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IDEE DU SYLLOGISME, COMPARE A LA DIALECTIQUE

Arrêtons-nous ici pour essayer d'approfondir ce qui précède, pour contempler le sens de toute cette théorie du syllogisme.

Il est impossible qu'il n'y ait pas un sens profond dans cette forme nécessaire de nos pensées et de nos discours.

Selon nous, le syllogisme répond en effet à une vérité absolue, à une loi éternelle en Dieu. Nous croyons savoir quel est le fondement absolu du syllogisme. Mais il n'est pas facile de l'exprimer de manière à ce que le lecteur voie, dans cette assertion, autre chose que de vaines paroles, et en coin-

prenne par lui-même la vérité. Essayons cependant.

Quel est le principe, ou, si l'on veut, l'essence du syllogisme? Nous l'avons vu, c'est l'union de deux termes dans un troisième, et cette courte formule : Très unum sint, comme nous l'avons montré, renferme toutes les règles du syllogisme. De ce point de vue, le principe ou l'essence du syllogisme est précisément le même cpie le principe du jugement, de la proposition, du moins de la proposition simple, qui n'est autre chose aussi que l'union de deux termes, sujet et attribut, par un troisième, le verbe. Le syllogisme, comme on l'a fort bien dit, n'est qu'un jugement analytique continué, un jugement médiat , au moyen de deux autres jugements mis en un. C'est pour cela que son essence ou sa loi est la même que celle du jugement analytique. L'un et l'autre sont la vue médiate ou immédiate, discursive ou intuitive , de l'identité de deux termes dans un troisième.

Mais qu'est-ce à dire ? Qu'est-ce que l'identité de deux termes? Est-ce l'identité réelle et absolue de deux termes qui ne sont deux qu'en apparence? Est-ce l'identité réelle, mais partielle et relative, de deux termes qui sont un, sous quelques rapports, mais qui sont véritablement deux?

Dans le premier cas, le syllogisme serait le tra-

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vail des esprits dans l'enfance ; il serait ce mouvement de la pensée qui , s'élevant peu à peu des apparences à la réalité, sortant de l'illusion qui lui montrait partout la multiplicité, la différence, parvient, dans son progrès, à la vue de l'unité et de l'identité qui seule serait la vérité.

C'est cela, dira-t-on peut-être ; mais qu'on veuille ne point se hâter.

Voici d'abord ce qu'il y a de vrai dans ce point de vue. Il est certain que nous apercevons d'abord la différence avec excès, et que la pensée dans l'enfant est comme polythéiste. H y a dans l'esprit, tel qu'il est aujourd'hui, un morcellement de la vérité analogue à celui des mondes dans l'espace, et des êtres divers dans chaque monde. Les êtres, nous le voyons , sont séparés par le temps et le lieu. La vérité, nous le voyons aussi, est dispersée dans nos esprits, et il faut du travail, du temps et du mouvement pour en rapprocher les débris. Nous avons dans l'esprit des multitudes de pensées séparées ; et si les corps sont des multitudes , dit Leibniz , les esprits, dans leur primitive ignorance, sont, comme les corps, des multitudes, et peut-être sont des légions, comme s'est nommé l'esprit de ténèbres dans l'Évangile, légions sans discipline, sans unité. Quel est l'homme, quel est le siècle, qui ait

réduit toutes ses pensées à l'unité, je ne dis pas à l'identité, je dis à l'ordre, à l'harmonie, à la hiérarchie, à l'unité de commandement, ou à la pénétration mutuelle de tous les rayons dans un centre? Aujourd'hui, par exemple, nos sciences, et toutes les directions distinctes de la pensée, ne sont-elles pas comme des régions diverses, séparées par de grandes distances et par de grands obstacles, entre lesquels l'homme communique à peine, à ce point que bientôt on pourra dire que l'unité intellectuelle de l'esprit, parmi les hommes, est moindre que l'unité physique du globe. Voilà les différences, les séparations, les distances, les diversités, le morcellement dont il nous faut sortir. Chaque esprit doit travailler à l'unité, comme l'esprit humain tout entier doit tendre à l'unité et travailler à sa centralisation nécessaire, à la communication réciproque des parties dans le tout. C'est en ce sens que Ton a pu dire ce mot spirituel : « Enrichir son intel- « ligence, c'est diminuer le nombre de ses idées. » C'est en ce sens que saint Thomas d'Aquin disait que le progrès de l'esprit consiste à passer peu à peu du mouvement discursif de la pensée au repos de l'intuition simple.

Mais saint Thomas d'Aquin, au même lieu, dans sa recherche sur la contemplation , remarque que

P>f)S IDÉE OU SYLLOGISME ,

ce repos ne sera pas l'immobilité. Il n'y a plus discours , c'est-à-dire départ et retour entre points séparés, niais il v a encore mouvement, mouvement entre choses unies. Pour lui, la contemplation même est un mouvement.

Or, il y a là de fort grandes profondeurs.

Remarquons d'abord que tel n'est pas l'avis du quiétisme, du panthéisme, ni du faux mysticisme, qui vise à l'immobilité. Mais saint Thomas d'Aquin est ici soutenu par Bossuet, qui affirme que cet état suprême où va l'esprit qui vise à l'unité est un état qui, loin d'être l'inaction, nous met tout au contraire tout en action pour Dieu.

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