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celui qui ne déduit pas par voie d'identité, mais s'élance et procède par voie de transcendance. Or, cet universel procédé de transcendance est celui-là même d'où dépendent tous ces jugements essentiels, fondamentaux, que pose le sens commun comme par instinct ; qui sont le fond nécessaire de la vie intellectuelle et morale , et qui renferment tout ce que la théologie nomme les dogmes delà religion naturelle. Il y avait donc en effet, dans la théorie que nous avons essayé d'éclaircir par la comparaison de la logique, de la métaphysique, de la géométrie et de la vraie science naturelle, il y avait « ce nœud philosophique, » dont parle M. Apelt, où se peuvent rencontrer les deux Écoles spéculative et empirique, et les sciences naturelles et la métaphysique. Là se trouve rail donc ce centre dont nous parlions nous-même dans le livre de la Connaissance de Dieu, lorsque nous espérions aussi contribuer « à mettre en une plus vive « lumière ce point central de la philosophie où ahou- « tissent tous ses rayons. »
Et maintenant que nous ne sommes plus seul à soutenir que la vraie et précise théorie du principal des deux procédés de la raison se trouve comme exposée aux yeux dans l'essence même du calcul infinitésimal, nous affirmons, avec une conviction croissante, que cette remarque est d'une importance capitale en lo-
gique. Nous l'affirmons, non en ce sens absurde que ce rapprochement nous révélerait un nouveau procédé de l'esprit, un Novum Organum, mais en ce sens qu'il nous dévoile, dans la merveilleuse découverte géométrique dont la nature logique n'avait jamais été comprise (si ce n'est par Leibniz, Wallis et Newton), l'application, sous forme précise et claire, de l'antique, nécessaire et universel procédé de la raison, dans ses élans et ses mouvements instinctifs. Nous disons que ce rapprochement met en lumière le point le plus important peut-être de la théorie générale de la raison. Une multitude de difficultés , dont abusaient et abusent encore et les sceptiques et les sophistes , y trouvent leur solution. La logique du sens commun , une fois de plus, est scientifiquement justifiée. En elle-même, sans doute, elle n'avait pas besoin de l'être. Il est bon cependant qu'elle le soit en face du scepticisme et du rationalisme. Aussi ne saurions-nous trop engager les penseurs sérieux à étudier celte théorie, en comparant à notre Logique les nouveaux textes de Leibniz , l'introduction du savant éditeur, et le livre de M. Apelt. Ceux qui sauront creuser ce point ne perdront pas leur peine.
Quant à nous, nous serions bien heureux s'il nous était donné de montrer aux esprits qui combattent notre foi au nom de la raison, que, selons nous, la
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force et la portée de la raison sont plus grandes qu'eux-mêmes ne pensaient. Ils comprendraient peutêtre alors qu'après le mal moral, l'obstacle principal à la foi se trouve dans les fausses habitudes logiques qui régnent parmi nous, et qui, mutilant la raison dans la meilleure partie d'elle-même, renversent, en même temps, l'indispensable appui du christianisme, les dogmes de la foi naturelle. Oui, dans nos luttes contre l'esprit d'incrédulité , nous trouvons d'ordinaire devant nous, comme barrières, les lacunes intellectuelles, et les bornes de la raison tronquée. Les passions, sans doute, sont l'obstacle, intime et substantiel , mais l'homme sincère juge les passions , les réprime , les dirige , relève vers Dieu leurs données légitimes, lorsqu'il connaît la vérité. Jésus savait tou cher, délivrer, entraîner à sa suite, les possédés, les Publicains, les femmes de mauvaise vie.. Mais que pouvait sa toute-puissante parole contre les Scribes ? Or, voici qu'aujourd'hui la diffusion plus générale des lettres superficielles et incomplètes popularise l'esprit des Scribes, et multiplie cette forme intellectuelle arrêtée, qui s'enferme en soi, et se défend par la lumière partielle contre la lumière infinie. Quel spectacle que celui d'un pauvre, d'une femme, d'un ignorant à qui les traditions logiques vulgaires imposent cette effroyable forme de l'esprit î Quel speci. b
tacle que celui d'une àme, affamée de croire et de vivre , mais systématiquement organisée pour la défense contre toute lumière du dehors ! Que de fois, regardant une telle âme , nous l'avons vue , bonne en elle-même , mais artificiellement enveloppée contre la vérité dans une forme logique impénétrable ! Au centre nous apercevions un cœur, mais autour était la muraille ! Nous calculions avec effroi l'immense travail qu'il nous faudrait pour détruire , par notre raison, toutes ces défenses ! Et le temps n'y suffisait pas !
C'est alors, si l'on peut, qu'il faut avoir recours à l'électricité du cœur , qui traverse la pierre , et qui touche à distance !
Mais quel bien ce serait si l'on pouvait détruire la logique perverse qui ôte à la raison de tant d'hommes son étendue et sa lumière, et qui étouffe et ensevelit tant de cœurs !
Qu'on nous permette d'ajouter ici quelques erçata raisonnés.
La philosophie est le lieu de l'erreur. Nous l'avouons dans celte Logique même, (.'est en phi'osophie surtout que l'on se trompe, et nous ne nous sentons que hop
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soumis nous-mème, plus que bien d'autres, à eetle dure loi. Aussi nous déférons avec empressement ce nouveau travail au jugement de l'Église et du Saint-Siège, et nous attendons d'ailleurs , avec respect, le jugement de tous les esprits compétents qui voudront bien nous lire et s'occuper de nous. D'ailleurs, nous allons essayer de dissiper quelques obscurités et de prévenir les malentendus.
Et d'abord, nous adressant ici à ceux de nos lecteurs que nous regardons comme des juges, nous leur soumettons ce qui suit :
Il est dit dans l'Évangile : « Vous serez jugés à la même « mesure à laquelle vous aurez jugé les autres. » Or, voici la mesure que nous-mème, lorsqu'il s'agit de philosophie, nous nous efforçons d'appliquer à la parole d'autrui.
Nous mettons à part les sophistes , que nous livrons à toute la rigueur des lois, des lois logiques et des lois morales. Ces méchants du monde intellectuel étant bien écartés, nous regardons les auires, même les incomplets et les chancelants, même ceux qui voient à peine leur route, nous les regardons tous comme des hommes de bonne volonté, et nous disons : « Paix sur la terre de l'intelligence « à tous les hommes de bonne volonté ! »
Les sophistes sont des esprits orientés vers l'erreur. Ce sont des boussoles retournées. Il en existe. Nous n'en parlons que pour montrer en eux la contre-vérité partout présente. Tous les autres, même ceux dont l'orientation vers l'Étoile des intelligences est la plus faible, la plus vague, la plus affolée, nous voulons les aider, les encourager, les pousser dans leur ligne, les expliquer, les compléter, pourvu qu'ils ne soient pas eux-mêmes trop durs et trop
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exclusifs pour autrui, et qu'ils ne prétendent pas avoir tout vu, bien vu.
A cette condition , ou même sans cette condition , nous voulons prendre en bonne part, dans leurs paroles, tout ce qui ne s'y refuse pas absolument. Nous voulons traiter tous nos frères comme les théologiens traitent les Pères de l'Eglise, n'en pressant jamais les paroles pour en faire sortir l'hérésie , mais expliquant au contraire leurs pensées par les saintes intentions qu'on leur sait. Et cette méthode n'est pas seulement la charité, elle est encore la vérité. Plus un homme voit la vérité , plus il sait remonter de la parole, si souvent double ou trop étroite, à la pensée, souvent encore partielle, mais plus large que la parole; de la pensée à l'émotion , souvent meilleure que la pensée ; de l'une et l'autre enfin, au rayon d'éternelle vérité que notre frère, qui pense et parle pour nous le dire, a entrevu ou pressenti.
Eh bien , nous demandons aux hommes plus clairvoyants que nous de nous traiter ainsi.
Et, pour le mieux mériter, nous commençons par rétracter une erreur d'expression , ou même de pensée , que l'on trouvera dans ce volume. Nous avons écrit ces paroles : « Pour nous, nous le croyons, et après avoir étudié toute « la philosophie de part en part , nous l'affirmons. » Cette phrase, prise en elle-même, est d'un ton qui ne nous convient pas; non expliquée, elle ne saurait que nous déplaire profondément. Parfois la plume emporte l'écrivain ; ceux qui écrivent le savent; et c'est ce qui nous est arrivé. Mais voici le sens de la phrase : « Nous avons, appuyé sur notre « foi chrétienne, aidé par des esprits plus forts que nous,
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« saint Augustin et saint Thomas, nous avons traversé, de « part en part, le domaine de la philosophie proprement « dite, de manière à en voir les limites, et l'endroit où « commence l'autre région. » Telle est notre pensée. Mais nous ne croyons nullement avoir creusé jusqu'à leur dernière profondeur toutes les questions philosophiques ; il s'en faut de beaucoup.
Nous nous sommes donc mal exprimé.
Mais, de plus, quand nous écrivions ces paroles, nous avons peut-être cédé aussi à un léger mouvement d'humeur et de fierté. Nous pensions à cette égalité, ou plutôt à cette supériorité philosophique que tout homme, lettré ou illettré, s'arroge toujours à l'égard de tout autre. Parlez de philosophie : chacun à l'instant même, sans attention ni réflexion , vous regarde en passant et vous juge. Or, quand on a consumé sa vie dans l'amour et la recherche de la vé- . rite ; quand on lui a tout sacrifié ; quand on a passé bien des heures, à genoux, aux pieds de la Sagesse, et que l'on a couvert ses pieds divins de larmes et de baisers, on sent d'autant mieux sa faiblesse assurément, mais on voudrait pourtant n'être jugé qu'avec réserve par ceux qui ne sont pas même bien certains que la Sagesse existe, ou qu'Elle soit Dieu.
Au reste, nous effaçons cette mauvaise phrase, et ne la maintenons que dans le sens expliqué ci-dessus. Nous supprimons aussi le mauvais mouvement; d'autant plus que, personnellement, nous n'avons jamais eu qu'à nous louer de l'extrême indulgence que chacun nous a témoignée.
Nous devons prévenir un autre malentendu. Notre premier chapitre est intitulé : « Quelques lacunes de la Lo-
xxil ERRATA.
« gïque. » Ce titre est bon. ïl signifie que nous signalons quelques lacunes, sans prétendre les signaler toutes. Nous prétendons bien moins encore les avoir toutes comblées , même celles que nous signalons. Nous ne l'avons pas même en! repris pour l'une des plus importantes. Il s'agit de la théorie du langage. Nous n'avons pas traité ce beau sujet. Nous avions, sur le langage articulé, un livre entier, déjà écrit, et qui, dans notre plan primitif, formait l'un des sept livres de la Logique. Nous l'avons supprimé, parce que l'un des points fondamentaux de cette grande question nous èst encore obscur i.
Le troisième livre de la Logique, intitulé le Syllogiswe. exige un avis préalable. Le simple lecteur peut passer ce livre. Mais il en faut lire le dernier chapitre, où l'on essaie de donner l'idée philosophique des deux procédés de la raison comparés entre eux.
En méditant ce chapitre , le lecteur voudra bien ne se pas méprendre sur le sens dans lequel nous disons qu'un procédé de la pensée humaine peut avoir son modèle idéal, sou fondement éternel en Dieu. Cette assertion n'est qu'un cas particulier de cette vérité générale, reçue partout en théologie comme en philosophie, savoir : que toute chose a en Dieu son modèle idéal et son fondement éternel. La matière même a son éternelle idée, sa raison d'être en Dieu, et, comme le disent les théo'ogiens, elle est en Dieu éminemment. C'est ainsi que saint Thomas peut dire, sans trace de panthéisme : « Dieu est éminemment toute chose»
1 Aujourd'hui, ce livre sur le langage est imprimé et forme le second livre de la Connaissance de l'âme.