‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 22 sur 80 · CXLIX · texte numérisé non relu

CXLIX

Ainsi donc la nécessité est l'essence une et identique avec elle-même, mais c'est l'essence qui a un contenu concret (3) ,

(1) Jn einfacher Bestimmtheit. C'est-à-dire que le résultat de ce mouvement, la chose, renferme bien les trois moments.

(2) La chose est unie quant à sa forme, puisqu'elle n'est qu'en passant de la possibilité à la réalité; elle eit unie quant à son contenu, puisqu'elle n'est pas les conditions.

(3) Inhallsvolle Wesen ; puisqu'elle est ici la Réalité absolue.

138 LOGIQUE. DEUXIÈME PAUTIE.

et qui apparaît au dedans d'elle même, de telle façon que ses différences ont la forme de réalités indépendantes. Et dans cet état d'identité (1) l'essence est en même temps, en tant que forme absolue, l'activité qui supprime l'état immédiat pour produire une médiation, et la médiation pour produire un état immédiat (2). Ici le nécessaire ne se réalise qu'avec le concours d'un élément extérieur (3) , et il se partage en une raison d'être qui est l'intermédiaire (4) de sa réalisation (la chose et l'activité), et en une réalité immédiate et contingente, qui est en même temps une condition. La nécessité qui se réalise à l'aide d'un élément extérieur n'est pas en et pour soi, mais elle est seulement posée (5). Cependant cette médiation se supprime immédiatement elle-même. La raison d'être et la condition contingente passent dans un nouvel état immédiat, où ce qui n'était d'abord que posé s'efface en s'absorbant dans la réalité, et par là la chose rentre dans son unité (6). Dans ce retour sur lui-même, le nécessaire est la réalité qui s'est affranchie de toute condition. Le nécessaire est ainsi mé-

(1) Und dies Identische, cette chose identique. — La nécessité qui fait le fond de la contingence.

(2) C'est là, en effet, le mouvement de la contingence. Car la réalité immédiate est supprimée pour produire une médiation, c'est-à-dire la condition, et celle-ci est supprimée pour produire la chose, qui constitue, à son tour, un autre état, ou une autre réalité immédiate.

(3) Durch eia Anderes. — Par un autre. — C'est-à-dire par des termes qui ne sont pas posés immédiatement par lui, — le nécessaire — et qui apparaissent comme s'ils lui étaient extérieurs, comme s'ils n'étaient pas néces sa ires.

(4) Vermittelnden Grund : la raison d'être médiatrice.

(5) Elle ne se pose pas elle-même, mais elle est posée comme résultat dans la chose.

(6) C'est-à-dire qu'ici la chose et les conditions ne font qu'un.

DOCTRINE DE l'eSSENCE. — RÉALITÉ ESSENTIELLE. 139

diatisé par un cercle de circonstances; il est nécessaire parce que les circonstances le sont aussi, et dans l'unité (1) il est nécessaire sans médiation, — il est nécessaire 'parce qu'il est (2).

(1) Le texte dit : In Einem, in uno. C'est-à-dire que dans l'unité du mouvement de la contingence, la nécessité n'est plus une nécessité relative qui s'accomplit par un intermédiaire; elle n'est plus parce que telle autre chose est, mais elle est parce qu'elle est.

(2) Les principales catégories, depuis § cxliï, sont la réalité, la possibilité et la contingence, qui est, d'une part, une réalité réelle, laquelle se distingue de la réalité possible, et, d'autre part, une possibilité réelle, et une nécessité relative; et enûn la nécessité absolue, qui est aussi la possibilité et la réalité absolue. — Et, d'abord, on a la réalité, mais la réalité à l'état immédiat et sans réflexion, la réalité qui, comme unité de Yinterne et de Vexlerne, peut devenir, mais qui n'est pas encore devenue toute réalité ; en d'autres termes, on a la possibilité. Ce qui est réel est possible. Or, la réalité dans son état immédiat et purement abstrait n'est que la possibilité. C'est une forme où il n'y a pas encore de contenu, — les choses réelles — mais qui, par cela même qu'il n'y a pas de contenu, n'est qu'une forme imparfaite, ou, si l'on veut, elle n'est pas la totalité de la forme, ou la forme absolue. On a donc la possibilité, et la réalité qui n'est ici qu'une possibilité. Mais il y a dans la possibilité deux côtés, un côté positif, et un côté négatif, une réflexion sur soi, et une réflexion sur un autre que soi. D'après la première détermination, la possibilité est un terme indéterminé et sans rapport, la possibilité de toutes choses; d'après la seconde détermination, elle n'est la possibilité que relativement, et en vue de la réalité. Et, en effet, la possibilité appelle nécessairement la réalité ; et elle ne l'appelle pas seulement parce qu'on ne saurait la concevoir sans elle, et que celui qui pens? la possibilité, ou, pour mieux dire, la pensée même qui pense la possibilité est une réalité, ce qui ne serait que le fait de notre réflexion subjective; mais parce que la possibilité n'est pas la possibilité de la possibilité, mais la possibilité de la réalité, et que ce n'est qu'à ce titre qu'elle est la possibilité, ce qui veut dire qu'elle suppose la réalité, et qu'elle n'est qu'un moment de la réalité elle-même. Et, en effet, la pure possibilité n'est qu'une abstraction ; c'est l'abstraction de la réalité elle-même dans laquelle on a supprimé toute différence, tout rapport et tout contenu. C'est l'identité pure, ou l'être pur, ou, ce qui revient au même, c'est la différence pure, ou le pur non-être, qui se reproduit comme possibilité dans la sphère de la réalité. Lorsqu'on dit que le possible est ce qui ne renferme pas de contradiction, c'est qu'on fait abstraction de tout contenu. Mais comme il n'y a pas d'être dont le contenu ue renferme pas de contradiction, le possible serait, en ce cas, l'impossible (§ cxliii).

D'ailleurs, en disant que l'être possible est ce qui ne renferme pas de contradiction, on présuppose déjà l'être réel, l'être réel dans lequel on a supprimé tout contenu, et qu'on a réduit à la pure forme de la possibilité. Par conséquent, la possibilité n'est que la réalité elle-même, ou, pour mieux dire, elle n'est qu'un moment de la réalité. La réalité est d'abord la réalité immédiate et abstraite, et comme telle elle est la possibilité. Elle est donc la réalité de la possibilité, et la possibilité de la réalité, ou, pour mieux dire, elle est la réalité possible et la possibilité réelle; en d'autres termes, elle est la contingence. La contingence est l'unité du possible et du réel; elle est leur devenir (§§ cxlvi, cxlvii). Dans la contingence, la possibilité et la réalité sont ainsi combinées, que nou-seulement elles s'appellent l'une l'autre, mais que l'une est donnée dans l'autre. Et, en effet, l'être contingent est une possibilité, mais une possibilité réelle; et, d'un autre côté, il est une réalité, mais une réalité possible, c'est-à-dire une réalité qui, tout en étant, peut n'être pas, ou être autrement qu'elle n'est; ce qui veut dire que l'être contingent contient d'autres possibilités, lesquelles ne sont pas ici des possibilités abstraites et purement formelles, mais des possibilités réelles comme lui. Et ainsi la possibilité d'un être contingent fait la possibilité d'un auJre être contingent^ et comme la possibilité du premier est une possibilité réelle, la possibilité du second est une possibilité réelle aussi. On a ainsi un ensemble de réalités contingentes dans lesquelles : 1° considérées séparément, la possibilité est une possibilité réelle, et la réalité est une réalité possible, et, 2° considérés conjointement, la possibilité de l'une est la condition de la possibilité de l'autre, et partant la réalité de l'une est la condition de la réalité de l'autre. On a, en d'autres termes, un ensemble, un cercle d'êtres contingents dont la possibilité et la réalité se conditionnent réciproquement. Par là la contingence est déjà la nécessité. Et, en effet, la nécessité est, et la contingence est aussi. De plus, les possibilités qui forment le monde de la contingence ne sont plus ici de pures possibilités, mais des possibilités, des conditions, des circonstances réelles (§ cxlviii). Envisagée ainsi, la contingence est une réalité comme la nécessité, c'est-à-dire elle est, et par cela même qu'elle est, elle est nécessaire. Cependant ce n'est eucore qu'une nécessité extérieure et relative dans laquelle la forme ainsi que le contenu sont limités, par cela même qu'elle n'est qu'à l'aide d'une condition, et que bien qu'elle soit nécessairement, elle n'est nécessairement qu'en passant de la possibilité à la réalité, et en y passant par l'intermédiaire d'un terme extérieur (§§ cxlviii, cxlix). Et, en effet, la contingence est, d'un côté, la réalité qui est, et qui, d'un autre côté, peut être autre qu'elle n'est, mais qui, parla même que la possibilité n'est ici qu'un moment de la réalité, ou la contingence, doit devenir cette autre réalité ; seulement elle ne le devient qu'à l'aide de circonstances et de conditions extérieures. Et ainsi l'on a la chose, l'être contingent, d'une part, et les conditions, d'autres êtres contingents, de l'autre. La chose e?/, elle est une réalité immédiate par un côté, et une possibilité par l'autre. Les conditions sont elles aussi, elles sont des réalités

immédiates, mais elles sont en même temps des possibilités de la réalité qui doit devenir. Lorsque toutes les conditions se trouvent réunies, l'être réel se produit. Et ainsi la contingence est, à cet égard, la nécessité, et ce qui est possible est aussi nécessaire. — La linité d<s la nécessité consiste ici en ce qu'elle débute par la contingence, ou, ce qui revient au même, en ce que l'être continrent est l'intermédiaire par lequel se produit l'être nécessaire. Le résultat est nécessaire, mais le point de départ et les éléments à l'aide desquels le résultat est amené sont contingents. Cela fait que la forme n'est pas adéquate au contenu, et que le contenu est lui-même un contenu limité, c'est-à-dire une réalité qui, tout en étant nécessairement, ne s'est pas affranchie de la possibilité, c'est-à-dire encore, une réalité qui est la possibilité d'une autre réalité, et qui n'est pas la réalité entière. La nécessité n'est, par conséquent, ici qu'une nécessité intérieure et enveloppée, une nécessité qui, au lieu de poser la contingence, apparaît comme si elle était posée par elle, ou qui présuppose la contingence comme un terme sans lequel elle ne peut pas s'accomplir. Cependaut ce mouvement de la contingence n'est, au fond, que le mouvement de la nécessité elle-même. C'est le mouvement à travers lequel la nécessité se pose et se reconnaît comme nécessité de la contingence ellemême, ou comme nécessité et réalité absolues. En effet, ces présuppositions , ces éléments dispersés, ces circonstances multiples et en apparence éloignées, c'est la nécessité elle-même qui les pose. Ces possibilités diverses — les conditions et la possibilité de la chose — leur rapprochement et leur unité dans le résultat constituent, pour ainsi dire, un seul et même mouvement, et elles sont l'œuvre d'un seul et même principe. Les conditions de la chose contiennent en soi la chose dont elles sont les conditions. A son tour, la chose u'est elle aussi qu'une condition ou une possibilité, comme les conditions elles-mêmes, et elle contient en soi les conditions comme elle est contenue par elles. Le rapprochement de ces éléments, rapprochement d'où doit sortir la réalité, est l'œuvre de l'activité de la forme qui est la forme même de la îécessité; activité qui fait que les conditions se combinent nécessairement avec la chose dont elles sont les conditions, et que la ehose s'approprie les conditions qui sont faites pour elle. Sous des conditions données, la chose doit se produire, et elle ne peut ne pas se produire. La nécessité du résultat est donc la même nécessité qui pose et stimule les conditions et les possibilités qui doivent amener ce résultat, et, en posant le résultat, la nécessité ne fait que rentrer dans son unité. Par là la nécessité a pénétré et façonné tous les moments de la possibilité et de la réalité, et elle est la réalité et la possibilité absolue. Tout ce qui est possible est réel, et tout ce qui est réel est nécessaire; il n'y a ni possibilité ni réalité en dehors de la nécessité. Ici la réalité n'est pas parce que telle autre réalité est, mais elle est parce qu'elle est, et c'est parce qu'elle est, que l'être contingent et possible est aussi. Or, cette réalité nécessaire et absolue, qui enveloppe tous les moments de la possibilité et de la réalité, est la Substance.

JZr2 LOGIQUE. — DEUXIÈME PARTIE.

a. RAPPORT DE SUBSTANCE (1).

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