‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 32 sur 80 · CLXIV · texte numérisé non relu

CLXIV

La notion est l'être absolument concret, parce que l'unité négative déterminée en et pour soi, qui est l'individualité, constitue aussi un rapport avec soi, l'universalité. Ainsi les moments de la notion ne peuvent être séparés. Les déterminations réfléchies peuvent être séparées de leurs déterminations contraires; chacune d'elles ainsi séparée peut être entendue et avoir une signification. Mais par là que dans la notion se trouve posée leur identité, chaque moment de la notion ne saurait être entendu que par l'autre et avec l'autre.

REMARQUE

L'universalité, la particularité, et l'individualité sont* prises abstractivement, ce que sont l'identité, la différence et la raison d'être. Seulement l'universel n'est identique avec lui-même qu'en étant en même temps le particulier et l'individuel; le particulier n'est la différence ou la déterminabililé qu'en étant l'universel et l'individuel; et enfin l'individuel signifie qu'il est le sujet, le fondement (1)

(1) Grundlage.

qui contient le genre et l'espèce et qui existe substantiellement (1). C'est là l'indivisibilité posée des moments dans leur différence (§ clx) ; c'est là celte clarté de la notion où les différences ne brisent ni ne troublent celle clarté, mais en chacune d'elles la notion garde sa transparence.

Il n'y a rien de plus commun que d'entendre dire que la notion est une enlilé abstraite. Ceci est vrai en ce sens que son élément est la pensée, et nullement l'être concret empirique, et aussi en ce sens qu'elle n'est pas encore Vidée. En ce double sens, la notion subjective est aussi la notion formelle, mais elle ne l'est pas comme si elle avait, ou devait recevoir un autre contenu qu'elle-même. En tant qu'elle est la forme absolue elle-même, elle contient toutes les déterminabilitcs, mais elle les contient telles qu'elles sont dans leur vérité. Dans sa nature abstraite, elle est donc l'être concret, et absolument concret, le sujet comme tel. L'être absolument concret est l'esprit (voy. Rem., § clix), la notion qui, autant que l'esprit existe comme notion, se distingue de son objectivité, laquelle, malgré cette différenciation, demeure son objectivité. Tout autre être concret, quelque riche qu'en soit la nature, n'est pas aussi intimement identique avec lui-même, et partant il n'est pas aussi concret en lui-même, du moins si l'on entend par concret ce qu'on entend ordinairement par ce mot, c'est-à-dire une multiplicité d'éléments liés extérieurement.— Il faut ajouter que ce qu'on appelle notions, et notions déterminées, telles que homme, maison, animal, elc .,

(l) Subslantiell ist : qui est substantiel : qui à la façon de la substance est le sujet des rao'les et des accidents, c'est-à-dire ici du genre et de l'espèce, ou de l'universel et du particulier.

ne sont que des déterminations, et des représentations abstraites, c'est-à-dire des abstractions qui ne contiennent qu'un moment de la notion, l'universel, qui laissent en dehors le particulier et l'individuel, et qui, par suite, n'étant pas développées en elles-mêmes, sont précisément des abstractions de la notion (1).

(1) La notion est l'unité de l'être et de l'essence. L'être a passé dans l'essence, et l'essence s'est élevée à la notioo, laquelle fait, par cela même, leur unité. La notion sort de l'être et de l'essence; mais il ne faudrait pas conclure de là que l'être et l'essence sont le principe de la notion. Tout au contraire, c'est la notion qui est leur principe. La notion apparaît ici comme un résultat, mais c'est précisément parce qu'elle est un résultat qu'elle enveloppe tous les moments précédents dans son unité, comme le solide enveloppe la ligne et le plan et, mieux encore, comme l'intelligence et la pensée enveloppent les choses entendues et pensées (Cf. § eux). Car l'être hors de sa notion n'est que l'être immédiat et sensible; ou bien, les choses ne sont, et elles ne sont identiques ou différentes que par leur notion, et conformément à leur notion. La notion est, par conséquent, l'unité de l'être et de l'essence, et dans ce rapport simple avec elle-même elle est Vuniverscl, Allgemeinheit, l'universalité. On pourrait mettre cette détermination de la notion sous forme de proposition, et dire : « La notion est toutes choses, » ou « toutes choses sont une notion », ou bien encore « tout ce qui est (Y être), et tout ce qui a une essence (l'essence) ont une notion, et la notion fait leur unité ». Seulement, dans ces propositions l'universalité apparaît comme un prédicat, ou comme un sujet de la notion, tandis que l'universalité n'est ici que la notion elle-même, la notion en tant qu'universel, qui n'est pas seulement la forme, mais aussi le contenu, car une forme universelle sans contenu n'est pas l'universel. L'universel de la notion est, par conséquent, ce qu'il y a de plus riche dans sa simplicité. Car il n'est pas l'être abstrait, ou l'identité abstraite, mais il enveloppe l'être et le non-être, l'identité et la différence, de façon que ces déterminations ne sont pas des limites pour lui, ou, pour mieux dire, ne sont pas des limites qui lui soient extérieures, et qui soient posées par un autre terme que lui, ou qu'il ne puisse franchir, mais ce sont des limites qu'il pose lui-même, et en lui-même, et où il ne fait que se développer et se continuer lui-même sans rien perdre de sa clarté ni de son unité. L'être et le non-être, la qualité et la quantité, etc., se limitent l'un l'autre, et ils passent l'un dans l'autre; ou bien l'identité apparaît dans la différence, et celle-ci dans l'identité, etc., parce qu'ils ne sont que des notions en soi (Cf. § clxii), et cela, parce qu'ils ne se sont pas encore élevés à cette universalité où l'être et le non-être, l'identité et la différence, la chose et

Page 1