CLXVII
On prend ordinairement le jugement dans un sens subjectif comme une opération et une forme qui ne se produisent que dans la pensée qui a conscience d'ellemême (1). Mais c'est là une différence qui n'existe pas dans la sphère logique (2), où le jugement doit être entendu dans un sens tout à fait général. Toutes choses sont un jugement, c'est-à-dire elles sont l'individuel où il y a aussi l'universel ou une nature interne (3) ; ou bien, elles sont l'universel individualisé. En elles l'universel et l'individuel se différencient et sont identiques tout à la fois.
REMARQUE
Cette façon subjective de considérer le jugement, comme si c'était moi qui ajoute un prédicat au sujet, est contredite par l'expression objective du jugement. La rose est rouge, l'or est un métal, etc., ce sont des jugements où ce n'est pas moi qui unis d'abord ces termes.— Il faut distinguer les jugements des propositions. Celles-ci contiennent une
(1) Selbstbewussten Denken.
(2) Car la conscience est une sphère de l'esprit.
(3; Inncre Nalur. En considérant, en effet, les choses d'une façon abstraite, on peut dire que l'ind viduel constitue leur nature immédiate el sensible, et l'universel leur nature médiate et interne.
détermination du sujet qui n'est pas avec celui-ci dans le rapport de l'universel, mais un état, une action individuelle, et d'autres choses semblables. César est né à Borne, et dans telle année; il a fait la guerre pendant dix ans dans les Gaules; il a passé le Rubicon, etc., ce sont là des propositions et non des jugements. 11 serait aussi absurde de classer parmi les jugements des propositions telles que celles-ci : « j'ai bien dormi cette nuit, ou bien : présentez les armes. » On pourrait considérer comme un jugement, mais comme un jugement subjectif, cette proposition : cest une voiture qui passe, s'il est douteux que l'objet qui se meut soit une voiture, ou bien si c'est réellement l'objet ou le point d'où le spectateur le regarde qui se meut. Ici l'opération de la pensée consiste à trouver une détermination pour une représentation qui n'est pas suffisamment déterminée.