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LOGES n'ARTlSTHS
les nouveaux, nous applaudissions sans aucune arrièrepensée.
11 est vrai que nous n'avions pas vu Schneider!
Mais nous avons vu Granier dans Barhe-Bleiic et Judic dans la Grande -TDuchessi\ et dam ! cela nous suffit.
Madame Marie Laurent
ADAME Marie Laurent, la grande artiste, vient de terminer sa carrière dans une apothéose. Le Gouvernement lui a décerné la croix de la Légion d'honneur, et si jamais ruban rouge fut placé sur une noble poitrine et glorieusement gagné, c'est bien celui-là.
Depuis 1882, époque à laquelle le président Grévy déclara l'Œuvre de lOrphelinat des Arts d'utilité publique, Madame Marie Laurent s'est faite la mère, la vraie, des petits orphelins que sa charité nourrit, élève, instruit.
La création de l'Orphelinat des Arts est, on peut le dire, son chef-d'œuvre, et pareille idée ne pouvait germer que dans le cœur de celle qui, pendant trente ans, tlt couler tant de larmes dans des rôles de mère sublime.
Il y a des femmes qui naissent maman; c'est une vocation innée, à laquelle rien ne les saurait soustraire; cette
vocation, Madame Marie Laurent mieux que quiconque l'a eue.
Elle a été mère de famille, mère au théâtre, mère par la charité, le dévouement, et toujours mère admirable.
Aujourd'hui, pour jamais elle a quitté le théâtre; elle veut tout entière se consacrer à l'Orphelinat qui, chaque année, recueille un plus grand nombre de petites filles dans toutes les branches de l'art, indistinctement.
A l'heure actuelle, près de cent orphelines ont été reçues à l'établissement de la rue de Vanves.
Et la Présidente-Fondatrice se multiplie pour que chacune de ses filles ait le nécessaire, pour qu'on puisse, autant qu'il en viendra frapper à la porte, leur dire d'entrer...
Il est bien vrai que les artistes sont charitables et généreux par excellence; il faut voir les comptes rendus annuels de l'Orphelinat pour se faire une idée des dons que tous envoient selon leur bourse : des cachets abandonnés, des quêtes, des bals où l'ingéniosité de chacun trouve un clou nouveau qui attirera la foule et l'argent; c'est une lutte au dévouement, et je suis heureux de pouvoir ici, en parlant de Madame Marie Laurent et de sa belle œuvre, remercier, au nom de tous, ses vaillantes collaboratrices qui, en réunissant leurs efforts, ont
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contribué pour une large part au succès de l'Orphelinat. Madame Marie Laurent peut, selon son désir, abandonner tout à fait le théâtre, rentrer dans la vie privée, se consacrer toute à ses orphelins et au professorat, elle est sûre que sa renommée sera toujours éclatante, et que son nom est de ceux qui, les premiers, passent à la postérité, car on dira d'elle : Marie Laurent eut un talent admirable, mais surtout : elle fut charitable.
Cependant il me faut bien parler de l'artiste, maintenant que j'ai dit quelle femme est Madame Laurent.
Elle naquit à Tulle en 1826, et monta sur les planches si jeune qu'elle ne se souvient pas, dit-elle, de l'âge auquel elle commença.
Si j'en crois certains biographes, elle débuta ainsi :
Assistant à la répétition d'un drame dans lequel un serpent devait s'enrouler autour d'un mannequin représentant un enfant, elle s'écria :
— Je veux jouer l'enfant qui a un serpent, moi, na!
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On ajoute que Madame Laurent fit depuis, à ce propos, un mot très joli :
— Ce fut, raconte-t-elle, mon premier boa.
Un peu plus tard, Marie Laurent suivit sa famille à Lille, Dunkerque, Genève, où elle jouait le rôle d'Eolin, le lutin de la Fille de l'air.
A Rouen, elle joue' Virginie dans la pièce de Bernardin de Saint-Pierre et fait une création dans : Un Hidalgo du temps d'Isabelle.
A Toulouse, avec Bocage en représentations, elle remplace à l'improviste, dans Lucrèce IBorgia et la Tour de Nesles une artiste atteinte du choléra.
Enfin elle peut arriver à LOdéon, où elle débute dans la même Lucrèce.
Ensuite elle part pour Bruxelles, où elle épouse le chanteur Laurent (Marie Laurent est aujourd'hui veuve pour la seconde fois).
C'est en 1849, à l'Odéon, qu'elle commença à interpréter le grand répertoire et créa Madeleine de François le Cbampi.
Ses créations ensuite sont innombrables : la Poissarde, le Fils de la Nuit, les Chevaliers du Brouillard, qu'on reprit dernièrement à la Porte-Saint-Martin , et à propos desquels on s'occupa tant de l'illustre créatrice de Jack Shep-
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pard ; 1rs Mcrcs repenties, la Tireuse de Cartes, les Fugitifs, les Eryiinies, la Haine, la yolense d'Enfants, la Boiujuetière des Innocents, Quatre-vingt-trei{e , Notre-Dame de Paris, les "Deux Orphelines, MicJjel Strogojf, les Cinq doigts de Biroueii, Martyre! Germinal,... voilà à peu près le quart des pièces interprétées par cetfe artiste.
A-t-elle fait couler des larmes, mon Dieu!
Nulle comme elle n'a pu, dans ces rôles de mère où elle est unique, arriver à cette intensité d'émotion ; on peut l'imiter, jamais on ne l'égalera.
Madame Marie Laurent habite, 66, rue Basse-du- Rempart, et c'est chez elle qu'ont lieu tous les mardis, les réunions du Comité de l'Orphelinat des Arts.
Les jours ordinaires, de cinq à sept, on est sûr de la rencontrer chez elle.
La grande artiste reçoit tous ceux qui se présentent, accueille aussi bien les solliciteurs que les amis ; c'est la douceur et la bonté personnifiées ; elle a une voix grave, tendre, maternelle, qui va au cœur et donne du courage aux plus timides. Son regard clair en se posant sur vous, invite à la confiance. Les tristes, les malheureux, peuvent sans crainte se présenter chez Marie Laurent, ils sont certains d'y trouver une amie compatissante et bonne, toujours prête à secourir et à consoler.
Sa charité est inépuisable, tous ceux qui souffrent, ont besoin, savent qu'ils ne feront jamais un vain appel à la grande artiste. De même qu'elle est la bonne mère des petites orphelines, elle est aussi la consolatrice bienfaisante des nécessiteux, de ceux surtout dont la pauvreté se cache, honteuse, et qui rougissent de tendre la main.
Et c'est une gloire pour l'histoire artistique française, de posséder, dans ses annales, une femme d'aussi grand talent et d'aussi grand cœur que Madame Marie Laurent.
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Madame Alice Lavigne
Dodo, l'enfant do, L'enfont dormira tantôt.
ui croirait jamais que ce refrain a retenti, non pas chanté par quelque nourrice comique, héroïne d'un quiproquo quelconque, mais susurré par la mère la plus tendre dans les coulisses du Palais-Royal?
C'est un fait pourtant.
Alice Lavigne, la plus spirituelle des grêlées, la plus originalement amusante des pensionnaires du théâtre de la rue Montpensier, est un modèle de maternité.
Elle a nourri elle-même ses deux enfants.
Et, quand ceux-ci étaient tout petits, et ne pouvaient guère se passer pendant quelques heures consécutives, de ce que M. Prudiiomme appelle un biberon donné par la nature, elle les emportait à la représentation, et, à chaque sortie de scène, tandis que retentissaient encore dans la salle, les applaudissements et les éclats de rire, vite, elle dégrafait son corsage, et leur donnait le sein.
Dodo, l'enfant do...
Puis, le moment de son entrée venu, au détour d'un portant elle les confiait à leur bonne et s'élançait, la drôlerie aux lèvres, le contentement au cœur.
Les bourgeois de Pont-à-Mousson, pour qui le théâtre est un enfer, et les coulisses une antichambre toute grande ouverte sur la débauche, seront sans doute bien étonnés si jamais ils lisent ces lignes, et une des illusions les mieux ancrées dans leur cerveau les abandonnera peut-être.
Mais, tant pis pour eux.
Pourquoi acceptent-ils la légende au lieu de chercher la vérité de visu?
Le Palais-Royal a l'air aujourd'hui — avec ses escaliers extérieurs, ses balcons surplombant, tout cet attirail de fer dont on Ta garni — d'une de ces vieilles et fantasques maisons gothiques, qui découpent leurs profils penchés et d'un équilibre douteux, dans les légendes d'Hoffmann et consorts.
Dernièrement même, un archéologue naïf, qui passait pour la première fois de ses jours dans la rue Montpensier, s'est écrié devant le théâtre de M. Mussay :
— Tiens! une maison du xin" siècle.
Et il a été tout étonné d'apprendre que, dans cette maison à quasi-tourelles et à pignon sur rue, on jouait le vaudeville archi-rnoderne, au lieu de restituer de vieux « mystères » ou d'antiques « sotties ».
Mais la Commission des théâtres ne s'est pas occupée d'archéologie, lorsqu'elle a prescrit les mesures de préservation à prendre après l'incendie de l'Opéra- Comique.
Eh dam ! elle n'a pas eu tout à fait tort, surtout en ce qui concerne le Palais-Royal.
Quel est le spectateur qui, lors d'un entr'acte, en observant le remous produit à chaque étage, par ce double courant de gens venant les uns par le couloir, les autres par Tescalier étroit, se heurter en un espace de quelques
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mètres à peine; quel est le spectateur qui ne s'est dit, en frissonnant avec angoisse :
— Bigre! Si jamais le feu prenait ici, quel auto-da-fé!
Et ce spectateur cherchait d'un œil avide le joint qui lui permettrait, en cas d'incendie, de trouver une issue et de fuir — bien plutôt devant la foule compressée, bousculée, affolée que devant la flamme.
"Naturellement, il ne voyait rien...
La direction avait eu beau, une des premières, intaller chez elle l'éclairage électrique, supprimer complètement les appareils à gaz, on n'était pas tranquille : qui pouvait répondre qu'une alarme, même injustifiée, ou produite par la simple malveillance, n'amènerait pas les accidents les plus graves?
La Commission a donc eu parûiitement raison de faire installer ces escaliers externes, ces balcons, ces dégagements qui assureront le sauvetage.
Toutes ces mesures de précaution paraissent encore bien plus utiles aux initiés qui connaissent les coulisses du Palais-Royal.
Quel dédale!
Même aux Bouffes, même aux Folies-Dramatiques, je ne crois pas qu'il soit possible de trouver des couloirs aussi peu commodes et des loges aussi étroites.