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INTRODUCTION
ligion? Que peut l'apostolat chrétien, par quel moyen ranimer la foi dans les âmes? La foi — telle est sa définition dogmatique — la foi est un assentiment libre, d'intelligence et de volonté, aux vérités que Dieu révèle. Mais où prendre un assentiment libre de la raison là où manque la
(reprise qu'on fait tic le défendre. Pour cela, nous supplions tous nos lecteurs de lire ee livre, de l'avoir en leur possession, comme document profondément utile à consulter. Ils y verront quelle est la science et quelle est la logique par laquelle aujourd'hui les sophistes renversent le christianisme et les hases de la religion naturelle. Qu'ils lisent l'Histoire critique de rr'cole d'Alexandrie, par M. Vacherot, et qu'ils lisent en même temps la critique que nous en avons faite : Une étude sur la sophistique contemporaine. Si les trois volumes de l'école d'Alexandrie sont difficiles à lire, qu'où en lise quelque chose du moins, les chapitres indiqués par nous : qu'on lise le court volume où nous les critiquons ; que l'on vérifie sur le texte nos citations et nos critiques ; que l'on médite alors attentivement la réponse de M. Vacherot, reproduite en entier dans notre volume, et puis qu'on étudie aussi notre réplique. On verra dans M. Vacherot un homme sincère, sérieux et laborieux, avant du cœur et des pensées élevées, respectueux pour l'idée chrétienne, comme fruit humain, mais animé d'une profonde conviction contre Dieu et contre la divinité du christianisme. Dieu, selon lui, c'est l'idéal abstrait et infini, qui n'existe pas, qui n'a ni vie, ni intelligence, ni conscience, ni liberté, en un mot, qui n'a point l'existence, mais qui, en perdant toutes ses perfections abstraites, se réalise, en partie, d'une manière finie, et peu à peu, dans l'homme. Voilà bien l'athéisme. Et quant au christianisme, c'est un fruit de la philosophie alexandrine, élaboré peu à peu, et formulé enfin au concile de Nicée, au grand étonnement du monde. Or, comme ces thèses sur le christianisme et sur Dieu cherchent aujourd'hui à se répandre parmi ceux qui ne savent pas et ne s'informent pas, je demande à tous ceux qui aiment la vérité de s'informer et d'étudier, je demande surtout aux professeurs de pbilosopbie de faire faire sous leurs yeux cette étude à leurs élèves, avant de les livrer au scandale de la demi-science, au chaos de doctrines qu'ils vont rencontrer dans le monde. Mais, je demande instamment une étude et non pas une lecture. La lecture, en ces choses, n'offre que des dangers ; mais l'étude attentive, précise, réfléchie, rend les esprits, si je ne me
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raison, par conséquent aussi la liberté? Puis, comment prémunir contre l'erreur les esprits ainsi désemparés? Où est l'obstacle au règne de l'absurde ? Des livres fondés sur le mensonge sciemment pratiqué, sur l'erreur transparente comme l'eau, sur l'assertion forluile et arbitraire,
trompe fort, invulnérables au danger. Quand ils auront, bien vu et bien vérifié par eux-mêmes quel tissu d'erreurs matérielles, de contre-sens pareils à ceux qui font punir les écoliers, de soplusmes, d'anachronisines, de fautes d'histoire énormes et inconcevables, on accumule pour expliquer la formation humaine, philosophique et successive des dogmes fondamentaux du christianisme; quand ils verront que, pour nier Dieu, il faut recourir à l'identité des contradictoires, à l'abolition de la logique, à ce principe de Hégel que « ce qui est n'est pas et que ce qui n'est pas est, » alors, dis-je , ils seront prémunis pour toujours contre ce que l'on appelle trop souvent la science allemande. Ils ne croiront plus jamais au renversement du christianisme ni de Dieu, à moins de voir, par leurs propres yeux, les bonnes raisons de ce renversement. Alors aussi ils apprendront à se défier beaucoup de la compétence et de l'exactitude des penseurs vagues et indifférents pour qui un livre sophistique et tout criblé d'erreurs, comme Y Histoire de l'école d'Alexandrie, « est une œuvre de haute et large cri- « tique, vainement signalée aux anathèmes de l'orthodoxie. » Et pour connaître, de plus près encore, la manière des penseurs séparés, on pourrait, avec beaucoup de fruit, non pas lire (ce qui ne mène à rien), mais étudier la polémique de M. Saisset contre nous (Revue des deux mondes de septembre 1855). Ce travail de comparaison entre notre Réponse, que nous donnons dans cet ouvrage, et la critique de M. Saisset, aidera beau coup à juger la philosophie séparée, comme le travail sur l'Histoire critique de l'école d'Alexandrie aide à juger la sophistique. On connaîtra ainsi la valeur des deux groupes qui se tiennent en dehors de la philosophie entière et véritable.
Mais l'incomparable utilité de ce double travail sera celle-ci : on saura pour toujours qu'en ces choses la lecture n'est rien, que le travail est tout ; que les philosophes séparés peuvent produire des œuvres spécieuses dont le fond est absolument nul; que la simple lecture laisse subsister ces apparences; que le travail les anéantit; que les sophistes et les ennemis du christianisme font apparaître, au nom de la science, des fantômes (pie la
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sur l'érection perpétuelle de l'exception en règle générale, sur la recherche expresse de l'évidence pour la nier et du Taux manifeste pour l'affirmer, sur l'absurde posé en principe, sur la contradiction adoptée comme méthode, ces livres, dis-je, trouvent des lecteurs et des admirateurs. Je ne vois qu'un remède à ces maux: travailler au rétablissement de la logique et de la raison.
Oui, l'un des plus grands devoirs de ceux qui ont quelque influence sur la marche du monde me paraît être de travailler à la restauration européenne des fortes études philosophiques, et à la destruction des obstacles qu'apportent au développement de la raison la logique vague, tronquée, mutilée ou perverse qui étouffe et perd les esprits.
Mais ce ne sont pas les institutions qui rétabliront la logique. Ce sont d'abord les convictions et les espérances générales que donne l'amour de la vérité : et puis les convictions particulières sur la valeur et l'efficacité des procédés de la raison , et sur la possibilité d'un progrès pratique dans l'art d'aller au vrai.
lecture laisse circuler comme vainqueurs de Dieu et du Christ, mais qui s'évanouissent dès que l'étude et l'œil de la raison leur demandent compte de leur substance. Encore une fois, je vous en prie, vérifiez ces assertions sur l'Histoire critique de l'école d'Alexandrie, et sur la polémique de M. Saisset contre nous.
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Pour nous , nous déclarons avoir ces convictions et ces espérances. Nous cherchons à les propager par nos écrits, et il nous semble que, si l'on comprenait, comme nous, la puissance de la raison bien conduite, et la portée de ce que nous nommons le procédé principal de la vie raisonnable, il nous semble que plus d'une intelligence découragée reprendrait goût et confiance au travail.
Nous croyons que les prodigieuses espérances de Bacon sur la portée de l'induction, sur la révolution philosophique que doit produire ta véritable théorie de ce procédé principal de l'esprit, sont un pressentiment du vrai. Ce fut le mérite de Bacon. C'est ce qui fait, aujourd'hui encore, la vie de ses écrits.
Nous croyons même qu'il y a quelque vérité dans l'enthousiasme de cet admirateur de l'induction , le docteur Beid, qui s'écrie : « Ici commence la seconde grande ère « des progrès de la raison humaine *. »
Nous partageons en outre cette conviction « que la « vraie théorie de l'induction est le lien entre la philoso- « phie et les sciences , le nœud dans lequel l'expérience (c et la spéculation doivent s'unir. » Il nous semble probable que celte conciliation se fera par la France. Nous même , nous travaillons depuis trente ans à ce rapprochement. D'autres plus forts et plus heureux, y contribueront davantage. Mais on nous permettra de dire que, déjà, dans notre Connaissance de Dieu, nous avons indiqué la voie par laquelle se fera cette conciliation, et par où se précisera et se terminera la véritable théorie du procédé fon-
1 Dr Reid, Analysis of Aristotes Logik, p. 140.
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dameiital de la raison, Cette théorie, comme on L'a dit avec une parfaite vérité, depuis que nous l'avons montré nousmt'ino , ne pouvait être achevée dans le détail qu'après l'application effective du procédé aux sciences exactes, après les travaux scienlitiques modernes, ceux de Kepler, ceux de Leibniz et de Newton. C'est à propos de ce grand progrès de la logique générale que Leibniz dit : « Sans le « secours de la partie intime des mathématiques ce progrès
« élail impossible L'analyse mathématique infmilési-
« maie tient à la source philosophique la plus profonde et « donne à la philosophie autant de lumière qu'elle en rc- « çoit. )> Avant de connaître ces lextesnous avions retrouvé cette vérité, et nous l'avons expliquée en détail soit dans cette Logique, «oit dans la Connaissance de Dieu, soit dans la Connaissance de l'âme.
Dès le début, dans notre Connaissance de Dieu, nous avons résumé notre pensée sur la portée de ce progrès en quelques lignes reproduites ci-dessus1.
Or, nous avons plus que jamais ces convictions et ces espérances, et nous cherchons à les répandre et à les justifier. Toute cette Logique est un effort dans ce sens.
Et pour rendre attentifs à cet effort les esprits qui pensent par eux-mêmes, pour leur faire partager l'espérance d'un grand progrès philosophique, nous les prions de considérer ce qui suit.
1 Préface, p. xi.
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