II
Ellipse, close en elle-même, renfermant en elle ses loyers et n'y portant point Dieu, Dieu même conçu par l'intelligence et l'amour. Il faut une surnaturelle transformation , pour que l'ellipse s'ouvre, et prenne la forme d'une fleur ouverte, d'un calice, d'un miroir ardent. Le miroir ardent est nommé par la science miroir parabolique. Et qu'est-ce que la Parabole ? Celte courbe, dont nous avons donné la figure à propos du calcul infinitésimal, qui ressemble en effet à un calice, qu'est-elle aux yeux de la géométrie, sinon une ellipse ouverte et qui a envoyé à l'infini l'un de ses deux foyers? Notre âme ne s'ouvre qu'en sunissantà Dieu, et en fixant sa racine principale dans la vie éternelle, dans l'infini, en Dieu. Elle ne s'ouvre qu'en sortant d'ellemême, comme le dit Eénelon, pour entrer dans l'infini de Dieu. Alors seulement elle reçoit les célestes vertus infuses ; et c'est pourquoi Thomassin dit que les vertus n'appartiennent pas à l'âme renfermée en elle-même, mais à celle qui s'est ouverte, qui s'est élancée hors d'elle-même pour se donner à Dieu \
C'est alors que les vertus intellectuelles aussi bien
1 Virtutes non in se acquiescent! s , sed extra se prosilientis anima? eruptiones sunt.
que les vertus morales, comme s'exprime la théologie, les dons de sagesse, d'intelligence, de science, les fruits du Saint-Esprit, commencent à se verser dans notre âme dès cette vie, et forment dans le calice de l'âme un foyer réel, emprunté an soleil de justice. Et pendant que les vertus divines proprement dites, la foi, l'espérance et la charité, unissent notre âme à la lumière directement et immédiatement, et sont peut-être ce foyer surnaturel de l'âme qui est en Dieu, dans l'infini; en même temps, à partir du foyer qui est à l'infini, par notre foi et notre amour, descendent dans l'autre foyer demeuré sur la terre, qui est notre raison, descendent les vertus et les dons, pour relever notre raison , dit saint Thomas, pour ranimer toutes les forces de l'âme, et les soumettre à cette raison redevenue capable d'inspiration divine, et flexible aux mouvements de Dieu 1 .
1 Ia. q. lxviii, art. vin, corp. Sunt enim quœdam virtutes théologie*, quaedam intellectuales, qiuedam morales. Virtutes quidem theologica} sunt quibus mens humana Deo conjungitur; virtutes autem intellectuales sunt quibus ratio ipsa perficitur ; virtutes autem morales sunt quibus vires appetitivaeperfîciuntur ad obediendum rationi. Dona autem Spiritus Sancti sunt quibus omnes vires animas disponuntur ad hoc quod subdantur molioni divins?.
Mais passons à de plus fortes autorités, à celle de l'Evangile. Ecoutons la doctrine du Maître des hommes.
L'Évangile est encore inconnu ; ses paroles sont des sources insondées, absolument inépuisables, d'étincelante et féconde lumière. Heureux ceux qui, cherchant la sagesse, trouveront leur point d'appui philosophique dans l'Évangile !
Le Sauveur donc nous parle ainsi : « Je vous le ce dis en vérité, celui qui écoute ma parole, et croit « en moi , a la vie éternelle. Comme le Père a la vie « en lui, de même il donne au Fils d'avoir la vie en « lui. — Vous, vous n'avez pas le Verbe de Dieu « fixé en vous, parce que vous ne croyez pas à celui « qui l'envoie. Je le sais, vous n'avez pas en vous « l'amour de Dieu. — Moi, je ne suis pas seul , mais ce mon Père est en moi »
Pour nous, en lisant ces paroles et celles qui les entourent, et l'admirable commentaire qu'en donne l'Église, nous y voyons, nous y sentons les deux
4 Ev. Joann., cap. v et vi.
étals de la lumière dans l'âme. — Car ou l'âme a la vie en elle, ou elle n'a pas la vie en elle. Or la vie, dit le même Evangile de saint Jean, la vie est la lumière des hommes ( vita erat lux hominurri). L'âme n'a pas la lumière en elle, ou elle a en elle cette lumière. Et elle n'a en elle cette lumière, comme l'enseigne notre Sauveur, que par la foi, par la grâce et l'amour. La lumière hors de nous a été décrite ci-dessus. Or voici, ce me semble, d'après l'Évangile, les deux principaux caractères de la lumière en nous. Celle-ci est à la fois ardente et lumineuse, tandis que l'autre , la lumière naturelle, a sans doute aussi sa chaleur, mais comparable à un rayon d'hiver, qui diminue le froid, mais ne donne point l'été. En second lieu, la lumière en nous, substantielle, non plus abstraite, devient comme un autre vivant qui vit en nous; c'est un autre qui demeure en nous, qui ne nous laisse pas seuls , qui parle, qui répond, qui inspire et provoque, et qui agit en nous sans nous. Il nous aide, il nous soutient, il nous guide; il répare le mal , il nous relève, il nous pardonne et il nous aime. Nous sentons que nous ne sommes pas seuls; nous nous sentons aimés, guidés, soutenus, portés par un plus sage, par un plus fort, par un plus grand que nous. Rappelez-vous , si vous avez
passé par cette désolation , ou si vous y vivez encore, rappelez-vous l'état d'une âme qui sent certainement qu'elle est seule, qui, après avoir porté quelqu'un en soi par l'amour, s'aperçoit après la rupture qu'elle est seule. Cette âme dans sa pure jeunesse avait, par la foi et l'amour, porté Dieu ; puis , laissant Dieu , elle a porté une créature. Maintenant elle ne porte plus rien, elle n'est plus unie à personne, elle est seule. O désert! ô désolation! ô âme désespérée, si elle n'est pas éteinte! ô âme éteinte, si elle n'est pas désespérée! Si les sources de l'amour sont taries, vous ne pouvez souffrir, parce que vous n'êtes plus rien. Espérons donc que vous souffrez. Heureux si vous souffrez beaucoup ! Heureux si votre esprit souffre comme votre cœur, et si vous avez bien la double soif de la justice et de la vérité, de l'amour et de la lumière.
Alors — et c'est l'histoire de bien des âmes — vous poursuivrez avec ardeur la lumière qui est hors de vous, la lumière que l'étude et la réflexion solitaire, plus solitaire que vous ne pensez, ramasse avec effort dans votre tète. Vous la trouverez vide et pâle, superficielle, certaine peut-être, mais inutile *, claire peut-être, mais sans mystère ni profondeur, sans progrès spontané, donnant peu,
LES VERTUS LNTE LLECTU ELLES INSPIRÉES. 215
promettant moins, conséquente et logique, mais sans fécondité et sans félicité. Vous ne pouvez l'aimer, et vous n'espérez pas en elle. Ce n'est pas un être, ce n'est pas la vie, ce n'est pas une source, c'est un calque, une image, un fantôme, une abstraction. Je vous admire si, dans la recherche de la vérité , vous pouvez vous en tenir à ce degré. D'ordinaire on ne s'y tient pas; on retombe dans la vie vulgaire, dans les sens et leurs joies, ou bien l'on monte plus haut.
Et où va-t-on , si ce n'est à l'autre lumière? Il y aura peut-être , par la grâce de Dieu , dans votre vie, quelque révolution pratique, un brusque et fondamental changement , un réveil et une vie nouvelle. Alors, jamais arbuste, presque mort sous la gelée, n'aura bu, par ses racines exténuées, l'eau de la neige fondante, et, par ses branches flétries et ses pâles bourgeons , le vent tiède du midi , avec autant d'avidité qu'en aura votre âme à s'enivrer du retour de la lumière chaude. Cette lumière réveillera tout, je dis tout, dans votre esprit, dans votre cœur, dans votre corps : sentiments oubliés, idées perdues, fibres mortes ou paralysées, reprendront vie, mouvement et sensibilité. Des milliers de germes, arrêtés et profondément enfouis, comme l'ont été parfois des grains de blé sous le plomb
d'un sépulcre, recommenceront à fermenter sous la douce excitation de la lumière vivante. Votre iime redeviendra sensible dans toute son étendue, et rentrera en communion avec tous les êtres, avec le monde physique dont le grand sens et la voix vous redeviendront perceptibles ; avec les âmes dont tous les mouvements vous toucheront; avec Dieu même par le sens divin. Réveillé à la racine de l ame, ce sens divin, principe de toute sensibilité véritable, vous rend le sens des âmes et le vrai sens de la nature. Votre racine profonde, la première de vos facultés, a repris sa vie pleine, et elle eugendre en vous de nouveau les deux autres, comme la racine des plantes engendre les fleurs et les fruits, ou plutôt comme en Dieu, le Père, principe du Verbe et de l'amour, engendre le Verbe et produit l'amour. Mais, je vous prie, toutes ces choses se passeraient-elles en vous, si vous n'aviez la vie en vous? ou plutôt toutes ces choses ne sont-elles pas elles-mêmes la vie en vous? Mais, selon l'Évangile, qu'est-ce que la vie, sinon la lumière des hommes, Dieu même? Ne comprenez-vous pas qu'il est personnellement présent, que vous avez en vous son Verbe, son Verbe demeurant en vous (Verbum eius in uobis maliens); que vous avez en vous son amour substantiel (dileçtionem Deiin vobis); qu'il se passe
dans votre âme ce qu'a dit le Sauveur : « Si quelce qu'un m'aime, mon Père et moi nous viendrons « en lui , et nous habiterons en lui avec l'Esprit de « vérité. » Vous n'êtes plus seul; la lumière personnelle est en vous; la lumière a l'état de source vous est donnée. Vous y sentez un avenir infini, un mystère infini et une profondeur insondable, développable dans l'éternité, et aussi dans le temps , pour produire les grands siècles, pour consoler les hommes, pour dompter la nature et pour régler le monde.
Nul doute que par la pureté de cœur, par l'innocence, ou conservée ou recouvrée, par la vertu, la foi et la religion, il n'y ait, dans l'homme, des capacités et des ressources d'esprit, de corps et de cœur que la plupart des hommes ne soupçonnent pas. C'est à cet ordre de ressources qu'appartient ce que la théologie nomme la science infuse, les vertus intellectuelles inspirées, que verse dans notre esprit le Verbe divin, quand il habite en nous par la foi et l'amour. Quel homme instruit ne s'est
parfois demandé de quelle source pouvaient venir à sainte Thérèse, par exemple, ses étonnantes lumières sur la vie, la nature et l'histoire de l'âme? De quelle source de semblantes lumières pouvaient venir à de bien moindres esprits tout illettrés ? Mais pour ne pas rester dans d'inutiles généralités, je citerai, entre bien d'autres, deux exemples vraiment frappants, et qu'on ne saurait s'expliquer que par le fait d'une science infuse directement versée de Dieu dans l'âme. Comment de pauvres filles , enfouies dans quelque monastère du xie siècle, ontelles écrit ce qui suit? Sainte Hildegarde - — je ne citerai d'elle que deux lignes qui suffiront — écrit que Dieu lui révéla plusieurs mystères touchant la création. Elle rapporte cette révélation sous forme directe. Au sujet de l'origine de notre globe, je lis dans son texte ces mots : « Voici ce que le Seigneur « m'a dit : Les roches ont été en fusion dans le feu « et dans l'eau, et sont les ossements du globe ; et « j'ai fait naître de l'humidité verte, la terre féconde, « qui est la moelle du globe. » Voici le texte latin : Lapides ex igne et aqua velut ossa fùdi, et terrain ex humiditate et viriditate quasi medullam constitai, Personne, je crois, n'a jamais lu un résumé de géologie aussi scientifiquement précis dans chaque mot et dans l'ordre des mots ; où chaque mot im~
pliquc un chapitre, et où l'on trouve ce qui est aujourd'hui certain en science géologique, après avoir été si vivement et si longtemps controversé. Mais ce n'est pas assez dire : il y a dans ces deux lignes une sorte d'intuition immédiate de l'origine de noire globe terrestre ; cette âme a entrevu en Dieu , de je ne sais quelle manière, l'idée du globe naissant. Je comprends ce qu'elle dit d'elle-même, que, depuis sa première enfance, elle voyait sous le monde palpable un autre monde plus beau. Et n'est-ce pas là ce que cherche toute philosophie véritable, toute science digne de ce nom ? La philosophie cherche le monde idéal sous le monde visible. Elle cherche à remonter des créatures à leurs véritables idées en nous, et des idées en nous aux éternelles idées en Dieu, second terme de la raison , que la raison n'atteint pas par elle-même, mais seulement par la science que Dieu verse dans l'âme, quand l'âme lui est unie par l'amour et la foi.
Mais ce texte de sainte Ilildegarde, et beaucoup d'autres analogues qu'on rencontre dans ses écrits, étonnent peut-être moins encore que le passage suivant d'une autre sainte , qui vivait à la même époque, et aussi dans l'un des mystiques monastères des bords du Rhin. Je ne puis traduire comme il faudrait ce style prodigieux, ce nerf, cet élan,
cette intuition, cette flamme, et l'éclatante beauté de ce latin transfiguré et pénétré de feu sacré jusque dans le nombre, la forme, le son des mots et des syllabes.
« Vous , mon peuple , peuple de religion sans « fraude, qui avez posé dans vos cœurs le dessein « de vaincre le monde, et de porter le ciel en vous, « ne vous détournez pas. Soyez stable dans la voie « de vision que vous avez choisie, et purifiez vos « yeux, afin de les élever à la contemplation de la « lumière où habite votre vie et votre rédemption. « Ce qui purifie l'œil du cœur, et le rend propre à « s'élever à la véritable lumière, le voici : le mépris « des soucis du siècle, la mortification du corps, la « contrition du cœur, la pure et fréquente confes- « sion de tout mal, le bain de larmes ; et lorsque « toute impureté est expulsée, voici ce qui élève le « regard : la méditation de L'admirable essence de « Dieu et de sa chaste vérité, la prière forte et pure, « la joie en Dieu, l'ardent désir du ciel. Embrassez « tout cela et restez-y ; avancez vers la lumière qui « s'offre à vous comme à ses fils, et descend d'ellc- « même dans vos cœurs. Otez vos cœurs de vos « propres poitrines, et donnez-les à celui qui vous « parle, et il les remplira de splendeurs déifiques, « et vous serez fils de lumière et anges de Dieu...
« Fils d'Adam, vous semblerait-il méprisable de dece venir enfants de Dieu ? Pourquoi donc détournez- « vous vos regards de la face de Celui qui donne « aux bommes une telle puissance? Vous surtout « qui avez voulu demeurer pacifiques en ce monde, « et vivre sur la terre comme des anges, vous qui « êtes des flambeaux ardents , que le maître a place cés sur la montagne, pour éclairer les hommes « et pour chasser par vos paroles et vos exemples i( les ténèbres du monde ; prenez garde que force gueil et la cupidité n'éteignent votre lumière
« Fils de la paix , détournez vos oreilles des cris « du monde, et faites silence, pour écouter l'esprit (f qui parle en vous 1 . »
1 ce Vos ergo populus meus, populus non fictse religionis, qui « posuistis in corde vestro mundum expugnare ! cœlum mente « gerere! vos inquam declinate ab iis qui ejusmodi sunt et ne sitis « participes eorum. State in via visionis quam elegistis, et mundate « oculos cordis ut sublevare eos valeatis in contemplationem lucis « quam inhabitat vita et redemptio vesjra. Quae autem oculos corci dis emundant, ut ad verum lumen sublevari possint, hœc sunt : « secularis curas abjectio , carnis afïlictio, cordis contritio, fre- « quens et pura delecti confessio , et lavacrum fletus ; et cum foras « missa fuerit omnis immunditia, sursum ista eos extollunt : me- « ditatio admirabilis essentiaj Dei et eastae veritatis inspectio ; oratio « munda et valida , jubilas taudis et desiderium ardens in Deum. « Amplectimini haec et in bis eslote, et occurrite vivifico lumini « quod tanquam (iliis vobis se olîert , et mentibus vestris se ultro
Si cette page n'est pas un fragment de la musique des anges, si ce n'est pas là de la lumière et de l'harmonie4 infuses, il nous faut renoncer à distinguer la terre du ciel. Et que dire de cette théorie de la science infuse : « Otez vos cœurs de vos propres a poitrines et donnez-les à celui qui vous parle, et « il les remplira de splendeur déifique , et vous se- « rez fils de lumière ? » Ne voyez-vous pas ce cœur, qui sort de lui-même pour entrer dans l'infini de Dieu ! cette âme qui s'ouvre vers le ciel , comme le calice d'une fleur vers le soleil, comme la coupe du miroir ardent , comme la parabole épanouie dans l'infini, qui a oté de son calice l'un de ses deux foyers pour le poser dans l'infini, et qui, en retour, reçoit de l'infini, dans l'autre foyer du ca-
« ingerit. Abstrahite corda vestra avobismetipsis,et date ea in hœc « quse audistis, et implebuntur splendore deifico, et eritis fîlii lucis « ettanquam angeli Dei, qui non cessant inhiare Creatori suo, et « contemplationis vigorem in suam refundere originem. Filii Adam, « num parum vobis videturiilios Dei fieri? Et quare faciem vestram « avertitisa contemplatione vultus ejus, qui dédit potestatem talem « hominibus? vobis singulariter qui pacifici esse elegistis in mundo « et conformari angelis in terra. Vos estis lucernœ ardentes, quas « constituit Dominus illuminare verbis et exemplis vestris tenebras « mundi. Videte ne lumen, quod in vobis est, evacuetur a vento « superbiœ et cupiditatis.... Declinate aurem vestram, filii pacis, « a clamoribus mundi, et date silentium spiritui qui loquitur in « vobis. »
lice, la splendeur déifique, et la substantielle infusion de force, de lumière et de feu !
Je le demande, que faisons-nous du mot inspiration ? Pourquoi ce mot n'est-il plus aujourd'hui pour nous qu'un terme mythologique ? Pourquoi ne le prend-on plus au sérieux ? Parce que nos facultés sont affaissées par la plate incrédulité du siècle précédent. On ne croit qu'à ce que l'on touche directement par les yeux et par les oreilles ; on n'admet pas qu'un autre esprit puisse nous parler autrement qu'au moyen du son ; on ne croit pas que Dieu nous parle intérieurement. Mais est-ce que nous pouvons savoir quoi que ce soit , avoir une seule idée, comprendre la valeur d'un mot, sans que Dieu nous éclaire et nous parle au dedans ? Toute connaissance certaine , dit saint Thomas , vient de la lumière de la raison, directement versée dans l'intérieur de l'Ame, et par laquelle Dieu parle en nous. Ne pas savoir cela, ne le pas croire, me paraît être le fait d'une ignorance presque animale. Et si tant d'hommes l'ignorent, c'est que l'humanité n'émerge que peu à peu, et bien lentement, au-dessus de l'animalité.
Mais si Dieu est nécessairement cause première de tout mouvement intellectuel, s'il nous éclaire et nous parle dans toute vérité ; ne comprenons- nous
22h LES VERTUS INTELLECTUELLES INSPIRÉES.
pas qu'il peut nous éclairer et nous parler de deux manières? Parle-t-il de la même manière, et dit-il la même chose aux sages, et aux malheureux endormis dans les ténèbres de la sensualité? Il laisse à tous cette lumière nécessaire de la raison qu'on a parce qu'on est homme; mais il donne à ceux qui r.écoutent , qui croient et aiment, une autre lumière, substantielle et cordiale, libre, vivante et personnelle , qui est lui-même. Il dit à l'âme ce grand mot du prophète: « Moi qui vous parlais, me voici, y- Il dit à l'âme le mot de Jésus-Christ à ses disciples, lorsque, la veille de sa mort, û leur parle de son amour: « Je ne vous appellerai plus « serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait « son maître. Mais je vous appelle mes amis, parce « que je vous dis tout, tout ce que me dit mon « Père. » Le Père parie autrement à ses enfants , autrement à ses ennemis. Sans doute, il veut faire de ses ennemis ses enfants; mais tant que la volonté libre se ferme à son amour, elle est ennemie. Tant qu'elle ferme l'oreille et n'entend pas la douce parole du Père, elle n'entend que le bruit nécessaire de ses lois. Tant qu'elle détourne le regard, elle ne voit que l'inévitable reflet de la lumière universelle ; elle ne voit pas sa source dans le regard du Père. Cela est clair, raisonnable, manifeste d'avance. Eh
LES VERTUS INTELLECTUELLES INSPIRÉES. 22f>
bien , nous nommons science infuse celle que Dieu verse dans l'esprit de l'homme , quand l'homme , par l'amour et la foi, est devenu enfant de Dieu. Qu'y a-t-il là d'étrange ? Et pourquoi donc s'est-on moqué de la science infuse, sinon parce qu'on ne savait rien, et qu'on ne pensait à rien ? Mais, je le sais, sur cette question de la science infuse et des vertus intellectuelles inspirées, nous sommes restés jusqu'à présentdans la théologie mystique, la poésie, la géométrie et les comparaisons. Ne pouvonsnous rien dire de plus humainement expérimental et de plus simplement raisonnable sur cette partie de la science de 1 âme ? Nous le pouvons, je crois, et c'est ce que nous allons tenter.