MADEMOISELLE GABRIELLE RÉJANE
en quelques minutes une toilette de duchesse. Ajoutez à cela des fleurs dans tous les coins, et vous aurez une description complète de cette loge bien personnelle et à coup sûr point ordinaire.
Mais de cela il ne faut pas s'étonner ; qui supposerait jamais que Mademoiselle Réjane puisse avoir une idée banale ?
Elle habite rue Brémontier, tout au bout, à deux pas des fortifications, un petit hôtel en briques roses avec balcons de bois qui surplombent, du plus ravissant effet.
Les fenêtres garnies de stores rouges, sont encadrées de faïences multicolores et toutes garnies de fleurs.
La porte est comme les balcons, en bois sculpté à la façon du xiu'- siècle. Un mignon marteau de fer forgé vous invite, le traître, à le prendre et à frapper ; mais si vous voulez qu'on vous ouvre, appuyez plutôt sur le timbre électrique qui se dissimule presque, le sournois, dans l'encadrement de la porte.
A l'intérieur, le vestibule assez petit est tout tendu de vieilles tapisseries, et décoré d'un fort bel escalier de vieux chêne, lequel conduit aux appartements privés.
Le rez-de-chaussée est occupé à gauche par la salle à manger, à droite par le salon auquel le hall f:iit suite.
3o6 LOGES D'ARTISTES
C'est un entassement, un fouillis au premier abord ; mais après examen, ce fouillis est des plus artistiques, cet arrangement particulier devient un charme pour les yeux.
Ne vous avisez point, par exemple, de rechercher la symétrie, la correction, ne demandez pas aux nombreux tableaux qui décorent ces deux pièces charmantes, d'avoir des cadres dorés; aux bronzes, aux milles bibelots, d'être sagement rangés sur les tables ou sur les consoles.
Toutes ces choses s'animeraient, je crois, pour vous rire au nez, et elles vous diraient :
— Par exemple ! nous, peintures, aquarelles, fusains, ne sommes-nous pas mieux, et plus décoratifs sur ces chevalets, avec ces draperies d'étoffes chatoyantes qui nous entourent ?
— Et pour nous terres cuites, nous bronzes, nous ivoires, croyez-vous que c'est amusant la rectitude ?
— Nous sommes bien plus contents de nous étaler un peu au hasard, partout où nous serons bien placés pour des yeux d'artiste ; or, celle à qui nous appartenons, l'est jusqu'au bout de son petit nez mutin et retroussé ; et nous voulons, avant toutes choses, plaire à notre maîtresse.
Dans ce cadre bien ûiit pour elle, parmi ces œuvres d'art assemblées, il faut voir Réjane, l'exquise Parisienne,
MADEMOISELLE GABRIELLE REIANE
son corps souple vêtu d'étoffes qui la moulent, parler,