CXLVI
Cette sphère extérieure (1) de la réalité contient, en outre, cette détermination, savoir, que la contingence, en tant que réalité immédiate et identique avec elle-même, par son côté essentiel n'est que comme être-posé (2), mais aussi comme être posé qui est supprimé; elle n'est qu'une existence extérieure (3). La contingence est ainsi un moment présupposé (4), dont l'existence immédiate est en même temps une possibilité; c'est une détermination qui doit être supprimée, pour être la possibilité d'une autre existence. C'est là la condition.
Znsatz. La contingence, en tant que réalité immédiate, est en même temps la possibilité d'une autre existence, non à titre de simple possibilité abstraite, telle que celle que nous avons d'abord rencontrée, mais comme possibilité réelle (5). Et c'est ainsi qu'elle est condition. Lorsqu'on parle de la condition d'une chose, on veut dire d'abord qu'on a une existence, un être immédiat, et ensuite qu'on a une détermination suivant laquelle cet être immédiat doit être supprimé pour servir à la réalisation d'autre chose. La réalité immédiate comme telle n'est pas en général ce qu'elle
(1) Jene Aeusserîickeit : cette extériorité dont il est question paragr. préc.
(2) Wesentlich ist nur als Gesetztseyn : essentiellement, on en tant que moment de l'essence (elle, la contingence) est seulement comme étre-posè. Car, comme on l'a yu, le Gesetztseyn est le caractère spécifique de cette sphère de l'essence.
(3) Le texte a : eine deseyende Aeusserlichkeit : une extériorité existante; c'est-à-dire particulière, limitée, passagère.
(4) Vorausgeselztes. Ainsi la contingence n'est pas seulement posée (gesetzt), mais présupposée, posée à l'avance pour autre chose, elle est la possibilité d'autre chose.
(5) Voy. paragraphe suiv.
DOCTRINE DE l'eSSENOE. — RÉALITÉ ESSENTIELLE. 127
doit être, mais elle est comme brisée ; c'est une réalité finie, et c'est sa destinée de se consumer. Mais l'autre côté de la réalité est aussi sa nature essentielle (1 ). Celle-ci est d'abord à l'état interne, comme pure possibilité, qui par cela même doit être supprimée. Comme réalité supprimée elle entraîne avec elle la naissance d'une nouvelle réalité, qui a pour présupposifion la première réalité immédiate. C'est là le changement que contient la notion de condition. Lorsque nous considérons les conditions d'un être, ces conditions nous paraissent quelque chose de très-simple (2). Mais dans le fait cette réalité immédiate contient le germe de toute autre chose. Cette autre chose n'est d'abord qu'un être possible, forme qui se supprime ensuite, et passe dans la réalité. Celte nouvelle réalité qui naît de cette façon est l'élément interne et propre (3) de la réalité immédiate que la nouvelle réalité consume (4). Ainsi on a toute autre chose, et aussi on n'a rien d'autre ; car la première réalité ne se trouve posée que suivant son essence (5). Les conditions qui s'offrent en holocauste, qui vont s'absorber dans
(1) Ihre YVesentlichkeit : son essenlialité.
(2) Etwas ganz Unbefangenes : quelque chose de tout à fait simple, de tout à fait naïf, et de faussement naïf, en ce qu'elles ne montrent pas ce qu'elles cachent, c'est-à-dire la chose dont elles sont les conditions.
{$) Das eigne Innere, etc. : V interne propre. L'interne, c'est-à-dire la possibilité; propre, c'est-à-dire spéciale de la réalité immédiate qui est la condition.
(4) Ainsi la nouvelle réalité consume (verbrauchl) , absorbe en elle cette autre réalité immédiate qui, en tant que condition, était une possibilité, et partant l'élément spécial interne de cette même réalité immédiate.
(5) C'est-à-dire que la réalité immédiate, qui est la possibilité, ou la condition de la nouvelle réalité, en étant absorbée par celle-ci, se trouve posée suivant son essence; et, par suite, il est vrai de dire qu'on a autre chose, et qu'on n'a pas en même temps autre chose.
leur raison d'être et qui sont consumées en passant dans l'autre réalité ne font que rentrer en elles-mêmes et dans leur unité (1). Tel est le processus de la réalité. La réalité n'est pas l'être immédiat, mais, en tant qu'être essentiel, elle supprime son propre moment immédiat et se médiatise ainsi elle-même.
§ CXLYII.
3). Cette sphère extérieure ainsi développée, comme un cercle de déterminations de la possibilité et de la réalité immédiate, cercle qui constitue leur médiation réciproque, est la possibilité réelle en général (2). Ce cercle est, en outre, une totalité, la totalité du contenu, c'est la chose déterminée en et pour soi, et aussi, suivant la différence des déterminations de cette unité, la totalité concrète de la forme, la superposition immédiate et réciproque de l'interne et de l'externe. Ce mouvement de la forme est une activité. C'est l'activité réalisatrice de la chose, en tant que raison d'être réelle (3) qui s'absorbe dans la réa-
(1) Gehen in der andern Wirklichkeit nur mil sichselbsl zusammen.
(2) Die rcale Moglichkeit. Le contingent n'est pas la simple possibilité, la possibilité immédiate et abstraite, telle qu'elle s'est produite § cxliii, mais il contient la possibilité et la réalité. Il est, par conséquent, une possibilité réelle, et partant une condition.
(3) Bethiitigung der Sache, als des realen Grundes. C'est-à-dire que l'être contingent est une réalité qui est la raison d'être, ou la condition d'une autre réalité ; mais que, par cela même qu'il est la condition d'uue autre réalité, il doit se nier lui-même pour la produire. — 11 faut aussi remarquer que la chose n'est plus ici le Ding du § cxxv, mais la Sache, qu'on pourrait traduire par chose réelle. La contingence, ou l'être contingent est bien une chose en ce qu il contient la chose comme un moment qu'on a traversé et qu'il enveloppe ; mais c'est une chose concrète, un moment de la réalité. Le Ding est cette catégorie où les matures et les propriétés viennent se combiuer pour
lité (1), et l'activité réalisatrice de la réalité contingente, des conditions, c'est-à-dire de sa réflexion sur elle-même, et de son absorption dans une autre réalité, dans la réalité de la chose. Lorsque toutes les conditions se trouvent réunies, la chose doit réellement exister. Mais la chose est elle-même une condition, car en tant que chose intérieure, elle n'est, elle aussi, d'abord qu'une présupposition. La réalité développée, où cette alternation de l'interne et de l'externe vient se réunir en un seul et même terme, où le passage de ces mouvements opposés de l'un à l'autre terme ne fait plus qu'un seul et même moment, celte réalité est la nécessité.
REMARQUE
La nécessité a été définie, et avec raison, l'unité de la possibilité et de la réalité. Mais, ainsi énoncée, cette détermination n'est saisie que d'une façon superficielle, et par suite elle est inintelligible. C'est une notion très-difficile que celle de la nécessité, précisément parce qu'elle est la notion elle-même, mais la notion dont les moments sont
amener le phénomène, etc., etc. La Sache, ou l'être contingent, en tant que moment de la réalité, contient ces déterminations dans son unité. Ainsi la réalité, ou la chose réelle est le phéri07nène et sa loi, le tout et les parties, la force et sa manifestation, etc. Le Ding est l'existence qui passe et s'évanouit dans le phénomène, tandis que l'être réel se conserve dans ses rapports extérieurs, et, tout en devenant un autre être réel, sa réalité se con serve, ou, pour mieux dire, la réalité se conserve dans la multiplicité des êtres réels.
(1) Le mouvement de la contingence est celui-ci : il y a, d'un côté, l'être conlingent à l'état possible, mais qui, par cela même qu'il est l'être contingent, passe de la possibilité à la réalité. Il y a, de l'autre côté, les conditions qui, tout en étant des réalités indépendantes, et qui se réfléchissent sur ellesmêmes, passent et se suppriment pour produire la chose. Voy. plus bas, Remarque.
VÉRA. — Logique de Hegel. il, — 9
130 LOGIQUE. DEUXIÈME PAKT1E.
encore des réalités qu'on doit considérer comme des formes brisées et qui passent (1). Il faut, par conséquent, exposer d'une façon plus complète dans les paragraphes suivants les moments qui constituent la nécessité.
Zusatz. Lorsqu'on dit de quelque chose qu'elle est nécessaire, on demande d'abord, pour quelle raison? Le nécessaire doit ainsi se produire comme un être posé, un être médiat. Mais si nous nous arrêtons tout simplement à la médiation, nous n'aurons pas ce que l'on entend par nécessité. L'être médiat comme tel n'est pas par lui-même, mais par un autre, et partant il est lui aussi un être contingent. Par contre, du nécessaire nous exigeons que ce qu'il est, il le soit par lui-même, et, par suite, qu'il soit sans doute médiatisé, mais qu'il contienne la médiation comme un moment supprimé. C'est ainsi que nous disons du nécessaire qu'zY est, entendant par là que le nécessaire constitue un rapport simple avec lui-même où toute condition par un autre est éliminée. — On a coutume de dire de la nécessité qu'elle est aveugle ; ce qui est exact en ce sens qu'en elle ne s'accomplit pas encore le processus de la finalité. Le processus de la nécessité commence avec l'existence de circonstances dispersées qui paraissent ne pas s'ajuster l'une à l'autre, et n'avoir aucun rapport entre elles. Ces circonstances
(1) Ces réalités sont des formes, précisément parce qu'elles n'ont pas le contenu, et l'unité du contenu de la notion, car la nécessité elle-même n'atteint pas à cette unité. Par cela même ces réalités, ou ces formes de la nécessité, et la nécessité elle-même sont des moments qui passent (Uebergehende). Car bien que la sphère de l'essence soit, comme on l'a vu (§§ 111, 112, 142), la sphère de la réflexion, et que ce soit daus celle de l'être que strictement parlant il y a passage d'un terme à l'autre, cependant on peut dire qu'en un certain sens il y a passage partout où le mouvement des termes n'atteint pas l'unité.
DOCTRINE DE l'eSSENCE. RÉALITÉ ESSENTIELLE. 131
sont des réalités immédiates qui viennent coïncider, et de la négation desquelles sort une nouvelle réalité. Nous avons ici un contenu qui est double, suivant sa forme. D'un côté, il y a le contenu de la chose dont il s'agit, et, de l'autre, il y a le contenu des circonstances diverses qui d'abord apparaissent et s'affirment comme des éléments positifs. Mais le contenu de ces derniers se nie et s'efface, et devient le contenu de la chose. En tant que conditions, les circonstances immédiates disparaissent, mais, en tant que contenu de la chose, elles sont conservées. Ce processus de la nécessité est appelé aveugle, parce que de l'ensemble de ces circonstances et de ces conditions sort toute autre chose que ces dernières. Si nous considérons, au contraire, l'activité qui agit suivant une fin, nous aurons dans la finalité un contenu qui a été conçu à l'avance, et une telle activité n'est pas aveugle, mais douée de conscience. Lorsque nous disons que le monde est régi par la Providence, nous disons au fond que la fin est le principe actif et prédéterminé en et pour soi, de telle sorte que ce qui arrive répond à ce qui a été pensé et voulu à l'avance. Mais il ne faudrait pas conclure de là que la nécessité et la croyance en la Providence divine s'excluent Tune l'autre. Ce qui se trouve au fond de la Providence divine suivant la pensée (dem Gedanken nach), nous le verrons se produire bientôt comme notion. Celle-ci est la vérité de la nécessité, comme, de son côté, la nécessité est déjà virtuellement la notion. La nécessité n'est aveugle qu'autant qu'elle n'est pas pensée suivant la notion (îiicht begriffen wird). 11 n'y a rien, par conséquent, de plus absurde que l'accusation dirigée contre la philosophie
lo2 LOGIQUE. DEUXIÈME PARTIE.
de l'histoire de n'être qu'un fatalisme aveugle, parce qu'elle se propose de mettre en lumière la nécessité dans les événements. En se proposant cet objet, la philosophie de l'histoire acquiert la signification d'une théodicée, et ceux qui prétendent honorer la Providence divine en élaguant d'elle la nécessité ne voient pas que par ce procédé d'abstraction ils la réduisent en réalité à une volonté arbitraire, aveugle et irrationnelle. La conscience religieuse reconnaît d'une façon instinctive et expresse que la nécessité est inhérente à l'essence divine, lorsqu'elle parle des décrets éternels et immuables de Dieu. L'homme en se différenciant de Dieu par ses pensées et son vouloir particulier agit suivant sa volonté arbitraire et ses caprices, ce qui fait que de ses actions on voit sortir toute autre chose que ce qu'il a entendu et voulu. Dieu, au contraire, sait ce qu'il veut, sa volonté éternelle n'est pas déterminée parla contingence interne ou externe, et il accomplit irrésistiblement ce qu'il veut.— Le point de vue de la nécessité a une grande importance pour nos dispositions internes et notre conduite. Lorsque l'on considère les événements comme nécessaires, on n'y voit, au premier coup d'œil, qu'un rapport où il n'y a point de liberté. On sait que suivant les anciens la nécessité est le destin^ tandis que pour les modernes elle est la consolation (1), qui consiste en ce que nous renonçons à nos fins et à nos intérêts dans l'attente d'une récompense. Le destin est, au contraire, sans consolation. Si maintenant nous regardons de plus près la notion que les anciens se faisaient du destin, nous verrons qu'il n'y a nullement en elle une
(1) Der moderne Standpunkt ist dcr des Trostes i le point de vue moderne est celui de la consolation.
pensée de servitude (1), mais bien plutôt de liberté. Cela vient de ce que la servitude consiste à s'arrêter à la contradiction, de telle façon que l'on considère ce qui est et ce qui arrive comme une opposition avec ce qui doit être et arriver. Dans la pensée des anciens, au contraire, il y avait ceci : c'est qu'une chose est parce qu'elle est, et qu'elle est telle qu'elle doit être. Ici il n'y a pas d'opposition, et par suite pas de servitude, pas de regret, pas de douleur. Cette position vis-à-vis du destin est bien, comme nous venons de le remarquer, sans consolation ; mais c'est qu'une telle disposition d'esprit n'a pas besoin de consolation, et cela par la raison qu'ici la subjectivité ne s'est pas encore élevée à sa signification infinie. C'est ce point de vue qu'on doit considérer comme le point de vue décisif et qu'on doit avoir devant les yeux en comparant l'antique pensée (2) avec la pensée moderne, la pensée chrétienne. Si par subjectivité on n'entend que la subjectivité immédiate et finie avec le contenu contingent et arbitraire de ses inclinations et ses intérêts particuliers, ce qu'on appelle en général personne, à la différence de la chose, dans le sens strict du mot (dans le sens où l'on dit : cela tient à la chose, et non à la personne), on ne pourra s'empêcher d'admirer la calme résignation des anciens au destin, et de reconnaître qu'une telle disposition d'esprit occupe une place plus haute et plus digne que la moderne, qui poursuit ses fins subjectives d'une façon égoïste, et qui, lors même qu'elle se voit obligée de se sacrifier pour les atteindre, elle ne s'en console que par l'attente d'en recevoir une récompense sous une autre
(1) Unfreiheit.
(2) Gesinnung : disposition interne, façon de concevoir.
forme. Mais, outre cette subjectivité fausse et finie qui se place en face de la chose, il y a la subjectivité qui dans sa vérité est immanente à la chose, et qui en tant que subjectivité infinie est la vérité de la chose elle-même. Ainsi compris, le point de vue de la consolation contient une tout autre et plus haute signification ; et c'est en ce sens qu'on doit considérer la religion chrétienne comme la religion de la consolation et de l'absolue consolation. Le christianisme enseigne, comme on sait, que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés; enseignement qui exprime la valeur infinie du sujet. Mais celte source abondante de consolation que renferme la religion chrétienne vient surtout de ce qu'on y conçoit Dieu comme sujet absolu (1). Mais le sujet absolu contient le particulier ; et par là notre nature particulière (2) est reconnue non comme un moment abstrait qu'il faut seulement nier, mais aussi conserver. Les Dieux des anciens étaient, il est vrai, considérés aussi comme des personnes ; mais la personnalité d'un Jupiter, d'un Apollon, etc., n'est pas la vraie personnalité; c'est une personnalité purement représentée (3); en d'autres termes, ces Dieux sont de simples personnifications qui comme telles ne se connaissent pas elles-mêmes, mais sont seulement connues. Ce manque et celte impuissance des Dieux de l'antiquité nous les trouvons aussi dans la conscience religieuse des anciens qui soumettaient au destin (au nvnp®\)Avov ou à Yd^papiJÀvri) non-seulement les hommes, mais les Dieux eux-mêmes. El ce destin on se Test repré-
(i) Absolute Subjectivitiit.
(2) Besonderheit : notre particularité.
(3) Vorgeslellte : qui n'est que dans la représentation.
DOCTRINE DE l'eSSENCE. — RÉALITÉ ESSENTIELLE. 135
sente comme une nécessité enveloppée, et partant absolument impersonnelle, dépourvue de toute identité propre (1) et aveugle. Le Dieu du christianisme, au contraire, n'est pas seulement connu, mais il se connaît absolument lui-même; il iv est pas une personnalité purement représentée, mais la personnalité réelle et absolue.
Tout en renvoyant pour le développement des points qui ne sont que touchés ici à la Philosophie de la religion. nous ferons remarquer combien il est important pour l'homme que ce qu'il trouve devant lui il le saisisse dans le sens de l'ancien adage, que l'homme est l'artisan de sa fortune Et ainsi l'homme ne reçoit que ce qu'il a luimême semé. Le point de vue opposé consiste à rejeter sur d'autres , sur les circonstances défavorables et autres choses semblables, la faute de ce qui peut nous arriver de fâcheux. Mais celui-ci est le point de vue de la servitude et aussi la source du mécontentement. Au contraire, lorsque l'homme reconnaît que ce qui lui arrive n'est que l'évolution de lui-même, et que la faute n'est que sa propre faute, il se comporte en homme libre, et, quoi qu'il lui arrive, il ne croit pas qu'on agisse injustement envers lui. L'homme qui vit mécontent de lui-même et de son sort commet précisément, par suite de la fausse opinion qu'on est injuste à son égard , bien des actions blâmables et absurdes. Sans doute, dans ce qui nous arrive la contingence a une large part. Mais cette contingence a son fondement dans la naturalité de l'homme. Chez l'homme qui a la conscience de sa liberté, l'harmonie et la paix de
(1) Selbstlose : sans le soi-même,
l'urne ne sont pas troublées par les événements fâcheux qui peuvent lui. arriver. Et ainsi c'est de la notion que nous nous faisons de la nécessité que dépendent notre contentement et notre mécontentement, et par suite notre destinée.
§ GXLVIII.
Parmi les trois moments, la condition, la chose (1), et Y activité.
a. La condition est a) le moment présupposé. Comme simplement posée, elle ne l'est que par rapport à la chose, mais, comme posée à Y avance (2), elle est pour-soi ; c'est une circonstance contingente extérieure qui existe indépendamment de tout rapport avec la chose. Mais, dans cette contingence, relativement à la chose qui est une totalité, ce moment présupposé est un cercle complet de conditions. P). Les conditions sont passives, elles sont employées comme matériel pour la chose, et elles entrent ainsi dans son contenu. Elles sont donc adéquates à ce contenu et contiennent déjà sa détermination entière.
b. La chose est elle aussi a) un moment présupposé. Gomme posée, elle n'est que chose interne et possible, et, comme posée à l'avance, elle constitue un contenu indépendant. (3) C'est par l'emploi des conditions qu'elle reçoit son existence extérieure, que les déterminations de son contenu se réalisent, déterminations qui de leur côté correspondent aux conditions ; de telle sorte que c'est aussi
(1) Sache. Voyez plus haut, § cxlvi.
(2) Voraus.
par celles-ci que la chose s'affirme comme telle, et c'est d'elles qu'elle sort.
c. Inactivité est a) elle aussi pour-soi (un homme, un caractère, par exemple) et comme moment indépendant, et en même temps elle a sa possibilité dans les conditions et dans la chose ; (3) elle est le mouvement qui transporte les conditions dans la chose, et celles-ci dans celles-là comme constituant le côté extérieur de l'existence ; mais qui plutôt réalise la chose en la faisant sortir des conditions où elle est virtuellement contenue, et en lui donnant l'existence par la suppression de l'existence des conditions elles-mêmes.
REMARQUE
Autant que ces trois moments sont l'un à l'égard de l'autre des existences indépendantes, ce processus ne constitue que la nécessité extérieure. — La chose que cetle nécessité réalise a un conlenu limité; car la chose est ce tout dans sa déterminabilité simple (1). Mais comme elle est extérieure à elle-même dans sa forme, elle l'est aussi en slle-même et dans son contenu, et c'est cette extériorité dans la chose qui fait la limitation de son contenu (2).