‹ Logique (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · NATURE, FORME, FIGURES, MODES DES SYLLOGISMES · texte numérisé non relu

NATURE, FORME, FIGURES, MODES DES SYLLOGISMES

Nous avons, dans le livre précédent, exposé indirectement les deux procédés de la raison. Nous avons montré amplement que ces deux procédés essentiels , le syllogisme et la dialectique , sont détruits ou retournés par la Logique du panthéisme. Nous voyons des sophistes accrédités, aujourd'hui encore , nier absolument le principe d'identité , c'est-à-dire le principe même de la pensée, de la parole, de la proposition, du syllogisme. Nous

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les voyons ivtoiii'iu'r et (Ic'lruire l'aiilrc procrdr foii(lameiit;il de la raison , en l'appliquant à contresens (Inné part, et d'antre part en niant I ahsolne différence des lermes entre lescpiels j)asse la dialectique. Nons aNons conq)i'is coinnicnt il fallait cette Logique ponr créer le panthéisme, et conniunt le panthéisme est doiuié, dès que cette Logiqne est posée.

Nous avons admiré le sens vraiiuent providentiel de cette audacieuse attaque à la raison. Nous avons vu la sophistique, qui est même chose que le rationalisme ahsoln, qui est l'orgueil de la laison humaine prétendant à la souveraineté ahsolne, c'est-à-dire à la pensée sans la source de la pensée, nous avons vu cette raison pervertie, })ar une conséquence formidable et sublime, se nier et se détruire elle-même dans son effort pour agir seule, poiu' se faire principe absolu, pour procéder comme Dieu, sans Dieu,

Nous pouvons passer maintenant à l'étude directe des deux procédés de la raison. Dans ce troisième livre, nous étudierons le syllogisme, et dans le quatrième, la dialectique ou l'induction.

Dans sa lettre à Wagner sm* la Logique, Leibniz écrit ceci : c< J'ai fait autrefois, à proj30s d'une dis- « cussion mathématique , avec un fort savant « homme, l'expérience que voici. Nous cherchions « l'un et l'autre la vérité, et nous avions écliangé « plusieurs lettres , avec beaucoup de courtoisie, « mais non cependant sans nous plaindre l'un de « l'autre, chacun de nous reprochant à son adver- « saire de dénaturer, involontairement sans doute, « le sens et les paroles de l'autre. Je proposai « alors d'employer la forme syllogistique : mon « adversaire y consentit; nous poussâmes l'essai « jusqu'au douzième prosyllogisme. A partir de ce « moment même, touie plainte cessa ; chacun des « deux comprit l'autre , non sans grand profit « pour tous les deux. Je suis persuadé que si l'on « en agissait plus souvent ainsi , si l'on s'envoyait « mutuellement des syllogismes et des prosyllo- 'c gismes avec les réponses en forme, on pourrait « par là très-souvent, dans les plus importantes « questions scientifiques , en venir au fond des (i choses, et se défaire de beaucoup d'hnaginations

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« et de rêves; l'on couperait court, par la uatiu^e « même du procédé, aux répétitions, aux exagéra- « tions, aux divagations, aux expositions incoin- « plètes, aux réticences, aux omissions involon- « taires ou volontaires, aux désordres , aux malce entendus , aux émotions fâcheuses qui en résulte tent ' . »

Nous admettons complètement ce point de vue , et nous croyons que l'oubli ou plutôt l'ignorance de toute forme syliogistique est aujourd'hui une source d'abus et d'inconvénients innombrables, dans la vie publique et privée, dans l'enseignement, dans l'étude solitaire, dans la littérature, à la tribune et dans la presse. La raison est à chaque instant insultée, foulée aux pieds dans l'absence de ces formes protectrices. De cette source découlent peut-être plus de préjugés, de malentendus, de colères , qu'on ne pense.

Il est à remarquer que depuis sept cents ans , il n'y a pas eu en Europe un siècle aussi ignorant que le nôtre sur l'article des formes de la raison. Les penseurs, et ceux qui mènent le monde par la parole les méprisent. Joignez à cela que ce même siècle est le premier qui ait produit une école de

* Lettre à Wagner, p. 423.

philosopliie niant absolument les formes nécessaires de la raison. Se peut-il qu'il n'y ait pas là un danger?

Il est donc nécessaire de reprendre partout, dans l'enseignement, l'étude et la pratique du syllogisme et de ses règles. Entrons en matière.

La pensée , dans son mouvement vers le vrai , dans son discours, procède de ce qu'elle connaît à ce qu'elle ignore. Or, nous l'avons souvent dit, elle peut passer du connu à l'inconnu de deux manières. En premier lieu, elle peut aller d'un point à l'autre, par voie d'identité et de déduction, si Finconnu est impliqué dans le connu, et n'en diffère ainsi que par une différence de forme, sous laquelle on n'apercevait pas l'identité. Ou bien la pensée passe du connu à l'inconnu par voie de transcendance ou d'induction dialectique, si l'inconnu n'est pas contenu dans le connu, et ne lui est lié que par un tout autre rapport que le rapport d'identité. Alors il y a transcendance de la pensée du même au différent, et non plus seulement descente du contenant au contenu , ou passage de plain-pied du même au même.

Le syllogisme est le premier de ces deux procédés.

La théorie du syllogisme est un des travaux les

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plus iiii;éni(Mi\, les plus curieux, et les })lus rigoureuseineut ex;icts tpi ait })i(>(luifs l;i pliil()soj)liie. (l'est une théorie faite connue l;i géométrie; elle n'a pas varié depuis Aristote et ne peut varier.

Nous trouvons un excellent résumé tii'é de saint Thomas d'Acpiin, sur la nature du syllogisme. Nous le donnons ici en abrégé.

Qu'est-ce (|ue le syllogisme? Quelles sont ses Idrmes? Quelles sont ses règles.'

Le svUogisnie ayant ponr hul de démontrer l'identité, totale on partielle, de deux termes dont on ne voit pas d'abord l'identité, fait usage d'nn intermédiaire, et, montrant les denx termes comme identiques à un troisième , les démontre identiques entre eux. Le fondement du syllogisme est cet axiome : « deux termes identiques à ini troisième « sont identiques entre eux. » [Qiiœ suiit cailcin uni tertio, suiit cadej?! in ter se.)

Pour plus de clarté, distinguons dans le syllogisme la matière et Va forme.

Quant à la matière, distinguons la matière prochaine et la matière éloignée. La matière éloignée, ce sont les termes. La matièie prochaine, ce sont \ç?> propositions . Les propositions se composent de termes, et le syllogisme se compose de propositions.

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Or !;i règle générale du syllogisme, ([liant à la matière, est celle-ci : il ne peut renfermer que trois termes, et trois propositions formées de ces termes.

La raison en est évidente. Tout syllogisme, en effet, consiste à luiirdans la coiuliision deux termes, qui ont crabf)rd été unis dans les j)rémisses avec un troisième terme : donc il ne faut que trois termes et trois propositions. De ces propositions, la première pose l'unité du ])remier terme et du troisième, la seconde ])ose l'unité du second terme et du troisième, la troisième pose l'unité des deux premiers termes entre eux.

L'attribut de la conclusion se nomme le nraïul extrême, parce que l'attribut a plus d'extension ' que le sujet ; le sujet de la conclusion s'appelle petit extrême, et le troisième terme, cjui unit les deux autres par les prémisses, se nomme moyen terme^ parce qu'il est le lien des deux autres.

La première proposition, celle qui unit le grand extrême au moyen terme, s'appelle majeure. Celle

' On nomme c.rfcnf<i(m uii (''tpruliu» il'iin Icnno le noniluf des in-

' (lividiis aiiMjiit'Is il s";i[)[tli(iiie. llc?té\idont (iiie dans cetio jiroposi-

lion: « loiil liommeesl mortel. » rallrihut inorlel s'étend à un beau-

(■iiii|i plus Lcran.! nombre d"indi\idus ([ne le sujet homme, [luisque

les animaux aussi sont mortels.

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