doit plus à la conception du Maréchal Lyautey et de son entourage administratif et à leur

constante sollicitude à la respecter et la faire respecter, que dans les textes mêmes qui eussent pu ou dû avoir le devoir de le faire. ù

Les résultats furent, en effet, satisfaisants ; les chiffres que nous allons citer et qui sont puisés dans les bilans et les statistiques officielles, nous le montrent.

Les chiffres de 1926 ont porté l'Office au point de vue tonnage à la seconde place des producteurs Nord Africains, alors pourtant qu'il est la plus récente des diverses entreprises. Nous notons, en effet, parmi les principales

tonnes chiffres de 1927

Compagnie de Gafsa ........... 1.880.533 2.039.572 RARE NS LE RS AE EURE 885.720 + 1.198.006 Phosphates de Constantine .... 601.674 793.118 Phosphates Tunisiens ........., 374.642 412.318

Ces chiffres seraient insuffisants par eux-mêmes ; il est évident, en effet, que pour des gisements comme ceux de la Compagnie de Constantine qui a pris la suite de la « Constantine Phosphate limited », représentant encore environ 12 à 15 mullions de tonnes pour une amodiation de 24 ans encore, il n’est grandes le chiffre moyen de 800.000 tonnes qui doit épuiser son gise-

pas intéressant de dépasser au prix de dépenses plus

ment même avant la durée concédée et auquel d’ailleurs. ils avouent formellement dans leur dernier rapport, vouloir se Hmiter.

La cadence comparée des accroissements avec la plus grosse Compagnie d'Afrique du Nord, nous avons cilé Gafsa, nous donnera un élément d'appréciation de plus. L'Office étant donné ses possibilités de tonnages élevés plus élevés même que Gafsa, dont le plafond rationnel semble être aux environs de 2.500.000 tonnes, en l’état actuel, a eu comme il devait l'avoir une progression dans ses premières années supérieure à Gafsa. Il se trouve donc dans la normale d’une industrie privée menée de facon satisfaisante. Les chiffres nous le montrent

Année d'existence tonnes exportées Maroc Gafsa

DANTÉC ARE NS de ; 79.815

BATACE Mn ee ed 190.723 68.209 LÉ MANNÉ 0 ER en 430.441 171.288 DANS MMM ee ete ee 721.228 178.019 GANT ErECEr rene 885.720 263.402 FÉMA HO sm ane eee 1.198.006 392.088

En p années donc l'Office a atteint les environs du chiffre que Gafsa ne loucha qu’au bout de 13 ans d'existence, soit 1.129.759 tonnes.

— Mais le chiffre produit ne démontre encore rien par luimême ; on peut produire dans des conditions désastreuses. Il n’en fut rien.

Ces résultats furent obtenus dans des conditions normales au point de vue personnel employé : en 1926, l'O. C. P. employe une moyenne de 435 Européens et 2.800 indigènes pour une extraction de 882.821 tonnes ; Gafsa, la même année, pour une extraction à peine double, 1.724.633 tonnes, employe 836 Européens, un peu moins du double de l'Office (— 36) et 5.751 indigènes, un peu plus du double (+ 151). Le pourcentage maind'œuvre est donc sensiblement lé même. On ne peut objecter donc que les résultats ont été atteints sans souci du rendement individuel (1).

Au point de vue capitaux engagés, l'Office a-til été privilégié ou fut-l plus dépensier. Les chiffres des capitaux sont similaires encore : Office, 36 mullions ; Gafsa, 86 ; Constantine, 80 ; Tunisiens, 45.

(1) Ces chiffres sont ceux portés aux bilans comme extractions. — Les chiffres de la population ouvrière de Gafsa sont ceux donnés par Ch. Baron à la Chambre, qui se sont trouvés contrôlés dans la monographie parue au journal « Le Phosphate ». — Le chiffre de l'Office est la moyenne ouvrière en 1926. — Il eût été inéquitable en effet de prendre le chiffre maximum de fin d'année pour une affaire en voie de croissance. Le chiffre comprend déjà un certain nombre d'ouvriers des Travaux Neufs qui sont moins importants pour une Compagnie ancienne et dont en toute rigueur nous aurions pu faire la soustraction.

Objectera-t-on que Gafsa eut son chemin de fer à construire ? nous répondrons que 36 millions en 1897, valaïent sans aucun doute plus que ceux de l'Office en 1921 et suivantes. Objecterat-on que l'Office dut faire des emprunts à court terme ? L’argument est faible puisque ces emprunts étaient intégralement remboursés en 1926; par ailleurs, Gafsa n’a-t-elle pas émis des obligations qu'elle finit d’amortir à l'heure actuelle ?

Dira-t-on que ces résultats ont été obtenus sans souci de créer des réserves, sans amortlir, Où en y consacrant tous les bénéfices : non encore ; les résultats financiers ne sont pas moindres : outre 21 millions d’amortissements portés à 40 en 1927, le remboursement de ses emprunts à court terme, l'Office avait constitué en 1926, 31 millions de réserve normale ou spéciales, portées à 58 nuillions en 1927. Ses versements à l'Etat, assimilables à des dividendes, ont été appréciables : 26.800.000 fr. en 1926 ; on parle de 39 millions et demi en 1927.

Ces chiffres sont suffisants pour nous permettre de ne pas insister.

On nous demandera alors si les conditions d'exploitation ont été comparables : n’ont-elles pas été par ailleurs facihtées ? Fappelons que:lOffice a payé tous les impôts qu'aurait payé une société privée pour son exploitation. Gafsa accuse dans son bilan 1926, 15.197.000 francs d’impôls payés par elle, l'Office pour un tonnage d’à peu près moitié 7.384.000 francs. Or, l'impôt n'est-il pas en partie proportionnel au tonnage. Les droits miniers sont à la tonne, les installations base des patentes et des taxes locales ne sont-elles pas également proportionnelles au tonnage. Disons, que si l'Office avait exporté 850.000 tonnes de plus pour atteindre le chiffre de Gafsa, le seul droit minier perçu par les douanes à la sortie eut été majoré de près de 6 millions (5 ‘, ad valorem, la tonne étant à 140 fr. et pour 850.000 tonnes : 5.950.000 francs).

Les frais de transport de la Mine à la cote, bien que la distance en soit moindre est similaire à eelui des Compagnies Algériennes. Qu'il nous suffise de citer la parité suivante en 1920. Les chemins de fer du Maroc, écrivarent, en effet : «nous

prenons dès maintenant l'engagement de proposer en temps utile un.prix de transport par lonne analogue à ceux payés à la même époque par les 3 mines du Kouif, 232 kilomètres jusqu'à Bône, de Kalaa-Djerda 235 kilomètres et de Kalaat-es-Snan 254 kilomètres jusqu’au port de Tunis ». Et l'O. C. P. n’a pas 150 kilomètres de ligne. Telle est la base qui est restée, car depuis l'ouverture de la voie ferrée, ce sont des majorations de tarifs qui sont survenues comme partout et dans des proportions équivalentes (25 ‘, en fin 1925), base qui fit d’ailleurs protester l'Office en Décembre 1923 et valut pour réponse : « Si notre prix s'applique à un parcours kilométrique moins grand, vous constalerez que nos larifs généraux sont plus élevés que dans ces deux pays (Algérie, Tunisie), car nos dépenses sont aussi plus considérables. Dans ces condiuons, il n’est pas possible de remellre en question les accords de 1920.» L'Office n'est donc pas favorisé sur ce point, et est dans une situation comparable malgré la distance moindre à ses voisins. Nous n'avons pas cité Gafsa qui à son propre chemin de fer dont l’amortissement doit d’ailleurs, lui permettre un prix de revient infiniment plus faible malgré les 244 kilomètres qu'il représente. Citons encore parmi les charges courantes que l'Office paye à l'Etat avant tout versement, le montant à 7 ‘, du capital engagé et cela depuis ses débuts, les premières années non bénéficiaires ayant élé portées au passif des suivantes à intérêts cumulalifs. Ainsi donc, il a rémunéré son capital, avec point de départ du premier jour, ce que même des acüonnaires n'eussent pu prétendre, sauf prévu aux statuts.

Citons, enfin, que non content de payer des tarifs de chemin de fer équivalents, 1l a assumé en plus une garantie d'intérêts des emprunts des chemins de fer et de l'énergie électrique au Maroc. Il verse la part correspondante au montant des dépenses faites, pour desservir Kourigha, pour ces travaux payés sur emprunts garantis par le gouvernement. Cette charge supplémentare peut sembler d’ailleurs discutable, car c’est un peu payer deux fois pour la même chose, puisqu'il paye le transport déjà ; que d’autre part, il paye alors que la ligne même de Kourigha est bénéficiaire, sans qu’il soit fait un compte de garantie spécial à cette dite ligne qui seul lui sert,

Si ces résultats n’ont pas fait l'objet et ne sont pas dus à des avantages financiers faits spécialement à l'Office, ne sont-ils pas dus à des conditions économiques plus favorables ?

Rappelons” tout d’abord, que l’époque 1921-1926, ne peut guère être considérée comme une époque favorable pour lancer une nouvelle affaire. Les sociétés établies avant guerre en ayant joui de prix plus bas pour leurs installations, ont évidemment été mieux placées.

Les conditions d'extraction ne sont par ailleurs pas meilleures qu'ailleurs. L'exploitation est faite en galeries comme chez les autres. Les frais entraînés de ce fait sont donc en principe les mêmes. Notons pourtant que le produit étant plus sableux, nécessite, au contraire, des dépenses de ‘boisage plus grandes que pour d’autres Compagnies. L'irrégularité de niveaux de la couche exploitée a par ailleurs, posé des problèmes délicats de traction que le Directeur Général, ancien Directeur de Gafsa, avoue lui-même n'avoir jamais rencontré dans sa longue carrière phosphatière.

Notons, par ailleurs, que le climat du Maroc beaucoup plus humide, enlève à l'O. C. P. la ressource appréciable d’un séchage au soleil pendant un laps de temps beaucoup plus considérable. Et lorsqu'il lui est possible, n'est-ce encore bien souvent que pour ne pouvoir obtenir qu'un début d’assèchementf, qu'il lui faut compléter par un passage aux fours.

Disons enfin, que comme ses concurrentes, l’Office a dû s'installer dans une région à peu près déserte où lors de son arrivée, tout était à faire ; il a fallu qu'il construise de toutes pièces outre ses installations, tout son village, sans compter les constructions nécessaires à la vie publique : église, écoles, poste, commissariat de police, hôpital... et les travaux publics : canalisations d’eau, électricité... C’est une véritable petite ville qui s’est élevée à ses frais et dans une période de matériaux chers, de main-d'œuvre difficile et au début, de transport défectueux.

Il nous faut noter par contre, ce qui jusüfie en partie les merveilleux résultats supérieurs aux autres qui ont été obtenus, que le produit extrait est nettement supérieur. Nous ne ferons

pas ici un calcul de prix de revient, ce renseignement étant

d'ordre strictement confidentiel et n’étant pas la propriété des agents, alors même qu'ils en aient connaissance (1). Mais, 1l est évident, que cette qualité du produit fut un élément appréciable de l'essor de l'Office des Phosphates. Il n’est pas possible, malgré tout, de lui attribuer à lui seul les résultats obtenus et nous devons conclure que, malgré tout, cet organe d'Etat, nouvelle forme d’Etatisation, a été couronné de succès. L’appréciation est d’ailleurs unanime sur ce point. Nous n’en voulons en prendre l’expression que dans les termes des différents rapports et articles sur ce point et dans la crainte émise par certains de se voir chasser du marché phosphatier.

L'Etatisme a réussi. Etant donné les résultats défectueux rencontrés par ailleurs, ne peut-on attribuer ce succès à la formule nouvelle employée ? N'est-ce point dû à ce qu’il a évité les écueils habituels aux entreprises d'Etat ?

C’est au point de vue économique qu’il nous appartient dès lors de voir dans quelle mesure cet Office a su ou pu échapper aux écueils qu'ont rencontrés à ce point de vue les expériences précédentes.

Ces écueils, Leroy-Beaulieu nous les résume dans le seul mot du «fonctionnaire ».

Nous croyons pouvoir, partant de là, les trouver

1° dans le fonctionnarisme proprement dit ;

2° dans le manque de responsabilité pécuniaire et d'intérêt personnel ;

(1) Nous mettons par ailleurs en garde contre la méthode empirique consistant à comparer des prix de revient « établis en déduisant du produit des ventes, les bénéfices industriels » accusés aux comptes de profits et pertes. (Chapus, Exploitation des phosphates, p. 260). Nous savons trop en effet ces résultats, fonction de l'inscription ou non aux comptes d'exploitation des dépenses d'installations nouvelles, plus fréquentes pour les entreprises récentes ; eb ce fait à lui seul montre la fausseté possible d’une telle méthode dont cet'auteur reconnaît d’ailleurs les risques, sans renoncer à l’employer et à conclure. E

3° dans l’absence de concurrence ; 4° dans le danger de voir le but poursuivi, ne pas rester purement commercial comme il devrait l’être.

Par fonctionnarisme, nous n’entendons pas seulement le fait d’être fonctionnaire mais l’existence des défauts que ce régime comporte par essence, savoir :

1° du point de vue gestion, la rigidité des règles et la stabilité des situations ; 2° du point de vue politique, l’emploi-fonction de la personne, l'instabilité des titulaires, des situations, en un mot, le népotisme ou le favoritisme au lieu du « à chacun selon ses œuvres » que Saint-Simon met à la base de son Etat à conception industrielle.

La rigidité des règles, consiste dans la fixation par avance, du nombre de postes de chaque genre, dans leur maintien une fois créé, dans la fixation de leurs attributions respectives qui doivent être intégralement respectées, dans la nécessité d’observer le processus fixé pour le travail ou l'exécution de l’opération, et enfin, dans l’interdiction d'initiative individuelle.

Tout cela n’existe pas pour l'Office.

Les postes existent dans cette exploitation, suivant les besoins de l'affaire et non suivant un texte de loi ; s’il est nécessaire pour un temps de doubler telle catégorie d'emploi, 1l appartient seulement de recruter le personnel ad hoc ; point besoin de loi, d'accord des autorités budgétaires ; on le fait. Mais, par contre, le poste. supplémentaire ainsi créé sur la demande des circonstances, est aussi facilement supprimé lorsqu'il devient inutile et sans qu’il soit besoin de la même autorisation et de se préoccuper par ailleurs, du titulaire, hors du respect des règles de droit commun en matière de licenciement, évidemment. Utilisation conforme aux "besoins, donc qui n'existe pas dans l’Administration.

.Les hommes qu'on met à ces postes, par ailleurs, sont choisis suivant leurs capacités et références et non du fait de leur présence et de leur ancienneté dans l’affaire, à l'inverse des Administrations. Point besoin, qu’il appartienne déjà à l'affaire dans un poste inférieur. Et, si on le prend à l'extérieur, peu

importe qu’il ne commence pas par la base. Le Directeur Général, chargé de gérer l'Office, recrute comme et quand il juge utile, pour le temps nécessaire, et qui il veut. Ce mode qui est la seule manière d'obtenir le minimum d'employés, et parmi eux de mettre suivant la formule anglaise : @the right man im the right place », c’est-à-dire d'obtenir le plus de rendement en économisant le plus possible, n’est pas compatible avec le caractère de fixation légale des emplois qui est le propre de lAdministration.

Point de rigidité non plus dans les attributions données à chacun. Chaque groupe ne fait pas un compartiment étanche s'il a sa spécialité ; c’est tantôt l’un, tantôt l’autre, qui selon la question traite le principal avec l’aide de ses voisins ; l'affaire ne passe pas de l’un à l’autre, pour que chacun y traite sa partie, d’une façon inévitable ; d’où accord plus certain dans la rédaction et la décision, et rapidité. « Chacun ne reste pas dans son bureau ne se souciant que d'éviter les responsabilités », comme c'était le cas pour la gérance de la flotte de l'Etat pendans la guerre. (Baumgartner, Rev. E.,P., Oct.-Déc. 1922).

Il n’y a pas une hiérarchie incommutable, dans le processus de l'opération, mais par contre une liaison constante, du fait d’un organe central de liaison qui fait défaut dans l'Administration, et une interpénétration en quelque sorte des services, sans la jalousie typique chez le fonctionnaire, pour les attributions à lui dévolues. & Il y a unité de direction en elle-même. On n’agit pas 1solément » ; autre reproche fait à la flotte d'Etat : «où existaient trois directeurs bien compartimentés, exploitation, réparation et comptabilité » (même article).

Pas de régie formelle, done une initiative possible dans le fonctionnement, initiative surveillée évidemment, mais qui ne se heurte pas forcément à la nécessité de devoir être prise par l’un et non par l’autre ; les suggestions d'amélioration dans le détail dont la somme fait toute une économie de l'affaire, est ouverte à tous les degrés. Pas de règle écrite ; on pense plus au but qu'à respecter des formules ; on évite aussi cette pierre d'achoppement que Leroy-Beaulieu définit : «ne pas se faire d’affaires ».

Et tout ceci repose sur le fait de cette dernière forme de la

rigidité Administrative écartée et qui est la stabilité des siluations.

L'entrée dans le personnel de l'Office n’est pas l'acquisition d’une situation à vie d’abord ; ceux qui y restent, ne sont pas appelés par ailleurs à subir inévitablement un sort similaire

dans un temps donné.

Aucun agent ne peut se prévaloir du fait de sa présence dans cette affaire d'Etat, pour conclure que sauf faute grave, il est appelé à garder pour le temps qu'il voudra un poste qui lui est assuré. Pas de situation définitivement acquise ici ; l’agent est toujours à la merci d’un renvoi sans indemnité dans une première période dite d'essai, avec un dédit dans les périodes consécutives, dites d'engagement, où par non renouvellement dudit engagement en fin de chacune de ces périodes. I! faut dès lors, que tout agent entretienne en quelque sorte, sa place et l'Office y trouve la certitude d’une activité au moins moyenne de ses agents.

L'absence d’un statut dans les règles d'avancement lui apporte, par ailleurs, la possibilité d'obtenir non seulement une activité moyenne, mais une activité maxima d’une parte de ces. agents. -

De même que le Directeur Général peut changer à volonté les durées de contrat et ces dédits soit pour les accroître, s’il désire s'attacher pour plus longtemps ou plus facilement. certains agents, soit pour les diminuer au cas d’agents en qui on puisse faire moindre confiance, de même, il n’y a pas à l'Office de «curriculum vitæ » définitif. Même restant à lOffice, un agent ne peut jamais savoir le poste auquel il parviendra, ou le traitement auquel il arrivera. Il existe bien une hiérarchie générale portée à la connaissance des agents, mais en même temps, il est porté à leur connaissance que le Directeur Général fait tout changement d’échelles qu'il peut juger utile et c’est ainsi que l’on a pu voir des agents pris à un taux semblable à leurs collègues, être placés peu après à des taux moitié plus élevés, plus élevés que ceux de certains autres auparavant leurs supérieurs. Et cela se fait, sans qu'aucun puisse prétendre comme dans les administrations, à une lésion quelconque, le nombre

d'agents dans une échelle et l’avancement n'étant pas réglé par avance.

L'absence de ces statuts immuables qui, dans l’Administration peuvent être qualifiés de «mort de l'activité personnelle des individus et de l'effort », fait ici une nécessité d’activité et de persévérance.

— Notons toutefois, pour que notre étude soit complète, comme une empreinte peut être de l'esprit administratif, dans l'annonce faite aux agents d’un avancement automatique à l’ancienneté, dans l'étendue de l’échelle à laquelle ils appartiennent, et dans le fait de porter ces échelles à leur connaissance, ce qui vaut dans une certaine mesure engagement de la part de l'Office.

Mais le fait que l'agent est titulaire d’un contrat relativement court (5 ans renouvelable par période d’un an en général), rend au fond illusoire la garantie de cet automatisme ; le jour où l’augmentation prévue ne correspond plus aux services rendus, on ne renouvelle pas lengagement, ou bien sur demande de l’agent comme le cas s’est déjà présenté, on le renouvelle au taux précédent sans l’augmentation.

Nous ne voyons dès lors dans cette annonce d’avancement automatique, qu'un risque de difficultés ; quoique l'Office ait parfaitement le droit de ne pas renouveler ses contrats, un risque de procès peut se faire jour sur une idée d'abus du droit ; un danger reste latent enfin de retomber dans de l’automatisme administratif, avec une direction moins compréhensive. Sans doute, il est utile que l’agent sache d’une façon pertinente qu'il n’est pas lié sans espoir à un poste et à un traitement x ; mais les faits ne le lui auraient-ils pas montré sans cet espèce d'engagement que l’on prend vis-à-vis de lui. Selon nous, cette règle d'augmentation à l'ancienneté devait être établie comme une règle d'usage seulement portée à la connaissance des chefs et du service du Personnel chargé de rappeler en temps voulu, que tels agents arrivent à cette ancienneté.

Qu'il soit dit à la rigueur, qu'en principe une augmentation sera envisagée pour telle ancienneté, cela peut être utile pour montrer à ceux qui l’obtiennent plus rapidement, qu’il a été tenu compte de leurs efforts et de leur zèle ; mais qu’on la dise automatique ne présente, croyons-nous, que ces inconvé-

nients, écueils de l’étatisme, ces dangers de procès, sans apporter d'avantages réels, car cette garantie d’automatisme n’attirera guère que œeux qui n'ont pas le désir d'obtenir mieux par leurs efforts.

Quoiqu'il en soit, nous devons constater que l'Office des Phosphates a su mettre en application le «à chacun selon ses æuvres », qui est la base de toute affaire industrielle, écartant comme le veut Saint-Simon «les oisifs, et payant, suivant les mérites, chacun devant retirer le bénéfice correspondant à sa mise sociale en quelque sorte, cette mise étant son travail et ses capacités ». La conception du père du Collectivisme était sur ce point parfaitement commerciale.

Nous devons constater qu'il a su éviter ce premier écueil de l’étatisme, qu'il a su ne pas être & cette administration compliquée et bureaucratique, incapable, vu l'absence d'initiative, de vraies connaissances techniques et d'intérêt personnel » que le comte Kokovtzoff constate pour la Russie des Soviets (Vie Fin., 25-8-25). Qu'il a évité aussi l’écueil que constate le soviétiste Lianoff (Pravda, 3 Sept. 26), au sujet des spécialistes des établissements étatistes : «même mal payés, autrefois, ils étaient pleins de zèle ; maintenant, leur travail est une école d’hypocrisie» et qui lui faisait dire: «Les établissements industriels <e remplissent d’incapables et de politiciens» (Rev. Ec. Pol., 1926.

Le point de vue politique est, en effet, avec le manque d'intérêt personnel, un autre écueil de l’étatisme.

Le danger politique, est l’emploi-fonction de l’homme et non plus l’homme-fonction de l’emploi, c’est-à-dire soit l'emploi créé pour l'individu, qui suit sa filière administrative et du fait de sa montée automatique en grade, peut même être dépassé dans sa capacité par la fonction elle-même ; soit qu’il s'agisse de € fils à papa » comme on les appelle, protégés des hommes politiques ou des gouvernants qu'il faut caser, quitte à créer un posie pour eux.

C’est pour les fonctions directoriales, le danger que l’Etat choisisse l’homme plus d’après ses relations ou ses accoin-

tances politiques, que d’après ses capacités et ses antécédents. Le Maréchal Lyautey n’a pas craint de faire son choix dans l'industrie privée. En serait-il toujours de même ? Il semble, certes, que normalement ce doive être dans les milieux industriels éprouvés, que soit cherché le chef d’une industrie où d'un établissement que l’on veut tel. Si nous avions trouvé par le fait qu'il est édicté que « l'Office s’administre lui-même » et que c'est son Directeur qui: le gère sous le contrôle du Conseil d'Administration, la garantie d'échapper aux errements administratifs, encore faut-il que ce Directeur lui-même ne soit pas porté à y tomber par lui-même ou à les mettre en vigueur dans le domaine qui vient de lui être confié. Or, la meilleure garantie que l’on en puisse avoir, n’est-1l pas de prendre ce Directeur dans un milieu où il n'aura ni appris ces méthodes, ni surtout pris l'habitude même inconsciente de ces errements.

Sur ce point selon nous, il manque aux statuts constitutifs de l'Office une règle primordiale qui serait la nécessité pour le gouvernement Chérifien de prendre ses Directeurs Généraux de l'Office dans le monde industriel. Le fera-tl de lui-même ? ii est permis d’en douter ; la place est certes, intéressante et sera fort recherchée : or, les plus appuyés auprès du gouverment chargé de la nomination, ne seront-ils pas de ce monde politique où administratif plus proche des gouvernements. Si l’on peut espérer, peut-être, que le bon sens l'emporte à nouveau comme en 1920, il n’en est pas moins regrettable d’en être réduit à la bonne volonté d’un Résident à venir, donc d’un homme, et auquel on n’aura même pas donné cette arme pour résister aux pressions éventuelles, qui consisterait à pouvoir répondre: «je ne peux légalement prendre qu'un industriel éprouvé ».

Le point figure bien implicitement dans le rapport Calary de la Mazière et fut mis en avant à la Chambre (19 Juin 1920), on précisa des techniciens qui ne seront pas des fonctionnaires. Nous ne saurions nous en rapporter à cette garantie morale, pour dire que c’est inutile de faire plus, d'autant que le député Blum objecte aussitôt «qui pourraient être des fonctionnaires. IT arrive que des fonctionnaires puissent être de bons techniciens ».

Le danger politique, c’est par ailleurs et sous une autre

forme, celui de l'instabilité des chefs. La difficulté des affaires d'Etat, constate Delemer, est de maintenir l'harmonie entre le chef gouvernant instable parce que politique, et le chef de l’industrie qui doit être stable, au contraire, pour le bien de cette industrie, cette harmonie nécessaire pour assurer la continuité et la suite de direction de l’entreprise. Remarquons, que si l'Office était une régie où l’administration commande, voire même un service industrialisé, il y aurait gros risque de voir celte harmonie troublée : n'oublions pas que l'Office s’admistre lui-même et que son autonomie doit lui éviter cet inconvénient par le fait que justement ce gouvernement n’a pas à intervenir dans sa gestion, aucun texte ne lui en ayant donné le pouvoir. Nous ne saurions trop rappeler, par contre, l'intérêt déjà signalé à insister légalement sur cette autonomie et sur l'absence pour l'Office des caractères normaux de l’établissement public et de la régie, en vue d'éviter cette ingérence et la conséquence qui s’en suivrait. ;

Sans en arriver jusque-là, 1l semble pourtant que l’instabilité du chef puisse se faire jour encore lors du renouvellement de son contrat à temps. Si dans l’industrie, l'actionnaire a son intérêt personnel pécuniaire qui le pousse à garder plus longtemps le Directeur qui a fait prospérer son affaire, il est indubitable qu'ici.cet intérêt ne jouera guère. La nécessité de prendre un industriel ne sera même pas suffisante ; 1l en est qui font de la politique. Il semble qu'il faille plus; mais la question est délicate. Fixera-t-on de conserver le Directeur tant que les bénéfices continueront à s’accroître ? C’est pousser celui-ci à ne pas aller trop de l’avant pour garder toujours, en cas d'années moins bonnes, une possibilité d’accroissement, c’est lui faire, pour garder sa place dans ces années, sacrifier les sommes qu’il devrait consacrer normalement à l’entretren et au renouvellement de son outillage.

La seule solution, selon nous, serait que ce changement doive être fait sur l'avis conforme du Conseil d'Administration qui Ja vu à l’œuvre et a pu le juger. Mais encore faudrait-il, croyons-nous que ce Conseil ait lui-même un intérêt personnel à l'affaire, car sinon la mesure ne serait qu'en partie efficace ; ‘elle apporterait seulement la nécessité de plusieurs volontés

dont une partie ressort encore d’administrateurs publics. Ce serait une mesure utile sans doute, mais incomplète encore.

Ceci nous amène à cet autre danger qui consiste dans l’inexistence, d’un intérêt personnel pour les membres agissants des affaires étatistes.

Nous ne croyons pas utile, d'insister sur ce postulat que Leroy-Beaulieu définit en ces termes : «le moteur de tout Île progrès économique, c’est l’appât du profit qui excite l'ardeur au travail et l'ingéniosité de l'entrepreneur ». Il est l'évidence même.

Nous avons vu déjà, que le personnel agent a un intérêt personnel en jeu, du fait que son non travail sera pour lui son renvoi ou pour le moins un non avancement possible. Pour le chef, 1l existe une prime à la production.

Ce ne serait pas suffisant : une augmentation qui ne doit se produire qu’au bout de quelques années est un stimulant certes, mais un stimulant sur lequel les imprévoyants ou les paresseux s’endorment facilement. Par ailleurs, il ne s’agit pas que de produire, 1l faut produire économiquement, c’est-à-dire avec bénéfices. La participation du personnel aux bénéfices qui répond à ce but, est prescrite par le dahir de constitution ; elle existe ; elle est garantie.

C'est à côté de la responsabilité par linstalibité éventuelle de leur situation, la responsabilité pécuniaire indirecte qui apparaît. Dès lors, chacun a intérêt dans sa sphère d’activité à restreindre et à compresser ses prix de revient dans lesquels doivent rentrer évidemment l'entretien et le renouveau de Foutillage pour que cette compression ne vienne pas à son détriment.

Par une initiative particulièrement pyschologique, le Directeur Général a bien su faire comprendre la chose à tout son personnel ; ce n’est pas seulement sous la forme d’une part brutale de bénéfices que la répartition s'opère, c’est également par lattribution de cette part sous forme de ce qu'il nomme

«la prime à l'économie ». Ainsi les services ne se trouvent pas récompensés seulement parce que l'Office, en général, a fait des bénéfices. Ils se trouvent l'être d’une façon complémentaire

parce qu'ils ont économisés sur les prix de revient qui leur étaient attribuées. Un service qui par négligence aura nécessité le remplacement plus rapide de son outillage, se trouvera donc logiquement en passe d’avoir une prime à l’économie qui sera moindre. |

Ajoutons enfin, que les agents plus anciens ont une légère majoration sur les autres, pleinement justifiée par le fait que les années postérieures, bénéficient indirectement des précédentes.

Nous n'insisterons pas sur l'importance psychologique de cette double prime. Qu'il nous suffise de dire que nous avons constaté dans les bureaux que des agents récupéraient tout papier blanc et faisaient leurs brouillons sur recto et verso « pour comprimer leurs prix de revient ». Citons aussi et plutôt, ls mécontentement des services de Embarquement, du fait d’une grève des employés des chemins de fer qui suspendait les arrivées de la Mine, les chargements et entraînaient des surestaries. Ce mécontentement n’avail pas à sa base un sentiment de critique de la grève elle-même ; mais suivant les termes d’un de ces agents «ces cochons-là- faisaient perdre plusieurs centaines de mille francs, augmentaient les prix de revient et leur volaient des bénéfices ». Les agents parlaient même si, les grévistes venaient tentés de débaucher dans leurs services, d’en «foutre quelques-uns à l’eau ».

Le principe est nettement démontré il pousse aux résultats. Ses modalités peuvent toutefois attirer quelques observations.

Nous n'hésiterons pas à dire combien la question se présente délicate. Qn ne saurait rendre responsable tels agents d'accidents fortuits ou de force majeure. Quelle part également des bénéfices doit être distribuée ? Les services non productifs n’ont pas de prix de revient et si 1l leur a été donné des prix d'abonnement, le critérium en reste fatalement bien vague.

Aussi n’a-t1l pas semblé possible de faire une simplé application mathématique. Les points indiqués ci-dessus seront gardés comme éléments ; mais la répartition définitive de la part de chacun reste au Directeur Général qui la décide sur conclusions de ses Directeurs et sous le contrôle et Fapprobation du Conseil d'Administration.

Nous ne croyons pas que ceci puisse être évité ; nous devons affirmer, par ailleurs, que celte modalité n’entraîne pas la perte des bénéfices psychologiques et économiques du principe. L'expérience nous l’a montré. Il évite enfin toute discussion éventuelle et la possibilité par les agents de demander des comptes, de s'ingérer dans la gestion, voire de critiquer que telle division a un prix d'abonnement supérieur à la leur, en verlu de circonstances dont la valeur aurait toute chance de leur échapper.

Nous nous demandons, par contre, si le gouvernement n’a pas poussé trop loin le système, en laissant au Conseil d’Administration le soin de fixer chaque année la part réservée au personnel, au lieu de fixer par avance et définitivement un pourcentage des bénéfices accusés par le bilan.

L'’objection résidait évidemment dans le fait que ce pourcentage ne pouvait êlre fixe avec l'accroissement inévitablement rapide des bénéfices, accroissement dont par ailleurs on pouvait ignorer la proportion.

Par ailleurs, le Conseil d'Administration avait le souci tout à son honneur de prévoir des années moins bonnes dues à des circonstances telles que la baisse des changes, par exemple, ou cerlains cas imprévisibles. Très sagement, peut-être, 1l envisageait le mauvais effet que ferait, sous l'empire de ces circonstances indépendantes des agents, une baisse des primes de fin d'année.

Il semble pourtant que ces inconvénients eussent pu être surmontés. Il est des courbes de fonctions dont la vitesse de croissance diminue progressivement avec l'étendue de la somme, nous diraient des mathématiciens ; une telle formule n’eut-elle pas pu être envisagée pour parer à lobjection relative à l’accroissement des bénéfices. Elle a bien été envisagée pour la rémunération des prêteurs lorsque s’est posée l'éventualité d'émettre des actions-obligations en 1923.

Pour ce qui est de la deuxième objection, ne pouvaitl être constitué une sorte de réserve spéciale pour parer aux années passagèrement déficitaires et qui eut été alimentée par une part prise sur les années meilleures.

Nous y aurions vu personnellement la garantie que, en cas

d'années mauvaises justement, cette part non distribuée eut bien été à la disposition du Conseil. Sera-ce l'Etat qui consentira : : x . : LU volontiers cette année-là, à restreindre encore ses bénéfices réduits par les circonstances, pour maintenir en tout ou partie

les primes de l’an précédent. Sera-ce aussi facile qu'on veut bien le penser ?

Nous y verrions aussi la sécurité que le jour où un certain nombre de membres du Conseil serait changé (chose possible, car un Résident nouveau pourrait désirer avoir ses Directeurs d'Administration publique à lui), le Conseil suivant garderait la même politique, ou tout au moins, s'il l’abandonnait, serait contraint de constater l'existence du fonds de prévoyance et d'en tenir compte, pour le passé.

D'un pourcentage nettement défini vis-à-vis de l'Etat, nous voyons enfin la difficulté plus grande pour l'Etat de discuter l'étendue dé la prime votée par le Conseil lui-même. C'est la garantie non plus à l'encontre de ce Conseil, mais vis-à-vis de l'Etat. Or, ne peut-il pas le faire sans cela ? L'Office dira-t-on, s’administire lui-même. Que cette administration aille jusqu’à la fixation du total de la prime sans discussion possible de la part de l'Etat dont c’est une partie des bénéfices «est peut-être plus discutable, si il est certain qu'elle comprend sa répartition.

Dira-t-on qu'on va retomber dans l’ingérence possible du personnel ? Non. Ce que nous demandons, c’est la fixation entre l'Etat et le Conseil et non celle entre ce Conseil et les agents. Pour ce derntrer point, la formule employée nous paraît, en eflet, satsfaisante ; tout ce que l’on pourrait y ajouter, serait un maximum de la réserve que nous suggérions ci-dessus.

Le personnel aurait enfin vis-à-vis de ce Conseil même, la certitude que l'Etat ne bénéficierait pas d’une majorité bénévole en faveur de l'Etat, que par ailleurs, ce Conseil ne pourrait pas, sans raison, lui restreindre des primes, sous le prétexte par exemple que les fonctionnaires de l'Etat n’en ont pas autant. N'oublions pas, en effet, que ces fonctionnaires sont en même temps les agents d’une grosse partie des Administrateurs de l'Office et une telle réflexion nous est déjà venue aux oreilles .de la part de personnes oubliant sans doute que des fonction-

naires ont la certitude de garder leur poste ; ce risque-là se paye.

* Ce que touchent les agents de l'Office doit, en effet, dès lors, être comparé avec ce qu’on reçoit dans l’industrie et non pas ce que perçoivent les fonctionnaires. Les termes reçoivent ou perçoivent, définissent toute la différence.

Une anomalie beaucoup plus grave, selon nous, est que ce Conseil d'Administration lui-même n'ait point sa part de bénéfices.

C’est dire que pour lui l’intérêt personnel n’existe pas. C'est, croyons-nous, une erreur grossière de laisser cet organe de l'Office, dont l'importance ne saurait échapper, sans aucun intérêt dans l'affaire, et cela d’autant plus que du fait de sa composition, il peut y avoir pour lui, dans certains cas, des heurts de conscience appréciables. Quel stimulant auront les membres qui sont Directeurs d’Admimstration publique par ailleurs, lorsque le gouvernement cherchera à faire pression sur eux. Et lorsque leur propre Administration se trouvera en conflit d'intérêt avec l'Office ? Le danger est d’autant plus grand, que ce sont les seuls des membres figurant au comité technique chargé d’étudier pour le Conseil les affaires courantes.

Quel cas de conscience, lorsqu'il s’agit pour eux de fixer les tarifs ferroviaires, par exemple ; l'intérêt de l'Office, est sans contredit, d'obtenir les plus bas ; le Directeur des travaux publics, le représentant du service du contrôle des chemins de fer, le Directeur des Finances, n’auront-ils pas tendance à plaider en même temps la cause des chemins de fer qui sont sous leur contrôle.

Et, les membres des chambres de commerce et d'agriculture, n'ont-il pas indéniablement un intérêt majeur à satisfaire leurs électeurs dont les intérêts sont d'acheter bon marché à l'Office et de lui vendre cher.

Il est uüle, selon nous, de parer à ce danger en donnant une parücipation aux membres du Conseil d'Administration de l'Office. On ne peut en faire des surhommes, et admettant même qu'ils n’agissent pas contre l'Office, ne faut-il pas craindre leur

seul silence que le désir d'éviter des ennuis sans contrepartie justifierait.

La meilleure garantie qu'ils s'opposent à des mesures anticommerciales pour l'Office, n’est-elle pas qu'eux également en supportent la responsabilité directement.

Ecoutons d’ailleurs de Monzie, à propos de l'Office de l’Azote :

& Il faut que les Administrateurs industriels cessent d’être des conseils bénévoles, auxquels l'Etat recourt. Une affaire est faite pour gagner de l'argent et une entreprise qui n'est pas gérée dans ce but, ne ressemblera jamais que très vaguement à une entreprise privée,’ aux règles de laquelle on tend précisément à se conformer ».

Notons que pourtant, l’article 8 du règlement d’Administration publique de cet Office de l’Azote, portait l'attribution de jetons de présence pour le Conseil. Nous croyons en devoir conclure que l'expérience est faite que des jetons de présence sont insuffisants et que c'est une véritable part de bénéfices qu'il faut également verser au Conseil.

On nous objectera, qu'on a affaire ici à des fonctionnaires déjà rétribués par ailleurs. Qu'importe ? Ne font-ils pas là un travail supplémentaire à leurs fonctions normales. D'autre part, quel est leur rôle ici : représenter l'Etat gouvernement ? La gratuité serait alors normale mais nous retombons dès lors dans la notion de surveillance d’un service public plus ou moins industriahsé. Non, leur rôle est celui de veiller à ce que VEtat fasse Le plus de bénéfices possibles ; ils représentent l'Etat industriel ; depuis quand un industriel se borne-t1l à prendre des commettants bénévoles et ne pense-t1l pas que le meilleur moyen d'en obtenir la meilleure activité est de les en faire profiter. Si nous faisons de l’industrie quand il s’agit des Phosphates, 1l est logique d’en faire jusqu'au bout.

Le rôle du Conseil est de servir en industriel et non à ütre de fonctionnaire. Le premier point est donc de les trailer en industriels. C’est la meilleure garantie qu’ils rempliront leur rôle sans risquer de confondre eux-mêmes l'Elat gouvernement et l'Etat industriel et le rempliront même contre l'Etat gouvernement s'il y a lieu.

Il faut bien constater, en effet, que cet Etat, suivant ces deux fonctions, peut se trouver dans des situations absolument antinomiques et dont la solution peut être la négation de l’une ou l'autre de ces fonctions.

Industriel, il veut vendre cher ; gouvernement pour encourager l’agriculture, il veut donner pour rien si possible ses engrais. Car le but essentiel de l’Etat n’est-il pas, plutôt que de faire des bénéfices, de satisfaire, aux prix les plus bas, les besoins du pays, si le but de faire de l’industrie n’est pas proéminent.

L’obstacie n’est pourtant pas insurmontable surtout dans le cas présent où l'Etat est seul bénéficiaire de la gestion. Il suffit qu'il se persuade bien de ce principe. En forçant aux prix bas, il fait un sacrifice, sacrifice qui, s’il est appréciable, se répercutera sur la dépense productive qu'est la prime au personnel et qui peut le décourager, sacrifice qui, par ailleurs n’apparaîitra même pas nettement à ceux qui en auront bénéficié, car pouvant n'être ou n’étant pour partie qu'un manque à gagner qu’ils considèreront aussitôt comme légitime, sacrifice qui, enfin, en réduisant le chiffre des bénéfices, sans être apparent, fera dire que la gestion n’est pas fameuse. Si, maintenant ses prix de vente, il prélève au contraire, en tant que. gouvernement, une part des bénéfices à lui versés, pour la consacrer en primes, en encouragements, en ristournes en un mot, en faveur de certains acheteurs, dès lors, le personnel n’est pas touché et par ailleurs, l’étendue du sacrifice, qui reste bien intégralement et aux yeux de tous un sacrifice, est nettement accusé. La somme totale ne peut pas ne pas apparaître car elle figure en rubrique distincte au budget. Un gouvernement démocratique ne saurait, selon nous, rejeter ce système nettement honnête, Un gouvernement démagogue ne peut que sy précipiter, n'est-ce pas là la meilleure façon de se faire une réclame plus apparente. Tous deux y gagneront de ne pas y perdre le bénéfice de la mentalité industrielle pour la vie même de leur affaire. |

L'exemple que nous rapportions de l'usine de Fedalah peut nous faire penser qu'on l’a compris. Le fait que dans le projet de la Commission Queuille, d’une Caisse de propagande pour la consommation des engrais, on fait verser

à l'Etat et non à l'Office, une participation semble montrer que la Métropole, également, a admis le bien fondé de cette. thèse. C’est bien l'Etat Marocain et non l'Office, qui avait inscrit au projet de son budget, en 1927, et en prévision de ce projet, un versement de 2? millions, qui n’en fut rayé que parce que, par ailleurs, les gouvernements Algéro-Tunisiens ne s'étaient pas trouvés à même d’en faire autant, les délégations Algériennes s'étant refusé à les suivre, dans cette voie. — décision que, d’ailleurs, il faut le dire, l'acte d’Algésiras rendait, sans doute, et en outre, nécessaire.

Encore faut-il pour que cette formule soit possible, deux conditions : 1° que les bénéficiaires ne soient pas la majorité ou l'intégralité des individus. Les frais d’un travail de ristourne compenserait les avantages gagnés par ailleurs ; remarquons, d’ailleurs, que dans ce cas, on en arriverait tout de suite à considérer comme un service public cette organisation soi-disant industrielle, mais destinée à tous. Tout au plus pourrait-on dire que l’on en arrive à la théorie chère à Favareille, de l'industrialisation de l'Administration. 2° Il faut, en outre, que l'Etat ne soit pas seul fournisseur sans concurrence possible. Sinon, en effet, ce serait se moquer des gens que de pouvoir sans frein augmenter le prix d’un produit pour dire je vous fais cadeau de toute cette augmentation, voire de plus.

Or, l'Office qui nous occupe répond à ces deux conditions. Les clients ne sont pas nombreux ; ce n’est pas comme on a pu le croire, la majorité des agriculteurs : dans son rapport, M. Roux, Directeur des Services Scientifiques et Sanitaires et de la Répression des Fraudes, déclare que les essais d’utilisation directe des phosphates moulus n’ont pas donné de résultats encourageants et que, d'autre part, la pulvérisation mécanique devient très coûteuse, dès que l’on veut atteindre un certain degré qui est nécessaire. (Rev. int. de renseignements agricoles, 1927).

Et il y a, comme nous allons le voir, concurrence.

Mais avant d'aborder ce dernier caractère, que nous avons signalé déjà comme nécessaire à la vie industrielle, nous ne croyons pas inutile de montrer l’inanité des craintes que l’on peut avoir que sous la pression du cultivateur, le Gouverne-

ment ne pratique la baisse des prix. La preuve en sera empruntée au rapport de M. Ch. Baron, député, fait, au nom de la Commission des Mines. (Doc. Parl. Ch., N° 3.855 ; 1927). Il résulte de ce rapport que, dans un sac de superphosphate vendu 30 fr. 75 les 100 kgs, 1l y a pour 2 fr. 14 de produit (phosphate); allant plus loin, en admettant qu’on ait répandu 400 kgs d'engrais à l’hectare ce qui est beaucoup, pour obtenir 15 quintaux de blé, ce qui est modéré, il se trouve que le phosphate livré revient à 0 fr. 57 par quintal de blé, valant environ 170 francs. La conclusion c’est que demander aux exiracteurs de livrer même pour rien n’apporterait que bien peu de chose comme réduction au prix du blé. Risquer la ruine d’une entreprise pour si peu n’en vaut pas la chandelle. Cette garantie bien spéciale à l'Office des Phosphates est

évidemment appréciable. Nous ne pouvions pas ne pas la signaler. Car il en résulte que l’ingérence gouvernementale à ce point de vue, ne seralt au fond qu'une mesure sans résultat pour le soi-disant bénéficiaire et une pure démagogie (1). Et pour la démagogie, la ristourne, dont on peut citer le montant, nous paraît préférable.

La concurrence existe et peut être même dans le cas présent se présente-t-elle dans sa meilleure forme de stimulant. Car la concurrence internationale, selon Gide, est le marché par excellence de la concurrence ; elle ne présente pas le risque de provoquer par la multiplication des concurrents et par là, des frais généraux, une hausse des prix. L'Office, ne l’oublions pas, est, en effet, le seul exploitant légalement possible au Maroc, en l'état actuel des textes. Les faits la mettent, par contre, ajouterons-nous, à ce stade de la concurrence qui tend à aboutir à sa suppression, par entente entre les producteurs qui restent.

(1) Note du Ministre de l'Agriculture à Ministre des Affaires Etrangères n° 11402.

« Après étude, il à été en effet, reconnu que la réduction sur les prix de vente du phosphate au départ des mines ou des ports d'exploitation envisagée tout d’abord serait illusoire, en ce sens qu’elle ne manquerait pas de profiter exclusivement aux intermédiaires (Queuille) »,

Ces divers points sont absolument indéniables.

La concurrence internationale existe, car les acheteurs sont peu nombreux et répartis dans tous les pays, le produit ne se vend pas sur place ou au détail : ou bien c’est en proportion si infime que cela ne peut entrer en ligne de compte. Le tonnage vendu au Maroc en 1926, a été de 15.000 tonnes et encore faut-il dire que les deux tiers en a été réexporté sous forme de super. Les producteurs sont, par ailleurs, répartis dans des régions différentes à travers le monde. On ne peut donc dire que les Compagnies de phosphates aient en quelque sorte leur fief à elles réservées par les circonstances. Partout, il se consomme du Phosphate et partout du phosphate de provenance différente. Certes, la proximité des gisements tendrait à en faire consommer de préférenec, mais cette proximité n’est pas sujette néanmoins à de telles différences de fret que celles-ci deviennent dirimantes pour le produit voisin si elle est bien un peu à la base de la concurrence. Les autres chercheront, malgré tout, à prendre ou à garder une partie de ces marchés.

Nous n’en voulons pour preuve que les efforts des Compagnies Américaines pour garder leur marché Européen battu en brèche par la création des exploitations Marocaines. Le meilleur exemple que nous puissions en donner est leur manœuvre commerciale heureusement déjouée en Mai-Juin 1927. Après avoir cherché ‘à trancher la question dans le sens d’une entente avec les Marocains (Juin 1926) qui leur eut garanti une part du marché Européen (conséquence signalée, il y a un instant),

et s'être heurté à un refus formel de leur part, les Américains déclaraient une sorte de guerre commerciale, dont la première attaque devait être une râfle d’un certain tonnage par une baisse subite du prix à la tonne, baisse appréciable puisqu'elle devait être de l’ordre de 1 dollar, soit un peu plus de 30 francs à l’époque.

La vigilance des Marocains ne se fit pas prendre en défaut. Par chance, ses Directeurs étaient à ce moment à Paris en contact constant avec leurs agents de vente à l'étranger. Dès qu'ils surent la manœuvre, ils lancèrent une offre sur le marché, réponse immédiate, avec un léger avantage sur les prix précédents. Ces offres parvenant avant que celles dés Américains

soient parvenues, apportèrent à l'Office une série de marchés, 800.000 tonnes environ sur les années immédiatement à venir, de la part des acheteurs désireux d’en profiter. Les offres Américaines, beaucoup plus basses, trouvèrent dès lors devant elles, un marché qui venait déjà de se couvrir pour partie, qui, d'autre part, constatant une lutte de prix en voie de formation, préférait attendre pour se couvrir plus sur les années suivantes. La manœuvre était déjouée. Les Marocains avaient, par ailleurs, par leur rapidité de manœuvre, évité un manque à gagner qui pouvait aller jusqu'à la somme de 24 millions 800.000 tonnes à 30 francs, en admettant qu’ils aient dû suivre la baisse américaine.

Remarquons, à ce sujet, que si l'Office n'avait pas agi comme établissement industriel, mais comme Administration, la nécessité de venir prendre des ordres jusqu'à Rabat eut pu lui coûter tout le bénéfice de sa manœuvre où la rapidité de décision et d’exécution étaient tout. Voilà bien démontrée, croyons-nous, la nécessité de la liberté commereiale et de l’initiative personnelle des dirigeants.

Notons, en passant, que cet exemple prouve peut-être par ailleurs, le handicap commercial dans lequel se trouve éventuellement, cet Office, du fait de sa présence à Rabat, ou pour mieux dire, au Maroc, loin de communications faciles, et l’intérêt, nous dirions volontiers la nécessité, qu'il y aura pour l'affaire, elle-même, à ne pas s’astreindre à y rester lorsque la question commerciale sera devenue de premier plan avec l’accroissement de la production. La concurrence entraîne pour corollaire l'obligation de se trouver sur place, à l’endroit même où elle se manifeste. T’obstacle ne viendra-t-1l pas dé cette crainte bizarre, qu’on dise : «ce n’est plus une affaire à moi parce qu'elle est plus loin, je ne pourrais la diriger », et qui lemporterait sur des considérations purement commerciales. Cela ne serait vrai que si l’on considère cet Office comme un service d'Etat personnifié, mais non pas si on le considère indusiriellement, que si cet Office ne faisait qu’exécuter en régie point par point les ordres successifs, qui lui sont donnés et non pas si il s’administre lui-même et est géré par son Directeur,

ant NT done

Serait-ce la crainte du parlementarisme Français ? Ce serait l'aveu donné par un membre de ces partis auxquels l’idée Etatiste est chère, que lEtatisme n’est pas possible avec le régime politique Français.

Par ailleurs, quelle influence pourraient avoir ces Parlementaires ?

L'Office ne relève pas d'eux et n’a donc rien à leur répondre. C’est à l'Etat Chérifien seul qu'ils ont à s’adresser et auquel le Directeur de l'Office les renverra inévitablement.

Viendraient-1ls ? Quelle meilleure défense pour ne pas s'engager sur une question épineuse que de pouvoir dire à Paris: cela n'intéresse et ne relève que du Protectorat ou du Conseil d'administration.

Et pour Rabat quelle facilité pour éviter toute solution trop rapide ou de surprise que de pouvoir dire : il nous faut prendre l’attache du Directeur Général pour l'instant à Paris ou qui aura besoin d’en conférer avec ses services commerciaux détachés à Paris.

N'oublions pas que le temps, dans ce genre de questions, travaille toujours en faveur de celui qui se dérobe à un essai de pression politique.

Il ne s'agit pas, d’ailleurs, de laisser la bride sur le cou au Directeur et aux Services détachés à Paris, n1 de supprimer le rôle de contrôle du Conseil d'Administration, ni celui plus actif du Comité de Direction. Pourquoi du fait de cet éloignement, l'accord de ce Comité ne serait-il plus nécessaire ? Le siège de l'Office reste toujours Rabat ; des agents à Paris, ce sont des yeux ouverts sur le marché.

I n'y a là au fond qu'une question de confiance au Directeur pour le voir rester dans ses prérogatives, prérogatives qui peuvent d’ailleurs, lui être nettement définies par le Conseil d'Administration, qui peuvent même, si on le veut, être rendues officielles pour montrer par avance que sur tel ou tel point la décision reste au Protectorat seul et qu'il est done inutile d’en aller parler au Directeur qui ne pourra que renvoyer ses interlocuteurs à Rabat.

Enfin, le Conseil ne peut-il même pas mettre sur place un délégué à demeure pour assurer un contrôle permanent,

Nous ne voyons pas en face de l’avantage commercial évident le danger qu’une mesure de ce genre ne puisse corriger.

Une affaire commerciale va se placer là où les nécessités de ses affaires l’appellent. Nous ne concevons pas un Conseil ou des actionnaires qui, parce que cela éloignerait d'eux un centre d'action, concluraient qu'ils vont perdre leurs pouvoirs ?

Cette influence parlementaire ou, pour mieux dire, l'essai qui pourrait en être fait, nous amène à voir l’autre face de la concurrence qui nous occupe, face d’ailleurs souvent signalée et qui est « la concurrence qui tue la concurrence ».

L'Office des Phosphates a bien compris cette arme à double tranchant qu'était pour lui la concurrence.

On lui a reproché parfois de ne pas avoir poussé plus à fond son exploitation ou entamé par ailleurs l'exploitation d’autres gisements.

C’est que l’exploitation ainsi faite eut amené doubles frais d'installation, de voie ferrée, de port, et pour partie de frais généraux incompatibles avec une juste conmpréhension commerciale de l’époque. Il eut exporté plus sans doute. Mais le marché acheteur n’est ici pas élastique ; s’il croît régulièrement, ce n’est qu'à une cadence déterminée et que démontrent les statistiques.

À quoi bon inonder le marché d’un produit si l’on ne veut pas en déprécier les prix. À quoi bon livrer deux fois plus si on doit livrer à des prix trois ou quatre fois moindre. À quoi bon baisser ses prix pour vendre plus, lorsque le marché n’est pas élastique, lorsque, du fait de la règle bien connue de la normalisation des prix au plus bas cours, cette baisse porte aussitôt sur tout le tonnage vendu et en entier sur le bénéfice qu'on en irait. C’est une augmentation énorme en proportion qu'il faut faire et dont le placement peut rester douteux. Situant la chose par un exemple, une baisse de 10 francs par tonne, qui paraît être peu de chose, pour l'Office vendeur de 1.200.000 tonnes, admettant un bénéfice de 50 francs par tonne, équivaut à 240.000 tonnes de plus à placer pour un résultat définitif similaire. Les risques n’en valent pas la peine.

Et l'Office s’en est bien rendu compte.

Ajoutons que ces frais engagés pour y parvenir eussent fini par être perdu, les gouvernements voisins, qui tirent des revenus des exploitations concurrentes de leurs régions, devant, pour ne pas les perdre, s'élever contre une telle concurrence et obtenir une intervention d'ordre économique de la Métropole.

C’est là toute la question du contingentement. : Elle se résume en ceci: les Algéro-Tunisiens craignent que le Maroc, affaire étatiste ne comprenant pas cette délicatesse du marché, ne prenne tout le marché Phosphatier et voudraient dès lors que leurs intérêts soient maintenus dans la plus large mesure possible.

Ils veulent bénéficier de ce que l'Office est en même temps qu'à formule commerciale, d’origine Etatiste, pour obtenir des pouvoirs publics une limitation à priori de son activité, qui, sans doute, eut été difficile à obtenir, s’il s'était agi d’une affaire privée.

Comme tous reconnaissent, par ailleurs, que seul le Maroc est l'arbitre de la situation et que les Américains eux-mêmes le reconnaissent (Déclaration Commission Engrais, Paris 3-6-26), l'Office se trouve donc devant ce double but commercial concurrencer pour tirer le plus possible du marché Jjusqu'alors réservé à l’étranger, tout en maintenant ses prix hauts ct réservant leur part du marché aux autres Algéro-Tunisiens.

Il faut, croyons-nous, pour y arriver, outre une connaissance approfondie et persévérante du marché consommateur, des possibilités des concurrents, une élasticité de formule, une opportunité de décision qui ne saurait s’harmoniser avec une organisation administrative à directives absolues à règles fixes et à décisions lentes.

Hors de là sur la question elle-même, il nous faut dire que les Algéro-Tunisiens, ayant un produit moins riche que le Maroc, s’adressent par là à des clients un peu différents, ou s'ils sont les mêmes, agissant en s'adressant à eux dans le but de fabriquer un autre superphosphate. Ils se trouvent plus concurrencés par une baisse éventuelle de prix qu'ils doivent suivre à parité de teneur et qui leur sera d’autant plus sensible que leur produit, moins riche, laisse à la tonne un bénéfice

moins grand — plus concurrencés par la quantité de phosphate que le Maroc peut mettre sur le marché. Si l'Office maimtient les prix, ils peuvent vendre sans crainte ; on ira à eux, puisque, vis-à-vis d'eux, on poursuit un but différent. Le Phosphate, mis sur le marché, ne concurrence en fait que son similaire l'Américain, tant que les prix du Marocain ne viennent pas à se déprécier.

La preuve en est l’aveu fait à la Conférence Nord-Africaine de Tunis en 1926 où les Tunisiens ont admis que si 1ls avaient suivi la politique de l'Office, ils eussent pu vendre 50.000 tonnes de plus, et sans s'être livrés, comme ils l'avaient fait, à une lutte de prix entre eux, alors que l'Office des Phosphates avaient ses prix personnels à la hausse.

Pour le leur permettre à l'avenir et les rassurer tout à la fois, l'Office leur a proposé de leur communiquer ses programmes, et leur a montré qu'en fait, par ailleurs, jusqu'ici ceux dont l’importation Européenne a diminué, sont les seuls Américains.

Faut-il ‘plus et en arriver à un contingentement brutal, dont la valeur, disons-le, est sujette à caution, vis-à-vis de l'acte d'Algésiras.

Outre les défauts qui ressortiront de la perte de tout stimulant pour les contingentés, nous considérons personnellement que ce contingentement risquerait de travailler à l'inverse de son but : 1l est justement la possibilité de faire prendre aux Américains une place que les Algéro-Tunisiens ne peuvent prendre parce que leurs produits sont différents du Marocain ? Si l'Office qui, seul, a la teneur demandée et rivale, ayant déjà placé son contingent, refusait par respect de ces engagements de recevoir de nouvelles commandes, c’est plutôt au vendeur du produit similaire, plutôt qu'au vendeur d’une autre teneur que lon s’adressera ? Danger d’autant plus grand que rien ne garantit les Algéro-Tunisiens que l'Américain, mieux assis cette fois sur le marché Européen, ne cherchera pas par contrats joints, à placer en même temps du phosphate équivalent au leur, outre du haut titre. Il suffirait d’une entente entre leurs Mines.

Contingenter l’Office c’est enfin lui enlever cet arbitrage

des prix dont on lui reconnait la fonction. Les prix étant foncüon de la demande et l'offre concommitante, n'est-ce pas dire que pour les régler, 11 faut avoir la liberté de régler justement l'un de ces éléments : les quantités offertes, point que supprime inévitablement un contingentement,

Libre d'agir du fait que l'Office ne pourrait plus enfin prendre le contrepied de ses manœuvres, l'Américain entamera peut-être alors cette lutte de prix qui serait en définitive encore plus préjudiciable aux Algéro-Tunisiens incapables de la soutenir, alors que cette lutte il ne peut l'engager si l'Office est là pour répondre du tact au tact et «tenir le coup » plus facilement que lui.

Si l'Américain, fort de son marché lointain, sur lequel des produits plus pauvres que le Marocain, ne peuvent guère venir le concurrencer, sent que des manœuvres à la baisse sur le marché Européen peuvent provoquer des représailles immédiates et similaires sur son propre marché, il hésitera à deux fois pour les entamer. ss

S'il sait que sa manœuvre sur le marché Européen peut n'être pas forcément tout à son avantage et que la présence et l'intervention de l'Office peut la rendre douteuse, 1l ne la fera pas sans aucune crainte ?

Un contingentement bridant la liberté de manœuvre de l'Office des Phosphates peut donc être une arme d’attaque pour l’étranger sans être une arme de défense pour les Algéro- Tunisiens.

Il semble que la politique suivie par l'Office, consistant à des simples conversations lors des conférences Nord Africaines, et le souci dont il fait preuve de ne pas entamer le marché, ait suffi jusqu'ici.

Les chiffres sont là pour le montrer. Quels sont ceux, en effet, qui ont perdu à l'apparition de l'Office sur le marché mondial ?

En Europe, les Algériens depuis 1923 ont augmenté leurs ventes de 280.000 tonnes, les Tunisiens de 672.000 tonnes, le Maroc a pris 923.000 tonnes. Ils englobent à eux trois sur ce

seul marché, ouvert vraiment aux bas titres algéro-tunisrens, presque la totalité de l'augmentation de consommation au cours de ces quatre années, soit 1.875.000 sur 1.950.000 d’augmentation totale.

L'Office des Phosphates s’est-il taillé la grosse part? Son chiffre est le plus élevé ; mais n’oublions pas que la progression des années de début est plus forte que les suivantes.

Par ailleurs, il nous appartient de dire que son augmentation n’a pas été aux dépens de celles des voisins Algéro-Tunisiens, mais des Amériacins, comme nous le marquions déjà.

Ce sont encore les statistiques qui vont nous le montrer. Voici les chiffres de 1913-1920 avant l'Office et 1927, nous lisons : en mulle tonnes :

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