‹ LogiqueChapitre 14 sur 89 · Et d'abord, les deux espèces irréductibles de jugements · texte numérisé non relu

Et d'abord, les deux espèces irréductibles de jugements

10. Puis, les deux procédés irréductibles du raisonnement, ou, si l'on veut, les deux procédés scientifiques1.

11. L'un commence, et trouve ce qu'on n'a pas; l'autre suit et développe ce qu'on a. L'un va par transcendance,

1 Voyez notre Connaissance de Vdme, t. i, p. 289. l/^ez tout le n° iv.

xcu INTRODUCTION.

l'autre va par identité, On les nomme d'ordinaire induefi on, déduction.

1 2. Les deux ensemble construisent la science, en cherchant à Lout ramener à l'unité. L'un rapproche les notions réductibles à ['identité ; l'autre compare, rapproche par voie de transcendance les notions non réductibles à l'identité l.

13. D'un autre point de vue, l'un s'élève aux principes, l'autre déduit les conséquences.

\h. Mais de quels principes s'agit-il ? Il s'agit des principes spéciaux des sciences diverses, et non pas des axiomes régulateurs du mouvement, lesquels sont donnés d'avance, et d'ailleurs ne sont pas des principes, mais des règles. Il ne s'agit pas non plus des principes premiers et nécessaires, qui sont l'idée d'être, et l'idée de cause, lesquelles sont déjà possédées, sont innées, et sont la dot de la raison.

15. Mais pourtant ces principes premiers et nécessaires eux-mêmes, comment sont-ils donnés? Les possédonsnous clairement? Sont-ils donnés sous forme de majeures explicites? En aucune sorte 2. Ils sont donnés implicitement, obscurément, sous forme de sentiment, de besoin intellectuel, de tendance rationnelle. Ils constituent, à cet étal, non des principes de déduction, mais bien plutôt des forces. Ils sont le ressort de la raison, lorsqu'elle veut

1 Par exemple, en géométrie, on rapproche, on compare les grandeurs incommensurables. Le rayon et la circonférence du cercle sont incommensurables, absolument irréductibles à l'identité. Pourtant on les compare, et l'on trouve que ces deux grandeurs sont proportionnelles.

2 Relisez la fin des analytiques d'Aristote, ou, si l'on veut, l'analyse que nous donnons dans cette logique, t. u, p. 20.

INTRODUCTION, xcnî

s'élancer à l'idée dont elle a le pressentiment, à la lumière qu'elle cherche et entrevoit *.

1 Je trouve, sur la valeur du sentiment dans la science, et sur d'autres points relatifs à l'induction, plusieurs vues excellentes et qui s'accordent parfaitement avec les nôtres, dans les Essais de logique de M. Waddington. Et d'abord, au sujet du sentiment : « Comment admettre, dit l'au- « teur, que le cœur nous trompe toujours, et comment ne pas voir qu'il « inspire et soutient l'intelligence dans la recherche de la vérité ? Puis- « qu'on a si souvent mis en lumière les mauvais effets du sentiment dans la « science, qu'il me soit permis de plaider un instant sa cause et de signaler « quelques-uns des services qu'il rend à l'esprit (p. 230). » J'adhère pleinement au solide, aimable et ingénieux plaidoyer que commence cet exorde. J'y vois avec bonheur l'induction comparée à la poésie, à l'imagination « qui résulte aussi de l'union du sentiment et de la pensée. » J'approuve la description de « ce sentiment inductif (p. 235), cet instinct « propre à la nature humaine qui nous fait aspirer au nécessaire » et qui est le ressort de l'induction. J'adhère enfin à cette conclusion : « l'évi- >< dence que procure naturellement l'induction, c'est une anticipation que « n'explique point la pensée toute seule, mais qui contient un élément « irrationnel, à savoir, le sentiment invincible et triomphant de l'ordre « (p. 23G)... 11 y a, dans ce procédé, une sorte de divination plus ou moins « rapide qui lui donne un caractère intuitif et le distingue par cela « même du syllogisme (p. 237). Cependant l'induction n'est pas là tout « entière; si elle emprunte au sentiment sa puissance et ce charme ma- « gique qui lui a fait donner son nom (Éfrorç«*p^ iUicium magicum), « elle contient aussi des éléments intellectuels qu'il est possible de déga- « ger et de régler de manière à en faire sortir une méthode (p. 238). « Le « procédé qui représente par-dessus tous les autres la puissance d'inven- « tion de l'esprit humain et qui a fait dire à Platon que notre âme a des « ailes (p. 250), l'induction véritable, celle qui fait des découvertes, est « un procédé qui affirme quelque chose de nouveau, qui ne va pas du « même au même, mais du moins au plus (p. 257). » L'auteur rejette « ce principe inadmissible que le raisonnement déductif est le seul ins- « trument de la science, et qu'en dehors du syllogisme, il n'y a ni certH « tilude, ni vérité, ni affirmation légitime (p. 259). » L'auteur admet et met en lumière ce que nous avons longuement développé dans notre Connaissance de Dieu et dans notre Logique, que le propre moyen de

Page 1