‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 26 sur 80 · CLIX · texte numérisé non relu

CLIX

La notion est ainsi la vérité de Y être et de Y essence; car elle apparaît dans une suite de déterminations réfléchies qui ont en même temps une forme immédiate indépendante (1), et Y être de ces réalités différentes est à son tour immédiatement marqué d'un caractère réfléchi (2).

REMARQUE

Si la notion se pose ici comme vérité de l'être et de l'essence qui sont revenus à elle comme à leur principe, elle s'est elle aussi de son côté développée de l'être comme de son principe. Le premier côté (3) du développement peut être considéré comme un mouvement où l'être entre plus profondément en lui-même et déploie sa nature intime. L'autre côté (4) peut être considéré comme un mouvement où le parfait sort de l'imparfait. C'est parce qu'on n'a considéré ce développement que par ce dernier côté qu'on a à ce sujet adressé des reproches à la philosophie. Ce qu'il

(1) Le texte dit : indem das Scheinen der Reflexion in sich seller zugleich selbslstiindige Unmitlelbarkeit ist : littéralement : en ce que l'apparaître de la réflexion en elle-même est en même temps immédiatilé indépendante : c'est-àdire que dans les moments ou déterminations de l'essence qui apparaissent en se réfléchissant les uns sur les autres se reproduit i'immédiatité ou l'être.

(2) JSur ein Scheinen in sich selbsl ist : (l'être) seulement un apparaître en lut-mème. Ainsi l'être est dans l'essence, et l'essence est dans l'être, et ce qui fait que l'un est dans l'autre, ou leur unité, est la notion.

(3) C'est-à-dire celui où Ton va de la notion à l'être. (i) C'est-à-dire celui où l'on va de l'être à la notion.

y a ici de vrai dans les notions superficielles qu'on se fait de l'imparfait et du parfait c'est la différence qui existe entre l'être, en tant qu'il constitue l'identité immédiate avec lui-môme, et la notion en tant que libre médiation avec elle-même (I). Puisque l'être s'est produit comme constituant un moment delà notion, c'est dans celle-ci qu'il trouve sa vérité. Ce retour de la notion sur elle-même, ainsi que la suppression de la médiation, montrent que c'est la notion elle-même qui présuppose ce moment immédiat. Ce moment qu'elle présuppose est donc identique avec ce retour sur elle-même, et c'est en cette identité que résident la liberté et la notion. Si l'on appelle imparfait ce moment de la notion (l'être), la notion sera l'existence parfaite. Cependant elle n'est parfaite qu'en se développant de l'imparfait, car sa nature consiste essentiellement à supprimer cette présupposition. Mais c'est elle qui seule présuppose ce moment, ainsi qu'on vient de le voir dans le rapport de causalité, et plus spécialement dans la réciprocité d'action. La notion est, relativement à l'être et à l'essence, ainsi constituée qu'elle est l'essence qui est revenue à l'immédiatité simple de l'être, et dont les déterminations réfléchies ont par là une réalité (w2), réalité qui apparaît en même temps librement au-dedans d'elle-même (3). De cette façon

(1) Als der freien Vermittlung mit sich. La notion, en posant ou en présupposant l'être (et l'essence), se médiatise non avec un autre qu'elle-même, mais avec elle-même, et c'est ainsi qu'on a uue libre médiation.

(2) Dessen Scheinen dadurch IVirklichkeit hat : dont (de l'essence) l'apparaître a par là une réalité : c'est-à-dire que l'essence et son apparaître ont leur réalité dans la notion.

(3) Dessen Wirklichkeit zugleich freies Scheinen in sich selbst ist : dont (de l'essence) la réalité est en même temps un apparaître libre en soi-même. Puisque l'essence trouve dans la notion sa réalité, et que la sphère de la

la notion contient l'être comme un rapport simple avec elle-même, ou comme moment immédiat de son unité. L'être est une détermination où il y a si peu de réalité qu'il est ce qu'il y a de moins réel dans la notion.

Le passage de la nécessité à la liberté, ou de la réalité à la notion est le plus difficile, parce qu'il faut penser des réalités indépendantes comme ayant leur substance dans d'autres réalités également indépendantes, et dans leur identité avec elles. C'est aussi ce qui fait que la notion est ce qu'il y a de plus difficile, parce que c'est elle qui constitue cette identité. Mais la substance réelle comme telle, la cause, qui dans son être-pour-soi ne veut rien laisser pénétrer en elle, est elle aussi soumise à la loi fatale qui la domine et l'oblige à se réaliser ; et celte sujétion est ce qu'il y a de plus sévère. La pensée de la nécessité est, au contraire, la suppression de cette sévérité; car la pensée, en passant dans autre chose qu'elle-même, se continue elle-même, et atteint à son unité (1). Et c'est là la délivrance qui n'est pas ici un jeu de l'abstraction, mais qui repose sur celte puissance de la nécessité, qui lie les unes aux autres toutes les réalités, et qui fait qu'une réalité n'a pas une existence distincte et isolée, mois qu'elle trouve son être et son fondement dans ses rapports avec les autres (2).

notion est la sphère de la liberté, son apparaître dans la notion est un libre apparaître; et comme la notion est la sphère de l'unité, l'essence y apparaît non hors d'elle-même, mais en elle-même.

(1) Es ht das Zuzammengehen Seiner im Andern mit Sich selbst.

(2) Et, en effet, penser la nécessité, et la penser telle qu'elle est dans son existence absolue, c'est-à-dire dans sa notion ou pensée, c'est s'affranchir de la nécessité, et c'est s'en affranchir en la reconnaissant et en vivant ainsi de la pensée universelle. Et cette délivrance qui sort de la nécessité même n'est pas ici un jeu de l'abstraction, c'est-à-dire, une liberté qui supprime la

DOCTRINE DE l'eSSENGE. RÉALITÉ ESSENTIELLE. 165

Cette délivrance en tant qu'elle existe pour soi est le moi; en tant qu'elle a reçu son complet développement est Y esprit libre; en tant que sensibilité c'est Y amour ; en tant que jouissance c'est le bonheur (1).

La substance de Spinoza repose sur une intuition profonde, mais elle ne s'affranchit pas de la finité. C'est la notion qui s'élève au-dessus de la nécessité, et qui constitue la vraie liberté.

Zusatz. Lorsqu'on place, comme on le fait ici, la vérité de l'être et de l'essence dans la notion, il faut s'attendre à la question : pourquoi, s'il en est ainsi, n'a-t-on pas débuté par elle? A cela il faut répondre que lorsqu'il s'agit de la connaissance spéculative on ne saurait commencer par la vérité, parce que la vérité, en tant qu'elle fait le commencement ne s'appuie que sur une simple affirmation, tandis que la vérité pensée doit se démontrer à la pensée. Si l'on plaçait la notion au début de la Logique, et si on la définissait (ce qui est exact suivant le contenu) l'unité de l'être et de l'essence, il se présenterait la question de

nécessité, et qui par là devient la volonté arbitraire et le caprice, mais une liberté qui enveloppe et reconnaît la nécessité (§§ cxlvii, clviii). Hegel introduit ici la pensée, parce que la notion [Begriff, de begreifen, qui a la double signification d'entendre et d'embrasser, ou comprendre, le comprehendere des Latins, et le xy.T<xXap.ëàv2iv des Grecs) est la pensée à son état logique, ou parce qu'elle contient les déterminations logiques de la pensée, lesquelles sont aussi les déterminations universelles et absolues des choses. Du reste, l'idée absolue est la pensée absolue, et la pensée absolue est l'idée absolue; ou, pour mieux dire, l'idée et la pensée absolues ne font qu'un, et, par conséquent, la logique n'est qu'un moment de l'idée, ou de la pensée.— Voyez plus bas, § ccxm, mon Introd. à la Phiï. de Hegel, ch. VJ ; et\ol. 1er, mon Introd., ch. XIII.

(1 Ce passage trouve son explication dans la Philosophie de l'Esprit, le moi, l'esprit libre, etc., étant les degrés de la vie de l'esprit qu'il faut voir se produire à leur place.

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savoir, ce qu'il faut entendre par être, et par essence, et comment l'être et l'essence viennent s'unir dans l'unité de la notion. Mais en débutant ainsi parla notion on débuterait suivant le nom, et nullement suivant la cbose. Le vrai commencement consisterait à commencer par l'être, comme nous l'avons fait nous-même(l). Il y aurait cependant cette différence que les déterminations de l'être, et aussi celles de l'essence seraient tirées d'une façon immédiate de la représentation, tandis que nous avons considéré l'être et l'essence dans leur développement dialectique spécial, et es avons pensés comme s'absorbant eux-mêmes dans l'unité de la notion.

(1) C'est-à-dire qu'ici aussi, après avoir dooné cette définition, il faudrait expliquer ce qu'est l'être, et ce qu'est l'essence.

LOGIQUE

(suite)

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