‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 37 sur 80 · CLXXI · texte numérisé non relu

CLXXI

Dans le jugement le sujet, le prédicat et le contenu déterminé qui fait leur identité sont d'abord posés dans leur rapport même comme différenciés et comme extérieurs l'un à l'autre. Mais en soi, c'est-à-dire, suivant la notion, ils sont identiques, car le sujet n'est un tout concret que parce qu'il n'est pas une multiplicité indéterminée, mais une individualité qui fait l'identité du particulier et de l'universel; et cette identité est précisément le prédicat (§ clxx).

De plus, l'identité du sujet et du prédicat est bien posée dans la copule, mais celle-ci n'est d'abord que Y est abstrait. Il faut, par conséquent, que le sujet soit posé comme prédicat, et celui-ci comme sujet, pour que la copule soit achevée (2). C'est là une détermination ulté-

(1) Voyez paragraphe précédent.

(2) Erfiïllt, remplie. — Les considérations contenues dans les §§ clxix, clxx, clxxi, s'appliquent au jugement en général, et elles ont pour objet de montrer les rapports des termes et le passage de l'un à l'autre, passage qui a son fondemement dans l'unité de la notion. C'est là ce qui fait qu'on retrou\e le sujet dans le prédicat, et le prédicat dans le sujet, et que le contenu du jugement est tout aussi bien l'un que l'autre. Cette unité des termes est exprimée par la copule. Car la copule ne se rapporte pas seulement au sujet, ou au prédicat, mais à tous les deux; ce qui fait que la détermination des extrêmes est aussi la détermination de leur rapport, et réciproquement, Cependant, dans le jugement, et surtout à son point de départ, la copule n'a qu'une valeur abstraite, c'est-à-dire elle ne contient que virtuellement, ou en soi et dans sa uotiou (dem Begriffe nach) l'unité concrète des termes, mais cette unité n'y est pas encore posée. Ces», le développement des formes du jugement qui doit amener cette uuité. « Pour ce qui

rieure qui fait passer, à l'aide de la copule concrète, le

concerne la détermination ultérieure du sujet et du prédicat, dit Hegel (*), on a dr'jà fait remarquer (§ ci.xv) que c'est dans le jugement que ces derniers reçoivent leur véritable détermination. En tant que le jugement pose la déterminabilité de la notion (die geset.zle Bestimmtheit dts Begriffs ist), sa différence a la forme immédiate et abstraite. Mais comme ici la notion n'a pas encore atteint à son unité, on voit se reproduire V existence (Daseyn), et Yétre autre que soi (Anderseyn) c'est-à-dire l'opposition de Y être et de la réflexion, ou de Yétre-en-soi. Cependant comme c'est la notion qui fait le fond du jugement, ces déterminations sont aussi indifférentes à l'égard du sujet et du prédicat, de sorte que si Tune d'elles convient au sujet et l'autre au prédicat, la réciproque a également lieu. Le sujet, eu tant qu'individuel, apparaît d'abord comme être qui est (das Seyende, YEiwas, le quelque chose) ou bien, suivant la détermination propre du sujet, comme étre-pour-soi (Fursichseyende), sur lequel on porte un jugement Le prédicat, au contraire, en tant qu'universel, apparaît comme constituant le moment de la reflexion à l'égard du sujet (as dièse Reflexion iïber ihn), ou plutôt comme constituant la reflexion propre du sujet, par laquelle ce dernier va au delà de son premier état immédiat, et supprime les déterminabilités qui sont marquées de ce caractère; en d'autres termes, {'universel apparaît ccmme l'êlre-ensoi du sujet. — Et ainsi si l'on part de l'individuel, comme d'un terme premier et immédiat, et que par le jugement on l'élève à l'universel, celui-ci, qui n'est que l'universel en soi (an sich seyende), en se joignaut à l'individuel passe à l'existence (Dtseyn), ou devient un êire-pour-soi. — C'est la la signification objective du jugement, lequel fait la vérité et le fondement des formes antérieures qu'on a traversées. Ce qui est devient et change, le fini s'absorbe dans Y infini-, V existence concrète sort de sa raison d'être et se manifeste dans le phénomène (hervorgeht in die Erscheinung) ; les accidents manifestent la richesse de la substance, ainsi que sa puissance. Dans l'être il se fait un passage d'un terme à l'autre. Dans l'essence un terme apparaît, dans l'autre, manifestant par là leur rapport nécessaire. Ce passage et cet apparaître sont maintenant devenus la division originaire de la notion, qui en ramenant l'individuel à l'être en-soi de son universel, détermine par là même L'universel comme réalité (als Wirkiiche, comme être réel). Il n'y a là qu'une seule et même chose, parce que l'individuel, en s'élevant à l'universel, ne fait que se réfléchir sur lui-même, et l'universel en descendant dans l'individuel ne fait que poser sa propre détermination... Et ainsi si, comme on vient de le voir, l'universel constitue Yen-soi du sujet, et celui-ci Yexistence Daseyn) ou 1 être existant, la réciproque sera également vraie, et le sujet sera Yétre-en-soi, et l'universel Y être-existant. Le sujet sans le prédicat

(*) Grande Logique, science de la notion, Ier par., p. 70,

jugement dans le syllogisme. Dans son évolution le jugeest ce qu'était la chose sans propriétés dans la sphère de l'essence, la chose en soi vide et indélerminée. C'est, par conséquent, par le prédicat que la notion est d'abord diiïérenciée et déterminée; et c'est le prédicat qui introduit dans le sujet l'élément de V existence. Par cet universel déterminé l'individuel se trouve placé dans un rapport extérieur ; ce qui l'ouvré à l'action d'autres choses, et amène aussi son action sur elles. Ce qui est là {was da ist, le Daseyn) sort de son être-en-soi, et passe dans l'élément des connexions et des rapports — des rapports négatifs, et du jeu réciproque de la réalité — ce qui est une continuation de l'individuel dans un autre que soi, et constitue l'universalité. Et cette identité u'est pas le fait de notre réflexion ; elle n'est pas non plus une identité virtuelle, mais une identité qui est posée dans le jugement. Car le jugement est le rapport des deux termes, et la copule exprime que le sujet est le prédicat... Ainsi, si l'on considère le sujet comme le terme indépendant (selbslstandige), le prédicat ne subsistera pas par lui-même, mais il ne subsistera que dans le sujet; il sera inhérent au sujet. Et si on le sépare du sujet, il ne sera qu'une déterminabilité individualisée (vereinzelte) de ce dernier — qu'une de ses propriétés ; et le sujet sera le terme concret, la totalité des déterminabilités multiples, dont l'une est le prédicat. Le sujet sera, par conséquent, l'universel. Mais, d'un autre côté, le prédicat est l'universel indépendant, et le sujet, au contraire, n'est qu'une de ses déterminations. Et ainsi le prédicat contient [subsumirt) le sujet. L'individualité et la particularité ne sont pas par elles-mêmes, mais elles ont leur essence et leur substance dans l'universel. Le prédicat exprime le sujet dans sa notion ; et l'individuel et le particulier ne sont que des déterminations contingentes en lui, qui est leur possibilité absolue... Mais cette identité qui fait que les mêmes déterminations conviennent tour à tour au sujet et au prédicat u'est d'abord que virtuellement et en soi dans le jugement. Car le rapport des deux côtés est posé dans le jugemeut, mais les deux côtés y sont d'abord différenciés. En d'autres termes, l'identité fait le fond du rapport du sujet et du prédicat. Et cette identité est une détermination de la notion qui est elle-même essentiellement rapport, et à ce titre elle est {'universel, car elle fait l'identité positive du sujet et du prédicat. Mais elle est aussi l'universel déterminé, car la déterminabilité du prédicat est la déterminabilité du sujet, et, enûn, elle est l'individuel, car elle est l'unité négative où l'indépendance des extrêmes se trouve supprimée. — Cependant cette. identité ne se trouve pas encore posée dans le jugement. Ici la copule n'est que le rapport encore indéterminé de l'être en général : A est B; car l'indépendance des déterminabilités de la notion, ou des extrêmes est la réalité que la notion y possède. Si la copule y était posée comme unité complètement déterminée et achevée du sujet et du prédicat on n'aurait plus le jugement, mais le syllogisme. »

ment va en déterminant de plus en plus l'universel abstrait et sensible (1), en passant successivement dans le tout (Àllheif), dans le genre et Y espèce, et dans l'universel développé de la notion.

La connaissance de la détermination progressive des moments du jugement, qui ne sont ordinairement présentés que comme des espèces du jugement (2), établit leur connexion intime ainsi que leur véritable signification. Et il faut remarquer que même rénumération de ces espèces se fait au hasard, et qu'on ne distingue les jugemenls que par des différences superficielles et grossières. Ainsi, par exemple, la différence des jugements positif, catégorique et assertoire on la tire on ne sait d'où et on ne la détermine point. On doit considérer les formes diverses du jugement comme se déduisant par une nécessité interne les unes des autres, et comme un développement des déterminations de la notion; car le jugement n'est autre chose que la notion déterminée (3).

A l'égard des sphères de Y être et de l'essence, les notions déterminées comme jugements sont une reproduction de ces sphères, mais de ces sphères posées suivant le rapport simple de la notion.

Zusatz. On ne doit pas considérer les diversss formes du jugement comme un agrégat empirique, mais comme un tout déterminé par la pensée, et c'est un des grands mérites de Kant d'avoir le premier mis en lumière l'importance de ce point. Et, bien qu'on puisse considérer

(1) Voyez paragraphe suivant.

(2) Voy. § clxvii.

(3) Voy. §§ clxiv et clxix.

comme insuffisante la division des jugements donne'e par lui suivant le schème de sa table des catégories, en jugements de qualité, de quantité, de relation et de modalité, à cause de l'application purement formelle qu'il fait de ce schème à ces catégories, comme aussi à cause de son contenu, il y a cependant au fond de cette division cette pensée vraie que ce sont les formes générales de l'idée logique elle-même qui déterminent les diverses espèces du jugement. Nous avons d'après cela trois espèces principales de jugement qui correspondent aux degrés de l'être, de l'essence et de la notion. La seconde de ces espèces, conformément à la nature de l'essence en tant que degré de la différence, se subdivise en deux. La raison intérieure de celte constitution systématique du jugement, il faut la chercher en ceci, que, puisque la notion est l'unité idéale de l'être et de l'essence, elle doit dans ce développement d'elle-même qui s'accomplit dans le jugement reproduire d'abord ces deux degrés en les transformant suivant ellemême, et en s'aftirmant ensuite comme principe qui détermine le véritable jugement. — On ne doit pas considérer les diverses espèces de jugement comme placées l'un à côte de l'autre et comme ayant une même valeur, mais comme formant une série de degrés dont la différence est fondée sur la signification logique du prédicat. C'est ce qu'on peut constater dans la conscience ordinaire elle-même, qui n'accordera qu'une faculté très-inférieure de juger à celui qui fait des jugements tels que ceux-ci : ce mur est blanc, ce four est chaud, etc., tandis qu'elle reconnaîtra une véritable faculté de juger à celui qui en fait de tels que ceux-ci : cette œuvre d'art est belle, cette action

est bonne, etc. Dans les jugements de la première espèce le contenu n'est qu'une qualité abstraite, et il suffit de la perception immédiate pour porter un jugement sur son existence, tandis que pour porter un jugement sur une œuvre d'art, ou sur une action, et décider que la première est belle, et la seconde est bonne, il faut comparer ces objets avec ce qu'ils doivent être, c'est-à-dire avec leur notion.

a) JUGEMENT QUALITATIF.

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