‹ Logique (volume 3)Chapitre 31 sur 37 · GÉOLOGIE, GÉOGRAPHIE, H I S 1 0 1 R E · texte numérisé non relu

GÉOLOGIE, GÉOGRAPHIE, H I S 1 0 1 R E

Ce qui manque, à peu près partout dans l'enseignement, c'est l'ensemble. Mais dans aucun enseignement ce défaut n'est plus sensible ni surtout j)lus faclieux: qu'en liisloire.

Le défaut d'ensemble en histoire équivaut à l'erreur. Faute d'ensend)le on perd de vue la proportionnalité des faits : dès lors toute la science du ])assé devient difforme sous nos yeux. On fausse l'histoire en otant aux faits leur mesure. On ne ment pas, on ne tronque pas absolument, on n'ajoute ])as , mais on groupe les objets, et on dirige où l'on veut la lumière qui les montre. On a deux manier(\s inverses de voir, l'une qui grossit, l'autre qui diminue, ce qui détruit toute la vérité du spectacle; on voit, comme cet animal de la fable, suc-

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cessivement avec les verres opposés d'une lunette :

On voit de près tout ce qui charme , On voit (le loin ce qui déplaîl.

Par là on peut établir par l'histoire les plus redoutables mensonges et les plus pernicieuses erreurs. C'est pour cela que M. de Maistre a pu dire : « L'histoire, depuis trois cents ans, est une cons- (c piration permanente contre la vérité. » Parole capitale, à laquelle on commence à faire droit.

Je voudrais, pour cette seconde éducation que vous entreprenez par amour de la vérité, vous voir re])rendre vos études historiques en commençant par l'histoire universelle, vue d'abord dans le plus l'apide ensemble. Dès ce ])remier coup d'œil jeté sur toute Diistoire, je voudrais faire entrer toute la science conq^arée que conq)orte l'histoire, astronomie, géologie, géographie, philologie, philosophie, théologie. Evidemment l'esprit moderne travaille à la philoso[)hie de l'histoire, et la vanité d'un si arand nombre de tentatives malheureuses snr ce point n'empêche pas cette tendance d'être profondément utile et vraie.

Et puisque j'ai nommé la tliéologie, je voudrais, en effet, que l'histoire fut pour vous une étude sacrée, et que vous pussiez dire avec Ritter : « Cette

« science est pour moi une religion. » Je voudrais qu'avec saint Augustin et Bossuet, vous pussiez contempler dans son ensemble la marche du genre humain , en y cherchant cette trace de Dieu dont un prophète a dit : « Seigneur qu'il nous soit « donné de connaître votre route sur cette terre, « et votre plan providentiel pour le salut de tous c( les peuples \ » Est-ce que le progrès de l'histoire est autre chose que le progrès de la religion? Estce qu'on ne peut pas donner de la religion et de l'histoire cette seule et même définition : « Le « progrès de l'union des hommes entre eux et avec « Dieu ? »

Puis il faudrait étudier d'abord le théâtre où se passe la scène de l'histoire, — cette planète qui nous est donnée, — et méditer ce qui nous est connu de sa nature, de son origine et de ses destinées.

Il faut d'abord la voir voguer comme un navire et louvoyer sur l'écliptique, en roulant sur son axe, et courant autour de ce centre glorieux dont lui viennent la lumière et la vie. Il faut voir sa petitesse relative , connaître sa jeunesse, et savoir

• Ut cognoscamvis in terra viam tuam, in omnibus gentibus salvitare tuum. Ps. lxvi.

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qu'elle mourra. Nous avons parmi les planètes une planète morte, les autres mourront aussi. Nous voyons parmi les étoiles s'éteindre des soleils; le notre s'éteindra aussi. Ce qu'il en faut conclure d'abord est que nous sommes des passagers sur un vaisseau. Puis en voyant couru- ce vaisseau, avec son infatigable vitesse et la surprenante précision de sa marche, demandons-nous : Pourquoi court-il, et où va-t-il? et répondons avec le prince des géographes : « La terre, dans ses révolutions « perpétuelles, cherche peut-être le lieu de son « éternel repos. »

Quand nous saurons par l'astronomie et la géologie que nous avons conunencé, — puisque si notre terre n'a pas été d'abord un luiage, ce qui est bien probable pourtant, du moins il est certain qu'elle a été tout entière dans le feu, puis tout entière sous l'eau; — quand nous saurons que nous avons conunencé, que nous sommes jeunes, que nous devons finir, nous tiendrons les deux bouts de l'histoire, notre origine et notre fin, et nous ne pourrons regarder l'une et l'autre que dans une humble et religieuse contemplation. La vue de ce monde qui est né, qui doit mourir, qui est en marche, qui est toujours à moitié dans la nuit et à moitié dans la lumière, qui est fécond par places

et par intermittences, nous fera parfaitement comprendre ces poétiques assertions de Herder : « Notre « humanité n'est qu'un état de préparation, et le « bouton d'une fleur qui doit éclore. L'état présent « de riiomme est le lien qui unit deux mondes. «

Puis regardant en elle-même cette demeure du genre humain ; examinant son plan géographique, aussi visiblement tracé avec intelligence que le plan d'une maison ; contemplant aussi le prodige de sa vie météorologique et de ses arrosements, ces inondations de lumière, de chaleur, d'électricité, d'eau féconde, qui ont un but aussi visible, aussi prémédité que le travail d'iui jardinier ; n'oubliant pas de remarque!" aussi la richesse de son sein, plein d'armes, d'instruments, de trésors, — vous concluerez encore, avec Ritter, « que notre « globe est manifestement luie demeure préparée (( par une intelligente bonté , pour l'éducation « d'une race d'honuries. »

Et lorsqu'enfin sur ce théâtre vous verrez venir successivement des créatures irraisonnables et muettes, pour y attendre un être intelligent et hbre, qui parle, qui connaît et qui veut; quand vous verrez , comme de vos yeux , Dieu même déposer sur la terre l'homme qui n'y était pas l'heure d'avant, et quand vous aurez bien compris

qu'il est une date précise, un lieu précis où un homme a été tout à coup suscité dans le monde pour être père du genre humain; je crois que ce spectacle, si vous savez le contempler, en laissant tomber un instant le lourd aveuglement et l'inquiète incrédulité qui nous dérobent tout rayon de lumière, je crois que ce spectacle mettra en vous le germe de l'histoire, et l'esprit de l'histoire pour développer le germe.

Vous verrez bien que cet homme, qui est intelligent et libre, a un but idéal qu'il peut connaître, et que sa liberté doit atteindre. La marche vers le but, c'est l'histoire, et comme l'homme marche au but librement, par le chemin qu'il veut, et s'en détourne s'il le veut, vous comprendrez qn'il est le roi du monde et en dirige, sous Tœil de Dieu, la destinée.

Et aussitôt vous diviserez l'histoire en trois questions.

Premièrement : Où en sommes-nous , relativement au but?

Secondement : Quelle route avons-nous parcourue?

Troisièmement : Quel chemin nous reste-t-il à faire? qu'est-ce que le passé nous apprend sur la marche de l'avenir?

Notez que l'enseignement ordinaire de l'histoire ne traite jamais la première question. Je me suis souvent demandé pourquoi il n'y avait nulle part un cours d'histoire sur ce sujet : état présent du globe. C'est par là qu'il vous faut commencer dans votre seconde éducation. Il semble du reste qu'un homme religieux, aimant Dieu et ses frères, devrait toujours avoir l'image totale du globe présente à la pensée. Nous prions devant le crucifix. C'est justement ce qui convient. Mais la vraie croix n'esl pas isolée de la terre : la vraie croix est plantée en terre ; le crucifix réel tient au globe ; la base, le pied du crucifix, c'est un globe arrosé du sang de Jésus. Ne faites jamais de ces deux choses qu'une seule image. C'est là la vraie, la belle, la complète image de piété. Regardez, contemplez cette terre , temple de Dieu , cette demeure commune de nos frères et de nos sœurs donnée de Dieu à ses enfants ; et dites-vous : Où en sont-ils ? Que deviennent-ils ? Qu'est-ce que leur passé ? Où sont leurs espérances? Priez alors pour eux ; et rappelezvous cette partie d'une prière catholique : « O Père « qui as donné à tes enfants ce globe pour le culc( tiver, fais qu'ils n'aien! qu'un cœiu' et qu'une « âme, de même qu'ils n'ont qu'une seule de- « meure. »

Ici encore vous pourrez recevoir l'esprit de l'histoire et Famour de son plan providentiel.

Regardez donc et comparez, sur toute la terre, l'état présent des hommes, les circonscriptions naturelles dans le plan de la terre habitable, les races, les langues, les religions, l'état intellectuel et moral , l'état social et politique. Faites intervenir ici les grands résultats de la physiologie, delà philologie, et de la symbolique comparées.

Vous ne tarderez pas à découvrir inie race centrale et civilisatrice, enveloppée par le reste du genre humain, comme un noyau par son écorce, race blanche, géographiquenient entourée d'hommes de toute couleur , dépositaire du culte d'un seul Dieu, entourée d'idolâtres ou même d'adorateurs explicites du mal ; dans cette race seule, la famille, c'est-à-dire l'élément social, constituée par l'unité du lien ; dans cette race seule, quelques traces de chasteté, c'est-à-dire de spiritualité, tempérant la fermentation maladive de la génération charnelle, et permettant à quelques hommes, en quelque chose, de devenir lumière et amour libre, afin de diriger le monde vers la justice, la vérité, la liberté, l'union; partout ailleurs, l'humanité découronnée, dégradée par la sensualité débordante, et par l'intempérance sans frein ; partout

M)i) LES SOURCES.

ailleurs, riiumanité paralysée, écrasée dans l'un des deux cotés d'elle-même, l'un des deux sexes-, mais toujours la justice, l'intelligence, la science, la force, la dignité, la liberté . ou leur absence, proportionnées, dans cliaque partie du genre humain, à la plus grande ou moindre participation de chaque peuple à la liuuière et à la religion du noyau central et civilisateur.

Mais parmi les peuples même les plus rapprochés du modèle, quelle distance relativement à l'idéal ! A part quelques héros, où en sont les meilleurs des hommes et les peuples les plus éclairés ? Que savent-ils et comment vivent-ils? Chez qui Dieu règnet-il ? De quel peuple Dieu peut-il se servir aujourd'hui pour faire marcher l'histoire, et avancer le monde vers le but de sa volonté sainte?

Voilà quelques remarques sur la première question : Où en sommes-nous ?

Entrez alors dans la seconde, et, sans jamais perdre de vue tout ce premier tableau, reprenez, toujours par voie de synchronisme et d'histoire générale comparée, l'histoire distincte des races et des nations; toujours avec rapidité, en parcourant, aussi rapidement qu'il se pourra, chaque ligne, depuis son origine perceptible jusqu'à nos jours. Les revues de totalités peuvent seules instruire. Par

LES SOURCES. kOi

là seulement, vous comprendrez ce qui retarde ou avance chaque nation et l'ensemble de l'humanité. Par là, vous verrez clairement où est le courant principal de Thistoire, où sont les eaux stagnantes. Vous verrez à quelle époque précise l'humanité a cessé de dormir comme un lac, lac exposé à se corrompre tout entier, à quelle époque précise s'est enfin écoulé du lac un fleuve d'eau vive et vivifiante, qui peut-être entraînera tout.

Vous suivrez facilement ensuite le chemin parcouru par le fleuve.

Quant à la troisième des questions historiques, « Quelle est la voie de l'avenir?» je crois qu'il vous sera utile de la poser et de la traiter. Ce n'est plus, si l'on veut, que de la philosophie de l'histoire. Soit. C'est précisément la science comparée que nous cherchons.

Dans cette question, il faut partir de ce principe, que l'homme est libre et que le genre humain finira comme il voudra. Il faut admettre, avec l'Écriture sainte, que Dieu a mis l'humanité « et l'a « laissée dans la main de son propre conseil ; que « la vie et la mort sont devant nous; qu'il nous sera « donné ce vers quoi nous tendrons la main. » D'après cela, Ilerder avait raison de dire : « Tout c/\ ce qu'une nation ou une partie de l'humanité vou-

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