CL
Le nécessaire est en lui-même le rapport absolu, c'està-dire il est le processus qui s'est développé (dans les paragraphes précédenls), processus où le rapport s'absorbe précisément dans l'identité absolue.
REMARQUE
Dans sa forme immédiate il est le rapport de la substautialitè et de Yaccidentalité. L'identité absolue de ce rapport avec lui-même est la substance comme telle, qui en tant que nécessité est la négativité de cette forme interne (2), et se pose ainsi comme réalité, mais qui nie par là même cette existence extérieure suivant laquelle l'être réel, en tant qu'être immédiat, n'est qu'un être accidentel, qui par suite de sa possibilité passe dans une autre réalité : c'est un passage qui constitue l'identité substantielle en tant qu'activité de la forme (§ 1/| 8, 149).
§ CLL
La substance est ainsi la totalité des accidents, dans lesquels elle se manifeste comme leur négativité absolue,
(1) SubstantialiUUs-VerhiiltnisSi
(2) Die Negativitat dieser Form der Innerlkhheit : la négativité de celte forme de l'intériorité. C'est-à-dire que la substance comme telle> la substance active et qui se réalise, nie son moment immédiat où elle existe comme substantialité et accidentalité, — moment où elle existe aussi comme substance intérieure et enveloppée*
c'est-à-dire comme puissance absolue, et en même temps comme source de tout contenu. Mais ce contenu n'est rien autre chose que cette manifestation elle-même, car la déterminabilité qui se réfléchit sur elle-même dans le contenu n'est qu'un moment de la forme qu'absorbe la puissance de la substance. La substantialité est l'activité absolue de la forme et la puissance de la nécessité, et tout contenu n'est qu'un moment qui n'appartient qu'à ce processus; c'est le changement absolu de la forme et du contenu de l'un en l'autre.
Zusatz. Dans l'histoire de la philosophie nous rencontrons la substance comme principe de la philosophie de Spinoza. Bien des malentendus ont eu lieu, et bien des jugements superficiels ont été portés sur la signification et la valeur de cette philosophie aussi célèbre que décriée. C'est surtout l'accusation d'athéisme et de panthéisme qu'on a l'habitude de lancer contre elle, et cela parce que Dieu y est conçu comme substance, et seulement comme substance. Ce qu'il y a de fondé dans cette accusation est marqué par la place que la substance occupe dans le système de l'idée logique. La substance est un degré essentiel dans le développement de l'idée. Cependant elle n'est pas l'idée elle-même, l'idée absolue, mais l'idée sous la forme encore limitée de la nécessité. Or Dieu est bien la nécessité, ou comme on pourrait aussi dire, la. chose absolue (1), mais il est en même temps personne, et c'est là le point auquel ne s'est pas élevé Spinoza ; et sous ce rapport il faut accorder que la philosophie de
(1) Absolute Sache : la chose absolue, la chose en tant que réalité absolue.
\[\!i LOGIQUE. — DEUXIÈME PARTIE.
Spinoza est restée en arrière de la vraie notion de Dieu, qui fait le contenu de la conscience religieuse chrétienne. Spinoza élait par sa naissance juif, et c'est en général l'intuition orientale, suivant laquelle tout être fini n'estqu'unêtre changeant et passager, quia trouvé dans sa philosophie son expression rationnelle. Celte conception orientale de l'unité de la substance forme bien le fondement de tout développement ultérieur véritable, seulement on ne doit pas s'y arrêter. Ce qui y fait défaut c'est le principe occidental de l'individualité, qui fit sa première apparition sous la forme philosophique en même temps que le spinozisme dans la monadologie de Leibnilz. — ■ Si nous examinons maintenant le reproche d'athéisme adressé à la philosophie de Spinoza, nous verrons combien peu il est fondé, en faisant réflexion que non-seulement Dieu n'y est pas nié, mais qu'il y est reconnu comme le seul être véritable. Et l'on ne pourra pas objecter que si Spinoza parle de Dieu comme du seul être véritable, son Dieu n'est pas cependant le Dieu véritable, et que par suite c'est comme s'il n'était pas. Car à ce titre il faudrait aussi accuser d'athéisme toutes les philosophies qui se sont arrêtées à un degré subordonné de l'idée, et il faudrait en accuser non- seulement les Juifs et les Mahométans pour qui Dieu est seulement le Seigneur (1), mais aussi tous les nombreux chrétiens qui ne conçoivent Dieu que comme l'essence suprême, inaccessible à la connaissance et placé par delà l'univers. Vu de plus près, le reproche d'athéisme qu'on adresse à la philosophie de Spinoza se réduit à ceci : c'est que dans celte
(1) Herv : ce qui n'est qu'une notion abstraite de Dieu.
philosophie on ne fait pas sa part légitime au principe de la différence ou de la finité. Et ainsi, comme, suivant elle, il n'y a pas à proprement parler de monde, de monde qui possède une réalité positive, ce système ne devrait pas cire désigné par le nom d'athéisme, mais bien plutôt d'acosmisme. On peut voir aussi par là jusqu'à quel point est justifiée l'accusation de panthéisme. Si l'on entend, ainsi que cela arrive très-souvent, par panthéisme une doctrine qui considère comme Dieu les choses finies et leur ensemble, on ne pourra refuser d'absoudre la philosophie de Spinoza de l'accusation de panthéisme, puisque suivant elle les choses finies ou le monde en général ne possède point de vérité. Mais c'est au contraire à cause de son acosmisme que cette doctrine est panthéistique. — Le vice que nous venons de signaler dans cette doctrine et qui affecte son contenu se retrouve aussi dans sa forme, et cela d'abord parce que Spinoza place au point culminant de son système la substance, qu'il la définit l'unité de la pensée et de l'étendue, sans démontrer comment il a obtenu cette différence, ni comment il a ramené cette différence à l'unité. Tout le contenu de cette doctrine se trouve ensuite exposé suivant la méthode mathématique, et conformément à cette méthode on y pose d'abord des définitions et des axiomes auxquels viennent se rattacher des théorèmes dont la preuve ne consiste qu'à les ramener, suivant les procédés de l'entendement, à ces présuppositions non démontrées. Si maintenant il y en a qui, tout en repoussant le contenu et les résultats de cette philosophie, en admirent la méthode et ses déductions rigoureuses, il faut dire à cet égard que cette admiration illimitée de la
VÉRA. — Logique de Hegel. H, — 40
forme est tout aussi peu fondée que le rejet illimité du contenu. Le défaut du contenu de cette philosophie vient précisément de ce que la forme n'y est pas saisie comme forme immanente du contenu, ce qui fait qu'elle vient s'y ajouter au contenu comme une forme extérieure et subjective. La substance telle qu'elle est saisie par Spinosa, c'està-dire d'une façon immédiate, et sans aucune médiation dialectique précédente est, en tant que puissance négative universelle, ce gouffre ténébreux et informe où va s'engloutir, comme s'il n'avait point de réalité, tout contenu déterminé, et qui ne produit rien qui ait une réalité propre et positive.
§ CLÎL
Suivant le moment où la substance se différencie comme puissance absolue qui est en rapport avec elle-même, en tant que possibilité interne, et par là, en tant que puissance qui se détermine dans les accidents, et dans la réalité externe ainsi posée, suivant ce moment, la substance constitue ce rapport spécial qui la fait ce qu'elle est dans la première forme de la nécessité ; c'est le rapport de causalité.
b. RAPPORT DE CAUSALITÉ.