LE CONTIMT ET L'ABSOLU
bre, on déduit une équation d'une autre, en procédant par voie d'identité et de transformation.
Cette prétention, radicalement fausse, et dont la fausseté est rigoureusement démontrable , règne encore en philosophie, et y produit encore, comme dans l'antiquité, les erreurs les plus monstrueuses et les absurdités les plus énormes.
On se souvient qu'un philosophe ancien niait le mouvement. Mais on ignore que cette erreur subsiste encore ; qu'elle subsiste aujourd'hui comme toujours, voilée sous d'autres mots ; qu'elle n'est pas plus mauvaise que l'erreur opposée , qui , admettant les choses mobiles, nie l'immobile Eternité ; et que ces deux erreurs naissent de la prétention qu'a la philosophie de résoudre les questions insolubles, et de soumettre tout à la démonstration déductive continue.
Autrefois Zenon, partant de l'idée nécessaire de l'unité, niait la pluralité, le changement et le mouvement. Ils n'existe, disait-il, qu'une unité infinie, une intelligence souveraine, éternelle, immobile, qui est tout. Il n'existe rien de fini, de variable, de mobilcj Pourquoi ? Parce que, de l'idée d'unité, qui est certaine, on ne peut pas déduire, par voie d'identité, l'idée de la pluralité, de la variation, du mouvement.
Leucippe et Démocrite, au contraire, partant des données manifestes de la pluralité et de la mobilité que nous offre la scène du monde, niaient à leur tour l'unité. Il n'existe, disaient- ils, qu'une pluralité infinie de petits corps, principes et éléments de tous les êtres. Il n'y a pas d'unité souveraine , universelle. Pourquoi? Parce que de la pluralité qui est certaine , on ne peut déduire l'unité.
Or, que font de nos jours les philosophes qui nient la création , et (|ui déclarent qu'il n'y a qu'une substance? Ils continuent Zenon. Ils nient le mouvement.
Que font tous les matérialistes de tous les temps? Ils continuent Leucippe et Démocrite. Ils nient l'éternelle unité.
Les uns, aujourd'hui comme toujours, partant de l'unité , défient leurs adversaires d'en déduire la pluralité, et ils nient la pluralité. Les autres, partant de la pluralité, défient les premiers, à leur tour, d'en déduire l'unité, et ils nient l'unité. liCs uns donc admettent Dieu , et n'en peuvent point déduire le monde : ils nient la création. Les autres admettent le monde et n'en déduisent point Dieu, ce qui est en effet impossible par voie de raisonnement déductif continu, et ils nient Dieu. Du