‹ Loges d'artistes. Dessins de Félix FourneryChapitre 15 sur 32 · LOGE DE MADAME LAVIGNE · texte numérisé non relu

LOGE DE MADAME LAVIGNE

On sait où se trouve l'entrée des artistes?

A vingt pas au moins après l'entrée du théâtre, une porte étroite ouvre sur un couloir sombre et tortueux (on dirait un roman de Ponson du Terrail).

Puis un escalier en vrille conduit à là porte du concierge.

Là s'ouvrent également, sur un palier d'un mètre carré de large, divers couloirs, dont les uns conduisent aux loges, les autres à la scène.

L'escalier, c]ui sert également à l'entrée et à la sortie des machinistes, de l'orchestre, de tout le personnel de service, se prolonge aux étages supérieurs, et l'on imagine aisément quel peut en être l'encombrement lors d'un entr'acte ou à la tin du spectacle.

La loge de Madame Lavigne est située au premier, au bout d'un couloir coupé par places de marches c^u'il faut enjamber avec soin pour éviter les chutes.

Dès l'entrée on se sent en présence d'un esprit original, gai et sans prétention.

Ce sont bien là les qualités de Madame Lavigne, l'artiste qui a élevé, sur la scène, l'ahurissement à la hauteur d'une institution.

Le bourgeois de Pont-à-Mousson, dont je parlais tout à l'heure, serait encore bien étonné s'il voyait la simplicité de

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ses toilettes de ville aussi bien que celle de ses costumes de théâtre.

Oh ! les fanfreluches! ce n'est pas elle qui en abuse. En deux temps et trois mouvements elle est costumée, et quelques coups de patte de lièvre lui font la tête, car elle n'a pas besoin d'ajouter beaucoup à la nature, étant douée de traits absolument comiques et se moquant comme d'une guigne des légères cicatrices qui couturent le bout de son nez et donnent un piquant de plus à sa physionomie.

Peu de chose à dire de l'ameublement de sa loge : c'est une pièce longue, à une seule fenêtre basse, placée en face de la porte. A droite, la cloison est entièrement occupée par une longue table de toilette surmontée d'un miroir. A gauche, un rideau de calicot rouge cache des patères portant des costumes, et un rayon reçoit les cartons à chapeaux et autres accessoires.

Quelques chaises de paille. Et c'est tout.

Mais ce qui est amusant au possible, c'est la garniture, l'ornementation de cette loge.

On dirait qu'un gamin de Paris, un gavroche à l'imagination de loustic gouailleur, a été enfermé là pendant un mois ; ne sachant que faire, il s'est livré aux aménagements les plus fantastiques, aux découpages les plus déréglés.

La porte rouverte et le prisonnier envolé, voici ce qui reste, ou du moins ce qui saute aux yeux, car si on pouvait fouiliertous les tiroirs, explorer toutes les profondeurs, on trouverait certes encore cent autres cocasseries

Tout d'abord, en guise de suspension, au milieu du plafond, est

accroché... un immense polichinelle

^/7' bossu par devant, / ^y^ bossu par derrière, avec une tlcelle au bas du dos pour le [mettre en branle. Lavigne, chaque fois qu'elle passe au-dessous, ne manque pas de tirer un tant soit peu la ficelle, et le magot s'agite. On affirme qu'au temps d'une des dernières directions, elle avait baptisé son pensionnaire du nom de l'imprésario. Qiiand elle le f:iisait gigoter :

— Tiens, voilà Machin qui se met en colère. D'ailleurs, pour que ce pauvre polichinelle ne s'ennuie

pas pendant les longues journées où la loge reste vide, quelques-uns de ses congénères plus petits et moins soignés, lui tiennent compagnie, également pendus sur le sommet de la toilette.

Comme leurs figures sont toujours tordues par un rire inextinguible, Lavigne ne manque pas de s'écrier chaque fois qu'elle rentre dans sa loge :

— Je parie que les sournois ont encore profité de mon absence pour dire des gaudrioles.

Au mur, d'autres poupées sont accrochées en belle place.

Une horrible et grimaçante tête de vieille femme sort d'un morceau de carton déchiré, comme Louise Michel surgissant tout à coup dans l'imagination d'un boutiquier craintif et redoutant une nouvelle Commune :

— Ça, dit Lavigne, c'est mon habilleuse.

A côté de cette beauté, est pendu un gril, un vrai gril à faire rôtir des côtelettes. Mais sa présence est un mystère que je ne me charge pas d'expliquer. Est-ce une allusion, une image, ou une simple drôlerie ? Nesdo.

Des petits coqs en peluche tels que l'on en vendit

l'an dernier sur la voie publique, sont perchés siu' une branche sèche, mais naturelle.

Puis, suspendu par le fond de sa culotte à un clou planté dans le mur, un pâtissier porte sur la tète une manne pleine de petits fours. L'actrice l'appelle :

— La terreur des auteurs dramatiques !

Et diverses autres figurines égaient encore le fond de la loge, composant ce que l'étoile comique nomme « sa ménagerie ».

La partie antérieure est ornée de choses plus sérieuses, souvenirs d'amitié ou de -^ii^^,^;:] famille, ^fcAA

On y trouve la marque indéniable du caractère tout d'intérieur de la sympathique artiste.

C'est d'abord toute une débauche de chromos et de gravures anglaises, dures, hautes en couleur, criardes, représentant des scènes de sport.

Un portrait de jockey occupe la place d'honneur, expliquant ce débordement sportique.

C'est M. Petett, le mari de M""' Lavigne.

D'autres portraits, en photographies ceux-là, occupent encore les murs ou les bords de la glace.

Une grande page réunit les camar.ides et les rivaux de M. Petett sur les champs de course.

Voici toute une troupe d'hommes et de femmes accrochée aux banquettes d'un grand breack, dans un paysage champêtre : d'un coup d'oeil, à voir toutes ces figures rasées et spirituelles, et ces toilettes gaies,

on devine une bande de comédiens en tournée ou en promenade.

Les deux enfants de Madame Lavigne, un petit garçon et une petite tille, sont placés dans un même cadre.

Puis, encore, des photographies de ses camarades, Ellen Andrée, Mathilde Raymond avec d'aimables mots de dédicaces.

Hntln, une photographie de Marie Magnier, l'amie intime de l'actrice.

Nous n'étonnerons personne en rappelant que l'intimité qui lie l'artiste du Gymnase au duc de Castries, a mis en rapport le jockey Petett et Madame Lavigne, et amené un mariage dont celle-ci se trouve si heureuse,

qu'elle en conserve une tendre reconnaissance à sa camarade.

C'est dans ce petit espace qu'Alice Lavigne compose et revêt les costumes qui font éclater le rire dès ses entrées en scène. Elle n'a guère de place poury recevoir les visites.

Mais elle est toujours avec ceux qui viennent la voir, d'une amabilité charmante.

11 y a déjà pas mal de temps que Lavigne fait la joie du public du Palais-Royal.

Engagée pour y jouer les petits rôles, elle a su bien vite s'y taire remarquer par une originalité tout à fait personnelle, qui se compose sans doute d'une seule note, mais

avec tant de verve et d'imprévu qu'elle est toujours amusante.

Lors de ses débuts, elle avait à lutter contre la confusion facile avec son homonyme, l'autre Lavigne qui obtenait alors de grands succès aux Variétés.

Mais cela ne l'a pas empêchée de se faire une belle

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place, cela si bien, qu'elle n'a pas craint de se laisser prêter une fois par son directeur, pour donner la réplique, dans une revue, à son homonyme elle-même.

C'était une bizarrerie dont le public s'accommoda fort bien en faisant fête aux deux artistes.

Depuis, combien de succès a remportés Lavigne ? Autant qu'elle a joué de rôles, sans doute.

Dans les revues, dans les parodies comme Fraiic- Cbigiioii, dans les rôles de cocottes naïves, elle a introduit une manière inimitable, et créé, sinon un genre, du moins un type.

11 y a des artistes, comme Delaunay, qui laissent leur nom à une catégorie de rôles.

On dit : jouer les Delaunay, les Reichemberg, les Barretta.

11 y en a d'autres, comme Baron, qui font de leurs rôles une chose si personnelle, qu'on ne saurait les reprendre sans leur ôter toute leur valeur.

Lavigne est de ceux-ci. Ce n'est pas un petit mérite.

Madame Marie Magnier

A loi des contrastes se confirme une fois de plus avec Madame "^ ! F 14 Marie Maenier.

^^^l Ainsi au théâtre la * nature de ses rôles exige qu'elle soit vêtue splendidement, qu'elle porte des bijoux superbes , et elle se conforme scrupuleusement à ces exigences, de sorte que la plupart des personnes qui la voient seulement à la scène , en déduisent que Madame Marie Magnier

est une élégante raffinée, aussi coquette à la ville qu'au théâtre.

Ceux-là se trompent du tout au tout. Nul n'est plus simple que l'actrice dans sa vie privée.

Elle porte, dans les pièces où elle joue, des bijoux qui font rêver toutes les femmes ; son collier de perles à cinq rangs est ûnneux, ses diamants sont célèbres, et ses pierreries remarquables; eh bien, qu'on le croie ou non, Marie Magnier a horreur des bijoux. Chez elle, elle ne porte ni la moindre bague, ni le plus petit bracelet. En ville, ou dans le monde, c'est à peine si un scintillement discret attire sur elle les regards.

C'est comme pour ses toilettes : dans toute la presse ce n'est qu'un cri au lendemain d'une première : Mon Dieu! que Madame Magnier est donc bien habillée !

Chacun veut décrire ses toilettes dans les journaux quotidiens ; les feuilles illustrées, surtout celles qui s'occupent de la mode, s'empressent de les dessiner pour le ravissement de leurs lectrices.

Cela signitle, on s'en doute un peu, que dans son intérieur, Madame Magnier est d'une simplicité rigoureuse.

Seulement, comme elle a un goût très délicat, et le sens inné de l'élégance, elle trouve le moyen de porter, comme pas une, des robes toutes unies, et de les arranger, de les draper, avec une science si parfaite, que son

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MADAME MARIE MAGNIER i8i

couturier prend ses conseils au lieu de lui en donner.

Cette simplicité, chérie par l'excellente artiste, se fait jour également dans les choses qui l'entourent.

Ainsi sa loge, la seule du Gymnase, je crois, qui ne change jamais de titulaire.

Elle est tendue d'une étoffe à ramages très gaie à l'œil, deux grands panneaux de glace se font vis-à-vis, par-ci par-là, quelques sièges pour les visiteurs, de la lumière à profusion, la toilette fort belle, des japonaiseries accrochées un peu au hasard, le long des murs et du plafond ; voilà un peu en gros l'ameublement du sanctuaire où Madame Magnier se pare à en faire pâmer de jalousie les bourgeoises, les demi-mondaines, et jusqu'aux grandes dames.

11 y a loin, n'est-ce pas? de cette loge sans prétention, au salon étincelant d'ors et de soies, qu'on s'attendait à me voir décrire. Par exemple, j'ai oublié une chose importante : la table de jeu.

C'est au bezigue chinois, au baccara ou au chemin de fer, que Madame Magnier emploie le temps des entr'actes.

En compagnie de deux ou trois camarades, elle trouve le moyen de perdre quelques louis, durant l'espace d'une dizaine de minutes.

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Bah ! à cela près ! elle les rattrapera un peu plus tard, et ce n'est pas cette futilité qui la rendra moins enjouée, tout à l'heure, quand elle paraîtra en scène. Car elle est joueuse Madame Magnier, joueuse passionnée même cà ce qu'on prétend, et les courses n'ont plus, je pense, de mystères pour elle.

Il est certain toutefois, qu'elle a eu souvent la main heureuse, car elle possède une grande fortune, administrée par elle-même avec une sagesse et une science des affaires bien rares chez une femme.

Madame Magnier habite un petit hôtel, 49, rue Boissière, dans l'avenue Kléber. Elle y vit avec ses deux enfants : un garçon et une fille, et jusqu'à sa mort, arrivée l'an passé, le père de l'artiste habita chez elle. C'est dans ses bras qu'il rendit l'âme.

La douleur de Marie Magnier ûiisait peine à voir.

— Comprenez-vous, me dit-elle, moi qui jamais n'ai quitté mon père, moi qui, depuis que je me souviens, l'ai vu chaque jour, matin et soir, prendre place à table près de moi ! comprenez-vous mon chagrin quand il est mort presque subitement.

C'est horrible ces douleurs-là, et je vous jure bien que j'ai eu l'envie folle de laisser le théâtre, de me retirer tout à fait... On a tant insisté que j'ai dû céder. Puis, le théâtre,

c'est un besoin à l:i longue, une chose dont on ne peut se passer... J'ai bien fliit de rester, je le sens, je n'aurais pu vivre trois mois sans vouloir y rentrer.

11 faut l'entendre parler de ses enfants. Ses yeux s'éclairent, son teint s'anime, elle a, en prononçant leur nom, des gestes adorables, il semble qu'elle les serre contre son cœur, qu'elle les embrasse.

Son fils a, dans la marine, un brillant avenir; sa fille est une musicienne exquise, elle a une voix charmante, et peint comme un ange.

L'orgueil de leur mère est dans ce cas bien légitime.

Madame Magnier est une femme bien étonnante pour

notre siècle, elle a l'amour de la famille poussé au fanatisme ; quant à ses amitiés, si elles ne sont pas nombreuses, on peut être certain qu'elles sont dignes des temps héroïques.

Un seul exemple entre vingt. M'"" Lavigne, l'étonnante

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artiste du Palais-Royal, est l'amie de Marie Magnier. Elles se connaissent depuis vingt ans, et jamais le moindre nuage n'a troublé leur amitié.

Jusqu'à son mariage, Alice Lavigne demeura chez Madame Magnier, et ce mariage c'est par l'entremise de l'artiste du Gymnase iqu'il se tlt.

Madame Magnier dota son amie de vingt mille francs, et lui fit en outre cadeau d'une paire de solitaires merveilleux.

Elle fut la marraine du premier enfant qui naquit au jeune ménage.

Ce changement dans la situation de M'"' Lavigne n'a pas séparé les deux amies, au contraire, elles se voient fréquemment et vont partout ensemble : aux courses, aux premières, dans le monde.

Madame Magnier ne m'en voudra pas d'avoir dit ce que sa modestie me conseillerait de taire: quant à M'"' Lavigne, elle dit assez haut combien elle aime Marie Magnier, et tout ce qu'elle croit lui devoir, pour que ces choses la contrarient.

Madame Magnier recevait beaucoup autrefois, mais depuis son deuil, sa porte n'est plus ouverte qu'aux amis, et peut-être ne reprendra-t-elle pas de sitôt ses réceptions.

Elle profite de sa liberté en faisant des voyages, toutes

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les fois qu'une pièce dont elle n'est pas, lui laisse quelques loisirs.

C'est à Londres que l'artiste va de préférence. Au printemps, avant l'époque du grand départ, elle fait chaque jour, à cheval, une tournée dans la banlieue ou les environs de Paris, qui dure souvent jusqu'à quatre heures. Comme on le voit, Marie Magnier n'est pas une écuyère de parade.

Dans son hôtel, des années de recherche et une fortune dépensée ont accumulé les merveilles. Les tapisseries, les tableaux anciens, les bronzes, les tentures nées de tout ce que le rêve a de chimérique et de capricieux, les meubles, dignes du musée de Cluny, l'argenterie royale, les vieux Saxes, et toutes les choses qui m'échappent encore., composent une collection unique, d'une inestimable valeur, dont Madame Magnier peut, à bon droit, être flère.

Mais ni sa fortune, ni son talent, ne parviendront à la rendre moins bonne, moins simple.

Elle sait trouver, pour tous ceux qui l'approchent, un mot aimable ; elle a pour chacun une façon particulière de regarder, de sourire, de serrer la main, qui sont un poème de tact ; la qualité la plus appréciable, selon moi, pour une femme.

Sous aucun rapport, l'artiste n'est inférieure à la femme.

Les débuts de Marie Magnier datent de 1867. Us eurent lieu dans Yveline, de Nos Bons yiUaoeois,çi Anita, du Pcrc de la T)élmtaiitc, sur la scène même où elle brilla d'un si vil éclat.

La débutante demeura au Gymnase jusqu'en 1872, et y fit de nombreuses créations, entre autres :

Zoé, de Séraphiiie, pièce en s actes, de Sardou ; Hersilie, du Fils de Pompigiiac, c^u'Alexandre Dumas fils signa de Jalin, et M"" de Brionne, de Fernande, autre pièce de Sardou.

Son talent s'était alors développé, et avec le talent, sa beauté depuis célèbre.

Se sentant plus sûre d'elle-même, Marie Magnier accepta un engagement au Palais-Royal où elle demeura jusc]u'en 1880. A ce théâtre elle eut beaucoup de succès, et ses créations furent presque toutes très heureuses; j'en citerai quelques-unes : Hermance, du Plus heureux des Irois, Agathe, de la Clef, Henriette, de la Boîte à Bibi,

Tant plus ça ^Z»^//^^, de Gondinet et Véron, sont les plus marquantes.

Sur ces entrefaites, Victor Koning prit la direction du Gymnase, il demanda à l'artiste de rentrer au théâtre de ses débuts; elle y consentit, et joua au spectacle de réouverture, le 2 octobre 1880, Camille, de la Papillonne, de Sardou^ comédie qui du Théâtre-Français venait de passer au boulevard Bonne-Nouvelle.

A partir de ce moment, le succès devint du triomphe. C'est une marche ascendante à chaque pièce nouvelle; elle crée successivement Cliarlotte, des Braves Gens, Paula de Rives, de Monte Carlo, So^\\\e Bernskotï, de la Carte Forcée, le Roman Parisien et tant d'autres.

Puis, viennent plus récemment la Doctoresse, l'Abbe Constantin, où dans M""' Scott, dit un critique, il est impossible de se montrer plus enjouée, plus originale, plus ravissante Américaine.

Ensuite, c'est l'amusante princesse Bariatine,de Dora, et enfin, l'extraordinaire modiste des Femmes nerveuses.

Ce qui revient à dire que, depuis un an à peu près, sauf pendant les mois de clôture. Madame Magnier n'a peut-être pas cessé de jouer dix fois. Elle ne se repose un peu, que depuis l'éclatante reprise de Monsieur /ÎJphonse. Mais on commence les répétitions de Belle-

Maman, la nouvelle pièce de MM. Surdou et Deslandes; or, comme Madame Magnier y crée le principal rôle, son repos aura été de courte durée.

Cela n'est pas pour lui déplaire ; le théâtre est son élément, et pour 'être parfaitement heureuse, l'artiste ne doit pas avoir une minute à elle.

Et puisqu'il fout tout dire, elle sait bien qu'elle «fait recette », comme on dit en argot de coulisses ; si son amour-propre d'artiste en est tlatté, en qualité de grosse actionnaire du Gymnase, ses intérêts lui commandent impérieusement de jouer le plus souvent possible.

Personne, j'en suis sur, ne songera jamais à s'en plaindre.

Madame Mathilde

A direction du Palais-Royal a été bien mal inspirée lorsqu'elle a laissé Mathilde quitter le théâtre où tant de fois elle avait soulevé les éclats d'une bonne grosse gaieté.

M. Samuel, qui avait alors la Renaissance, l'a été bien mieux en s'attachant immédiatement la transfuge.

On l'a bien vu dans Cocard et Bicoqud.

Est-il possible de rêver une aubergiste de campagne, plus nature, plus ronde, plus désopilante, que Mathilde?

Les spectateurs qui sont retournés plusieurs fois voir la pièce de Boucheron, affirment tous le con-

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traire. Et nous sommes absolument de leur avis.

Mathilde était bien la commère du Palais-Royal, l'artiste digne de donner la réplique aux Hyacinthe, aux Ravel, à tous ces comiques hors pair qui ont fait la fortune et la réputation du théâtre de la rue Montpensier.

Et je doute fort qu'on puisse l'y remplacer d'ici longtemps.

Sa loge est avec celle de son ancienne camarade du Palais-Royal, Lavigne, une de celles qui sont arrangées'et aménagées de la façon la plus amusante.

Là, rien de prétentieux ni d'apprêté.

On se croiraittout bonnement dans le cabinet detoilette d'une des braves commères que Mathilde a toujours représentées.

La loge est située au second étage de la Renaissance, au fond d'un couloir.

La porte, percée d'un judas, s'ouvre à droite dans le coin.

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