‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 25 sur 80 · CLV · texte numérisé non relu

CLV

Les déterminations qui dans la réciprocité d'action sont maintenues comme différentes sont a) en soi les mêmes ; l'un des deux côtés est, aussi bien que l'autre, cause, existence première, actif, passif, etc. Tous les deux se présupposent et agissent l'un sur l'autre, tous les deux se précèdent et se posent l'un l'autre, et la cause qu'on considère comme première est, par suite de son état immédiat, passive, elle est posée, elle est effet. Il n'y a donc pas réellement deux causes différentes, mais en soi une seule et même cause qui se nie comme substance dans son effet, et qui ne devient cause réelle et indépendante qu'en produisant Feffet.

§ CLYI.

Mais cette unité existe aussi pour soi, parce que ce mouvement alterné des termes n'est que l'acte propre (2) de la cause, acte qui fait son être. Cet évanouissement de la différence n'est pas un évanouissement virtuel, ou le fait de notre réflexion (3). Mais la réciprocité d'action consiste précisément à supprimer la détermination posée, à la changer en la détermination contraire, et à annuler par là

(1) Wechselwirkung .

(2) Das eigene Setzen : littéralement « le poser propre ».

(3) Nur an sich, oderunsere Réflexion : ainsi que cela a lieu dans le paragraphe précédent où l'identité des termes est posée seulement en soi, ou pour nous, comme réflexion qui les compare et les unit, mais qui n'est pas leur unité propre et objective.

l'existence immédiate et distincte des deux moments. Dans la primitivité de la cause se trouve posé l'effet, ce qui veut dire que cejte primitivité est supprimée ; l'action d'une cause se change en réaction, etc.

Zusatz. La réciprocité d'action est le rapport de causalité posé dans son complet développement, et c'est à ce rapport qu'a recours la réflexion lorsqu'on considérant les choses du point de vue de la causalité, elle ne s'en tient pas au progrès infini des causes et des effets. -Ainsi, par exemple, dans la considération des causes historiques on se demande d'abord, si c'est dans le caractère et les mœurs d'un peuple qu'il faut voir la cause de ses institutions et de ses lois, ou bien, si les premiers ne sont qu'un effet de ces dernières; et puis on va plus loin, et l'on embrasse, d'une part, le caractère et les mœurs et, de l'autre, les institutions et les lois sous le point de vue de la réciprocité d'action ; de telle façon que la cause, sous le même rapport sous lequel elle est cause, est aussi effet, et l'effet, sous le même rapport sous lequel il est effet, est aussi cause. C'est là ce qui a lieu aussi dans la considération de la nature, et surtout de l'être vivant dont les fonctions et les organes sont liés entre eux par le rapport de causalité réciproque. La réciprocité d'action est ce qui fait la vérité (die nàchste Wahrheit, la vérité la plus proche) de la cause et de l'effet, et elle touche à la limite de la notion. Mais c'est précisément à cause de cela qu'on n'est pas satisfait de l'application de ce rapport, lorsqu'on veut connaître la notion des choses. Si, en considérant un contenu donné, on s'arrête à le considérer sous le point de vue de la réciprocité d'action, on n'aura là en réalité qu'un rapport où il n'y a pas de notion

(begrifflos). On n'aura devant soi qu'un fait incomplet, et la médiation demeurera toujours insuffisante. Et, en y regardant de plus près, on verra que l'insuffisance qu'on rencontre dans la réciprocité d'action consiste en ce qu'au lieu d'être l'équivalent de la notion, ce rapport doit être lui-même entendu et compris suivant la notion [begrifferi); ce qui s'accomplit en ne laissant pas aux deux côtés du rapport leur forme immédiate mais, ainsi qu'on l'a démontré dans les paragraphes précédents, en les reconnaissant comme moments d'un troisième terme, d'un terme plus élevé, qui est la notion. Considérons- nous, par exemple, les mœurs du peuple Spartiate comme l'effet de sa législation, et, réciproquement, celle-ci comme l'effet des premières, nous pourrons avoir par là une vue exacte de la vie de ce peuple. Mais ce sera en même temps une vue qui ne satisfera pas complètement l'esprit, parce qu'en effet nous ne saisissons par elle ni la notion de la législation, ni celle des mœurs du peuple Spartiate, ce qui ne s'accomplit qu'autant qu'on reconnaît que ces deux côtés du rapport, ainsi que tous les autres éléments qui constituent la vie et l'histoire du peuple Spartiate, sont tondes sur cette notion. »

§ CLVJJ.

Ce simple mouvement alterné qui s'accomplit dans un seul et même terme (1) est la nécessité développée ou réa-

(1) Le texte dit seulement : dieser reine Wechsel mit sich selbsl : littéralement : ce pur mouvement alterné avec soi-même. En effet, l'idée a atteint cette sphère de l'unité où le mouvement ne va plus d'un terme à l'autre, mais se fait au dedans du même terme. L'alternatiou est donc une alternation qui a lieu dans le même terme, ou suivant l'expression plus exacte du texte, une alternalion avec soi-même.

lisée. Le lien de la nécessité comme telle est l'identité encore intérieure et enveloppée, parce qu'elle est l'identité des choses qu'on considère comme réelles (1), mais dont l'indépendance doit être cependant la nécessité (2). Par conséquent, dans l'évolution de la substance à travers la causalité et la réciprocité d'action, ce qui se trouve posé c'est seulement que l'indépendance est le rapport négatif infini avec soi-même ; c'est un rapport négatif en ce que la différence et la médiation s'y trouvent ramenées vis-à-vis des choses réelles indépendantes à un principe originaire (3) ; c'est un rapport infini avec soi-même, en ce que leur indépendance n'y est précisément que dans leur identité (i).

(1) Die als wirkliche gellen : qui valent comme réelles. Il y a ici une nuance intraduisible, mais qui est cependant expliquée par ce qui suit. Hegel veut dire que ces choses ont bien une réalité, mais non la réalité qu'on leur attribue ordinairement; car leur réalité est une réalité subordonnée qu'elles tiennent de la nécessité.

(2) Elles ne sont en effet indépendantes qu'autant qu'elles sont nécessaires, et dans la mesure où elles le sont.

(3) lu einer Urspriinglichkeit.

(A) Le texte dit : als ihre Identitcit : comme leur identité; expression plus exacte, et qui veut dire que les choses réelles ont la racine de leur indépendance (Selbststiindiglxeit) et de leur réalité dans ce rapport identique infini. — La substance est la réalité et la nécessité absolue. Comme telle, elle est V unité immédiate de Y être et de l'essence. Car elle est, et elle a la forme immédiate de l'être, mais elle est parce qu'elle est, c'est-à-dire elle contient le moment réfléchi de l'essence, et elle apparaît (scheint) comme l'essence. La réflexion de la substance constitue la sphère des accidents, et le mouvement réfléchi de la substance est le mouvement de Vaccidentalité, suivant l'expression hégélienne : « L'absolue nécessité, dit Hegel, est un rapport absolu, parce qu'elle n'est pas Yêlre comme tel, mais l'être qui est parce qu'il est, l'être constituant une médiation absolue avec lui-même. Cet être est la substance. En tant qu'unité de l'être et de l'essence, la substance est l'être dans tout être. Elle n'est pas l'être immédiat et irréfléchi, ni l'être abstrait qui est au fond de l'existence (Existenz) et du phénomène, mais elle est la réalité immédiate elle-même, et la réalité qui s'est réfléchie d'une manière absolue sur elle-même, et qui subsiste en et pour soi (Absolûtes

Reflektirtseyn, und fursichseyendcs Bestehen). La substance, en tant qu'unité de Vêtre et de la réflexion, est essentiellement apparence (Scheinen), et elle est essentiellement posée (das Gesetztseyn, Y être-posé). Mais cet apparaître est ici un apparaître qui est en rapport avec lui-même, et qui, par conséquent, est, et cet être (qui apparaît) est la substance comme telle; et réciproquement, cet être qui est posé comme identique avec lui-même constitue uu ensemble (eine TolalMt) de déterminations qui apparaissent, c'est-àdire, Vaccidentalité. » (Grande Logique, liv. Il, 3e part., p. 219.) Ainsi, la substance est et apparaît, et son apparaître constitue le mouvement de Vaccidentalité. C'est ce passage de la possibilité à la réalité, et réciproquement (§§ cxlvi, cxlvii), qui est devenu ici le jeu des accidents, passage qui s'opère au sein de la substance, ou qui, pour mieux dire, constitue un moment de la substance elle-même. Car le mouvement des accidents est l'activité de la substance, c'est cette actuosité, suivant l'expression hégélienne, ce mouvement par lequel elle s'actualise en tant que manifestation immuable et immobile d'elle-même. La substance n'est pas active vis-à-vis d'un autre qu'elle-même, mais vis-à-vis d'elle-même, c'est-à-dire, vis-à-vis des accidents qu'elle pose, où elle apparaît et qu'elle supprime. En tant qu'identité de ce mouvement, la substance enveloppe les accidents et forme leur totalité ; mais en tant qu'activité qui apparaît dans les accidents, ceux-ci constituent, à leur tour, la substance entière. Car la substance sans les accidents n'est qu'une abstraction. C'est Videnlité, ou la possibilité indéterminée. D'ailleurs Tideutité et la possibilité sont des déterminations qui appartiennent ellesmêmes à la sphère des accidents. Ainsi donc, la substance apparaît dans les accidents, et l'activité de la substance n'est que le mouvement alterné des accidents, mouvement qui, comme on l'a vu, est le mouvement alterné de la possibilité et de la réalité. C'est en posant les accidents, et en les niant que la substance se pose comme substance active et comme puissance absolue, m Les accidents, comme tels, dit Hegel, sont impuissants les uns à l'égard des autres. Le quelque chose (Eiwas), les choses (Dinge) avec leurs propriétés multiples, le tout et les parties, les forces qui se sollicitent et se conditionnent réciproquement, etc., n'exercent une action l'un sur l'autre qu'en vertu de la puissance (Macht) de la substance qui les enveloppe tous les deux, qui, en tant que puissance négative, leur communique une valeur inégale, et qui fait que l'un précède l'autre, et que ce dernier se produit avec un autre contenu, ou qui fait passer l'un dans la sphère de la possibilité, et l'autre dans celle de la réalité, se partageant éternellement dans cette différence de la forme et du contenu, et s'affranchissant ainsi éternellement de cette imperfection [Einseitigheit, exclusivité), mais retombant aussi par cet affranchissement dans la détermination et la différence. Par conséquent, un accident ne remplace un autre accident que parce que ce qui le fait subsister est cette totalité de la forme et du contenu dans laquelle lui aussi bien que l'autre ils sont absorbés. » (Grande Logique, liv. II, 3e part., p. 222.) Or, cette puissance

de la substance, par laquelle celle-ci s'affirme comme puissance absolue qui engeudre les accidents, est la causalité. La substance est cause, parce qu'elle pose et nie les accidents, lesquels, en tant que posés, constituent l'effet. Cette négation, ou ce moment de la réflexion sur soi de la substance, en amenant le rapport de causalité, amène en même temps la différence de la cause et de l'effet. La cause pose l'effet, et en tant qu'elle pose l'effet, elle est la substance ou la puissance origiuaire et primitive, et l'effet est la substance ou l'accident posé par elle. Cependant la cause, en tant qu'activité de la substance, n'est cause que par et dans son effet, uue cause qui ne cause point, c'est-à-dire, qui ne produit pas d'effet n'étant point cause; de sorte que la cause n'est cause originaire et primitive qu'autant qu'elle contient et pose primitivement son effet. C'est là la nécessité qui est inhérente au rapport de causalité. La causalité appartient à la sphère de la nécessité, parce que la cause contient nécessairement et primitivement l'effet, et qu'elle n'est telle que par son effet, ce qui fait que l'effet est nécessaire comme la cause dont il est la manifestation. — VapparaUre — , ou, pour mieux dire, c'est cette nécessité réciproque qui fait leur unité. « Par conséquent, dit Hegel, il n'y a rien dans l'effet qui ne soit pas dans la cause, et il n'y a rien dans la cause qui ne soit pas dans l'effet. La cause n'est cause qu'autant qu'elle produit l'effet, et la cause n'a d'autre détermination que celle d'avoir un effet, et l'effet n'a d'autre détermination que celle d'avoir une cause. Dans la cause, comme telle, elle-même se trouve l'effet, et, réciproquement, dans l'effet se trouve la cause ; la cause qui ne produit pas encore d'effet, ou qui a cessé d'en produire, n'étant pas cause, et l'effet dont la cause a disparu n'étant plus un effet, mais une réalité indifférente. » {Grande Logique, Ibid., p. 226.) Cependant, bien que ce rapport de la cause et de l'effet constitue une unité indivisible, il laisse subsister la différence de la forme. La cause n'est cause que par l'effet, et l'effet n'est effet que par la cause, et c'est une seule et même chose qui se pose une fois comme cause et une fois comme effet, et. qui ne se pose comme cause qu'autant qu'elle se pose comme effet, et réciproquement. Mais, tout en se posant et en se présupposant l'un l'autre, la cause demeure cause, et l'effet demeure effet ; c'est-à-dire, la différence de la forme, et, par suite de la différence de la forme, la différence du contenu sont encore maintenues. La pluie, par exemple, est la cause de l'humidité, laquelle est son effet. Mais la proposition « la pluie fait l'humidité » n'est qu'une proposition analytique, car la même eau qui fait la pluie fait aussi l'humidité. Si l'on considère le mouvement d'un corps comme un effet, la cause sera une force motrice. Cependant c'est la même quantité de mouvement que l'on a avant et après l'impulsion, c'est la même force que le corps contient, et qu'il communique au corps qui est mû, et autant il en communique autant il en perd; de sorte que non-seulement il n'y a pas dans la cause ce qui n'est pas dans l'effet, mais la cause n'est pas plus grande que l'effet, ni l'effet que la cause. Et lorsqu'on prétend trouver dans la cause, ou dans

l'effet ce qui n'est pas dans l'un, ou dans l'autre, c'est qu'on confond ce rapport avec d'autres propriétés ou d'autres rapports, ou qu'on prend pour cause ce qui n'est pas cause. C'est ainsi, par exemple, qu'on confond l'occasion, ou un simple accident avec îa cause, lorsqu'on dit que de petits événements sont la cause de grands événements. Le corps qui meut peut être bois, ou pierre, jaune, vert, etc ; mais ce sont là des propriétés qui n'entrent pas dans le choc. De même, il peut y avoir dans l'humidité des propriétés qui ne sont pas dans l'eau, mais ces propriétés sont produites par d'autres principes que par l'eau. En tant qu'humidité, celle-ci ne contient que ce qui est dans l'eau. On dit aussi : Les aliments sont la cause du sang; la nourriture, le froid, l'humidité, etc., sont les causes de la fièvre, etc. Et ici on trouve dans l'effet ce qui n'est pas dans la cause. Mais c'est qu'ici il y a d'autres rapports que le rapport de causalité. Il y a des rapports qui appartiennent à la sphère de la vie, où se produisent d'autres déterminations et d'autres catégories. Car l'être vivant s'empare de la cause, se l'approprie, la transforme par sa vertu propre, et empêche ainsi la cause de produire son effet ; c'est-à-dire, il l'annule en tant que simple cause. (Conf. § ccxvi.) La nourriture n'est pas plus la cause du sang, que le climat de l'Ionie n'est la cause des poëmes homériques, ou que l'ambitiou de César n'est la cause de la chute de la république romaine. — Ainsi donc, on a l'uuité de la cause et de l'effet, mais une unité dans laquelle la cause et l'effet, tout en étant inséparables, et tout en se continuant l'un dans l'autre, gardent la différence de leur forme, et partant de leur contenu. C'est là ce qui amène la unité de la cause, ou les rapports de causalité finis. On a une cause, et l'on a un effet. La cause ou la substance active pose l'effet, et elle est cause en posant l'effet, et n'est cause qu'en le posant. L'effet est, d'abord, vis-à-vis de la cause une substance passive. Mais, par cela môme qu'il est substance, l'effet est substance active , et il est cause. Seulement ici , il n'est pas cause par rapport à la cause dont il est l'effet. Mais par cela même qu'il est cause sous un autre rapport, la cause dont il est l'effet présuppose elle aussi une autre cause. C'est là ce qui amène une série indéfinie ascendante et descendante de causes et d'effets, ou le progrès de la fausse infinité. Une cause en suppose une autre, celle-ci en suppose une troisième, et ainsi de suite ; et, réciproquement, la troisième est un effet vis-à-vis de la quatrième, et la seconde est uu effet vis-à-vis de la troisième, et ainsi de suite. Ce qui se trouve d'abord posé dans la série des causes et des effets, c'est que ebaque terme est à la fois cause et effet. Mais il est cause par uu côte, et effet par l'autre, et il n'est pas effet par le même côté par lequel il est cause, et il n'est pas cause par le même côté par lequel il est effet ; de sorte qu'on n'a plus ici deux termes dont l'un est cause et l'autre effet, mais on a uu seul et même terme, un substrat, dans lequel la cause et l'effet se trouvent réunis. Seulement ce substrat n'est pas cause en tant qu'il est effet, et il u'est pas effet en tant qu'il est cause, ou, ce qui revient au même,

La vérité de la nécessité est ainsi la liberté, et la vérité delà substance est la notion : c'est ce principe indépendant (1) qui s'engendre lui-même dans les différents êtres

il n'est pas substance active eu tant qu'il est substance passive, et il n'est pas substance passive en tant qu'il est substance active. Cependant, par cela même que chaque élément de la série, ou chaque substance est active et passive, chaque substance est active en étant passive, et est passive en étant active, et elle est active sous le même rapport où elle est passive, et elle est passive sous le même rapport où elle est active. On a une substance active, la cause, et une substance passive, l'effet. La substance active agit sur !a substance passive, et produit l'effet. Mais elle n'agit et n'est cause qu'en présupposant l'effet, et en le produisant. Elle n'est donc active qu'autant qu'elle présuppose et pose la substance passive, et qu'elle la présuppose et la pose comme la contenant elle-même, et non comme un terme qui lui serait extérieur, car la cause ne peut produire que son effet ; ce qui veut dire qu'elle n'est active qu'autant qu'elle est, à son tour, et en même temps passive. Et en effet, la substance passive, l'effet, réagit nécessairement sur elle, et il réagit sur elle non-seulement parce qu'il est substance, mais par cela même que la cause n'est cause qu'en posant l'effet, et qu'elle le pose comme une partie d'elle-même, et comme un moment de sa propre activité. L'effet est, par conséquent, cause, et il est cause vis-à-vis de sa cause, ce qui veut dire qu'on a une substance qui n'est cause qu'en étant effet, et qui n'est effet qu'en étant cause, Par conséquent, on n'a plus ici deux substances qui sont dans le rapport réciproque de cause et d'effet, ou bien un terme qui n'est à la fois cause et effet que sous des rapports différents, mais on a une seule et même substance, une seule et même cause qui n'a pas seulement un effet, mais qui dans l'effet est, en tant que cause, en rapport avec elle-même. Par là la fuite à l'infini des causes et des effets se trouve, d'une part, arrêtée, et, d'autre part, la différence de la possibilité et de la réalité, de la substance active et de la substance passive, de la cause et de l'effet, en un mot, la sphère de la nécessité n'est plus qu'un moment, qu'une apparence (Schein), et l'on a atteint ce degré où il ne se fait plus un passage aveugle et fatal de la possibilité à la réalité, d'une substance à une autre substance, de la cause à l'effet (Conf. § glvi), mais où la cause et l'effet, et partant la réalité et la substance elles-mêmes se sont élevées à leur unité dans l'unité de leur notion, ou, ce qui revient an même, se sont élevées à la sphère de la notion,, (1) Die Selbststandigkeil.

indépendants (1), mais qui dans cette génération demeure identique avec lui-même, et dans ce mouvement alternant (2) ne sort pas de lui-même, et n'est en rapport qu'avec lui-même.

Znsatz. On appelle dure la nécessité et on a raison de l'appeler ainsi si l'on s'arrête à la nécessité comme telle, c'est-à-dire, à sa forme immédiate. On a un état de choses Zltstand), ou un contenu en général, qui subsiste poursoi, et la nécessité fait d'abord qu'un autre contenu survient, s'empare de lui et le ramène à sa raison d'être (zu Grunde gerichtef). C'est là ce qu'il y a de sévère et de triste dans la nécessité immédiate, ou abstraite. L'identité des deux contenus, qui dans la nécessité apparaissent comme liés et comme devant perdre par là leur indépendance, n'est d'abord qu'une identité intérieure (c'est-à-dire, en soi, qui n'est pas encore réalisée, et qui, par conséquent, est encore extérieure aux deux termes (Cont. §§ cxxxvn et suiv.), et qui n'existe pas encore pour les contenus qui sont soumis à la nécessité. Mais la liberté aussi, considérée de ce point de vue, n'est d'abord que la liberté abstraite, et elle ne devient liberté réelle et concrète que par le renoncement à ce qu'on est, et qu'on possède d'une manière immédiate (3). Mais le processus de la nécessité est, comme on vient de le voir, ainsi constitué que

(î) Welche das sich von sich Abstossen in unterschiedene Selbstsldndige ist : littéralement ; qui est le se repousser soi-même dans les différents êtres indépendants.

(2) Wechselbewegung.

(3) C'est ce qu'on a appelé liberté naturelle, qui est une liberté immédiate, en ce sens qu'elle n'est pas médiatisée par la loi morale ou politique.

DOCTRINE DE l'eSSENCE. RÉALITÉ ESSENTIELLE. 161

par lui cette extériorité rigide (starre Aeusserlichkeit) des deux contenus a été surmontée, que leur nature intérieure a été manifestée, et qu'il a été montré que les deux termes ainsi liés (la cause et l'effet) ne sont pa en réalité étrangers l'un à l'autre, mais qu'ils sont le moments d'un tout, et que chacun d'eux, dans son rapport avec l'autre, ne sort pas de lui-même, et ne fait que se mettre en rapport avec lui-même. C'est là la transformation de la nécessité en liberté, et cette liberté n'est pas la liberté de la négation abstraite (qui nie arbitrairement la nécessité ou la loi), mais la liberté concrète et positive. D'où l'on peut voir aussi combien il est absurde de considérer la nécessité et la liberté comme s' excluant mutuellement. La nécessité comme telle n'est pas encore la liberté, mais la liberté présuppose la nécessité, et elle la contient comme un de ses moments. L'homme qui possède la moralité {der sittliche Mensch) voit dans le contenu de son action une nécessité qui a une valeur en et pour soi, et il sent par là si peu sa liberté violée, que c'est bien plutôt par la conscience de cette nécessité qu'il entre en possession de la liberté vraie et concrète, à la différence de la volonté arbitraire, et de la liberté abstraite et purement possible. Le coupable qui est puni peut, sans doute, voir dans la peine une limitation de sa liberté. Cependant la peine n'est pas, au fond, une violence extérieure à laquelle il est soumis, mais bien plutôt la manifestation de son propre fait, et c'est en la reconnaissant comme telle que le coupable est vraiment libre. En général, la plus haute indépendance de l'homme consiste à se reconnaître comme déterminé par l'idée absolue, conscience et rapport que

VERA. — Logique de Hegel. II. — 11

Spinoza appelle amor intellectualis Dei. (Voy. sur ce point mon lntrod. à la Phil. de Hegel, ch. VI, § m, p. 240 et suiv.)

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