‹ LogiqueChapitre 66 sur 89 · II · texte numérisé non relu

II

m résumé sun l'wduction

c'est une croyance que Dieu inspire d'abord et que l'esprit accepte par un acle. « Penser, c'est vouloir, « dit encore Royer-Collard. La connaissance est « inséparable de quelque degré d'attention , l'at- « tention de quelque exercice de la volonté (p. 436). « Penser, c'est vouloir : la pensée est active de sa « nature, et c'est pour cela qu'elle est un si noble ce privilège , et qu'elle nous élève au-dessus de la « matière inerte, dont les mouvements ne sont pas « des actions , et qui ne veut rien de ce qu'elle « fait. >> Oui, la pensée est active, et il y a au fond du procédé dialectique intellectuel, non -seulement le sens de l'infini, croyance offerte, mais un acte et un mouvement volontaire vers l'infini, croyance reçue, acte de foi.

Nier cela, c'est nier le résultat le plus solide et le plus positif des travaux de la pensée humaine depuis deux siècles.

Il y a , répétons-le bien , au fond du procédé dialectique , acte fondamental de la vie raisonnable, un acte de volonté, un acte libre, un choix, un acte de foi que l'esprit exécute ou refuse, par suite duquel l'esprit va vers l'être et monte vers l'infini, ou baisse vers le néant, comme l'observe Royer-Collard, comme l'avaient observé Platon, Leibniz, comme le prouve toute l'histoire de la

philosophie, et surtout l'étonnant et lumineux exemple des sophistes contemporains.

IY.

Nous croyons avoir établi que le procédé dialectique est le procédé fondamental et principal de la raison .

Dans le procédé syllogistique, la raison passe, par voie d'identité, d'une vérité à une seconde que la première implique. Le syllogisme développe, mais n'ajoute pas. Le procédé indnctif , au contraire, ajoute des clartés nouvelles aux anciennes; il passe d'une première vérité à une seconde que ne contient pas la première , et qui ne la touche point ; il passe de l'une à l'autre, non plus en marchant pas à pas, mais en franchissant un abîme avec ses ailes, selon le mot platonicien.

On peut dire que ce procédé a trois degrés : la perception , l'induction , le procédé infinitésimal proprement dit, ou la dialectique poussée à bout.

La perception , comme le démontre Royer-Collard, après les Ecossais, et comme on l'admel au-

jourd'hui , implique un acte de foi naturel, supérieur à tout raisonnement, et qu'aucun raisonnement ne peut ni ne doit vouloir remplacer, sous peine de détruire la raison. Cet acte de foi affirme I él re.

L'induction implique un autre acte de foi, la foi aux lois; c'est-à-dire, la foi à l'unité dans la variété, à la stabilité dans le mouvement de la nature.

Mais la perception qui affirme les êtres particuliers; l'induction qui affirme les lois particulières, ne constituent pas le mouvement total de la raison dans cette voie. La raison poussée à bout, développée dans tout son cours, veut aller et arrive jusqu'à l'infini même. C'est exactement ce que dit Newton, à la fin de son livre sur la lumière, en parlant de la philosophie naturelle poussée à bout par Y analyse ou Y induction* . A la vue des êtres particuliers, elle affirme l'Être infini ; et , à la vue des lois particulières ou contingentes, elle affirme les lois éternelles, universelles et nécessaires. C'est le procédé infinitésimal proprement dit. La raison cherche l'infini. Elle part de l'infini, implicite pour elle, qui la touche et l'inspire et dont le sens s'éveille par le témoignage du fini; elle part de cet infini

1 Nous avons cité ce texte tlans la Préface de cette édition.

implicite pour chercher l'infini explicite et lumineux; c'est-à-dire, en termes plus simples et plus incontestables, que Dieu est le principe et la fin de la raison ; que notre raison part de Dieu et cherche Dieu, et que c'est là son but, sa nature et sa loi.

Il est certain, défait, aussi bien que théoriquement, que la raison, par son légitime et fondamental procédé, qui est tout à la fois vulgaire et scientifique, poétique et mathématique, absolument inattaquable pour qui ne nie pas la raison , tend à Dieu et le trouve. Elle trouve, c'est-à-dire elle affirme l'être infini , nécessaire, éternel et immense, absolu et unique, cause première, cause finale des choses.

Mais est-ce là le dernier mouvement de l'âme vers l'infini ? Est-ce là la dernière démarche de la raison ? Est-ce là ce que saint Thomas et saint Augustin appellent la fin dernière de la raison ?

Non, il reste encore une chose sans laquelle tout ce qui précède ne suffit pas à l'homme.

Je vois les vérités mathématiques et autres vérités nécessaires, disait saint Augustin; elles sont éternelles, immuables, invariables, donc en elles-mêmes elles sont en Dieu et elles sont Dieu. Pourquoi donc mon ca-ur ne tressaille-t-il pas? Comment se fait-il que cette vue de Dieu me laisse froid ? vSi je

voyais Dieu même, est-ce que je ne serais pas eni\ ré de cette vue comme par un torrent de délices? Qu'est-ce donc que cette vue froide de Dieu?

C'est ici que nous répondons par la grande doctrine de saint Thomas d'Aquin sur les deux ordres de l'intelligible divin. La fin naturelle de la raison, c'est la vue indirecte, spéculative et abstraite de la vérité qui est Dieu; la fin surnaturelle de la raison consiste dans la vue directe, immédiate de Dieu.

Nous avons déjà développé cette vérité dans notre Traité de la connaissance de Dieu 1 . Mais nous allons la présenter ici sous un autre point de vue. Pour cela, nous essayons de traiter un sujet qui , en Logique, pourra d'abord sembler étrange ; mais il le faut. Car il s'agit ici du point le plus important de la philosophie , et de la destinée intellectuelle de l'homme.

1 2e partie : Des deux degrés de l'intelligible divin.

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