‹ Logique (volume 2)Chapitre 9 sur 46 · LES CHAPITRES FONDAMENTAUX · texte numérisé non relu

LES CHAPITRES FONDAMENTAUX

ClLVriTP.E p.

Un correspondaut de Leibniz, Wagner, lui ayant adressé une lettre sur l'inutilité de la Logique, Leibniz lui répondit : « J'appelle Logique l'art « d'employer sa raison, non-seulement a juger ce « qui est donné;, mais encore à trouver ce qui est ce caché. Donc si un tel art est possible, c'est-à- « dire si on peut réellement appliquer la raison à « ces deux choses, il est clair qu'on ne saurait

2 QUELQUES LACUiNES DE LA LOGIQUE.

« trop estimer, trop poursuivre un tel art, et qu'il « le faut considérer comme la clef de la science. »

Mais Leibniz, aussitôt après, ajoute ces mots qu'il faut peser : « J'avoue bien que toutes les « logiques qui existent jusqu'à ce jour sont à peine « l'ombre (^aum ciu (Scl)atten) de celle que je dc- « sire et que j'entrevois, et néanmoins, pour dire « la vérité, et être juste envers chacun, j'affirme a encore que, même dans nos logiques actuelles, « je trouve beaucoup d'utilité. La reconnaissance « m'oblige à cet aveu. L'étude de la Logique, telle « qu'elle est enseignée aujoin^d'hui dans les écoles, « a été pour moi d'un grand fruit. ' »

Ceci est la vérité sin- la Logique. La Logique, telle qu'elle est généralement enseignée, est utile, nécessaire ; mais elle est à peine l'ombre de ce qu elle peut et doit devenir.

Plus loin Leibniz, insistant sur ce point, ajoute : « Qu'il soit possible de porter incomparablement « plus loin cet art d'employer la raison, je le tiens (c pour certain; je crois le voir; j en ai comme « l'avant-goùt; mais, sans les mathématiques, il « m'eût été très-difficile d'y arriver. J'ai trouvé « quelques principes sur ce sujet, étant encore

* 0[)crA pliil. lErdraann), p. il9 et 120.

« novice en mathématiques, et, vers ma vingtième « année, j'en ai fait imprimer quelque chose; « maintenant je vois combien le chemin est ob- « strué, et combien il eût été difficile de s'y frayer « un passage sans le secours de la partie intime « des mathématiques. ( £)ï)ne ^ùtfe bev iiincrn ^Jtatîjece matif. )* Mais ce que j'en pourrais dire aujour- « d'hui est de telle conséquence, que je n'ose espèce rer qu'on me croie si je n'apporte des preuves (c bien effectives ; c'est pourquoi je n'en dirai pas « davantage pour cette fois. »

Nous adhérons d'autant plus complètement à ces indications, qu'avant de les avoir rencontrées dans Leibniz, nous les avions données nous-mêmes, écrites et enseignées, telles qu'elles sont exprimées

Depuis longtemps nous soutenons que la Logique telle qu'elle se comporte aujourd'hui est utile, indispensable , déplorablement négligée ; mais qu'elle n'est point tout ce qu'elle pourrait devenir; qu'elle manque de sa partie principale ; et que cette partie principale ne saurait être connue, expliquée, admise, prouvée, que par le secours de la partie intime des mathématiques.

' Ibid.,p. 423.

6 OIELOL'ES LACINKS DE LA LOGIQUE.

Qu'est-ce que cette partie intime des mathématiques ? Ce ne peut être que le calcul infinitésimal. C'est en réfléchissant sur la méthode géométrique et algébrique des infiniment petits que nous avons compris l'existence du principal procédé de la raison, dont les Logiques élémentaires écrites jusqu'à ce jour ne parlent pas, ou qu'elles ne font qu'indiquer vaguement. Nous sommes parfaitement convaincus que c'était la pensée de Leibniz, ainsi que nous l'avons déjà dit et montré par les textes, en traitant de la Théodicée de Leibniz. La chose est assez claire, ce semble, pour qui a sous les yeux les paroles qui viennent d'être citées, et cellesci : « Ce n'est pas ici le lieu, » dit Leibniz dans ses Nouveaux Essais, a de proposer les vrais moyens « cC étendre tait de démontrer au delà de ses an- « ciennes li/nites, qui ont été presque les mêmes « jusqu'ici que celles du pays mathématique. J'es- « père, si Dieu me donne le temps qu'il fîiut pour ic cela^ (fc/i faire voir quelqu'' essai un jour, en « mettant ces moyens en usage effectivement, sans « me borner aux préceptes. ' »

Qui ne voit dans ces paroles une allusion à sa découverte de l'analyse infinitésimale? Il devient

* Nouv.. Essais, liv. iv, § 19,

presqii'impossiblc d'en douter lorsque, trois pages plus bas, il dit que, selon lui, on poussera la connaissance scientifique plus loin que par le passé; qu'il ne manque que Tart cC employer les matériaux; « dont je ne désespère point, dit-il, qu'on « poussera les petits commencements, depuis que « l'analyse infinitésimale nous a donné le moyen « d'allier la géométrie avec la physique. ^ » L'art (V employer les matériaux de la connaissance, c'est Lien la Logique. Donc, selon Leibniz, /'a/^«/>i'e' //?//nitésimale est un germe à développer dans cet art, c'est-à-dire en Logique. Ce qu'il faut d'autant plus comprendre ainsi, « que, selon lui, la Logique est « aussi susceptible de démonstrations que la géoa métrie, et que la Logique des géomètres est une « extension ou promotion particulière de la logique (( générale. « Rien de mieux dit. Il n'y a pas une Logique particulière ])our la géométrie et une autre Logique générale. Il y a une Logique générale qui s'applique à tout. Donc tout ce qui est dans la géométrie est aussi dans la Logique générale. Donc s'il y a aujourd'hid en géométrie deux procédés l'adicalement distincts , parfaitement rigoureux et féconds , il doit y avoir dans la

' Ibid., §26.

Logique générale deux procédés correspondants. Je sais ])ïen qu'on dit encore aujourd'hui vulgairement : la logique des géomètres, le piocédé des géomètres ; et qu'on entend par là le procédé de déduction qui, par voie d'identité, tire d'une définition tout ce qu'elle contient. Mais, depuis l'invention de l'analyse infinitésimale, les géomètres n'ont plus seulement ce procédé, ils en ont deux, dont l'un est déductif, l'autre inductif, dans le vrai sens du mot ; et ces deux procédés répondent à ce que nous avons nommé, depuis les premières pages de notre Traité de la Connaissance de Dieu, les deux procédés de la raison , dont le principal, comme nous l'avons montré, a été employé par tous les philosophes du premier ordre à démontrer l'existence de Dieu, aussi Lien qu'il est employé spontanément par tous les hommes.

Il y a aujourd'hui en mathématiques, comme le remarque fort bien un géomètre, outre la méthode algébrique déductive par voie d'identité, dite jusqu'ici méthode des géomètres, il y a « la méthode a infinitésimale qui est mieux appropriée à la na- (c ture des choses... qui a changé la face des mate thématiques... qui est la méthode directe. . . qui c( seule peut conduire à la solution des questions « compliquées... et dont le simple développement

« pa7' t algèbre du principe d'identité ne peut tenir « la place. ^ »

Les géomètres ont donc bien deux procédés. Il y a donc aussi au moins deux procédés dans la Logique générale. Ces deux procédés ont été appelés par Aristote, tantôt sjilogisme et induction, tantôt sjilogisme et dialectique ; par Platon, déduction syllogisticpie eX. procédé dialectique. L'un, dit Aristote, trouve les majeures, l'autre déduit les conséquences. On peut nommer l'un, avec Leibniz, logique d'invention, l'autre, logique de déduction, ou logique transcendante et logique immanente. Ce sont les deux procédés delà raison, les deux types généraux du raisonnement, les deux mouvements de l'esprit humain, mouvements qui, dans la pratique, sont à peu près toujours impliqués l'un dans l'autre, mais que la théorie a trop peu distingués. Et cette lacune a été, jusqu'à présent, la source des plus grands embarras de la philosophie.

' Cournot. Traité élémentaire de la théorie des fonctions , p. ix et x; et pag 89 et 183.

QIEUH i:S LACINKS DK I.A l.OGIOL'E.

Mais il y a, dans la manière dont la Logique est traitée d'ordinaire , beaucoup d'autres lacunes. Lorsque, dans nos premières études, il nous est arrivé d'ouvrir un livie intitulé : ylrt de penser, iirl (l (u river (lu vrai, — n'avons-nous pas é])rou^é quelquefois l'espoir naïf de trouver dans ce livre un guide utile, unv méthode théorique et pratique, pour nous conduire dans la recherche de la vérité? Mais notre espoir a-t-il été de longue durée? N'avons-nous pas découvert bientôt que ce livre ne menait pas où nous voulions? Et puis, après quelques mécomptes de ce genre , ne nous sommesnous pas demandé, dans l'exagération de notre mécontentement, pourquoi on n'avait jamais eu l'idée d'écrire une Logique utile ?

Si l'on pouvait écrire une Logique qui ne fut pas seulement l'ombre de celle que Leibniz désirait ! Si nous pouvions nous-mêmes, dans l'essai que nous allons tenter, approcher seulement de ce but! Si un homme, après avoir traversé la vie jusqu'à l'automne dans ini travail sans relâche, après avoir blanchi à la charrue de l'étude, pour l'amour de

la vérité seule, essayait, après la moisson, d'apprendre aux plus jeunes ouvriers l'ensemble des travaux qu'il faut subir, des règles et des industries qu'il faut connaître, des semences qu'il faut avoir, des fléaux qu'il faut éviter pour arriver à une moisson, n'est-il pas à croire que les conseils et les discours de ce bienveillant laboureur, quelque grossière que fût sa parole, seraient utiles à ses jeunes frères, et sauraient en mener quelques-uns à l'art de produire en effet, dans le champ de leur âme, sous le soleil el la rosée de Dieu, le vin et le froment de la vérité?

Telle est, il faut le dire, notre ambition, ou plutôt notre cordial désir : aider ceux (jui cherchent la vérité, la vérité entière, dans tous les sens, dans tons les ordres de choses, la vérité pour sa beauté , la vérité pour l'amour des hommes et pour l'amour de Dieu. Oh ! que le nombre de ceux qui ont cette unique passion est petit ! 41 s'en trouve cependant, et il s'en trouvera toujours. C'est pour eux que je veux parler.

Je veux leur dire que, pour connaître la vérité, il faut la recevoir de Dieu. Voilà le principe et le point de départ. Puis, il faut travailler sur cette semence.

On sait cela. Mais ce que l'on sait moins, c'est

10 QUELQUES LACl \ES DE LA LOGIQUE.

que la vie entière est un perpétuel travail de Dieu pour nous donner, et pour nous inculquer la vérité. Il n'y a pas un mouvement de l'àme et de l'esprit, pas une parole survenant du dehors, pas une seule sensation, ni un mouvement du corps, qui ne soit, en un sens, un mouvement et une parole de Dieu ])our nous apprendre la vérité. Le monde des corps est- une parole de Dieu destinée à instruire les hommes, et par laquelle Dieu parle, à chacun de nous, de la vérité qui est Dieu. Le monde des esprits est im autre discours de Dieu, dans lequel Dieu nous parle plus clairement encore, et de nous et de Lui. Enfin, il y a un troisième monde qui est Lui même. Lui seul, et dans le sein duquel il ne cesse de nous attirer.

Ce que l'on ne sait pas assez, non plus, c'est que l'homme a le sens de ces trois mondes. L'homme a le sens du monde des corps, le sens du monde intelligible, et le sens de Dieu même. Pourquoi dit-on parfois que l'homme n'a que le sens du monde des corps? Pourquoi ceux qui connaissent le sens du monde intellio;ible ignorent-ils d'ordinaire le sens dwin du monde si qirème? Pourquoi veut-on détruire ainsi la racine même de l'àme, et par la racine tout l'ensemble?

Ce que l'on ne sait pas assez, c'est qu'en elle-

même , toute impression venant de l'un de ces trois mondes est une impression de la vérité, de la vérité qui est Dieu ; et qu'il nous suffirait de ne point gâter la semence de Dieu, pour rester dans la vérité; que dès lors cette première donnée intellectuelle, qu'on désigne parfois en Logique sous le nom de simple appréhension y n'est pas sujette à l'erreur. Tout philosophe doit l'avouer.

Ce que l'on ne sait pas assez, c'est que pour bien recevoir de Dieu les semences , la première condition est une disposition morale. Ce qu'il faut appliquer d'abord aux données de la vérité que Dieu ne cesse de semer dans notre âme, ce n'est pas notre esprit, mais notre volonté , et, selon la parole éternelle du maître des hommes, parole beaucoup trop peu comprise encore, il faut faire en soi-même la vérité, avant de la connaître. Qui facit veiitatem venit ad lucem. Il semble que la lumière se sème dans la volonté, et se recueille dans l'intelligence. Que serait donc l'art de penser et d'arriver au vrai, s'il omettait d'initier l'homme à cette fondamentale et première condition de toute pensée menant au vrai ?

Ce que l'on ne sait pas assez, c'est que l'intelligence, dans l'homme, est orientée par la volonté, la raison par la liberté. La raison, comme la vie,

comme l'amour, s'applique à tout ce que l'homme veut. L'homme peut appliquer toutes ses forces à Dieu, ou bieu au moude et à lui-même; et il peut apphquer ses forces à ce qui n'est pas Dieu, de deux manières, ou bien avec tendance ultérieure vers Dieu, — voie de justice et de vérité, — ou bien avec dégoût, oubli, mépris de Dieu, — voie de ténèbres et d'iniquité. Dans l'un des cas, la tendance est vers l'infini; dans l'autre, vers le néant. La raison , comme l'amour, souffre ces deux tendances; seulement, elle tire une éclatante vengeance de ceux qui la profanent dans sa tendance vers le néant. Nous le verrons.

Une vérité bien inconnue encore, c'est que le travail pratique de la volonté, pour couver la semence du vrai, et la développer comme Dieu la donne, consiste à préférer toujours, en toute impression des créatures, impression où Dieu est toujours cause première et la créature cause seconde, à préférer Dieu qui parle la créature, à la créature que Dieu parle ; et de même, dans toutes les impressions venant de Dieu, à préférer Dieu même à l'impression. C'est-à-dire, en un mot, que la loi de la volonté, pour ne pas gâter la semence, est de préférer toujours Dieu à soi-même et au monde. Et cette sorte de renoncement à soi-même et au

monde, pour préférer Dieu, c'est la mort philosophique dont parlent Socrate et Platon ; et c'est l'imitation morale du sacrifice évangélique. Puis à son tour l'intelligence, pour avancer dans la recherche de la vérité, pour acquérir ce qu'elle n'a pas, doit procéder comme la volonté, et opérer aussi l'imitation du sacrifice évangélique.

Oui, il y a dans les données intellectuelles, telles qu'elles nous apparaissent d'abord, des limites et des accidents à sacrifier, pour arriver aux pures et simples idées marquées du caractère de l'infini. La raison ne doit pas seulement ranger et comparer les données brutes du monde des corps et du monde des esprits, mais elle doit les ouvrir, et entrer jusqu'au centre des germes, où se trouve Dieu, auteiu" et vivificateur du germe. La raison doit savoir employer les données des deux mondes, créés de Dieu comme point d'appui, comme bases d'élan ( ÉTîtoadet^ x.aî ho\}.ôt.i^ dit Platon ), pour s'élancer en Dieu. L'âme s'élance ainsi par ses ailes; mais, dans ces siècles si peu philosophiques, les ailes de la raison sont ])ien moins connues que ses pieds, ses pieds fatigués à outrance pour avancer si peu.

Une autre vérité encore trop peu connue , c'est l'importance et l'influence du corps de la raison , la parole. Le Verbe divin, comme lumière natu-

^h QUELQUES LACUNES DE LA LOGIQUE.

relie, éclairant tous les hommes, s'est en quelque sorte incarné dans la parole articulée, comme il s'est incarné plus tard, d'une manière plus entière et plus haute , dans Ces éternelles paroles révélées qu'un saint docteur appelle « un autre corps du Christ. » On méprise quelquefois le corps de la pensée, comme on méprise le corps de l'âme, composé de chair et de sang. On l'appelle une prison, im obstacle. C'est une erreur manichéenne. Le corps , créature de Dieu , est partout un appui , un moyen voulu de Dieu, qui peut devenir obstacle par accident comme les mots, mais qui subsistera glorifié, même après notre exil terrestre.

Enfin, ce que l'on méconnaît surtout, c'est cette fin dernière et suprême de la raison, que saint Augustin et Platon appellent le terme du procédé, ou la raison parvenant à sa fui : (^Tiloç, r/?: Tropet'aç; ratio perveniens ad finem suum.) Même ceux qui croient à cette fin defnière de la raison , laquelle consiste, dès cette vie, en quelque commencement de rapport direct avec Dieu, en attendant la vue directe et immédiate de la substance de Dieu, les croyants, dis-je, cherchent parfois à repousser de îa Logique, comme un affreux mélange, toute mention de cette fin dernière. Mais, pourrait dire ici la raison, que m'importe l'art d'arriver à ma fin, si

cet art ne m'apprend pas à marcher vers ma fin dernière ? Pourquoi donc tenez-vous à séparer la double idée de mon double but, l'idée de mon but terrestre et l'idée de mon but céleste , l'idée de mon but temporel et l'idée de mon but éternel ? Certes , ces idées sont distinctes , et si je ne les distinguais pas , je prendrais la terre pour le ciel et le temps pour l'éternité. Mais pourquoi les mettre toujours à part, et ne les jamais comparer, et n'en point saisir les rapports pour embellir monbut terrestre par la sainte perspective du ciel; et aussi, pour m'apprendre à savoir à propos m'élancer au delà de mon terme moyen jusqu'à mon but suj)rème ? Et voilà ce que quelquefois l'on voudrait refuser à la raison ! Mais comment ne pas voir qu'un des plus grands obstacles qui empêche la raison d'arriver à son but terrestre, c'est qu'elle ignore ou méconnaît son but céleste? Eh quoi! notre raison comme notre cœur seront incessamment sollicités par la bonté de Dieu, attirés à monter jusqu'à Dieu, jusqu'à Dieu Rédempteur , jusqu'à Dieu béatificateur ; la raison, comme le cœur, aura reçu de Dieu quelque désir naturel de l'éternelle lumière pour laquelle Dieu nous a créés; l'âme portera eneWe r/nsti/ict hèatifiqiie , comme s'exprime sainte Catherine de Gènes , et la raison pourrait impunément s'abs-

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traire, et de ce désir naliirel, et des continuelles excitations surnaturelles qui la poussent à sa fin dernière? Qu'arrive-t-il donc au cœur quand il ne se laisse pas attirer sans cesse vers ce but souverain ? On le sait. Il est repoussé; repoussé vers le sens réprouvé dont parle saint Paul; repoussé, non vers la nature, mais contre la nature , et au-dessous de la nature. Ainsi, pour la raison, ne pas tendre à sa fin dernière, malgré le désir naturel et les attraits surnaturels , c'est résister ; résister , c'est être repoussé, c'est aller en arrière, non pas vers la saine raison naturelle , mais au-dessous de la raison et contre la raison, vers les abîmes du doute sans fin et de la perversité sophistique. Oh ! puisse-t-on bien comprendre ceci, et ne jamais refuser à la raison, surtout à la flexible raison des jeunes hommes, à qui Ton pai'le jjoiu' la première fois de la sagesse, l'ensemble des données de Dieu, et le double flambeau des deux lumières! Puisse-t-on ne jamais tenir la meilleure de ces deux lumières, pendant une longue année, sous le boisseau!

Enfin, ce qui est encore ignoré, c'est que le passage de la moindre des deux lumières à la plus grande, du but terrestre au but céleste de la raison, s'opère, avec l'aide de Dieu, par une imitation à la fois intellectuelle et morale du sacrifice. Oui, pour

passer des fantùmes divins à Dieu même , et des idées de l'infini à l'Etre qui est l'Infini , il faut un acte de la raison et de la liberté, analogue à celui par lequel la raison s'élance de toute donnée finie à l'infini, et s'élève de la vue du monde à la notion de Dieu. Oui, la raison doit savoir critiquer, sacrifier cet état spéculatif pur, ces fantômes et ces ombres, au goût et au désir d'un plus baut état, qui atteigne la substance de Dieu, et vive au sein du monde réel de Dieu. Ceci n'est plus seulement Fimitation du sacrifice évangélique, mais l'union \éritable au très-saint et sublime sacrifice de la croix. De sorte que tout l'itinéraire de l'âme et de la raison , depuis le premier commencement qui reçoit les germes sans les gâter, jusqu'à sa fin dernière où elle arrive à posséder Dieu même, est toujours, ou l'imitation , soit morale, soit logique du sacrifice, ou l'union intellectuelle et morale au sacrifice du ^ erbe crucifié. De sorte enfin que saint Paul aurait dit tout le secret de la vérité, en s'écriant : « Je ne veux savoir qu'une seule cliose : Jésus-Christ , et Jésus- Christ crucifié ! « En paraissant sacrifier toute science , saint Paul aurait posé la formule de toute science! Oui, il en est ainsi. Oui, par ces solennelles paroles, saint Paul donne la méthode pour arriver à la lumière et à la vérité. Ce mot 1. -z

est l'épigraphe de la Logique vivante. Daigne le Verbe crucifié nous éclairer, pour qu'il nous soit donné d'entrevoir ces sublimités, et d'en transmettre à quelques-uns l'intelligence.

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