MADAME JEANNE SAMARY
On lui demandait, un jour, pourquoi on ne la rencontrait jamais dans <\ le monc'e v\
Elle éclata de rire, d'abord, et répondit ensuite : — Parce que j'ai, là-dessus, des idées fort arrêtées. De deux choses l'une : ou ^
j'irais seule, et il ne manquerait pas de bonnes langues pour faire là-dessus des cancans à n'en plus finir, sans compter les fats qui s'autoriseraient de ma qualité d'actrice, pour me poursuivre de propositions peu honnêtes et me traiteraient de « bégueule " en se voyant repoussés; ou j'irais dans le monde avec mon mari, et il ne me plait pas de paraître ne pouvoir me passer d'un chaperon. D'ailleurs, j'aime mes enfants; c'est mon monde à moi, je puis bien le dire, et je m'amuse plus à les dorloter et à les voir jouer, qu'à m 'entendre cajoler pour que je récite un monologue.
Voilà qui est net comme une profession de foi poli-
tique, et mille fois plus sincère, car Madame Samary ne ment jamais à son programme.
Au contraire! 11 est bien rare, les soirs où elle joue, qu'elle n'ait pas à conter à ses camarades quelque bonne histoire dont ses enflints sont les héros, et dont elle rit de tout son cœur.
— imaginez-vous que Bébé a fait aujourd'hui la chose la plus drôle que j'aie jamais vue.
Et le petit drame ou la petite comédie qu'elle raconte, obtiennent toujours un vif succès.
Famille oblige...
La description de sa loge sera bien vivement f^iite.
En cette matière, Madame Samary est peut-être un peu négligente, mais la vérité est qu'elle n'a pas le temps de s'occuper de ça, et qu'en somme elle ne passe dans sa loge que juste les moments qu'il lui faut pour s'apprêter.
Or, parmi les artistes, elle est une de celles qui s'habillent vite — notez qu'en matière de toilette féminine
LOGE DK MADAME SAMARV.
MADAME IHANNH SAMARY
la vitesse est chose tout à fait relative — et par conséquent, elle n'avait guère de raisons de se mettre en frais pour décorer une pièce où elle ne se tient jamais que par nécessité.
7â . ^(«fejp
C'est ce qu'elle a fait.
Un peu à la diable, dans un désordre pittoresque et qui encadre bien sa mutine personne, elle a mis dans sa loge quelques échantillons de tous les rien-du-tout qui composent l'orientalisme sans prétention.
— C'est un fouillis, chez moi, un vrai fouillis ! ditelle parfois.
Elle exagère un peu.
L'aspect général est très gai, — comme elle; et elle a, en somme, une note originale parmi les arrangements un peu toujours les mêmes, des loges voisines.
il y a du haut en bas. aux fenêtres, aux portes, aux murs, des tentures algériennes, rouges et bleues, aux arabesques bizarres, aux couleurs vives.
Les sièges sont de même provenance.
La toilette est disposée le long du mur, sur la droite de la porte, reproduisant ainsi la disposition générale de la loge de M""^ Baretta. Cette toilette est surtout couverte de ciioses utiles.
Qiiant aux ornements, ils consistent exclusivement en éventails, écrans, masques, bibelots japonais, chinois, indiens, asiatiques et... parisiens, accrochés aux murs, jetés çà et là dans un pêle-mêle amusant, et qui emprunte certain charme à l'absence absolue d'apprêt.
Je n'ai pas à vous citer les habitués de la loge :