‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 10 sur 80 · C. LA CHOSE · texte numérisé non relu

C. LA CHOSE

§ cxxv.

La chose est une totalité en tant qu'elle est l'unité où se trouve posé le développement des deux déterminations, de la raison d'être, et de X existence réfléchie. Suivant l'un de ses mouvements, la réflexion sur l'autre, elle renferme en elle la différence, ce par quoi elle est chose déterminée et concrète, a) Ces déterminations se différencient l'une de l'autre ; c'est dans la chose, et non en elles-mêmes, qu elles se réfléchissent sur elles-mêmes (1). Elles constituent les propriétés de la chose, et leur rapport avec celle-ci est formé par le verbe avoir.

(1) Comme elles n'existent, en tant que propriétés, que dans la chose, c'est dans la chose qu'elles trouvent le moment de la réaction sur soi (Beflexion-in-sich), suivant l'expression du texte.

Le verbe avoir vient remplacer ici comme rapport le verbe être. On dit du quelque chose (Etwas), qu'il a des qualités. Mais c'est improprement qu'on applique le verbe avoir au quelque chose (1), parce que la qualité ne fait qu'un avec le quelque chose, qui cesse d'être dès qu'il perd sa qualité. La chose, au contraire, qui se réfléchit sur ellemême constitue une identité qui se distingue de ses différences, ou déterminations.

C'est avec raison qu'on emploie dans plusieurs langues le verbe avoir pour désigner le passé. Car le passé c'est l'être supprimé (aufgehobene Seyn) qui a dans l'esprit son moment de la réflexion sur soi, et ne continue de subsister que dans l'esprit, lequel se différencie en même temps de cet être qui se trouve absorbé en lui (2).

(1) Das Sctjendc — V Étant — ce qui n'a que l'être. Comme la qualité est une détermination de l'être, et que le quelque chose, Vêtant, en perdant sa qualité, cesse aussi d'être ce qu'il est, ce n'est qu'improprement qu'on emploie le verbe avoir pour désigner les déterminations de l'être, car ce qu'on peut dire d'elles c'est qu'elles sont, et non qu'elles ont. Supposons un être qui n'ait que la qualité, la couleur par exemple. En perdant cette qualité, ce qui lui resterait ce serait l'être pur, mais il cesserait d'être en tant que couleur. On ne pourrait donc dire de lui qu'il a la couleur, mais seulement qu'il est la couleur. La chose, au contraire, qui n'est pas seulement, mais qui existe, et qui est un moment réfléchi et partant plus concret de l'idée logique, a des propriétés (lesquelles, comme on le verra, se distinguent de la qualité), et comme elle a plusieurs propriétés, elle n'est pas tellement liée à telle ou telle propriété qu'en la perdant elle cesse d'être ce qu'elle est.

(2) C'est-à-dire qu'il y a des langues qui reflètent ce mouvement de l'idée logique cù l'être est un moment que la notion a traversée, qui a été, et qui n'est plus qu'un souvenir. Dans l'esprit ou daus la notion l'être subsiste, mais il ne subsiste plus en tant que simple être. (Voy. § clix et suiv.) — Voici maintenant eu peu de mots le sens des déductions indiquées depuis le § cxxn. Et, d'abord, il faut distinguer Vexhtence réfléchie {Die Exislenz)., de

Zusalz. Dans la chose se reproduisent en tant qu'exisiantes les diverses déterminations réfléchies. Ainsi la chose est d'ahord, en tant que chose en soi, ce qui est identique avec soi. Mais, comme on l'a vu, l'identité n'est pas sans la différence, et les propriétés qu'a la chose sont les différences existantes, sous forme de différcnciahilité. Tandis que précédemment les différences sont indifférentes les unes à l'égard des autres, et que leur rapport n'est posé que par un rapprochement extérieur, nous avons maintenant dans la chose un lien qui unit entre elles les

la simple existence (Daseyn). (Conf. note précéd.) Une chose peut être, ou posséder l'être sans exister. En ce sens il est vrai de dire qu'une chose est avant d'exister. Une maison est avant d'exister. Elle est dans la pensée, dans la volonté, dans les matériaux qui doivent la composer. Mais elle n'existe que lorsque toutes les conditions, toutes les raisons d'être se sont réunies pour l'amener à l'existence. (Comme la différence entre le Daseyn et YExistenz est maintenant déterminée, je me servirai simplement du terme existence pour désigner l'existence réfléchie, ou de l'essence. ) — Ainsi donc, la raison d'être a passé dans l'existence. Ce passage, ou ce devenir a lieu, en quelque sorte, d'une manière immédiate. Et, en effet, la raison d'être contient déjà virtuellement l'existence. Car, par cela même qu'elle est la raison d'être, elle a, si l'on peut ainsi dire, le droit d'exister. Ce qui fait qu'une raison d'être n'existe pas encore c'est qu'elle est en présence d'une autre raison d'être qui la limite et la conditionne; mais dès que cette limite disparaît dans la raison d'être, ou dans la condition absolue (voy. note précéd.), la raison d'être devient V existence. Par conséquent, la raison d'être, tout en cessant d'être une pure raison d'être dans l'existence, se conserve et se continue dans l'existence, laquelle devient la raison cVêlre existante d'autres existences. C'est ainsi, par exemple, que les mœurs d'un peuple peuvent être considérées comme la raison d'être de leur législation, ou que la foudre peut être considérée comme la raison d'être du feu qui brûle un édifice. L'être existant enveloppe, par conséquent, la raison d'être, et il est lui-même une raison d'être existante. C'est là le premier aspect sous lequel se présente le monde réfléchi des existences. On a un ensemble d'existences qui se réfléchissent sur elles-mêmes et sur les autres existences, et qui sont ainsi la condition réciproque de leur existence. L'existence ainsi constituée est la chose — Ding. — Tout ce qui exiHe est une chose, ou, pour mieux dire, V existence est devenue la chote, laquelle est d'abord la chose en soi. La chose

diverses propriétés. En outre, il ne faut pas confondre la propriété avec la qualité. On dit, il est vrai, de quelque ehose (Etwas) qu'il a des qualités. Mais cette expression est inadéquate, en ce que avoir indique une indépendance qui n'appartient pas au quelque chose lequel est identique avec sa qualité. Le quelque chose est ce qu'il est seulement par sa qualité, tandis que la chose n'existe, il est vrai, qu'autant qu'elle a des qualités; mais elle n'est pas liée à (elle ou telle qualité déterminée, et par suite elle peut la perdre sans cesser d'être ce qu'elle est.

en soi n'est pas cet objet transcendant que la pensée ne saurait atteindre. Car, à ce titre, tout serait incompréhensible, puisque tout est d'abord en soi, et qu'il y a une qualité en soi, une quantité en soi, une électricité en soi, une plante en soi, etc.; c'est-à-dire, une quantité, une qualité, etc., à l'état immédiat, et dans lesquelles on fait abstraction de leurs médiations et de leurs développement. En ce sens le germe peut être considéré comme la plante en soi, et l'électricité virtuelle (qu'on pourrait aussi appeler latente, si ce mot n'avait pas une signiûcation spéciale dans la science) peut être cunsidérée comme Vcn-soi de l'électricité. La chose en soi n'est, par conséquent, que la chose à l'état immédiat. Elle est la chose qui se réfléchit sur elle-même; ou, si l'on veut, Yen soi de la chose c'est le moment de la réflexion sur soi de la chose. — Ainsi donc, la chose n'existe d'abord qu'en soi. Mais la chose en soi contient la différence, et elle ne la contient pas seulement parce qu'elle enveloppe les moments précédents, mais parce qu'elle n'est qu'en soi, ce qui veut dire qu'elle ne se maintient dans cet état de réflexion abstraite sur elle-même qu'autant quelle "est autre qu'ellemême, ou qu'elle est pour un autre qu'elle-même. Il y a donc autre chose que la chose en soi, et cette autre chose n'est, à son tour, qu'une chose en soi. On a, par conséquent, plusieurs choses qui se réfléchissent sur une chose autre qu'elles-mêmes. Ce qui veut dire que la chose ne se réfléchit sur elle-même qu'autant qu'elle repousse les choses autres qu'ellemême, et qu'elle ne les repousse qu'en étant en rapport avec elles. C'est là ce qui introduit dans la chose le moment de la réflexion extérieure. La chose n'est en rapport avec elle-même qu'en étant en rapport avec une chose autre qu'elle-même, et cette chose autre qu'elle-même, qui se distingue Je la chose, mais qui est en rapport avec elle, est la propriété.

§ CXXYL

j3J Mais la réflexion sur l'autre est aussi dans la raison d'être immédiatement réflexion sur soi, et, par conséquent, les propriétés sont tout aussi bien identiques avec ellesmêmes, indépendantes et affranchies du lien qui les unit dans la chose. Mais, comme elles sont des déterminabilités de la chose qui, en tant qu'elles se réfléchissent sur elles-mêmes, diffèrent les unes des autres, elles ne sont pas des choses en tant que choses concrètes, mais elles sont des existences réfléchies sur elles-mêmes en tant que déterminabilités abstraites; elles sont, en un mot, des matières (1).

REMARQUE

Les matières, telles que les matières magnétiques et électriques, ne sont pas appelées choses. Elles sont les qualités spéciales qui font un avec leur être, qui constituent des déterminations immédiates, mais réfléchies, des existences concrètes {Existenz) .

Zusatz. Cette indépendance que les propriétés de la chose atteignent en devenant ces matières ou substances dont la chose se compose est bien fondée sur la notion de la chose, et c'est pour cela qu'on la constate aussi dans l'expérience. Seulement c'est aller contre la pensée et l'expérience, de ce que certaines propriétés "d'une chose,

m Malerim, Sloffen. — Ainsi les propriétés apparaissent d'abord comme des déterminations qui se réfléchissent sur elles-mêmes, et qui, tout en étant en rapport avec la chose, sont indépendantes d'elle, et, par conséquent, elles apparaissent comme ayant une raison d'être autre que la ra>son d être de la chose- de sorte qu'elles ne sont pas des choses concrètes, des choses auxquelles l'es propriétés adhèrent, mais des déterminabilités abstraites, des matières.

DOCTRINE DE l'eSSENCE. RAISON DE INEXISTENCE. Go

telles que la couleur, l'odeur, etc., peuvent être considérées comme substance colorante, substance odorante, etc., en conclure que toutes choses sont ainsi complètement constituées, et que pour atteindre la nature spécifique des choses il n'y a qu'à les décomposer en les substances dont elles se composent. Cette décomposition en substances indépendantes n'a sa place spéciale que dans la nature inorganique, et le chimiste est dans son droit lorsqu'il décompose, par exemple, le sel ordinaire, ou le gypse en leurs substances, et qu'il dit que le premier se compose d'acide hydrochlorique et de natron, et le second d'acide sulfurique et de chaux. De même, la géognosie a raison de considérer le granit comme composé de quartz, de feldspath et de mica. Ces substances dont la chose est formée sont à leur tour en partie des choses, qui comme telles peuvent être décomposées en substances plus abstraites, telles que, par exemple, l'acide sulfurique qui se compose de soufre et d'acide. Mais s'il est juste de se représenter des substances ou matières semblables comme ayant une existence indépendante, il n'en est pas de même d'autres propriétés qu'on considère cependant ordinairement aussi comme indépendantes. C'est ainsi qu'on parle, par exemple, d'une substance calorifique, d'une matière électrique ou magnétique, lesquelles substances ou matières ne sont cependant que de pures fictions de l'entendement. C'est là la façon dont procède l'entendement dans sa réflexion abstraite. 11 prend arbitrairement des catégories particulières qui n'ont une valeur que dans un degrédéterminé du développement de l'idée, et il s'en sert* comme on dit, pour expliquer, bien qu'il se mette en op-

position avec l'intuition et l'expérience les plus simples, et il les manie de manière à y faire rentrer tous les objets sur lesquels ses recherches. C'est ainsi que l'on transporte cette façon de considérer les choses comme composées de substances indépendantes dans un domaine où elle n'a pas de signification. Déjà on peut constater que cette catégorie est insuffisante dans les limites de la nature, dans la vie organique. On dit bien que l'animal se compose d'os, de muscles, de nerfs, etc. Mais on voit immédiatement qu'il s'agit ici de toute autre chose que de la composition du granit formé des substances que nous venons de nommer. Ces substances sont tout à fait indifférentes à l'égard de leur union, et elles peuvent tout aussi bien subsister sans elle, tandis que les différentes parties et les différents membres de l'organisme ne sauraient subsister que dans leur union, et que séparés l'un de l'autre ils cessent d'exister comme tels.

§ CXXYII.

La matière est ainsi la réflexion-sur-l'autre abstraite ou indéterminée; ou bien elle est la réflexion-sur-soi, et réflexion-sur-soi déterminée. Par conséquent, elle est la chose existante, ce par quoi la chose subsiste (J). De cette façon

(1) Sie (Die Materie) ist die daseynde Dingheit (la choseilé existante) das Iiestehen des Dinges (le subsister de la chose). Une matière peut être considérée comme constituant une propriété, et, en ce cas, elle est un élément abstrait et indéterminé; abstrait, parce qu'il ne se suffit pas à lui-même, et qu'il appelle la chose dont il est la propriété; et indéterminé, parce que sa détermination lui vient de la chose à laquelle il adhère. Ou bien il peut éire considéré comme un élément qui subsiste par lui-même, et partant déterminé ; et, en ce cas, il est le fondement même de la chose, car celle ci ne subsiste que par lui.

c'est dans les matières que la réflexion de la chose sur ellemême a son fondement (c'est le contraire de ce qu'on a vu § cxxv), et la chose ne subsislc pas par elle-même, mais elle est composée de matières dont elle n'est que le rapport superficiel, le lien extérieur (1).

§ cxxvni.

7) La matière, en tant qu'unité immédiate de l'existence avec soi, est indifférente à toute déterminabilité. Par conséquent, les différentes matières se réunissent en une seule, l'existence concrète passe dans la détermination réfléchie de l'identité, vis-à -vis de laquelle ces déterminations diverses et leur rapport extérieur qu'elles ont entre elles dans la chose constituent la forme, laquelle est la détermination réfléchie de la différence, mais posée comme existante et comme totalité (2).

REMARQUE

Celte matière une et sans détermination est elle aussi ce qu'est la chose en soi. Seulement celle-ci est en soi un moment tout à fait abstrait, tandis que la matière même en soi est pour l'autre, et, d'abord, pour la forme (3).

Zusatz. Les différentes matières dont se compose la

(1) Au § cxxv, c'était la chose qui possédait des propriétés. Ici la chose est composée de matières, ou, si l'on veut, ce sont les matières qui composent la chose. — Voy. paragr. précéda et notes suiv.

(2) C'est-à-dire que la forme est bien une différence, puisqu'elle diffère de la matière, mais qu'elle n'est pas une simple différence, telle qu'elle s'est produite au début du développement de l'essence. La forme est, de plus, une totalité, par là qu'elle enveloppe la matière ou les différentes matières.

(3 C'est-à-dire que la matière indéterminée (bestimmungslose) peut être assimilée à la chose en soi, avec cette différence que la forme est plus intimement unie à la matière, que ne le sont les propriétés à la chose en soi. VÉBA, — Logique de Hegel. H. — 5

66 LOGIQUE. — DEUXIÈME PAttTiE.

chose, sont en soi les mêmes. Nous avons par là une matière en générale, dans laquelle la différence est posée comme lui étant extérieure, comme simple forme. Considérer les choses comme ayant toutes pour fondement une seule et même matière, et comme ne se distinguant les unes des autres que d'une façon extérieure par leur forme, c'est là une conception familière à la conscience réfléchie (1). La matière est ici conçue comme absolument indéterminée, mais comme susceptible de toute détermination, et en même temps comme immuable et identique avec elle-même dans toute transformation et dans tout changement. Mais celte indifférence de la matière à l'égard des formes déterminées n'est vraie que pour les choses finies. Par exemple, il est indifférent à un bloc de marbre de recevoir la forme de telle ou telle statue, ou bien encore d'une colonne. Il ne faut pas cependant oublier que la matière, telle qu'un bloc de marbre, n'est indifférente à l'égard de la forme que relativement (relativement au sculpteur), mais qu'elle n'est nullement sans forme. Par suite le minéralogue considère le marbre qui n'est que relativement amorphe comme une formation géologique déterminée qui se distingue d'autres formations également déterminées, telles que le grès, le porphyre, etc. C'est, par conséquent, l'entendement qui par ses procédés d'abstraction isole la matière et la fixe comme si elle était en soi amorphe, tandis que dans le fait la pensée de la matière contient la forme, ce qui fait aussi que nulle part dans l'expérience on ne rencontre une matière amorphe. La conception d'une matière originaire amorphe

(1) Reflektirenden Hewmstsein : la conscience rélUchissame : la conscience qui se meut dans la sphère de la réflexion,

DOCTRINE DE l'eSSENCE. — RAISON DE INEXISTENCE. 67

est d'ailleurs très-ancienne, et on la trouve chez les Grecs d'abord sous la forme mythique du chaos, qu'on se représente comme le fondement amorphe du monde. A cette représentation se rattache comme conséquence la doctrine que Dieu n'est pas le créateur du monde, mais un simple architecte, le démiurge. Mais une intuition plus profonde de Dieu est qu'il a créé le monde du néant; ce qui implique, d'une part, que la matière comme telle ne possède pas d'indépendance, et, de l'autre, que la forme ne s'ajoute pas à la matière du dehors, mais que en tant que totalité elle contient le principe de la matière. Et cette forme libre et infinie nous la verrons se produire dans la suite comme notion.

§ GXXIK.

La chose se partage ainsi en matière et en forme, dont chacune est la totalité de la chose (1) et est indépendante pour soi. Mais la matière qui doit constituer l'existence positive, indéterminée (42) de la chose, contient, en tant qu'existence, tout aussi bien la réflexion sur l'autre que la réflexion sur soi. Comme unité de ces deux déterminations elle est elle-même la totalité de la forme. Mais la forme, à son tour, comme totalité des déterminations de la réflexion

(1) Est la totalité de la chose, en ce sens que l'une appelle l'autre, et que par suite là où est la forme de la chose là est aussi sa matière, et, réciproquement, là où est la matière de la chose, là est aussi sa forme. C'est en ce sens aussi que, pendant que chacune d'elles est dans l'autre, on peut dire que chacune est par elle-même, ou indépendante pour soi, comme a le texte.

(2) Positive, en ce sens que c'est plutôt la forme qui est l'élément négatif; indéterminée, car la forme en niant l'indétermination de la matière la détermiue.

sur soi, ou comme l'orme qui csl en rapport avec elle-même contient ce qui doit constituer les déterminations de la matière. Toutes deux sont, par conséquent, les mêmes en soi. La position de cette unité constitue le rapport de la matière et de la forme, lesquelles sont aussi différenciées (1).

§ GXXX.

La chose, en tant qu'elle est cette totalilé, contient cette contradiction, savoir, que par son unité négative elle est la forme où la matière se trouve déterminée et posée comme ayant des propriétés (§ cxxv), et qu'en même temps elle est composée de matières qui dans la réflexion de la chose sur elle-même sont des matières à la fois indépendantes et niées (2). La chose est ainsi l'existence essentielle constituée de telle façon qu'elle se supprime et s'absorbe en ellemême, qu'elle est phénomène (S).

(1) La matière et la forme étant chacune la totalité de la chose sont les mêmes; mais, d'abord, elles ne le sont qu'en soi, et non en et pour soi. Par conséquent, elles se distinguent encore l'une de l'autre.

(2) Puisque, d'une part, la chose est composée de ces matières, et que, d'autre part, les matières sont et s'unissent dans la chose.

(3) Erscheinung. — Ainsi donc la chose a des propriétés. (Voy. § cxxv, note 2.) Mais la propriété constitue le moment de la réflexion extérieure de la chose, le moment par lequel la chose se met en rapport avec une autre chose. Elle a, par conséquent, la propriété de produire telle ou telle modification, tel ou tel changement dans une autre chose. Mais elle ne peut produire ce changement qu'autant qu'il y a dans l'autre chose une propriété correspondante, c'est-à-dire la propriété de se mettre en rapport avec elle. C'est un moment où la chose est, si l'on peut ainsi dire, ouverte au changement et au devenir, mais où la chose, ainsi que les propriétés, se maintiennent en devenant. 11 y a donc des choses qui ont des propriétés, et qui se mettent en rapport par leurs propriétés. Mais la propriété constitue ellemême cette réciprocité de rapport, et la chose n'est pas eu dehors de ce rapport. Une chose n est telle que par ses propriétés. C'est par ses proprié-

DOCTRINE DE l'eSSENCE. RAISON DE INEXISTENCE. 09

REMARQUE

Cette coexistence dans la chose de matières indépendantes el niées à la fois, la physique se la représente comme porosité de la matière. Toute matière (la matière colorante, odorante, et autre ; il y en a qui y comprennent la matière sonore, et aussi les matières calorifique, électrique, etc.) est aussi niée, et dans cette négation, leurs pores, se troutés que, tout en étant en rapport avec une autre chose, elle garde en même temps son indifférence el son indépendance vis-à-vis de cette dernière. La chose saus propriétés est, par conséquent, l'être-en-soi abstrait et indéterminé; ce qui fait que ce qu'il y a d'essentiel dans la chose ce sont ses propriétés, et que la chose sans propriétés c'est V inessentiel . C'est un commencement inessent.iel qui constitue, il est vrai, une unité négative, mais une unité négative semblable à l'un immédiat dans la sphère de l'être. Par là la propriété s'affranchit de ce lieu indéterminé et superficiel qui l'attache à la chose, et elle devient, au contraire, l'élément essentiel de la chose, l'élément qui fait qu'une chose subsiste (das Beslehen, le subsister) ; elle devient, en d'autres termes, une matière indépendante (eine selbstiindige Malerie) ; et comme la propriété contient essentiellement la différence, il y a différentes matières, et la chose se compose de matières. (Voy. § clvi.) Il va sans dire qu'ici par matière on n'entend pas seulement la matière étendue et dans l'espace, mais la matière en général, ou, si l'on veut, la matière logique, le substrat d'une chose, ce par quoi une chose subsiste, et qu'il ne faut pas confondre avec la substance dans laquelle se trouvent enveloppées, comme ou le verra, d'autres déterminations. A ce titre, il y a des matières dans l'esprit, et, en tant que chose, l'esprit se compose de matières. — Les propriétés sont, par conséquent, devenues des matières, et elles sont les élément^ composants de la chose. Mais, par cela même qu'elles sont en rapport entre elles dans la chose, elles ne font qu'une seule et même matière, et leur différence ne consiste que dans les détermiuabilités et rapports divers suivant lesquels elles se réfléchissent les unes sur les autres dans la chose, c'est-à-dire, elle ne consiste que dans la forme. On a, par conséquent, la matière el la forme. La matière el la forme apparaissent d'abord comme deux déterminations distinctes, et comme ne se réfléchissant l'une sur l'autre que d'une manière extérieure. La matière a une forme, et la forme a une matière, mais la matière est autre que la forme et peut exister sans elle, et la forme est autre que la matière et peut également exister sans elle. C'est là le moment de la réflexion extérieure et des rapports finis de la

vent d'autres matières indépendantes qui ont aussi leurs pores et qui laissent pénétrer en elles d'autres matières. Les pores ne sont nullement fondés sur l'expérience, mais ce sont des inventions de l'entendement qui se représente de cette façon le moment de la négation des matières indépendantes, et qui cache le développement ultérieur de la contradiction par cette explication confuse et embrouillée suivant laquelle toutes les matières seraient indépendantes,

matière et de la forme. La forme présuppose la matière et vient la déterminer, et la matière présuppose la forme et vient s'ajouter à elle pour lui donner un substrat. Cependant une matière informe et une forme immatérielle ne sont que des abstractions, et des abstractions qui ne trouvent tout au plus leur application que dans les rapports finis de la matière et de la forme. Ainsi, par exemple, il est indifférent à un bloc de marbre d'être une statue, ou une colonne; mais il ne lui est pas indifférent d'avoir sa forme essentielle, la forme qui le fait ce qu'il est. D'ailleurs, même dans les limites de l'expérience, il y a bien un changement de forme et de matières; mais il n'y a pas de matière sans forme, ni de forme sans matière ; et ce que nous sentons, c'est à la fois la forme et la matière, et non la matière sans la forme, ou la forme sans la matière. C'est qu'il n'y a pas une matière éternelle, d'un côté, et, de l'autre côté, une forme périssable et accidentelle, qui viendrait s'ajouter à elle dans le temps, ou une forme éternelle d'un côté, et une matière périssable et contingente de l'autre, qu'on donnerait pour substrat à la première, également dans le temps; mais la forme et la matière sont toutes deux éternelles et indivisibles. Et, en effet, une forme sans matière, ou une matière sans forme ne saurait se penser. Car la matière est faite pour la forme, et elle n'est telle que parce qu'elle est le substrat de la forme; et la forme est faile pour la matière, et elle n'est telle qu'autant qu'elle forme la matière. Par conséquent, la matière qui ne matérialise pas la forme, ou la forme qui ne forme pas la matière, ne sont que des abstractions. Et si l'on pense la forme sans la matière, on aura une forme qui sera identique avec elle-même, et qui subsistera par elle-même, c'est-à-dire, qui aura un substrat et une matière. Et si l'on pense une matière sans forme, on aura une matière indéterminée, mais qui, dans son indétermination, demeurera identique avec elle-même, c'est-à-dire, on aura une matière dont l'indétermination constituera sa nature et son essence absolue, lesquelles la distingueront de toute autre chose, c'est-à-dire encore, la matière aura une forme. Par conséquent, la matière et la forme se pénètrent mutuellement,

DOCTRINE DE l'kSSENCE. RAISON DE INEXISTENCE. 71

et en même temps toutes seraient niées les unes dans les autres. C'est là aussi ce qui arrive à l'égard de l'esprit, lorsqu'on introduit dans ses facultés ou dans ses différents modes d'activité une hypostase analogue. L'unité vivante de l'esprit est défigurée, et l'on n'y voit plus que des facultés qui agissent les unes sur les autres. — De même que les pores (et ici il n'est pas question des pores qu'on remarque dans la matière organique, telle que le bois, la

et elles constituent chacune une totalité, en ce seus que là où est la matière, là est aussi la forme, et là où est la forme, là est aussi la matière. Ainsi, la >raic matière est la matière formée, et la vraie forme est la forme matérialisée. On a, par conséquent, la chose qui est composée de plusieurs propriétés, mais de propriétés qui sont des substances formées, et des formes substantivées. La chose ainsi constituée est telle ou cette chose (dièses Ding), et elle est telle chose, précisément parce qu'elle est composée de substances indépendantes qui se distinguent d'elle, et qui, en même temps, la déterminent. Or, par cela même que ces substances sont indépendantes de la chose, elles sont indifférentes à la chose, et leur réunion dans elle n'est qu'une réunion iuessenlielle ; ce qui fait que la ditîérence d'une chose d'avec une autre chose consiste seulement dans le nombre et l'agrégat des matières particulières qui la composent. Ces matières, par cela même qu'elles ne sont unies que par ce lien extérieur et iuessentiel, c'est-à-dire, par et dans telle chose, vont, d'une part, au-delà de telle chose, se continuent dans une autre chose, et le fait d'appartenir à telle chose n'est point une limite pour elles; et, d'autre part, elles ne se limitent pas l'une l'autre, et ne se suppriment pas, en tant qu'elles sont ainsi réunies. Par conséquent, la chose ainsi constituée n'est qu'une unité, une limite, un agrégat quantitatif de matières, et comme telle elle est essentiellement variable, et son changement consiste dans cette addition et cette soustraction perpétuelle de matières qui viennent se rencontrer en elle comme dans leur limite commune, mais qui lui sont en même temps indifférentes, et auxquelles elle est, à son tour, indifférente; de sorte que la chose est V aussi [auch)v suivant l'expression de Hegel, c'est-à-dire, elle se compose d'une substance, mais aussi d'une autre substance, et ainsi de suite. La chose est, par conséquent, une totalité (§ cxxx), un rapport de substances, et partant de la matière et de la forme, mais un rapport qui contient une contradiction, et cette contradiction consiste en ce qu'elle est, et qu'elle n'est pas tout à la fois telle matière et telle forme. Cette contradiction qui annule la chose et la fait passer dans le phénomène —

peau, etc., mais dans la couleur, le calorique, ou bien dans les métaux, les cristaux et autres matières semblables) n'ont pas leur fondement dans l'expérience, de même la matière elle-même, puis la forme séparée de la matière, la chose

Erscheinung. Voici sur ce dernier point la démonstration que je tire textuellement de la Grande Logique, liv- II, 2e part., p. 139 : « La chose fait le rapport réciproque des matières dont elle se compose (Besteht, subsiste, ce qui diffère du simple être), de façon que de deux matières l'une et l'autre subsistent en elle, mais de manière que Tune n'y subsiste qu'autant que l'autre n'y subsiste pas; et ainsi, autant que l'une d'elles y subsiste, l'autre y est par cela même supprimée. Mais la chose est, en même temps, leur aussi, ou ce en quoi l'autre subsiste (das Bestehen des Andern, le subsister de l'autre). Par conséquent, la où subsiste une matière, l'autre ne subsiste pas, et cependant elle y subsiste aussi. Et il en est de même du rapport réciproque de toutes les matières. Puis donc qu'autant que l'une subsiste l'autre subsiste aussi, et qu'elle subsiste sous le même raport — laquelle unité de subsistance est la limite (die Ponctuant lit) ou l'unité négative de la chose (voy. note suiv.) — ces matières se pénètrent l'une l'autre absolument; et comme, d'un autre côté, la chose n'est que leur aussi, et que les matières dans leurs déterminabilités se réfléchissent sur elles-mêmes, les matières sont indifférentes les unes à l'égard des autres, et elles se pénètrent sans se toucher. Les matières sont, par conséquent, essentiellement poreuses, de manière que l'une subsiste dans les porcs de l'autre, ou là- où l'autre ne subsiste pas. Mais cette dernière est aussi poreuse ; par conséquent, la première subsiste dans les pores de cette dernière, ou là où cette dernière ne subsiste pas (in dem Nichtbestehen. Dans le ne pas subsister, expression plus abstraite et plus exacte, en ce que le mot là éveille ridée, ou la représentation de Ycspace, détermination qui n'appartient point à la logique, et qui eulèvc à la démonstration sa signification absolue), et ainsi de toutes les autres. La subsistance de l'une appelle, par conséquent, sa suppression et la subsistance de l'autre, et la subsistance de celle-ci appelle sa suppression et la subsistance de la première, et ainsi de toutes les autres. La chose est, par conséquent, la médiation qui se contredit elle-même, c'est-à-dire elle est la contradiction formée par une matière indépendante qui nie son contraire, et qui, en niant son contraire, se nie elle-même, ou, si l'on veut, par une matière qui subsiste et ne subsiste pas. Par là Vexislence a atteint dans la chose à son complet développement, c'est-à-dire à cet état où elle subsiste et ne subsiste pas, où elle a une existence indépendante et inessenlielle tout à la fois, une existence dont la subsistance réside dans un autre qu'elle-même, ou qui a pour raison d'être de n'être pas (ihre Nichtigke'il, sa nullité), c'est là le phénomène.

comme composée de diverses matières, ou bien comme subsistant par elle- même et n'ayant que des propriétés, tout cela est aussi le produit de l'entendement réfléchissant qui, lorsqu'il prétend exposer ce qu'il observe, engendre une métaphysique remplie de contradictions dont cependant il n'a point conscience (1).

(I) Cette Remarque se trouve développée dans la Grande Logique. En voici les passages principaux. « Cette chose (voy. note précéd.) a deux déterminations; d'abord elle est celte chose, et puis elle est V aussi. L'aussi est ce qui dans l'intuitiou extérieure se produit comme étendue. Et le celle, l'unité négative, est le point (la ponctualité) de la chose. Les matières se trouvent agrégées dans ce point, et leur aussi, ou l'étendue est partout ce point; car l'aussi, en tant que chose, est essentiellement déterminé comme unité négative. Par conséquent, là où est celle matière, dans ce même point se trouve l'autre. La chose n'a pas dans un lieu sa couleur, dans un autre lieu sou odeur, dans un troisième lieu sa chaleur, etc., mais dans le même point où elle est chaude, elle est aussi colorée, acide, etc. — Or, comme ces matières ne sont pas l'une hors de l'autre, mais dans celle seule et même chose, on se les représente comme poreuses, de façon que l'une n'existerait que dans les interstices de l'autre. Mais celle qui se trouve dans ces interstices est aussi poreuse ; de sorte que dans ses pores se trouve aussi la première, et non-seulement celle-ci, mais la troisième, la dixième, etc., s'y trouvent aussi. Toutes sont poreuses, et dans les interstices de chacune d'elles se trouvent toutes les autres, comme la première se trouve, à son tour, dans les interstices de ces dernières. Elles forment, par conséquent, un agrégat d'éléments qui se pénètrent les uus les autres, de telle sorte que la matière qui pénètre une autre matière est, à son tour, pénétrée par celle-ci, et qu'ainsi elles pénètrent toutes en étant pénétrées, et en pénétrant celles qui les pénètrent. Chacune est, par conséquent, posée comme sa propre négation, et cette négation fait la substance (des Best ehen) de l'autre; mais cette même

subsistance est la négation de cette autre, et la subsistance de la première

Les nouvelles expériences de la physique, concernant l'expansion de la vapeur dans l'air atmosphérique, et les mélanges des gaz constatent un des côtés de la notion de la chose telle qu'elle s'est produite ici. Ainsi elles montrent, par exemple, qu'un certain volume contient la même quantité de vapeur, qu'il soit vide ou rempli d'air atmosphérique ; et que les gaz peuvent se propager l'un dans l'autre, en se comportant l'un à l'égard de l'autre comme un espace vide; ou que du moins ils peuvent se propager sans se mêler chimiquement, de façon que l'un se propage à travers l'autre sans qu'il y ait discontinuité, et, eu pénétrant l'autre, il demeure indifférent à son égard.

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