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La substance est cause, parce que, tout en passant dans l'accident, elle se réfléchit sur elle-même, et par là elle se pose comme chose originaire (1) , mais en même temps
(1) « Ursprûngliche Sache », comme chose qui est présupposée à l'effet. C'est-à-dire qu'en tant que puissance qui pose et nie les accidents, et qui par là soutient aussi un rapport négatif avec elle-même, la substance est cause.
parce qu'elle supprime cette réflexion sur elle-même, ou sa simple possibilité, et qu'elle se nie elle-même et produit ainsi un effet, une réalité qui n'est ainsi que posée (1), mais qui est nécessairement posée par le processus du principe actif (2).
REMARQUE
Comme chose originaire, la cause est absolument indépendante de l'effet, et subsiste et se maintient en face de l'effet. Mais, dans la nécessité, dont l'identité constitue cette primitivité même (3), elle passe dans l'effet. Il n'y a pas de contenu (autant qu'il peut être encore question d'un contenu déterminé) (û) dans l'effet qui ne soit pas dans la cause ; et celte identité (5) est le contenu absolu lui-même. A côté du contenu il y a aussi la forme, et il est vrai que la cause perd ce caractère de primitivité en passant, et en se posant dans l'effet. Mais la cause ne disparaît pas dans l'effet, comme si celui-ci éiait la seule réalité. Car cette position (6) de la cause dans l'effet est immédiatement supprimée, et c'est elle plutôt qui constitue le retour de la cause sur elle-même et sa primitivité. C'est dans l'effet que
(1) Posé par la substance, en tant que cause.
(2) Durch den Process des Wirkens. « Par le processus de Veffectuation (efficiendi) , c'est-à-dire, l'effet n'est qu'un moment de la causalité elle-même, qui n'est cause que par et dans l'effet.
(3) C'est-à-dire que la cause, comme momeut de la nécessité, passe nécessairement dans l'effet; et qu'elle n'est cause, ou chose originaire, que par son identité avec l'effet.
(4) Parce que la forme et le contenu sont des moments qu'on a déjà traversés, et qui sont enveloppés dans la causalité.
(5) L'identité de la cause et de l'effet.
(6) Diess Gesetztseyn. Cet être-posé de la cause dans l'effet,
l/l8 LOGIQUE. DEUXIÈME PARTIE.
la cause est d'abord cause, et cause réelle. Par conséquent, la cause est en et pour soi causa sui (1).
Jacobi (2), par suite de la manière incomplète dont il conçoit le moyen terme, a considéré la causa sui [Yeffectus sui est la même chose), cette absolue réalité de la cause, comme un pur formalisme (3). 11 a aussi prétendu que Dieu ne doit pas être déterminé comme raison d'être, mais essentiellement comme cause (4). Un examen plus approfondi de la nature de la cause lui aurait montré que parla il n'atteignait pas le but qu'il avait en vue. A l'égard du contenu, cette identité se rencontre même dans les causes finies et dans leur représentation. La pluie, — la cause, — et l'humidité, — l'effet, — sont une seule et même chose, c'est-à-dire l'eau. Quant à la forme, la cause (la pluie) ne se retrouve plus dans son effet (l'humidité). Mais l'effet lui-même, qui n'est rien sans la cause, perd sa détermination, et il ne reste plus que l'humidité à l'état d'indifférence (5).
La cause, dans le sens ordinaire du rapport causal, est finie si son contenu est fini, — dans les substances finies, par exemple, — et autant que la cause et l'effet sont considérés comme deux existences distinctes et indépendantes ; ce qu'elles ne sont qu'autant qu'on y fait abstraction de leur rapport de causalité. Mais comme, tout en les différen-
(1) Puisqu'elle secontinue dans l'effet et qu'elle n'est cause qu'en posant l'effet.
(2) Lettres sur Spinoza, p. 416, 2e édit.
(3) C'est-à-dire, comme une forme purement subjective et nominale.
(4) Nicht als Grund, sondem wesentlich als Ursache. Parce que, dans l'opinion de Jacobi, la raison d'êlre ne peut pas se séparer de la chose dont elle est la raison d'être, comme la cause peut être séparée de reflet.
(5) Dont on ne pourra dire ni qu'elle est effet, ni qu'elle est cause.
ciant par la forme, on conserve entre les choses finies un certain rapport, on a par là une série de termes où la cause se trouve posée, c'est-à-dire devient, à son tour, effet, lequel a une autre cause, et ainsi de suite; d'où naît ici aussi le progrès des causes à l'infini. De même en descendant des causes aux effets, on a un effet qui est cause, laquelle, par conséquent, a un effet, qui, à son tour, a un autre effet, et ainsi de suite à l'infini.
Zusatz. Autant l'entendement a l'habitude de regimber contre la substance, autant, par contre, la causalité, c'està-dire le rapport de cause et d'effet lui est familier. Lorsqu'il s'agit de concevoir un contenu comme nécessaire c'est principalement au ropport de causalité que l'entendement réfléchissant s'attache à le ramener. Maintenant, ce rapport appartient bien à la nécessité, mais il ne constitue qu'un côté de son processus, lequel consiste précisément à supprimer la médiation contenue dans la causalité et à s'affirmer comme rapport simple avec lui-même. Si l'on s'arrête à la causalité comme telle, on ne l'aura pas dans sa vérité, mais seulement comme causalité finie, et sa finité consiste en ce que la cause et l'effet y sont maintenus dans leur différence. Mais la cause et l'effet, s'ils sont différenciés, sont aussi identiques; ce qui est attesté par notre conscience ordinaire elle-même, lorsque nous disons que la cause n'est cause qu'autant qu'elle a un effet, et que l'effet n'est effet qu'autant qu'il a une cause. La cause et l'effet constituent, par conséquent, un seul et même contenu, et la différence qui les distingue d'abord est la différence qui existe entre poser et être posé, différence formelle qui s'efface ensuite, à tel point que la cause n'est pas seu-
lement cause d'un autre qu'elle-même, mais aussi d'ellemême, et que l'effet n'est pas seulement l'effet d'un autre que lui-même, mais aussi de lui-même. D'après cela, la fmité des choses vient à cet égard de ce que, pendant que la cause et l'effet sont identiques suivant leur notion, ces deux formes se produisent comme séparées, de telle façon que la cause est bien aussi effet, et l'effet est bien aussi cause, mais que la cause n'est pas effet sous le même rapport sous lequel elle est cause, et l'effet n'est pas cause sous le même rapport sous lequel il est effet. C'est ce qui ramène le progrès à l'infini sous forme d'une série indéfinie de causes, série qui se produit aussi comme une série indéfinie d'effets.
§ GLIV.
L'effet se distingue de la cause, et comme effet il est posé par elle. Mais cette position (1) implique la réflexion sur soi et le moment immédiat, et l'action de la cause, sa position est en même temps une présupposition (2), en tant qu'on maintient la différence de l'effet d'avec la cause. Il y a ainsi une autre substance dont est fait l'effet. Cette substance, en tant que substance immédiate, n'est pas la négativité qui est en rapport avec elle-même (3), elle n'est pas active, mais passive. Cependant comme substance elle est aussi active, elle supprime le moment immédiat présupposé
(1) Le texte a : Das Gesetztseyn : l'êlre-posé. C'est-à-dire dans l'effet qui est posé par la cause, il y a, en tant qu'il se distingue de la cause, le moment de la réflexion sur soi, et l'irnmédiatité.
(2) lhr Setzen ist zugleich Voraussetzen : son (de la cause) poser est en même temps présupposer. Car la cause non- seulement pose l'effet, mais le présuppose.
(3) La négation de la négation.
DOCTRINE DE l'eSSENCE.— RÉALITÉ ESSENTIELLE. 151
et l'effet qu'on a pincé en elle, elle réagit, c'est-à-dire elle supprime l'activité de la première substance; mais celle-ci supprime à son tour son moment immédiat ou l'effet posé en clic, et par là l'activité de l'autre, et réagit. De cette façon la causalité passe dans le rapport de réciprocité d'action.
REMARQUE
Bien que dans la réciprocité d'action la causalité ne soit pas encore placée dans sa détermination véritable, le progrès indéfini des causes et des effets s'y trouve cependant supprimé, en ce que la fuite en ligne droite, allant des causes aux effets et des effets aux causes, est brisée et ramenée sur elle-même. Ce retour du progrès indéfini à un rapport fermé est fondé, comme partout ailleurs, sur cette réflexion simple (i), suivant laquelle dans cette répétition irrationnelle (w2) des termes il n'y a qu'une seule et même chose, savoir une cause, et une autre cause et leur rapport réciproque. Le développement de ce rapport, l'action réciproque, est cependant lui-même l'alternation de la différenciation (o) non de causes, mais de moments (4), dans chacun desquels, en vertu de cette identité et de cette indivisibilité qui fait que la cause est cause dans l'effet, et que l'effet est effet dans la cause, se trouve posé l'autre.
(1) ht wie Ûberall die einfache Reflexion : est comme partout (c'est-à-dire partout où se produit le progrès indéfîui) la simple réflexion, etc. Par réflexion, il va sans dire, il ne faut pas entendre la réflexion subjective, mais la réflexion objective de l'idée.
(2) Gadankenlose; qui n'est pas suivant la vraie pensée.
(3) Abwechselung des Unterscheidcns : le différencier, la différenciation alternée et réciproque de la cause et de l'effet.
(4) C'est-à-dire non de causes en tant que causes, ou d'effets en tant qu'effets, mais des moments où chacun desquels est à la fois cause et effet.