CXLI
• Ces abstractions vides (1), où un seul et même contenu doit se trouver à l'état de rapport (2), se suppriment ellesmêmes en passant immédiatement l'une dans l'autre. Le contenu n'est rien autre chose que leur identité (§ cxxxvm) : elles sont l'apparence de l'essence posée comme apparence (3). Par la manifestation de la force l'interne passe a l'existence. Ce passage (4) est une médiation par des abstractions vides. Cette médiation s'absorbe en elle-même dans un état immédiat (5) où l'interne et l'externe sont identiques en et pour soi, et dont la différence consiste
(1) L'interne et l'externe.
(2) Im Verhallnisse : dans le rapport. C'est-à-dire que ce contenu identique se trouve comme brisé dans le rapport de l'interne et de l'externe ; ce qui fait l'imperfection de ce moment.
(3) Sie sind der als Schein geseizle Schein des Vesens. C'est-à-dire qu'ici, dans le mouvement de ce rapport et dans son passage à la sphère de la réalité essentielle, l'apparence disparait en tant que simple apparence par là même qu'elle est posée comme simple apparence, c'est-à-dire comme un moment subordonné de l'essence.
(4) Le texte dit : wird das Innere in Existenz geselzt ; diess Setzen, etc.: l'interne est posé dans V existence; cette position, ou plus littéralement, ce poser, etc. Le Setzen a dans cette sphère une signification spéciale qui se trouve déGnie par ce qui suit.
(5) Es verschwindet in sich selbt zur Unmiltelbarkeit : Elle (la médiation qui a lieu dans le mouvement des termes du rapport) disparaît en elle-même (c'est-à-dire que ce mouvement n'est pas un mouvement extérieur, mais un mouvement qui s'accomplit par et dans les termes mêmes du rapport) pour et dans ïimmédiatité (c'est-à-dire dans un nouvel état, ou moment immédiat, la réalité essentielle).
seulement à être posé (\). Cette identité est la réalité essen* tielle (2).
(1) Le texte a : Deren Unlerschied als nur Gesetztseyn beslimmt isl : dont (de Yimmédiatilë ou du moment immédiat de la réalité essentielle, ou de la réalité essentielle en général) la différence est déterminée comme simple être-posé. C'est-à-dire que le Gesetztseyn — l'être-posé — est la différence spéciûque de cette catégorie. (Sur le Gesetztseyn, voy. paragr. suiv. )
(2) Wirklichkeit, qui se distingue de la Realitiit laquelle n'est qu'uue détermination de l'être. L'être qui a une qualité, le quelque chose, a une réalité. La Wirklichkeit n'est pas seulement l'être, mais l'essence, et elle touche à la notion. Comme il n'y a pas un mot en français pour la distinguer de la Bealitat, je l'ai traduite par réalité essentielle. Du reste, comme c'est l'idée qui détermine la signification du mot, peu importe qu'on emploie le mot réalité essentielle, ou tout simplement réalité, l'essentiel étant de savoir de quelle réalité il s'agit ici. C'est ce qui se trouve en partie déterminé par ce qui précède, et ce qui sera plus complètement déterminé dans les paragraphes qui suivent. Il en est, d'ailleurs, de ce mot comme du mot existence, chose, objet, notion, ou, pour mieux dire, de tous les mots, puisqu'un mot est déûni par la notion qu'il représente. — Comme on l'a vu, le rapport essentiel ou absolu se développe à travers trois rapports : le tout et les parties, la force et ses manifestations, et Vintérieur et V extérieur. Et, d'abord, la nature de ce rapport, c'est-à-dire du rapport essentiel en général, consiste en ce que les deux termes du rapport non-seulement sont inséparables et se réfléchissent l'un sur l'autre, mais qu'ils forment deux totalités indépendantes et en même temps identiques, de telle façon que chaque totalité, tout en étant elle-même, et en subsistant psr elle-même, n'est elle-même que par l'autre, et ne subsiste par elle-même qu'en subsistant par l'intermédiaire de l'autre. Ainsi, un côté du rapport est une totalité qui a essentiellement un terme opposé, qui se continue dans ce terme, et qui, en se continuant dans ce terme, devient phénomène, de sorte que son existence n'est pas son existence, mais l'existence de l'autre terme du rapport. — Le premier rapport d'essence est le rapport du tout et des parties. Dans ce rapport, le monde suprasensible est devenu le tout, et le monde phénoménal, le monde de la différence et de la multiplicité, est devenu les parties. Maintenant, si l'on considère le premier terme du rapport, le tout, on verra que le tout est une unité réfléchie, qui existe pour soi, mais qu'il est, en même temps, une unité négative qui se repousse elle-même, et qui est extérieure à elle-même. Le tout trouve, par conséquent, sa subsistance dans son opposé, dans la multiplicité immédiate, dans les parties ; c'est-à-dire, il se compose de parties, et il n'est le tout que par les parties. 11 fait, il est vrai, leur rapport et leur totalité indépendante; mais il n'est, par cela même, qu'un terme relatif, car ce qui fait cette totalité
c'est plutôt sou opposé, c'est-à-dire les parties, et, par conséquent, ce qui le fait subsister n'est pas en lui-même, mais dans les parties. Et ainsi les parties constituent, elles aussi, la totalité du rapport. Par conséquent, si, d'un côté, elles sont des éléments immédiats et indépendants vis-à-vis de l'élément réfléchi, ou le tout, et si elles existent, elles aussi, pour soi, de l'autre côté, le tout constitue un de leurs moments et il fait leur rapport, car sans le tout, ou hors du tout, il n'y a point de parties. Ainsi, en tant qu'elles constituent des éléments indépendants, ce rapport n'est qu'un moment qui leur est extérieur, et à l'égard duquel elles sont indifférentes. Mais en tant qu'existences multiples, elles convergent les unes vers les autres, et ne subsistent que dans leur unité réfléchie, c'est-à-dire dans le tout. Et ainsi le tout et les parties se conditionnent et s'appellent réciproquement, et comme l'un des côtés du rapport ne subsiste que dans et par l'autre, on a une unité de rapport où le tout et les parties ne sont plus que deux moments; ce qui fait que, soit qu'on prenne l'un ou l'autre de ces côtés, on aura ce côté et le côté opposé ; ce qui veut dire, en d'autres termes, que le tout est égal aux parties, et que les parties sont égales au tout. Le tout, il est vrai, n'est pas égal aux parties, en tant que parties — aux parties prises séparément, — ni les parties ne sont égales au tout, en tant que tout. Mais les parties, en tant que parties, c'est-à-dire hors du lien qui les lie au tout, ne sont pas des parties, et le tout qui n'est pas le tout des parties, ou qui est hors du rapport qui le lie aux parties, n'est pas le tout. Cette égalité du tout et des parties fait que chaque terme ne trouve pas sa subsistance et son indépendance en lui-même, mais daus l'autre; et cet autre qui le fait subsister est le terme qu'il présuppose d'une manière immédiate; de sorte que chaque terme est le premier et fait le commencement du rapport, et il n'est pas le premier, et il trouve son commencement dans l'autre. Par là, les termes du rapport ont perdu leur forme immédiate, et ne sont plus qu'autant qu'ils se posent et se médiatisent réciproquement. Et ils ne sont ainsi posés qu'en tant que termes immédiats qui se suppriment eux-mêmes et passent dans l'autre, constituant ainsi un rapport, ou une unité négative, où chacun d'eux est ainsi conditionné par l'autre que ce dernier constitue l'élément positif de son existence. Ainsi déterminé, le rapport a cessé d'être le rapport du tout et des parties, et a passé dans le rapport de la force et de sa manifestation. Le rapport du tout et des parties est un rapport immédiat et extérieur auquel s'arrête la faculté représentative, ou bien, considéré objectivement, c'est un agrégat mécanique dans lequel la multiplicité des matières indépendantes est ramenée à l'unité, mais à une unité qui leur est extérieure. Dans le rapport de !a force et de sa manifestation, au contraire, les deux termes du rapport ont cessé d'être indifférents et extérieurs l'un à l'autre. La force est le tout, mais elle est le tout qui en se manifestant se continue dans ses parties, ou daus ses manifestations. Le tout, bien qu'il soit composé de parties, cesse d'être uu tout,
en tant qu'il est partagé, tandis que la force est ainsi faite qu'en se manifestant elle demeure identique à elle-même; car sa manifestation est aussi une force. Et, en effet, la force agit, et l'activité n'est pas un état accidentel ou extérieur de la force, mais elle est immédiatement donnée dans la force ellemême, car une force absolument inactive n'est point une force. La force agit donc, et en agissant elle se manifeste, et non-seulement elle se manifeste, mais elle agit sur un autre qu'elle-même. Cet autre qu'elle-même n'est pas une chose ou une matière déterminée ; car la chose et la matière sont des moments qu'on a déjà traversés, et qui n'ont plus de signification ici (§§ cxxv et cxxvi). Par conséquent, cet autre sur lequel la force agit est une autre force comme elle; c'est une force qu'elle présuppose, et qui est la condition de son activité. C'est là la finité de la force. La force n'est pas seulement finie parce qu'elle rencontre un obstacle, ou une autre force, mais parce que son activité ne s'exerce qu'à la condition d'être sollicitée par une autre force. Le commencement absolu du mouvement n'est donc pas inhérent à la force. Car la force n'est pas encore le but qui se détermine lui-môme, mais elle est déterminée à agir, et étant déterminée à agir, elle agit, en tant que force, d'une manière aveugle; ce qui fait que Dieu conçu comme force est un Dieu saus conscience et sans pensée. Ainsi donc, l'on a deux forces, ou la force active qui présuppose une autre force comme condition de son activité. La force présupposée est un obstacle — Anstoss — vis-à-vis de la première, mais un obstacle qui la sollicite à agir (le mot Anstoss a en allemand la double signification d'obstacle et d'impulsion). « L'une des deux forces^ dit Hegel (Gr. Log., liv. II, IIe part., p. 175), est d'abord déterminée comme force qui sollicite — sollicilircnde—ti l'autre comme force sollicitée. Ces déterminations de la forme apparaissent ainsi comme les différences immédiates des deux forces. Mais ces différences se médiatisent essentiellement l'une l'autre. L'une des deux forces est, en effet, sollicitée. Cette sollicitation est une détermination qui lui vient du dehors. Mais c'est elle-même qui la présuppose (puisque c'est la condition de son activité); et c'est une force qui se réfléchit essentiellement sur elle-même, et qui supprime la sollicitation, en tant que sollicitation extérieure. Qu'elle soit sollicitée, c'est, par conséquent, son propre fait; en d'autres termes, c'est elle-même qui fait que l'autre force est une force en général, et une force qui sollicite. La force qui sollicite, à son tour, est dans un rapport négatif avec la première, en ce qu'elle supprime en elle son côté extérieur (le texte dit Acusserlichkeit, sou extériorité'. Elle supprime ce côté, puisqu'elle est la condition qui fait que la force se réfléchit sur ellemême), et par là elle pose une détermination eu elle (lé texte dit: islselzend — elle est posante). Mais elle n'est telle que par la présupposition d'une autre force qui est placée vis-à-vis d'elle ; ce qui veut dire qu'elle ne sollicite qu'autant qu'elle contient, elle aussi, un côté extérieur, et partant elle ne Sollicite qu'autant qu'elle est sollicitée. En d'autres termes, elle n'est une
force qui sollicite qu'autant qu'elle est sollicitée à solliciter. Par conséquent , la première force n'est, à son tour, sollicitée qu'autant qu'elle sollicite ellemême l'autre force à la solliciter. Et ainsi chacune d'elles est sollicitée par l'autre ; et la force ne sollicite, en tant que force active, que parce qu'elle est sollicitée par l'autre; et la sollicitation qu'elle reçoit, c'est elle-même qui la sollicite. Par conséquent, l'impulsion donnée et l'impulsion reçue, ou la manifestation active et la manifestation passive ne sont pas des états immédiats, mais médiats. Chacune des deux forces est ainsi déterminée qu'elle a vis-à-vis d'elle l'autre, qu'elle est médiatisée par l'autre, et que c'est ellemême qui pose et détermine cette dernière... Ainsi, ce que la force manifeste réellement, c'est que son rapport avec une autre force est un rapport avec elle-même, et que sa passivité est enveloppée dans son activité. L'impulsion par laquelle elle est sollicitée à agir est son propre fait. Le moment extérieur qui en résulte n'est pas un moment immédiat, mais un moment médiatisé par elle. Et son identité essentielle avec elle-même n'est pas non plus un moment immédiat, mais un moment médiatisé par sa négation; ce que manifeste la force, c'est que son extériorité est identique avec son intériorité. » Le rapport du tout et des parties constitue un rapport immédiat et extérieur, le rapport de la force et de sa manifestation constitue vis-à-vis du premier uu rapport médiat et intérieur. Le mouvement de la force a amené l'unité de Y extériorité et de l'intériorité. — L'extérieur est l'intérieur, et l'intérieur est l'extérieur; ou ce qui est intérieurement est extérieurement. Et, en effet, l'extérieur n'est pas seulement tel par rapport à l'intérieur, mais il est l'extérieur de l'intérieur, et, réciproquement, l'intérieur n'est pas seulement tel par rapport à l'extérieur, mais il est l'intérieur de l'extérieur. Si l'on considère dans une chose le contenu on aura l'extérieur et l'intérieur dont le contenu sera l'unité. Par conséquent , l'intérieur et l'extérieur sont tellement unis dans le contenu, qu'ils se pénètrent réciproquement, et qu'ils pénètrent le contenu, de façon que l'extérieur ne saurait subsister sans l'intérieur, ni l'intérieur sans l'extérieur, ni le contenu sans eux. Ainsi considérés l'intérieur et l'extérieur ne sont que deux formes du contenu. Mais le contenu ne subsiste pas sans eux, et il n'est leur totalité qu'autant qu'il est tous les deux, et si on le considère indépendamment d'eux, c'est une chose qui lui est extérieure, et qui par cela même est une chose intérieure. \insi l'intérieur qui n'est que l'intérieur est immédiatement l'extérieur, par cela même qu'il n'est que l'intérieur, et l'extérieur qui n'est que l'extérieur est l'intérieur, par cela même qu'il n'est que l'extérieur. Par conséquent, une chose qui n'est d'abord qu'intérieure est par là même une chose extérieure, et réciproquement. Par exemple, le germe, ou l'enfant n'est d'abord qu' intérieurement la plante, ou l'homme. Mais en tant que germe, la plante, ou l'homme n'est qu'une chose immédiate, ou extérieure vis-à-vis de la plante, ou de l'homme développé. Ou bien l'esprit en puissance est