LE CONTINU ET L'ABSOLU
fini, disent ceux-ci, vous ne déduirez jamais l'infini. De l'infini, leur répondent les autres, vous ne déduirez jamais le fini.
Il en est, à la vérité , qui veulent tout concilier , et qui disent : Ces deux erreurs extrêmes sont chacune la moitié du vrai ; pour avoir la vérité totale, prenez ces deux moitiés, l'unité et la pluralité, l'infini et le fini. Dieu et le monde, l'éternité et le temps , l'immutabilité et le mouvement. Ces choses, loin d'être inconciliables , comme on l'avait cru jusqu'ici , sont , au contraire , consubstantielles et identiques. Il n'y a qu''une substance, mais elle est en même temps finie et infinie, Dieu et monde, esprit et matière , éternelle et passagère , immobile et variable, nécessaire et contingente, absolue et relative.
Mais c'est encore là, j'ose le dire, nier le mouvement. Car, si le mouvement est la même chose que l'immobilité, il n'y a plus de mouvement. N'est-ce pas vrai ?
Ainsi , le panthéisme n'est au fond rien de mieux que la vieille philosophie grecque d'avant Socrate, avec sa négation du mouvement.
D'où viennent toutes ces erreurs , ou plutôt cet esprit d'erreur ? D'un vice fondamental , qu'une science plus avancée bannira de la science : c'est de
80 CAUSES l)K NOS EURELRS.
vouloir |)laccr partout ladénioustratiou déductive continue ; c'est de ne point admettre de questions insolubles, et de vouloir toujours, étant données deux vérités, trouver et démontrer le lien syllogistique de ces deux vérités.
Beaucoup de penseurs croient encore ce problème possible dans tous les cas, et nient toujours l'un des deux termes entre lesquels ils ne trouvent pointde transition syllogistique. Ou bien, lorsqu'ils veulent admettre les deux, ils prétendent qu'ils n'en font c[u'iui seul, ce qui revient à nier l'un ou l'autre.
C'est ainsi qu'étant donnée l'idée de Dieu , créateur infini , et l'idée du monde créé et fini , le rapport rationnel continu entre ces deux termes n'ayant jamais été trouvé, et ne pouvant pas l'être, les uns nient Dieu, et tombent dans l'atliéisme, les autres nient le monde, et vont au panthéisme. Quant à ceux qui affirment que Dieu et monde sont une seule et même chose, ceux-là ne font ni mieux ni pis, ni autrement, que les premiers ou les seconds.
Voici le remède à ce mal. C'est qu'enfin la Logique connaisse les bornes du raisonnement déductif continu, comme les connaissent les mathématiques. Autrefois , en mathématiques, on cherchait la quadrature du cercle, et l'on voulait trouver un rap-