CLXXIII
Dans celte négation en tant que première négation subsiste encore le rapport du sujet et du prédicat, qui garde ainsi son caractère relatif d'universel dont une dctermioabilité est seulement niée. (La rose ri est pas rouge implique qu'elle a encore une couleur, et d'abord une autre couleur, ce qui ne ramènerait qu'un nouveau jugement positif.) Mais l'individuel ri est pas une chose universelle. Par là 3) le jugement se produit 1°) sous forme de rapport identique et vide — jugement identique — et w2°) comme disproportion complète du sujet et du prédicat — jugement infini.
propre, les prend et les emploie au hasard et indifféremment, en les remplissant, pour ainsi dire, d'une matière sensible et étrangère. Et ainsi, bien que ces f rmes soient nécessaires et absolues, elles ne contiennent point, suhant elle, de vérilé objective, et toute leur vérité leur vient de cette matière qu'on y ajoute, et qui leur vient du dehors. Cela fait que, d'une part, leur véritable signification échappe à l'ancienne logique, et que, d autre part, celle-ci confond les jugements les plus différents. Ainsi, par exemple, celle rose est rouge; celle électricité est négative ; celle action est bonne, ou celte œuvre (Vart est belle, sont des jugements que la logique formelle range sur la même ligne, car ce sont tous des jugements qu'elle appelle affirmatifs. Et cependant, on voit à la plus simple inspection que ces jugements n'ont pas la même valeur, et qu'on ne doit pas les ranger sous la même catégorie. Ei la conscience vulgaire et irréfléchie elle même les distingue; car on ne s'aviserait pas de placer dans la vie ordinaire sur la même ligue celui qui ferait des jugements de la première espèce, et celui qui en ferait de la seconde ou de la troisième espèce. Et, en efl'et, ces jugements différent par la forme et par le contenu, c'est-à-dire ils diffèrent par la nature des termes ainsi que par leur rapport. Dans le premier, le prédicat exprime la simple qualité, ce qu'il y a de plus immédiat et de plus extérieur dans les choses, et ce qui est l'objet de la simple perception sensible; dans le secoud, il exprime uue détermination refléchie, et dans le troisième, une détermination qui dit ce que le sujet doit être, c'est-à-dire, une détermination de sa notion. Mai> par cela même que les attributs diffèrent dans les jugements différents, les sujets, ainsi que les rapports du sujet et de l'attribut doivent aussi différer; ou bien, si l'on a le même sujet, c'est qu'il n est pas pris en réalité dans le
REMARQUE
L esprit ri est pas [éléphant, le loup ri est pas [assiette, sont des exemples du dernier jugement. Ce sont des propositions justes mais absurdes, tout comme [esprit est l'esprit, le loup est le loup. Ces propositions expriment bien la vérité du jugement immédiat, ou qualitatif comme on l'appelle ; seulement elles ne sont pas des jugements, et ne peuvent se produire que dans la pensée subjective qui peut s'arrêter à des abstractions. — Considérées objectivement, elles expriment la nature de l'être ou des choses sensibles, en ce qu'elles contiennent une identité vide et un rapport achevé (1), mais où les termes du rapport sont qualitati-
mème sens. Ainsi, dans ces jugements : « cet homme est blanc ; cet homme est juste, » homme n'est que nominalement le même sujet, car ou ne prend pas le même partie de l'homme dans les deux cas. Quant au rapport dn sujet et du prédicat, il est é\ident qu'il n'est pas le même dans les différents jugements. Car on n'a qu'un rapport immédiat et extérieur dans le jugement de qualité, tandis qu'on a un rapport médiat et plus intime dans le jugement de la réflexion et de la notion; ce qui fait que, dans le premier, le prédicat peut cuuvenir, comme il peut aussi ne pas convenir au sujet, tandis que, dans les autres, il lui convient nécessairement. Ainsi, la rose n'est pas nécessairement, rouge, mais elle peut être jaune, bleue, noire, etc., tandis que l'électricité est nécessairement négative, et l'œuvre d art est belle plus nécessairement encore, car une œuvre d'art qui n'est pas belle u'est pas une oeuvre d'art. S'il en est ainsi, tous les jugements ne contiennent pas le même degré de réalité et de vérité, bien qu'ils puissent tous être justes. « Mais la justesse et la vérité, dit llégel (Grande Log., 2e part., p. 83.), ne sont pas la même chose, Et s'il faut appeler vraie la justesse d'une intuition ou d'une perception sensible, ou l'accord de la représentation avec l'objet, il n'y aura plus de mot pour exprimer cette vérité qui fait l'objet et la fin de la philosophie. On devrait au moins appeler cette dernière vérité, vérité de la raison, et, en ce cas, on accorderait bien que des jugements tels que ceux-ci : Cicéron était un grand orateur ; il fait nuit, etc., ne sont pas des Yérites de la raison. »
(1) ErfuiUe i rempli : rempli en ce sens que le jugement qualitatif y est achevé.
vement séparés (1), et il n'y a plus de proportion enlre
eux (2).
(1 ) Weîche aber das qualitative Anàersseyn der Bezogenen ist : mais qui (le jugement infini) est Vêtre-aulre qualitatif des termes en rapport. C'est-à-dire, le rapport qualitatif des termes a cessé; les termes sont devenus qualitativement étrangers l'un à l'autre.
(2) Pour bien comprendre cette théorie du jugement, il faut avoir présents les points suivants : 1° Que l'unité de la notion qui se partage dans le jugement y est virtuellement contenue, et que les transformations successives du jugement n'ont d'autre objet que de passer de cette unité virtuelle et abstraite à l'unité concrète et réalisée (dans le syllogisme), et que, par conséquent, le jugement n'exprime qu'une vérité limitée, ou un moment fini de la notion ; 2° que c'est dans et par la copule que la notion conserve son unité, ou, pour mieux dire, que la copule ou le rapport des termes n'est autre chose que leur notion commune, qui, en se développant, amène l'identité de leur forme et de leur contenu, et que, par conséquent, la copule (affirmative ou négative) affecte les deux termes du jugement, ce qui fait qu'on peut les convertir et amener ainsi la transformation successive de ses formes; 3° que pour bien saisir ces transformations, il faut faire abstraction de toute donnée empirique, et en même temps les considérer sous un point de vue objectif, et comme ayant un rapport réel avec les choses, et de plus comme ayant un contenu logique et idéal, ce qui fait, par exemple, que le contenu du jugement asserloire n'est pas le même que celui du jugement apodiclique. — Maintenant, le premier jugement, le jugement le plus abstrait et qui est le point de départ des jugements ultérieurs, est « l'individuel est Vuniversel. » On appelle les deux termes qui forment le jugement l'un sujet et l'autre prédicat. Ces deux termes sont convenables, et on peut les adopter. Mais ici ils ne sont que deux mots (§ cclxix) dont il s'agit de déterminer la valeur, et leur valeur ne peut être déterminée que par leur notion. Car si l'on dit que le sujet est telle c/iose, et le prédicat telle autre chose, on se servira ou du jugement, c'est-à-dire, du sujet et du prédicat eux-mêmes, pour déterminer ce qu'ils sont, ou bien de la définition, qui, comme on le verra, appartient a une sphère ultérieure de la notion, et suppose le jugement comme un moment qu'on a déjà traversé et déterminé. Par conséquent, on n'a ici que les déterminations les plus abstraites de la notion, qui, comme on l'a vu (§ clxv), sont que Vindividuel est l'universel; et comme ces deux termes, et partant la copule sont ici à l'état immédiat, c'est-à-dire comme il n'y a pas encore eu en eux de médiation ou de négation, ce jugement est un jugement positif. Ainsi donc, « Vindividuel est Vuniversel; » d'où il suit immédiatement que « Vuniversel est l'individuel.» Dans le premier jugement c'est le prédicat qui détermine le sujet; dans le second c'est le sujet qui détermine le prédicat, car le prédicat s'y trouve
individualisé par le sujet. « La rose est rouge. » Si rouge détermine la rose, il est à son tour déterminé par elle ; car ce n'est pas le rouge en général qu'on énonce, mais le rouge de la rose, le rouge individualisé par elle. Cependant, en disant que ['individuel est V universel, et que ['universel est l'individuel, on ne veut point dire que l'individuel cesse d'être l'individuel en s'universalisant, et l'universel cesse d'êire l'universel en s'individualisant, car, en ce cas, il n'y aurait plus de jugement, mais seulement que l'individuel, en tant qu'il est en rapport avec un terme universel, est universalisé, et que l'universel, en tant qu'il e*t lié par ce rapport, est lui-même individualisé. Et ainsi, 1° le jugement « l'individuel est l'universel» veut dire aussi que V individuel immédiat nest pas l'universel ; car le prédicat a une plus graude circonscription que le sujet, et celui-ci, à son tour, est un terme qui existe immédiatement pour soi, et il est l'opposé de l'universel abstrait tel qu'il a été ici posé; et 2° ['universel est l'individuel veut dire aussi ['universel n'est pas l'individuel; car le sujet exprime uue universalité, un terme concret qui enveloppe dens sa circonscription indéterminée des qualités, des propriétés, des accidents autres que ce prédicat. 11 n'est pas, par conséquent, uue propriété individuelle, comme le dit le prédicat. Ainsi, dans les deux jugements :
« La rose est rouge, »
« Le rouge est la rose, »
le rouge a, d'une part, une plus large circonscription que la rose, et la rose, de son côté, existe pour soi, c'est-à-dire est autre chose que le rouge. Et réciproquement, le rouge qui s'individualise dans la rose n'est pas le rouge, et, par conséquent, le rouge soutient des rapports, et des rapports qui sont ici indéterminés, avec d'autres choses que la rose, et il n'est pas une simple individualité, comme le second jugement le fait croire. D'où il suit que les deux propositions doivent être niées, et que le jugement positif passe dans le jugement négatif. Ce qui fait l'imperfection, la non-vérité (Unwahrheit) , suivant l'expression hégélienne, du jugement positif, c'est précisément que les termes y sont à l'état immédiat, et par suite leur rapport n'est qu'un rapport superûciel et extérieur. La rose est rouge, mais elle n'est pas, ou elle peut n'être pas rouge, et réciproquement le rouge est la rose, mais il est, ou il peut être autre chose que la rose. Le jugement négatif fait, par conséquent, la vérité du jugement positif. «L'individuel n est pas l'universel » est la forme de ce jugement. Cependant, en disant que l'individuel n'est pas l'universel, on n'euleud pas dire que le sujet n'a pas de prédicat, mais seulement qu'il a un autre prédicat qu'un prédicat immédiat et indéterminé. La vraie expression du jugement négatif est, par conséquent, « l'individuel est le particulier ». Cette expression est l'expression positive du jugement négatif. Et, en effet, en niant le prédicat du sujet, on affirme par cela même implicitement de celui-ci un autre prédicat. En disant que la rose n'est pas rouge, on ne veut point exclure la rose de la circonscription de la couleur,
VÉRA. — Logique de Hé^cl. II, — 1S
mais dire, ou que sa couleur n'est pas le rouge eu général, mais tel rouge déterminé, ou qu'elle est autre chose que le ro^ge. Quant à l'autre jugement positif, a l'universel est V 'individuel »,il donne lui aussi « l'universel n'est pas V individuel », ce qui veut dire que le prédicat, par cela même qu'il est un prédicat, et le prédicat d'un sujet universel, n'est pas seulement findividuel, mais qu'il le dépasse; c'est-à-dire, il est le particulier. « L'universel est le particulier » est, par conséquent, ici aussi l'expression positive du jugement négatif est : le rouge n'est pas seulement la couleur de la rose, mais uue couleur particulière. Et ainsi le jugement négatif n'est pas d'abord une négation absolue, mais une négation relative, ou qui contient une affirmation, et l'expression de cette afûrmation est « l'individuel ou l'universel est le particulier )) . Or, l'un ou l'autre de ces jugements donne immédiatement, et par des raisons semblables à celles que nous venons d'indiquer, l'autre jugement « l'individuel ou l'universel n'est pas le particulier ou il est autre chose que le particulier ». Ce qui ramène un autre jugement négatif, mais un jugement négatif qui diffère du premier en ce qu'il est la seconde négation, ou la négation de la négation, c'est-à-dire, la négation qui non-seulement nie l'universel de l'individuel et l'individuel de l'universel, mais le particulier de l'individuel et de l'universel tout ensemble. La rose qui n'est pas rouge (première négation) n'a pas une couleur particulière quelconque, mais une couleur propre, et qui en est inséparable, qui est, en un mot, la couleur de la rose. « L'individuel n'est pas le particulier » veut donc dire que « l'individuel n'est que l'individu il, ou l'individuel est V individuel »; et « Vuniversel n'est pas le particulier » veut également dire « l'universel est l'universel ». C 'est là le jugement négatif infini, c'est-à-dire, le jugement où la disproportion entre le sujet et le prédicat est trop grande pour qu'il y ait un rapport entre eux. « L'esprit n'est pas le rouge; la rose n'est pas l'éléphant » sont des exemples de ces jugements. Ces jugements sont justes et absurdes tout à la fois. Ils sont absurdes, en ce qu'ils affectent d'être des jugements, tandis qu'ils ne sont plus en réalité des jugements, puisque tout rapport entre le sujet et le prédicat a cessé; ils sont justes, en ce qu'ils montrent l'insuffisance des jugements purement positif et négatif, ou du jugement de la qualité en général, et la nécessité d'un autre jugement. Et, en effet, l'individuel ou l'universel nie ici ce rapport purement qualitatif ou d'existence (Daseyns), parce que ce sont des termes plus concrets qui enveloppent et dépassent ce rapport, et que ce rapport ne saurait, par conséquent, exprimer. L'individuel est l'individuel, ou, l'universel est l'universel, veut donc dire que l'individuel et l'universel et partant le particulier aussi, par ce retour sur eux-mêmes, se posent comme des termes concrets dans lesquels les déterminations de la qualité ne sont plus que des moments qu'ils ont traversés. C'est là ce qui amène le jugement de la réflexion. « Le jugement négatif infini, dit Hegel (Zusatz de ce paragraphe), où il n'y a plus de rapport entre le sujet et le prédicat, est
NOTION. NOTION SUBJECTIVE. 2ft3