‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 11 sur 80 · CXXXI · texte numérisé non relu

CXXXI

L'essence doit se produire comme phénomène (1). Son apparaître (2) est en elle la suppression d'elle-même par laquelle elle atteint à cet état immédiat où en tant que reflexion sur soi elle subsiste (la matière), et en tant que reflexion sur l'autre elle est la forme, - la madère qui se supprime elle-même (3). L'essence ne se distingue de l'être, et elle n'est l'essence que parce qu'elle apparaît, et c'est cette détermination développée qui constitue le phénomène. Par conséquent, l'essence n'est ni derrière ni par delà le phénomène, mais par là que c'est l'essence qui existe, l'existence est phénomène.

C'est là un des côtés de la notion de la chose- Mais l'autre côté est que dan celte ehose. nne matière se trouve là où est l'autre, et que la mat.ere

„ p tre est énétrée elle-même, et dans le même point, on . . ne subsiste qu'en faisant immédiatement la subsistance d'une autre matière . C est Vest vrai, une contradiction. Mais la chose n'est que cette coutrad.c, ou; et'c'est par I qu'elle est pfceW», » .A l'égard de l'espnt, Hegel a. tremarquer qu'on se comporte vis-à-vis de lui d'une mamere analogue, cest- Hrc qu'au lieu de saisir les facultés de l'esprit dans leur ...M, et comme

etéXnt l'une l'autre, ou se les représente comme l««^«^ matières qui sont dans les pores d'autres matières, ma,s ,u n « pén ren point. Seulement l'esprit n'est pas une simple chose, ma.s 1 un.le ou toutes les contradictions se trouvent enveloppées et conediées.

(1) Erscheinen.

(2) Scheincn, qu'il faut distinguer de VErscheinen.

3 Le teiteà : sick aufhebe.ies Besleken : le subsister au, se suPfr„ne lu-Lme. Le Besleken est ici la matière, comme on peut le vo,r par e contexte. Par conséquent, la forme, en tant que determmat.on uega. ve de matière, est ce qui fait que ce par quoi la chose subs.ste. la mat.ere, se supprime lui-même.

Zusatz. L'existence posée dans sa contradiction est le phénomène, qu'il ne faut pas confondre avec le simple apparaître. Celui-ci est la vérité la plus proche de l'être, ou de l'immédiatité. L'immédiat n'est point ce que nous croyons avoir en lui, il n'est pas quelque chose d'indépendant et qui s'appuie sur lui-même, mais il n'est qu'apparence (Schein), et comme telle il est enveloppé dans la simplicité de l'essence. Celle-ci est d'abord la totalité de cette apparence, mais elle ne s'arrête pas à cet état interne (1), et elle passe en tant que raison d'être à l'existence, laquelle, en tant qu'elle n'a pas sa raison d'être en elle-même, mais dans un autre, est précisément le phénomène. Lorsque nous parlons du phénomène, nous y attachons la représentation d'une multiplicité indéfinie de choses existantes, dont l'être n'est qu'une médiation, et qui par suite ne s'appuient pas sur elles-mêmes, mais qui n'ont une valeur qu'à titre de moments. D'où il suit aussi que l'essence n'est pas placée derrière ou par delà le phénomène, mais qu'elle est bien plutôt la bonté infinie, si l'on peut ainsi dire, qui descend dans la sphère de l'apparence et de l'existence immédiate et ne refuse pas à l'apparence le plaisir de l'existence. Cette existence phénoménale n'a pas en elle-même son appui et son être, mais dans un autre. Dieu en tant qu'essence, et aussi en tant que bonté qui pour former le monde accorde rexislence à son apparence, s'affirme en même temps comme puissance qui la domine et comme justice qui fait descendre au rang de simples

(1) Inncrlichkeit : intériorité. Le Schein constitue un état interne, enveloppé, relativement au phénomi^ne.

phénomènes les choses de ce monde, autant que celles-ci se flattent d'exister dans leur indépendance.

Le phénomène est une sphère très-importante de l'idée logique, et l'on peut dire que ce qui distingue la philosophie de la conscience ordinaire c'est que la philosophie considère comme de purs phénomènes les choses auxquelles la conscience ordinaire attribue une existence propre et indépendante. Il importe cependant de bien saisir la nature du phénomène. Lorsqu'on dit d'une chose qu'elle n'est qu'un phénomène, on peut se tromper sur le sens de cette expression en l'entendant de cette façon que, si l'on compare l'être immédiat avec le simple phénomène, le premier constitue un plus haut degré que- le second. Dans le fait c'est le contraire qui a lieu, parce que le phénomène remporte sur le simple être. Le phénomène fait la vérité de l'être, et constitue une plus haute détermination que ce dernier, en ce qu'il contient le double moment de la réflexion, la réflexion sur soi et la réflexion sur l'autre, tandis que l'être ou l'immédiatité est le moment exclusif sans rapport et qui (en apparence) ne s'appuie que sur luimême (I). Mais en disant qu'une chose est un pur phénomène on entend aussi indiquer son manque, lequel consiste en ce que le phénomène est encore une existence essentiellement brisée (2), et qui n'a pas son point d'appui en elle-

(1) Ce n'est qu'en apparence (scheinbar) que l'être est un moment indépendant (nur auf sich Beruhende — s'appuyant seulement sur lui-même) parce qu'en réalité il est le moment le plus dépendant par là même qu'il est le moment le plus immédiat et le plus abstrait.

(2) Diess in sich Gebrochen : que le phénomène est celle chose brisée en elle-même : c'est-à-dire une sphère où les êtres sont brisés, où il n'y a pas encore d'unité.

même. Ce qui s'élève au-dessus de la simple phénoménalité est d'abord la réalité (1) qui constitue la troisième sphère de l'essence et dont il sera question plus loin. — Dans l'histoire de la philosophie moderne c'est à Kant que revient le mérite d'avoir marqué de nouveau la différence de la conscience ordinaire et de la conscience philosophique. Mais Kant s'est, pour ainsi dire, arrêté à mi-chemin, lorsqu'il n'a vu dans le phénomène qu'un élément subjectif, et qu'il a placé hors du phénomène une essence abstraite en tant que chose en soi inaccessible a notre connaissance. N'être que phénomène, c'est là la nature spéciale du monde objectif immédiat, et en le connaissant comme (el nous connaissons par là l'essence, qui ne demeure pasderrière ou par delà le phénomène, mais qui se manifeste comme essence précisément en descendant dans le phénomène. On ne peut pas du reste faire un grief à la conscience irréfléchie (2) si, lorsqu'elle s'efforce d'atteindre à une certaine unité, elle trouve difficile de se reposer sur cet enseignement de l'idéalisme subjectif, que nous n'avons affaire qu'à des phénomènes. Seulement cette conscience trouve commode, lorsqu'elle veut sauver l'objectivité de la connaissance, de s'en tenir à l'être immédiat abstrait et, sans aller plus loin, de le considérer comme constituant le vrai et le réel. Dans son petit écrit intitulé : Sonnenklarer Bericht an der grossert Publikiim liber das eigentliche Wesen der neuesten Philosophie ( « Explication plus claire que le soleil, adressée au grand public, de l'essence spéciale de la nouvelle philo-

(I, Wirklkhkeit. V. § cxlii.

(2) l'nbpfangene :1a conscience ordinaire, irréfléchie, naturelle, par opposition à la conscieuce philosophique proprement dite.

sophie ») et sous la forme populaire d'un dialogue entre lui et le lecteur, Fiehte a voulu montrer la différence de l'idéalisme subjectif et de la conscience immédiate, et s'est efforcé de justilier le point de vue de l'idéalisme subjectif. Dans ce dialogue, le lecteur gémit sur la nécessité qui l'empêche de se placer au point de vue de l'auteur, et se montre désolé que les choses qui l'entourent ne soient pas des choses réelles, mais seulement des phénomènes. Sans doute on ne peut pas trouver mauvais que le lecleur exprime ses regrets, puisqu'on lui demande de se renfermer dans un cercle infranchissable de représentations subjectives. Mais il faut dire en même temps, et laissant de côté la façon subjective de considérer le phénomène, que nous avons toute raison d'être satisfaits que les choses qui nous entourent soient de simples phénomènes, car, si nous avions affaire à des existences immuables et indépendantes, nous mourrions bientôt de faim aussi bien par l'esprit que par le corps.

a. LE MONDE DES PHÉNOMÈNES.

Page 1