II
« dra sincèrement pour son bien lui sera donné. « Ce qui s'appuie encore sui^ la parole du Christ : « Si vous aviez la foi, rien ne vous serait imposte sible. »
Gela posé, nous devons croire qu'il est possible d'atleuidre le but, et que si l'Église catholique dit : « O Père, qui as donné à tes enfants ce globe pour « le cultiver, fais qu'ils n'aient qu'un cœur et « qu'une âme, de même qu'ils n'ont qu'une seule « demeure ; » si cette sainte et catholique parole est manifestement le but, nous pouvons y atteindre, ou tout au moins en approcher autant que l'homme sur terre peut approcher de la perfection. « Si on le « voulait, dit saint Augustin, si on suivait les préce ceptes de Dieu, la république terrestre ferait, par « sa félicité, l'ornement de ce monde présent, et « s'avancerait, en montant ton jours, vers le royaume « de la vie éternelle'. » 1
Voilà le but, l'idéal, le possible. Nous sommes ^ hbres d'y arriver. Mais y arriverons-nous, et par quelle voie, et quel serait, en ce cas, le plan de l'histoire future ? G est la question.
* Cujus praHcpîa de jnstis probis([iie moribiis si simul audircnl
atque curarent et terras vita) prjesentis ornaret sua felicitale
respublica, et vitœ aeternaî culmen beatissime regnatura conscenderet. [De Civit. Dei, lib. ii, p. 72.)
Et quelle question plus grande et plus pressante? C'est l'homme voyageur sur la terre qui se demande : Où est ma route ? Où est « cette voie de « Dieu sur la terre ^ , » qu'il faut connaître, et qui mène au but ?
Vous comprenez que cette question est digne des plus sérieuses méditations d'une vie entière.
LA rHÉOLOGIE.
Je ne vous dirai rien ici de la philosophie, puisque cet ouvrage tout entier vous en parle. Passons donc à la théologie.
On disait autrefois que la théologie est la reine des sciences, que la philosophie est sa servante.
Voici, je crois, la vérité sur ce sujet. Il y a, dit Pascal, trois mondes : le monde des corps, le monde des esprits , et un troisième monde qui est Dieu , qui est surnaturel et infini, relativement aux deux premiers. Or, la philosophie est du second monde,
* Ut cognoscamus in terra viam tuam<»
liOU LES SOURCES.
elle doit régner sur le premier, et elle doit se soumettre au troisième, non pour s'anéantir, mais pour monter plus haut.
En d'autres termes, la philosophie est la science propre que développe en lui et que possède l'esprit humain ; c'est l'esprit humain développé. L'esprit humain développé doit pénétrer le monde des corps et en coiuiaitre les lois *, mais l'esprit humain développé doit se soumettre à Dieu, non plus seulement de cette soumission nécessaire à son développement propre, mais de cette autre soumission plus profonde qui développe en lui Dieu même : qui, outre ce développement venant de la propre racine et de la propre substance de l'homme , lui donne cet autre développement qui vient de Dieu, dont Dieu est la racine et la substance.
Or, l'esprit humain est capable du développement qui vient de Dieu, comme un arbre est capable de greffe
Et ])eut porter des fruits ([iii ne sont pas les siens.
Ces fruits nouveaux détruisent-ils le vieil arbre? Ils r honorent el le glorifient. Lui enlèvent-ils sa sève ? Non ; mais ils donnent à cette sève, qui demeurait stérile, un cours glorieux. C'est anisi que
la science divine ne détruit pas la science humaine, mais Tillumine.
Or, la théologie, c'est la philosophie greffée. Et cette greffe, c'est l'esprit de Dieu même, enté sur l'esprit humain. Et cette donnée nouvelle est et doit être surnaturelle, c'est-à-dire d'une autre nature que l'esprit humain même, infinie en présence de lui qui est fini, quoique indéfiniment développable.
Je n'explique pas ici le mystère de la greffe, ni pour le monde des corps^ ni pour le monde des esprits. Je n'entends pas, du reste, prouver ici ces assertions. Je veux seulement vous donner des conseils pour l'étude delà théologie, et vous y exhorter.
Remarquez d'abord que la théologie catholique, indépendamment de tout ce qu'enseigne la foi chrétienne, est manifestement, et ne peut pas ne pas être le plus grand monument, sans nulle comparaison, qu'ait élevé l'esprit humain. Je dis qu'outre la lumière divuie, surnaturelle, dont, selon nous, la théologie catholique est remplie , cette théologie est et ne peut pas ne pas être le plus immense faisceau de lumière humaine que les hommes aient jamais formé.
Voyez le fait. Quels sont les grands théologiens ? — Je ne parle pas de saint Paul. — Nos deux plus
grands théologiens sont saint Augustin et saint Thomas d'Aquin. Le troisième est très -difficile à nommer. Il y en a vingt, vraiment grands et profonds, et dont le plus glorieux n'est pas, comme théologien, le plus grand. Mais enfin, pour les hommes de lettres, mettons Bossuet. Voici donc saint Augustin, saint Thomas et Bossuet. Or, je vous prie, ne voyez-vous pas que saint Augustin renferme tout Platon, mais Platon précisé, et encore agrandi ? Me direz-vous que saint Thomas d'Aquin ne contient pas en lui tout Aristote, mais Aristote élevé de terre, lumineux et non plus ténébreux ? Me direzvous que Leibniz n'est pas d'accord avec Bossuet? Prétendrez-vous que Descartes tout entier n'a pas nourri Bossuet, et n'ait passé dans son génie ? Voici donc , dans nos trois grands théologiens , un faisceau composé des principaux génies du premier ordre. Citez un homme vraiment considérable qui pense dans un autre sens, et qui ait une autre lumière , un autre soleil de vérité que cette société de génies !
L'autorité d\in homme du premier ordre est grande assurément. Mais qu'est-ce que l'autorité de plusieurs hommes de premier ordre, je dis plus, l'autorité de tous les hommes de premier ordre, parlant à l'unisson ? Or, saint Augustin, saint Tho-
LES SOUKCES. -^07
mas d'Aqiiin et Bossuet parlent à l'unisson ; ceux qu'ils impliquent en eux parlent de même ; tout ce qui, dans Platon, dans Aristote, dans Leibniz et Descartes, n'entre pas dans cet unisson que forment les trois autres, qui sont théologiens, tient de l'erreur, de l'accident, et nje saurait compter. Ce sont des fautes, comme les plus grands hommes en commettent.
Mais est-ce là toute l'autorité humaine de la théologie? Je n'en ai dit que la moindi'e partie. La théologie, toujours considérée seulement dans son côté humain, est la seule science, ceci est capital, que le genre humain ait travaillée en commun. Tout ce que le père des hommes, sorti des mains de Dieu, et ses premiers enfants, ont livré à la mémoire du genre humain et à la tradition universelle ; tout ce que les prophètes et les vrais fils de Dieu, dans tous les temps, ont pu voir, et recevoir de Dieu; tout ce que les apôtres du Christ , les martyrs et les Pères ont compris ; tout ce que les méditations des solitaires , qui n'aimèrent que la vérité, ont mystérieusement excité dans l'esprit humain ; tout ce que les grands ordres religieux, travaillant en commun, comparant, débattant sans cesse leurs travaux, ont développé et précisé ; tout ce que les conciles généraux , les premières assemblées univer-
^08 LKS SOURCES.
selles qu'ait vues le monde, ont cléflni ; tout ce que les erreurs mises à jour, reconnues et jugées à leurs fruits, clans l'importante histoire des sectes, nous ont Ole d'incertitudes; tout ce que les saints et les saintes, ces sources vives de pure lumière, ont inspiré, sans écrire ni parler: tout cela mis en lui , voilà la théologie catholique. Vous le comprenez maintenant, c'est la seule science que l'esprit humain ait enfanté d'ensemble. Les grandes œuvres philosophiques sont des œuvres de grandeur isolée ; l'œuvre théologique est un mouvement de totalité du vaste cœur et de l'immense esprit humain. De plus, s'il est vrai, comme on n'en peut douter, que là où les esprits s'unissent, là se trouve Dieu, il s'ensuit que la théologie catholique est l'œuvre universelle et la voix unanime des hommes qui ont été unis entre eux et avec Dièu. C'est pourquoi je répète, parce que je l'ai prouvé, que la théologie catholique est et ne peut pas être autre chose que le plus grand monument qu'ait élevé l'esprit humain^ et le plus gi'and faisceau de lumière qu'il y ait en ce monde.
Et maintenant, comment exphquez-vous qu'un 'lomme qui cherche la vérité ne fasse ])as sa première étude de cette science-là ?
Yoilà pourquoi, si vous avez compris ce qui pré-
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cède, et si vous voulez travailler à relever l'esprit humain vers la lumière, vous étudierez la théologie catholique, toujours.
Voici comment vous procéderez.
Vous commencerez par apprendre par cœur, et mot pour mot, le Tout, comme l'enfant apprend ses prières.
Ce monument incomparable de la théologie a un plan simple et facile à connaître; cet immense faisceau de lumière se réduit à un petit nombre de vérités, peut-être à trois et à une; mais, sans remonter si haut vers l'unité divine de cette lumière, il se trouve que toute la théologie catholique est formulée en un petit nombre de propositions dogmatiques qu'on nomme articles de foi, auxquelles les théologiens en ajoutent d'auti'es qui, sans être articles de foi, sont tenues pour certaines, comme dérivant rigoureusement des articles de foi.
Toutes ces propositions peuvent être, et, de fait, ont été imprimées en huit pages.
Je demande comment il se fait que tout homme instruit ne les sache pas par cœur littéralement \
' Nous avons réuni ces textes ou du moins les propositions de foi, en latin et en français , à la tin de notre Traité de la Connaissance de Dieu.
Si vous êtes chrétiens, voilà le détail de votre foi ; si vous n'êtes pas chrétiens, voilà cette grande croyance chrétienne, la seule qui ait chance d'être vraie, et qu'il vous faut connaître, pour savoir si vous y viendrez. Si vous êtes ennemi, décidé à combattre le christianisme, prenez la peine de le connaître, du moins dans son énoncé. Vos coups porteront moins à faux.
Vous prendrez donc une Théologie élémentaire quelconque, vulgaire, enseignée dans les séminaires. Je vous recommande celle de Perrone, qui est récente, très-répandue, qui vient de Rome. Vous ouvrirez la table des matières, qui a été imprimée en huit pages, et qui n'est autre chose que la suite des théorèmes théologiques, articles de foi ou autres. Vous apprendrez par cœur ces théorèmes, et vous connaîtrez l'énoncé complet , authentique , officiel du dogme catholique.
De plus, vous aurez sous la main un Bossuet, lui Thomassin, lui saint Thomas d'Aquin et un saint Augustin. Et en outre, le Dictionnaire théiologique de Bergier, en un volume.
V^ous vous attacherez à saint Thomas d'Aquin avant tout autre. Vous n'oublierez pas qu au dernier concile général, à Trente, il y avait sur le bureau de l'assemblée, à droite du crucifix, la Bible,
LES SOURCES. iill
à gauche, la Somme de saint Thomas d'Aqiiin.
Quant à la Bible, il est bien entendu que vous la lirez chaque jour ; que vous lirez et pratiquerez l'Évangile, source vive et principale de toute lumière.
Mais, pour revenir à saint Thomas d'Aquin, c'est véritablement l'ange de l'école, et le prince des théologiens. Egal, au moins, à Aristote comme métaphysicien et logicien ; nullement contraire à Platon, ce qui serait un défaut capital; plein de saint Augustin, et impliquant, dès lors, ce que Platon a dit de vrai : du reste, n'ayant pas tant les idées même que les forces de ces génies , saint Thomas d'Aquin donc, dans sa Somme, saisit, résume, pénètre, ordonne, compare, explique, prouve et défend, par la raison, par la tradition, par toute la science possible, acquise ou devinée, les articles de la foi catholique dans leurs derniers détails, avec luie précision, une lumière, un bonheur, une force, qui poussent sur presque toute question le vrai jusqu'au sublime. Oui, on sent presque partout, si je puis m 'exprimer ainsi, le germe du sublime frémir sous ces brèves et puissantes formules, où le génie, inspiré de Dieu, fixe la vérité.
Sauit Thomas d'Aquin est inconnu de nous, parce qu'il est trop grand. Son livre, comme l'eût dit Ho-
mère, est un de ces quartiers de roc que dix hommes de nos jours ne pourraient soulever. Comment notre esprit, habitué aux délayures du style contemporain, se ferait-il à la densité métallique du style de saint Thomas d'x\quin ?
L'ignorance même de la langue, de la typographie et de la forme extérieure dans la distribution des matières, nous arrête au seuil de la Somme de saint Thomas d'Aquin. Je sais un homme instruit, très-occupé de philosophie et de théologie, qui, ayant ouvert un jour la Somme de saint Thomas d'Aquin, ne tarda pas à refermer le livre avec dégoût. Et pourquoi '} Parce qu'il avait pris pour l'énoncé des thèses de saint Thomas d'Aquin l'énoncé des erreurs qu'il réfute. Cet homme vécut un an sur ce préjugé.
Lisez V Index tertius de la Somme, pour connaître d'un coup d'œil les énoncés de saint Thomas d'Aquin sur chaque question. Il faut consulter cet Index sur toute question. Il en faut retenir, mot pour mot, beaucoup de formules.
Pour ce qui est de Thomassm , c'est un génie tout différent ; génie aussi, non du même ordre, et non moins inconnu. Thomassin, contemporain de Bossuet, a écrit en latin ses Dogmes t/iéologiquesy qu'on pourrait appeler Medulla Patium, Le tiers
LES SOURCES. /il 3
au moins de ces trois in-folios ne consiste qu'en citation des Pères , grecs et latins , souvent aussi des philosophes, le tout lié et cimenté par le génie qui pénètre et possède ce qu'il prend, agrandit ce qu'il touche, multiplie la valeur de ce qu'il emprunte, en groupant sous une lumière unique les précieuses parcelles qu'il recueille : tout cela dans un latin plein de verve, d'originalité, d'exubérante richesse.
Je n'ai rien à dire de Bossuet lu de saint Augustin. Pratiquez beaucoup la table des matières du second, merveilleux travail des bénédictins.
Quant àBergier, c'est un Dictionnaire convenable, judicieux, ne manquant pas d'autorité.
Enfin ces livres seuls ne suffisent pas : il vous faut lui enseignement théologique oral , par un théologien de profession , enseignant dans les séminaires. Rien ne supplée à l'enseignement oral de la théologie. Dix années d'études solitaires vous laisseraient des traces notables d'ignorance.
(3r, je crois pouvoir vous assurer que quand vous aurez commencé à comprendre la théologie catholique, vous serez profondément étonné de l'ignorance et de l'avenglement de notre siècle à l'égard de ce foyer de lumière , auquel aucune
autre lumière dans le monde ne saurait être comparée. Il vous semblera que depuis cent cinquante ans l'Europe est dans une nuit polaire, et que le soleil des esprits est caché derrière notre horizon trop détourné de Dieu, et derrière les sommets i^lacés de nos sciences froides.
Vous comprendrez que l'alliance dont on parle entre la philosophie et la théologie, alliance que les philosophes purs ne comprennent pas et ne peuvent pas exécuter , par cela même qu'ils ne sont que purs philosophes , est singulièrement avancée du côté des théologiens, je dis des grands théologiens, qui, étant à la fois théologiens et philosophes, philosophes toujours plus complets, plus exacts, plus profonds, plus élevés que les philosophes purs, ont mission et capacité pour entreprendre et conclure l'alliance.
Vous verrez aussi que la théologie catholique, inspirée par le Christ, qui est Dieu, implique réellement toutes les sciences. Ce n'est pas nous qui les en déduirons, je le sais, et je sais que la prétention de tout déduire du dogme a été une source d'erreur. Mais à mesure que les sciences se forment par leur propre méthode et leurs propres principes, ce sont des concordances et des consonnances merveilleuses avec la science de Dieu. Vous
comprendrez que, comme le dit Pascal ', « la reli- « gion doit être tellement l'objet et le centre où « toutes choses tendent, que qui en saura les prince cipes puisse rendre raison, et de toute la nature « de l'homme en particulier, et de toute la con- (c duite (kl monde en général. »
Vous verre/, peut-être aussi que, par le fait, la théologie catholique a directement inspiré tout le grand mouvement scientifique moderne, créé par le xvn*" siècle. Vous partagerez ma surprise et ma joie quand vous verrez se vérifier historiquement ce qui, à priori, doit être, savoir : que les saints produisent, ou sont eux-mêmes, les grands théologiens mystiques ; que les grands théologiens mystiques produisent les dogmatiques profonds et les vrais philosophes ; que tous ensemble produisent les savants créateiu's, même en physique et en mathématiques ; comme, par exemple, lorsqu'on voit les grands saints et théologiens mystiques du commencement du xvu'' siècle creuser plus profondément que jamais le mystère du rapport de Dieu à l'homme, le livrer à la pensée philosophique sous la forme de rapport métaphysiqne du fini à l'infini ; faire poindre dans une foule d'écrits ascé-
* Pensées, t. i, p. 216. ((Euvres complètes.)
tiques de surprenantes formules sur l'infini, le fini, le néant ' ; susciter chez Kepler, chez Pascal % et hien d'autres, les principes implicites, souvent même assez explicites, du calcul infinitésimal; inspirer enfin à Leibniz son livre de Scientia infiniti, dont le calcul infinitésimal, qui est le levier universel des sciences, est un chapitre; cliapitre qui, ramené et comparé à la philosophie dont il vient, achèvera d'organiser cette reine des sciences.
XYIII.
Concluons tout ce livre.
Ce livre ne s'adresse qu'aux rares esprits qui aiment et cherchent la sagesse, et aux courages qui sacrifient tout à la justice et à la vérité.
Etablir du silence dans son âme pour écouter en soi Dieu qui parle dans tous les hommes, surtout en ceux qui aiment la vérité ; se dégager de ses passions, et se tenir au-dessus de son siècle })our être plus près de Dieu et du cœin^ de l'humanité; fuir la méditation oisive et l'illusion des contem-
' Par exemple, les écrits de Olier; la vie du P. deCondren, par le P. Amelole. — - Pascal. Pensées : V'^ partie, article ii.
LBS SOURCES. Uil
plations paresseuses, en fixant par la plume les vérités qui se déploient dans l'âme, sous le souffle de Dieu, quand elle est pure et en repos; discipliner son corps, le pénétrer, le rapporter, comme un instrument, à son esprit et à son âme, poia^ que l'homme tout entier soit uni dans son œuvre ; consacrer à la vérité tout son temps, aussi bien que l'homme tout entier, âme et corps; consacrer la journée entière, et ne pas mépriser la nuit même ni le sommeil. Consacrer le sommeil en consacrant le soir; préparer au sommeil sa tâche, et le faire travailler; fuir la dissipation qui interrompt l'esprit et qui l'éteint, pour trouver le repos qui le recueille et le féconde; pratiquer, dans la continuité de l'adoration intérieure^ ce que pratiquent les germes, qui croissent et qui grandissent, soit que l'on veille ou que l'on dorme; parvenir à la vraie prière, où la voix infaillible de Dieu se fait entendre, où le contact de Dieu nous est donné, et où s'accomplit le mystère du rapport substantiel et vivant de l'âme à Dieu; puiser dans cette union à Dieu l'inspiration réelle, c'est-à-dire la résolution de devenir un ouvrier dans la moisson de Dieu ; recevoir dans cette inspiration et cette résolution la connaissance des plaies de son âme et des souffrances du monde, la compassion pour