‹ Logique de Hâegel (volume 2)Chapitre 42 sur 80 · S) JUGEMENT DE LA NOTION · texte numérisé non relu

S) JUGEMENT DE LA NOTION

§ CLXXYÏII.

Le jugement de la notion a pour contenu la notion, le tout dans la simplicité de sa forme, l'universel compléte-

tels qu'ils existent dans la notion, c'est-à-dire dans leur forme universelle et dans leur unité. Mais ce rapport n'a plus d'application ici, et l'universel du jugement de la réflexion est plutôt le particulier ou une détermination particulière vis-à-vis de l'universel concret et objectif du jugement de la nécessité, c'est-à-dire vis-à-vis du genre. Ici le sujet et le prédicat sont identiques, et la copule n'est plus marquée d'un simple caractère essentiel, mais du caractère de la nécessité. Ce qui fait le fond de cette identité et de cette nécessité est le genre. « L'or est précieux : l'or est un métal, » sont deux jugements qui n'appartiennent pas à la même classe, ou au même degré de la notion. La valeur de l'or dépend d'un rapport extérieur de l'or avec nos besoins, nos désirs, le prix ou le travail qu'il faut dépenser pour l'obtenir, etc., tandis que le fait d'être un métal, la mélaUité, suivant l'expression hégélienne, appartient à sa nature substantielle, sans laquelle il cesserait d'être ce qu'il est. Il en est de même des jugements « la rose est une plante » ; « Caius est un homme», par lesquels nous voulons exprimer la nature essentielle et objective de la rose et de Caius, de façon que tout ce que nous pourrons d'ailleurs affirmer d'eux n'aura une signification et une valeur qu'autant qu'il répondra à cette nature. Le genre est, par conséquent, l'universel concret et objectif en ce qu'il constitue la nature concrète et objective des choses. En tant qu'il existe en et pour soi, le genre contient les espèces qui sont ses déterminations particulières, car il n'existe en et pour soi, c'est-à-dire il n'est genre réel qu'autant qu'il a des espèces, et celles-ci, à leur tour, ne sont des espèces qu'autant qu'elles existent, d'une part, dans le genre, et, de l'autre, daus les individus, une espèce n'étant espèce que parce qu'elle s'individualise, de même que le genre n'est genre qu'en se spécifiant. Et ainsi l'espèce et le genre ou, ce qui revient au même, l'individu et l'espèce, voilà les termes constitutifs du jugement de la nécessité. 1° Le premier degré de ce rapport amène le jugement catégorique qui constitue le jugement immédiat de la nécessité, et correspond dans la sphère de l'essence aux rapports de substance. Toutes choses sont un Jugement catégorique, c'est-à-dire possèdent une nature substantielle en laquelle réside l'élément fixe et invariable de leur existence. Ce n'est que lorsqu'on considère les choses du point de vue de leur genre, et comme déterminées par la nécessité que le jugement acquiert une valeur réelle et objective. Dans le jugement catégorique, le sujet a sa nature immanente et substantielle dans le

ment déterminé. Le sujet 1) est d'abord l'individuel qui a pour prédicat l'existence particulière se réfléchissant sur

prédicat dont il est une détermination particulière. Mais par cela même qu'on n'a ici qu'un rapport immédiat, la nécessité de ce rapport n'est d'abord qu'une nécessité intérieure ou uuc nécessité virtuelle et qui n'est pas encore posée; ce qui fait que la déterminabilité du sujet apparaît vis-à-vis du prédicat comme un élément contingent ou qui lui est indifférent. La rose est bien la plaute, mais à côté de la rose il y a le poirier, le figuier, etc., qui sont aussi des plantes; et, par conséquent, la plante comme telle est dans un état d'indifférence vis-à-vis de ces espèces. Et cependant il y a un rapport nécessaire entre le sujet (espèce) et le prédicat (genre), puisque le sujet n'est tel que dans le prédicat, et que, d'autre part, c'est le prédicat lui-même qui se détermine dans l'espèce. L'imperfection du jugement catégorique vient précisément de sa forme immédiate. Cela fait que le sujet et le prédicat ne se sont pas encore médiatisés, que l'universel (le prédicat) n'a pas encore posé en lui le particulier (le sujet), et que celui-ci ne s'est pas encore identifié avec l'universel. Mais, d'un autre côté, le sujet -n'est qu'une détermination particulière du prédicat, et ce n'est qu'à ce titre qu'il est ici sujet, et par conséquent le prédicat ne peut être dans un rapport accidentel et extérieur avec sa propre détermination. Cette nécessité virtuelle et intérieure du sujet et du prédicat doit donc se réaliser, et c'est là ce qui amène le jugement hypothétique. Si A est, B est. On peut ranger sous ce jugement les rapports de principe et de conséquence, de condition et de chose conditionnée, et surtout le rapport de causalité, avec cette différence qu'ici les deux côtés du rapport ne sont pas des côtés indépendants, mais deux côtés d'un seul et même terme, ainsi que cela a lieu d'ailleurs dans tous les rapports de la notion. Ainsi, si A est, B est aussi, et réciproquement si B est, A est aussi. Mais d'abord cette nécessité n'atteint pas ici A et B tout entiers, mais seulement leur rapport; en d'autres termes, elle n'enveloppe pas leur contenu, mais seulement leur forme. Le contenu de A n'est pas le contenu de B, et à cet égard A et B apparaissent comme deux termes contingents et extérieurs l'un à l'autre. Et ainsi leur contenu est différent et séparable, et leur forme est identique et inséparable. La cause est en tant que cause, si l'effet est; et l'effet est en tant qu'effet, si la cause est. Mais la cause et l'effet demeurent distincts quant à leur contenu, et la nécessité n'atteint que la forme de leur rapport. Cependant, la nécessité de la forme cache et entraîne la nécessité du contenu lui-même. Et, en effet, en disant que si A est, B est, on veut dire que l'être de A n'est pas seulement son être, mais l'être de B» et réciproquement. En outre, ce rapport implique un terme positif et inconditionné qui est l'unité de A et de B, et qui n'est cette unité qu'en les posant tous les deux, c'est-à-dire il implique un terme universel qui pose le particulier,

NOTION. NOTION SUBJECTIVE. w255

son principe général (l). C'est la concordance ou la nonconcordance de ces deux déterminations qui fait ce jugement. Bon, vrai, juste fournissent des exemples du prédicat de ce jugement. — Jugement assertoire.

REMARQUE

Même dans la vie ordinaire on ne croit avoir énoncé un jugement véritable que lorsqu'on affirme que tel objet est

qui le pose comme identique avec lui-même, et qui atteint ainsi à sa parfaite individualité. C'est là le jugement dhjonclif. Dans le jugement disjonctif, l'universel est posé dans l'unité de sa forme et de son contenu. Car ce jugement renferme l'universel ou le genre, d'abord dans sa déterminabilité simple en tant que sujet, et ensuite comme totalité de ses différences. A est, ou B, ou C. C'est là l'identité de la notion. Car on a l'universel, le genre, d'abord dans sa déterminabilité simple, puis comme particulier ou dans ses différences, et enfin comme unité ou individualité de ces différences; de sorte que l'universel fait ici l'unité de la forme et du contenu tout ensemble. Et, en effet, dire que A est ou B ou C, c'est dire qu'il est tout aussi bien B que C Dire que la poésie est ou poésie épique ou poésie dramatique, c'est dire qu'elle est à la fois poésie épique et poésie dramatique. La première forme exprime le rapport négatif des espèces, ou les différences du genre; la seconde le retour du genre, et partant des espèces elles-mêmes à leur unité. Par conséquent^ 1° B et C (le prédicat) ne sont que deux déterminations particulières de A (sujet), et par cela même ils sont deux déterminations distinctes qui s'excluent. Mais, d'un autre côté, comme ce sont deux déterminations d'un seul et même terme, ils sont identiques; ce qui veut dire, en d'autres termes, que A fait à la fois leur différence et leur unité. Car deux espèces ne diffèrent et ne s'excluent qu'autant qu'elles appartiennent au même genre. 2° Par là se trouve posée l'identité du sujet et du prédicat. Car le prédicat n'est que le cercle des déterminations du sujet, ou la totalité du sujet lui-même. L'unité de la copule ainsi posée n'est autre chose que l'unité de leur uotiou, et par là le jugement de la nécessité passe dans le jugement de la notion.

(1) Le texte a : das zum Vrtldikal die Réflexion des besonderen Daseyns auf sein Allgemeines hat ; qui a pour prédicat la réflexion de Pexfstcnce particulière sur son universel. En effet, le sujet se réfléchit ici sur son universel ou prédicat par sa nature particulière. Et c'est ce moment de sa réflexion sur son universel qui constitue son prédicat. Seulement le particulier n'est pas posé dans ce jugement, il n'y existe que virtuellement.

vrai, ou beau, que telle action est bonne ou mauvaise, et personne ne s'avise d'accorder la faculté de bien juger à celui qui ne sait faire que des jugements négatifs ou positifs tels que : cette rose est rouge, ce tableau est rouge, vert, couvert de poussière, etc. La théorie de la science immédiate et de la croyance fait du jugement assertoire, que l'opinion commune elle-même considère comme insuffisant, la forme essentielle et unique de la connaissance philosophique (1). Et l'on trouve dans des prétendus ouvrages philosophiques qui reposent sur ce principe maintes assertions sur la raison, la science, la pensée, etc., qui, bien qu'on n'accorde plus beaucoup d'importance à l'autorité extérieure, cherchent cependant à produire la conviction en répétant indéfiniment la même chose.

§ GLXXIX.

Le jugement assertoire ne contient pas dans son sujet d'abord immédiat le rapport du particulier et de l'universel qui est exprimé dans le prédicat. Ainsi, ce jugement n'est qu'une affirmation subjective particulière (2), et il a devant lui une affirmation contraire qui est tout aussi fondée, ou, pour mieux dire, aussi peu fondée que la première. Par conséquent ce jugement est en même temps 2) un simple jugemeisi problématique. Mais 3) la particularité objective, c'est-à-dire la particularité étant posée comme élément constitutif de son existence (3), le sujet exprime mainte-

(1) C'csl à la doctrine de Jacobi que Hegel fait surtout allusion.

(2) Eine subjehlive Particularitlit : une particularité subjective. Voy. cidessous, jugement apodiclique.

(3) Als die Beschaffenheil seiner Daseyns. Le terme Beschaffenheit veut

liant le rapport de sa particularité avec son élément constitutif, c'est-à-dire avec son genre (1), et par là ce qui fait (§ précédent) le contenu du prédicat (2). Cette (individualité immédiate) maison (genre) faite de telle ou telle façon (particularité) est bien oit mal bâtie (o) : jugement apodictique. — Toutes les choses sont un genre (leur détermination et leur but) dans une réalité individuelle constituée d'une façon particulière. Et leur finité consiste en ce que l'élément particulier (das Besondere) peut être ou n'être pas adéquat à l'universel.

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