CLXII
La science de la notion se divise :
1° En science de la notion subjective, ou formelle;
2° En science de la notion déterminée en vue de l'existence immédiate, ou science de l'objectivité ;
3° En science de l'idée, du sujet-objet, de l'unité de la notion et de l'objectivité, ou de la vérité absolue (1).
(1) Les deux premières parties de la logique, Y être et l'essence, forment ce que Hegel a appelé Logique objective, parce que les déterminations de l'être et de l'essence, qui ne sont pas encore parvenus à la notion, s'appliquent au monde objectif qui n'a pas encore été façonné par la notion, à la nature inorganique, par exemple. La troisième partie contient d'abord la notion à l'état subjectif, ou la notion subjective, puis la notion objective.
REMARQUE
La logique ordinaire ne contient que la matière qui forme une partie de cette troisième branche de la logique. On y a ajouté ce qu'on appelle lois de la pensée, lois que nous avons
ou la uotion qui se donne un objet, lequel n'est plus ici l'objet tel qu'il est hors de la notion, mais l'objet tel qu'il est posé et façonné par elle. Enfin elle est l'unité de la uotion subjective et de la notion objective, ou Vidée. Voici maintenant quelques indications qui montreront d'une manière plus précise le sens et la déduction des divisions de cette troisième partie. Et, d'abord, la notion est, et elle est la notion de l'être et de ses déterminations, et elle est identique, différente, etc., ou elle est la notion de l'essence et de ses déterminations ; elle est, en d'autres termes, la notion, et comme telle, elle est la notion de toutes choses, ou, pour parler avec plus de précision, elle est l'unité de l'être et de l'essence, ou Vêtre en et pour soi (das An-und-Fûrsichseyn), qui a atteint à sa vraie existence, et à une existence adéquate à sa notion. C'est là la notion même de la notion, laquelle n'est d'abord que la notion de la notion, ou la notion qui n'a pas encore posé ses déterminations. Elle n'est, par conséquent, que la notion en soi, ou notion immédiate, formelle et subjective. Elle est notion subjective, parce qu'elle est la notion, ou la pensée qui est encore extérieure à la chose, ou à Vobjet. Elle est le sujet de toutes choses, mais toutes choses n'ont pas encore été posées en elle. Elle est aussi notion formelle, parce que ses déterminations n'apparaissent ici que comme des formes du sujet, et elle est notion immédiate, eu ce que ses déterminations ont la forme immédiate de l'être, ce qui fait que chacune d'elles se produit comme une détermination isolée et qualitative, et qui n'est que dans un rapport extérieur avec les autres. Mais l'identité de la notion qui est au fond de son existence subjective amène le mouvement dialectique en vertu duquel la séparation et l'individualisation de ses déterminations se trouvent supprimées, et la notion se produit comme totalité de ces déterminations, et comme notion objective. Dans l'objet la notion formelle est devenue la chose même; elle est la notion qui de son état interne a passé à l'existence et à la réalité, et est devenue l'objet en et pour soi, ayant une existence propre et libre. Cependant, par cela même qu'elle s'est absorbée dans l'objet, elle n'est ici aussi que notion immédiate à laquelle manque le moment réfléchi et négatif de la liberté. Ses différences sont des différences objectives dans lesquelles elle est, pour ainsi dire, cachée, et où elle demeure comme extérieure à elle-même. Ce qui manque à la notion formelle c'est sa réalisation extérieure, Vobjeciivilé; ce qui manque à cette dernière, c'est sa forme interne et subjective. C'est là ce qui fait que la notion, après avoir posé le monde objectif, le supprime, et le supprime pour
rencontrées dans les développements antérieurs (1), et dans la logique appliquée on y a introduit d'autres connaissances auxquelles on a aussi mêlé des données psychologiques, métaphysiques et expérimentales, et cela parce que ces formes de la pensée avaient fini par ne plus satisfaire l'esprit (2). En oulre, ces formes mêmes qui appartiennent au domaine spécial de la logique on ne les considère pas comme des déterminations de la pensée rationnelle, mais comme de simples déterminations de la conscience et de la conscience qui conçoit les choses suivant l'entendement. Les déterminations logiques précédentes, les déterminations de l'être et de l'essence, ne sont pas des déterminations purement subjectives de la pensée, et dans leur mouvement dialectique, ou leur passage de l'une à l'autre, ainsi que dans leur retour sur elles-mêmes et dans leur
ramener la subjectivité, laquelle n'est plus ici la subjectivité formelle et. immédiate, mais la subjectivité qui a traversé l'objet et qui l'enveloppe, et où la notion se pose comme notion adéquate à elle-même, ou comme Idée. « La raison qui constitue la sphère de Vidée, dit Hegel (Grande Logique, me part., p. 33), est la vérité qui s'est révélée à elle-même ; c'est la sphère où la notion possède une réalité qui lui est adéquate, et qui est parvenue à sa liberté, en ce qu'elle retrouve sa subjectivité dans le monde objectif, et le monde objectif dans sa subjectivité. »
(1) Le principe de contradiction, par exemple.
(2) « Les développements que la logique a reçus, dit Hegel (Grande La* gique,« Notion générale de la logique », vol. I, p. 38) par l'accumulation des matériaux psychologiques, pédagogiques et même physiologiques, au lieu de la perfectionner, n'ont fait que l'altérer et la défigurer. Ces règles, ces lois pédagogiques qu'on a introduites dans la logique sont insipides et vulgaires. De telles règles, comme, par exemple, qu'il ne faut admettre sans examen et sans preuves ce qu'on lit, ou ce qu'on nous transmet oralement, et d'autres semblables qu'on rencontre dans la logique appliquée sont de véritables puérilités, et prouvent seulement que l'auteur ou le maître s'évertue pour animer par une matière factice, par des remplissages, le contenu mort et desséché de la logique. »
totalité, elles se produisent comme notions. Mais elles ne sont que des notions déterminées (1), des notions en soi, ou ce qui revient au même, des notions pour nous, parce que les contraires en passant l'un dans l'autre, ou en apparaissant l'un dans l'autre ne sont déterminés ni comme particuliers ni comme individuels ou sujets, et qu'on n'y a pas non plus ce qui fait leur identité, et leur liberté, V universel. — Ce qu'on entend ordinairement par notion ce sont les déterminations de l'entendement, et aussi de simples représentations générales. Ainsi entendues elles ne sont que des déterminations finies (Cf. § lxii) (2).
En général, on considère la logique de la notion comme une science purement formelle, c'est-à-dire, comme une science qui ne roule que sur la forme comme telle de la notion, du jugement et du syllogisme, et qui ne se rapporte
(1) Les déterminations précédentes, les déterminations de l'être et de l'essence, obéissent à une loi objective et nécessaire suivant laquelle elles se nient, et en se niant elles s'appellent les unes les autres, et en se niant et en s'appelant les unes les autres, reviennent sur elles-mêmes et forment une totalité, suivant l'expression du texte, c'est-à-dire demeurent, dune part, idenliques avec elles-mêmes, et, d'autre part, elles forment un tout. A ce titre elles sont des notions^ mais des notions déterminées, c'est-à-dire limitées, en ce qu'elles ne sont pas dans la sphère de la notion; elles ne sont que virtuellement des notions, ou des notions en soi, et enfin elles sont des notions pour nous, et non en elles-mêmes, parce que c'est nous qui y ajoutons les déterminations mêmes de la notion. Ainsi l'être qui n'est que l'être, n'est pas l'être dans la notion ou dans sa notion, et si nous le pensons comme une détermination universelle ou particulière ou individuelle, c'est que nous y ajoutous ces déterminations mêmes de la notion.
(2) L'entendement isole les notions/ ou ne les unit que d'une façon extérieure, ou n'y voit que des formes subjectives de la pensée. D'un autre côté, ou considère la notiou comme une représentation sensible généralisée, ou bien comme une notion générale abstraite qui exclut le particulier et l'individuel. Mais ce ne sont là que des manières imparfaites de concevoir la notion.
nullement à la vérité d'une chose, laquelle vérité résiderait tout entière dans le contenu. Mais si les formes logiques de la notion ne sont que des réceptacles vides, passifs et indifférents à toute représentation et à toute pensée, leur connaissance n'est qu'une œuvre insignifiante et sans objet. Dans le fait, ces formes sont l'esprit vivant de toute réalité, et ce que le réel contient de vérité, c'est de la présence et de la puissance de ces formes qu'il le tient. Mais on n'a point recherché jusqu'ici quelle est la vérité intrinsèque de ces formes ni leur connexion intime et nécessaire.