‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 31 sur 80 · CLXIII · texte numérisé non relu

CLXIII

Les moments de la notion comme telle sont Yuniversel, en tant qu'identité simple avec elle-même dans sa déterminabilité, — le particulier, la déterminabilité où l'universel demeure inaltéré (1) et égal à lui-même, — etl'mdividuel, en tant que réflexion sur soi de l'universel et du particulier; laquelle unité négative est l'être déterminé en et pour soi (2) et en même temps identique avec lui-même, ou l'universel.

REMARQUE

U individuel z$X la même chose que le réel (3), avec cette différence qu'il est sorti de la notion, et que par suite il est posé comme universel, comme identité négative avec soi. Le réel, par là qu'il n'est (\\\en soi ou d'une façon immédiate l'unité de l'essence et de l'existence peut réaliser celte unité (4); tandis que l'individualité de la notion est l'être

(1) Ungelrùbt : c'est-à-dire que par là que le particulier est la détermination de l'universel, celui-ci garde, pour ainsi dire, toute sa clarté dans cette détermination qui est sa propre détermination.

(2) Le texte a : das an und fur sien Beslimmle : le déterminé en et pour soi; c'est-à-dire l'individuel, ou l'individualité, comme dit le texte. Et l'individualité est le déterminé en et pour soi, par là même qu'il est le déterminé de la notion.

(3) Das Wirkliche.

(4) Kann es wirken : peut l'opérer, la réaliser : c'est-à-dire réaliser cette unitéc Eu d'autres termes, l'unité de l'être et de l'essence n'existe que comme possibilité dans la sphère du réel.

réalisateur (1), et l'être réalisateur où il n'y a pas comme dans la cause le moment de l'apparence suivant lequel la cause réalise un autre qu'elle-même (2), mais l'être réalisateur qui ne réalise autre chose que lui-même (3). — Mais on ne doit pas entendre l'individualité seulement dans le sens d'individualité immédiate, dans le sens où nous parlons des choses individuelles, des hommes, par exemple. Cette individualité nous la rencontrerons d'abord dans le jugement. Chaque moment de la notion est la notion entière (§ clx), mais l'individualité, le sujet, est la notion posée comme totalité.

Zusatz. Lorsqu'on parle de la notion, on n'entend ordinairement par là que l'universalité abstraite, ou bien une représentation générale. C'est ainsi qu'on parle des notions de la couleur, de la plante, de l'animal, etc., lesquelles notions ne se produisent qu'en éliminant l'élément particulier [das Besondere) , qui distingue l'une de l'autre les différentes couleurs, plantes, etc., et qu'en conservant leur caractère commun. C'est là la manière dont l'entendement se représente la notion, et l'expérience a raison de ne considérer de telles notions que comme des formes vides et des ombres. L'universel de la notion n'est pas un élément commun {ein Gemeinschaftliches) qui existe pour soi en face du particulier, mais c'est l'universel qui se particularise et se spécifie lui-même, et qui, en se spécifiant, ne sort pas de lui-même, et ne perd rien de sa clarté. Il est de la plus

(1) Das Wirkende.

(2} Wie die Ursache mit dem Scheine ein Anderes zu wirken. « Commel cause avec V apparence de réaliser autre chose »,*=- c'est-à-dire l'effet. (3) Das Wirkende seiner selbst : Vêtre réalisateur de lui-même.

grande importance pour la science, ainsi que pour la vie pratique, de ne pas confondre ce qui n'est que simplement commun avec l'universel. Tous les reproches qu'on adresse à la pensée, et plus spécialement à la pensée philosophique, partent du point de vue du sentiment, et les plaintes si souvent répétées contre les dangers d'une pensée qu'on prétend poussée trop loin ont leur source dans cette confusion. L'universel, entendu dans sa signification vraie et complète, est une pensée dont on peut dire qu'il a fallu des milliers d'années pour qu'elle pénétrât dans la conscience de l'humanité, et que c'est le christianisme qui le premier l'a pleinement reconnue. Les Grecs, qui avaient d'ailleurs une si haute civilisation, n'ont eu la conscience de la vraie universalité ni de Dieu ni de l'homme. Les dieux de la Grèce n'étaient que des puissances particulières de l'esprit, et le Dieu universel, le Dieu des nations, était pour les Athéniens un Dieu encore inconnu. C'est aussi parce qu'on n'avait pas reconnu la valeur infinie, et le droit infini de l'homme en tant qu'homme, qu'aux yeux des Grecs il y avait, pour ainsi dire, un abîme entre eux et les barbares. On s'est souvent demandé pourquoi l'esclavage a disparu dans l'Europe moderne, et l'on a donné telle ou telle circonstance pour raison de ce fait. La véritable raison qui fait qu'il n'y a plus d'esclaves dans l'Europe chrétienne, il faut la chercher dans le principe même du christianisme. La religion chrétienne est la religion de la liberté absolue, et il n'y a que les chrétiens qui accordent une valeur infinie et universelle à l'homme, en tant qu'homme. Ce qu'on refuse à l'esclave c'est sa personnalité, et le principe de la personnalité c'est l'universalité. Le maître ne considère

pas l'esclave comme une personne, mais comme une chose sans individualité et sans moi, car c'est lui qui est son moi. — Pour ce qui concerne la différence entre une simple communauté et le véritable universel, on en trouve un exemple remarquable dans le Contrat social, où il est dit que les lois de l'État devraient être l'expression de la volonté gé~ nérale* qui n'est pas pour cela la volonté de tous. Rousseau serait arrivé à une théorie de l'État plus rationnelle, s'il avait eu constamment devant les yeux cette distinction. La volonté universelle est la notion de la volonté, et les lois sont les déterminations particulières de la volonté fondées sur cette notion. »

Zusatz 2. Relativement à l'explication que donne la logique de l'entendement de la naissance et de la formation des notions, il faut observer que ce n'est nullement nous qui formons les notions, et qu'on ne doit pas considérer la notion comme quelque chose qui a une origine (1). La notion n'est pas, il est vrai, le simple être, ou l'immédiat; car la médiation est un de ses moments, mais cela de telle façon que la notion se médiatise elle-même et avec elle-même* Il est absurde de penser qu'il y a d'abord des objets qui font le contenu de nos représentations, et qu'ensuite à ce contenu vient s'ajouter notre activité subjective qui, par le moyen de l'opération rappelée plus haut, c'est-à-dire par l'abstraction et la généralisation, formerait la notion. C'est bien plutôt la notion qui constitue le premier principe véritable, et les choses sont ce qu'elles sont par l'activité

(1) Als Etvoas Enlslandencs. C'est ce qui aurait lieu si c'était nous qui formions les notions.

VÉRA. — Logique de Hegel. H.— 14

de la notion qui habite en elles et s'y manifeste. C'est ce qu'alleste notre conscience religieuse, lorsque nous disons que Dieu a créé le monde du néant, ou, sous une autre forme, que le monde et les choses finies sont nés de la plénitude de la pensée et des décrets divins. Nous reconnaissons par là que la pensée et, avec plus de précision, la notion est la forme infinie, ou l'activité libre, créatrice, qui pour se réaliser n'a pas eu besoin d'une matière existant hors d'elle-même.

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