‹ Loges d'artistes. Dessins de Félix FourneryChapitre 16 sur 32 · LOGE DE MADAME MATHILDE · texte numérisé non relu

LOGE DE MADAME MATHILDE

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L'ameublement est d'une simplicité biblique : des chaises en paille de couleur, des fouteuils en cretonne rouge, à fleurs rouges, un canapé de même étoffe, et, garnissant la fenêtre située au fond de la pièce à gauche, des rideaux également rouges.

Ce qui donne à toute cette simplicité l'allure un tant soit peu artistique, c'est la grande quantité de glaces accrochées à tous les murs, où l'image de la maîtresse se réfléchit joyeusement tandis qu'elle se fait la tête, ou revêt un de ses costumes, dont la drôlerie est toute l'élégance.

La table de toilette est placée presque en face de la porte et largement éclairée par deux becs de lumière électrique. A la suite de ce meuble, une autre table, plus petite, soutient également quelques ustensiles de maquillage.

La glace qui surmonte cette table est ornée d'une photographie représentant l'un des enfants de Mathilde, une branche de houx voile à demi l'image et donne à ce souvenir quelque chose d'intime et de mystique, qui frappe au milieu de cette loge, d'où l'artiste ne sort que pour dilater largement la rate des spectateurs.

A gauche de la porte d'entrée, une grande glace de pied monte iusqu'au plafond ; deux petites lampes

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Edison réciairent brillamment. Le canapé est placé du même côté.

Ce qui fait la caractéristique de cette loge, c'est l'ornementation : là, pas de tableaux encadrés ou d'ceuvres d'art étalées comme en une exposition.

Mais aux murs, aux plafonds, sur les meubles, dans tous les coins et recoins de la loge, cachant absolument le papier de la tenture, des gravures sont accrochées ou collées, les unes sur les autres, au hasard de l'inspiration, illustrent toutes les cloisons d'un véritable

fouillis de figurines, de paysages, de caricatures, de scènes parisiennes, etc., etc.

C'est la collection du Pjm /////5//-t', du Pû/is Nocl, du Figaro Illustre qui fait les frais de cette tapisserie peu coûteuse mais vraiment fort originale.

Des tac-simile de tableaux et d'aquarelles font, sous

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la lumière crue des lampes électriques, des taches de couleurs joyeuses. Quelques dessins découpés et collés sur les autres forment des reliefs, et rien n'est amusant comme la façon bizarre dont se rencontrent là les sujets les plus divers, dans une sorte de promiscuité artistique du plus piquant effet.

Une baigneuse trop nue a les jambes coupées par les arbres d'un chaste paysage d'automne, placé de façon à rassurer la pudeur de la pauvre enfant.

Des miettes rieuses et folles de Lorin servent de pendants à de bons petits bourgeois de Raffaeli.

Willette et Steinlen font bon voisinage.

Boutet de Monvel est représenté par quelques enfants, gais dans leur mièvrerie, et d'une si amusante simplicité.

Et il y en a encore dix autres, cent autres, qui se coudoient ou se serrent, ou se disputent la place, dans une confusion Babelienne des écoles et des genres, qui ferait hurler un rapin aux convictions pures, mais est pour l'œil d'un ensemble tout à fait amusant.

Mathilde nous a déclaré qu'au Palais-Royal elle n'avait jamais placé d'autres tapisseries dans sa loge.

— Ça ne coûte pas cher, dit-elle, et ça se renouvelle aussi souvent qu'on veut. Et c'est toujours de mode. Quand une gravure me plaît, s'il n'y a plus de place, je

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la colle par-dessus les autres. Ainsi, on ne voit jamais

de vieilleries, et je suis toujours au courant de l'actualité.

Il paraît que le jour où elle a quitté le Palais-Royal

il y en avait trois centimètres d'épaisseur sur tous les murs.

— Si j'y étais restée dix ans de plus, ajoute-t-elle en riant de son bon rire, je n'aurais plus eu de place pour respirer.

Ceci fait juger des dimensions de la loge qui lui était attribuée rue Montpensier.

A la Renaissance, elle peut se remuer bien plus à l'aise.

Du reste, elle n'a pas, en général, grands frais d'habillement à faire.

Ses costumes de bourgeoises et de paysannes sont vite agrafés. Et quant à sa tête, ce n'est pas elle qui y perd beaucoup de temps.

— Pourvu que je sois drôle, c'est tout ce qu'il faut! dit-elle parfois, non sans une légère pointe d'amertume.

Et voilà : un peu de rouge au menton et aux pommettes, du noir pour dessiner au coin des lèvres un pli rieur ou na'if, c'est fait : ce n'est pas plus malin que cela.

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Il est vrai que Mathilde a, au suprême degré, ce que Ton appelle « la tête de l'emploi ».

Mais combien d'autres, à sa place, voudraient quand même pimenter leur toilette d'une pointe d'élégance plus parisienne, au risque d'introduire dans leurs costumes des anachronismes ou des erreurs géographiques d'un déplorable eftét.

Mathilde est bien plus intelligente que cela. Elle ne perd pas un instant à emprisonner sa taille opulente dans un corset trop étroit. Et elle déclare avec un bon sourire :

— Moi, quand il faut que je fasse du <s physique v, je suis bien malheureuse.

Ne dirait-on pas un mot d'un de ses rôles? La conversation de Mathilde est ainsi tout émaillée de pointes amusantes, dites avec une na'iveté voulue qu'elle retrouve encore sur la scène.

Les malveillants prétendent qu'elle emprunte surtout son esprit à ses souvenirs.

Les mieux informés la jugent moins coquette, et assurent, au contraire, que pendant les douze ans qu'elle a passés au Palais-Royal, elle a fort souvent été d'un grand secours aux auteurs, et trouvé pour ses rôles ou même ceux de ses camarades la ré-

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pliqiie drôle, le mot d'entrée ou de sortie amusant.

Ce n'est pas moi qui me chargerai de dire quelle est, de ces deux versions, la vérité, et quelle est la légende.

Mais chaque fois que j'ai eu le plaisir de causer avec l'artiste, je l'ai trouvée spirituelle et pleine de bonhomie et d'entrain.

Et, en admettant même qu'elle empruntât beaucoup à sa mémoire, je suis d'avis que se souvenir avec à-propos, c'est encore faire preuve d'esprit.

Mathilde arrive en général de bonne heure au théâtre. Elle s'apprête immédiatement. Puis, aussitôt habillée, elle prend place dans son fauteuil, et se met à travailler à une interminable pièce de tapisserie.

Son crochet ûiit mailles sur mailles.

Cependant, elle reçoit avec la meilleure grâce du monde l'auteur, ou le journaliste, ou le camarade, qui vient un instant causer avec elle.

Et l'on bavarde à langue que veux-tu, car c'est là un exercice pour lequel la bonne commère est toujours prête.

Elle cause de tout, sans prétention, quelquefois de ses enfants avec attendrissement, rarement de son mari.

Mais, pour peu qu'on l'y pousse, elle rappelle avec plaisir les douze bonnes années qu'elle a passées au

Palais-Royal les succès qu'elle y a eus, ce rôle de Gavaiid, Minard et C\ qui lui a tant plu, celui de M""' de la Haute-Tourelle, et cette pièce de Gotle, où, dans la scène de la partie de cartes, elle avait

trouvé un effet sûr et violent que la direction pusillanime n'osa pas tenter de peur d'aller trop loin.

Ah ! les bons souvenirs : rien que des applaudissements, pas un four.

C'est qu'aussi Mathilde, dont la grande qualité est le naturel, travaille ses rôles avec une conscience dont on ne se fait pas une idée, à voir Taisance licile de son jeu, et qu'elle n'est satisfaite qu'au moment où elle est enfin entrée complètement dans la peau de son personnage. Au point de vue pécuniaire, Mathilde est dans une fort bonne situation pour une actrice de vaudeville ; ses appointements ont encore été augmentés lorsqu'elle

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est entrée à la Renaissance, et c'a été Là une des raisons qui l'ont déterminée cà accepter les offres de M. Fernand Samuel.

Mais ce qui lui plaît surtout dans son nouveau théâtre c'est... le voisinage de la Porte-Saint-Martin.

On ne le croirait pas, et c'est vrai pourtant, Mathilde raffole du drame : elle est persuadée qu'elle a manqué sa vocation ; elle aurait voulu se voir, chaque soir, vierge belle et pure, enlevée par d'infâmes ravisseurs ; ou , mégère inclémente, tuer quelques douzaines de chrétiens pour se précipiter ensuite dans un abîme.

Aussi, son grand plaisir est-il de voir jouer tous les vieux mélos qu'on reprend encore de temps à autre.

Quand elle n'est pas d'une pièce, elle passe ses soirées dans les théâtres qu'elle qualifie de sérieux parce qu'on n'y rit pas. Et si, par hasard, on fait relâche un soir qu'elle devait jouer, elle est aux anges. Vite, à l'Ambigu ou à la Porte-Saint-Martin.

— Or, vous comprenez, dit-elle, le Palais-Royal, c'était trop loin. On arrivait trop tard pour avoir des

places, et c'était une soirée perdue. Tandis qu'ici, à la Renaissance, s'il y a un accident quelconque qui empêche de jouer, en deux bonds je suis à la Porte-Saint- Martin, et je m'y amuse de tout mon cœur.

C'est ainsi qu'elle a vu cet hiver la Grande Maniière dont elle pense beaucoup de bien. Paulin-Ménier lui a

paru exquis. Volny, très gentil. Et tous ces spectateurs qui pleuraient lui ont mis du baume au cœur.

Qiiand elle y pense, elle croit y être encore, et elle ajoute avec un soupir gros de regrets :

— Ah ! voyez-vous, le drame, il n'y a que ça !

Mademoiselle Rosita Mauri

Lo ( I

'ÉTOILE chorégraphique de l'Opéra, habite avec sa

{%Mr .V famille un très bel appar-

V'JMi^È tement, u), rue Scribe,

^^^'W derrière l'Académie natio-

4 nale de musique. Tous les

matins régulièrement, vers dix

heures et demie, elle s'envole vers

le foyer de la danse, et travaille

jusqu'à midi.

Rosita" reçoit chez elle de cinq à sept. Elle est petite, mignonne, très brune avec les cheveux courts, des yeux noirs superbes, des dents fort blanches et le plus charmant sourire du monde. Elle a un petit accent qui rend sa conversation plus piquante.

'Ma:

— Je vais danser, disait-elle dernièrement, dans Romio y Djioiiliette.

Mais, si elle a gardé Taccent de son pays, elle possède l'esprit fin, délicat, de la plus raffinée Parisienne. Elle a aussi son élégance.

A la ville, ses toilettes sont très simples, mais elle porte des robes d'intérieur absolument idéales.

La gracieuse ballerine sait comme pas une se draper dans des tlots de dentelles, et c'est une chose charmante à voir, que sa tête mutine drapée de malines et de blondes espagnoles.

Rosita se préoccupe seulement de sa danse; le soin de sa maison, les engagements, ses affaires d'intérêt, sont réglées par son père qui se charge de tout, afin d'éviter à l'étoile le moindre souci matériel.

Par exemple, elle a voulu procéder entièrement à

l'installation de son joli nid de la rue Scribe ; et toutes

les choses dont elle s'entoure sont du goût le plus parfait.

Les tentures claires, les meubles recouverts de soies

brochées aux tons éteints, les^ sièges légers, et les fleurs

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