CXVII
La différence est 1) différence immédiate, diffèrenciabiiitè (1). Ici les différences (2) sont ce qu'elles sont
gendrée. Dans la sphère de l'essence, au contraire, les termes étant réfléchis, médiatisés, ils ont la négation et l'opposition au dedans d'eux-mêmes, ils ne passent pas l'un dans l'autre en franchissant la limite. Voy. ci-dessus§ 114.
(1) Verschiedenheit : le moment immédiat et virtuel de la différence.
(2) Die Unterschiedenen : les termes différenciés.
chacune pour soi, et à un état d'indifférence l'une à l'égard de l'autre, et partant elles sont extérieures Tune à l'autre. Par suite de l'indifférence des termes différenciés à l'égard de leur différence, celle-ci se trouve transportée (1) dans un troisième terme, dans un terme qui la compare (2). Cette différence extérieure est, en tant qu'identité des termes, mis en rapport, 1 'égalité, et, en tant que non-identité de ces termes, Y inégalité.
REMARQUE
L'entendement sépare aussi ces déterminations de telle façon que, bien que la comparaison ait un seul et même substrat pour l'égalité et pour l'inégalité, il n'y voit que des côtés, des points de vue différents. Mais l'égalité prise en elle-même (3) n'est que la détermination précédente,
(1) Fcillt : tombe dans.
(2) In ein Brilles, Vergleichendes : dans un troisième (terme), un (terme) comparant.
(3) Fursich, pour soi, c'est-à-dire, sans tenir compte du rapport nécessaire qui les lie l'un à l'autre. Voici maintenant les éléments de cette déduction. L'identité et la différence sont inséparables, et non-seulement elles sont inséparables, mais l'une est donnée dans l'autre, de telle façon que, lorsque nous essayons de les séparer, nous les retrouvons l'une dans l'autre. Ainsi, par exemple, l'entendement croit ne penser que l'identité en disant la lune est la lune, la mer est la mer, etc., tandis qu'il pense, en même temps, que ces choses sont ces choses, et pas autre chose, c'est-à-dire qu'elles sont différentes ; et, réciproquement, lorsqu'il pense qu'une chose diffère d'autre chose, il pense qu'elle en diffère par les caractères qui la font ce qu'elle est, c'est-à-dire qui font son identité. — Maintenant, l'identité et la différence sont d'abord à l'état immédiat; elles sont en soi, mais elles ne sont pas encore en et pour soi, ou, si l'on veut, leur unité est une unité virtuelle et immédiate, et elle n'est pas encore l'unité médiate et réalisée. (Voy. sur les trois moments de la réflexion, § cxiv, note.) C'est là ce qui amène Yêgalité et Y inégalité, lesquelles constituent le moment de la réflexion extérieure de l'identité et de la différence. En effet, si l'on présuppose l'identité sans la
l'identité, et l'inégalité également prise en elle-même irest que la différence.
On a aussi tiré de la différenciabilité (1) les propositions : « Toutes choses sont différentes » ou bien : « il ri y a pas deux choses qui soient complètement égales ». Ici au sujet tout on ajoute un prédicat contraire à celui qu'on y ajoute dans la. première proposition tirée de l'identité. Si cependant la différenciabilité n'est que la différenciabilité de la comparaison extérieure, il se peut que le terme comparé soit en lui-même simplement identique avec lui-même, et, en ce cas, cette proposition n'est pas opposée à la première. Mais aussi, en ce cas, la différenciabilité n'est pas la différenciabilité propre du quelque chose, ou du
différence on aura l'égalité, et si l'on présuppose la différence sans l'identité on aura l'inégalité. Deux choses identiques sont égales (par le côté par lequel elles sont identiques) et deux choses différentes sont inégales. Mais ce n'est là que le fait de la réflexion extérieure, qui, au lieu de poser les termes, les présuppose et les compare avec un troisième, de telle sorte que l'égalité et l'inégalité des termes tombent ici en dehors des termes eux-mêmes, et n'existent que dans leur rapport avec le terme qui les compare. Cependant on voit déjà que ce troisième terme qui compare et qui va de l'égalité à l'inégalité, et de l'inégalité à l'égalité, doit les contenir toutes les deux et former leuruuité. De plus, ce troisième terme que la réflexion extérieure emploie comme terme de comparaison est lui-même en réalité un terme comparé, c'est-à-dire, un terme dont l'égalité et l'inégalité est le résultat delà comparaison. Il ne diffère pas, par conséquent, des termes qu'il compare. En effet, l'égal n'est pas l'égal de lui-même, mais d'un autre que lui-même. Il est, par conséquent, l'inégal. Et l'inégal, en tant qu'inégal, non de lui-même, mais d'un autre que lui-même qui lui est inégal, est lui-même l'égal. Et ainsi l'égal étant l'inégal, et l'inégal l'égal, ils sont tous deux inégaux à eux-mêmes. Chacun d'eux forme un mouvement réfléchi suivant lequel l'égalité est elle-même et l'inégalité, et l'inégalité est elle-même et l'égalité. Cette unité de l'égalité et de l'inégalité est Vopposilion, — Gegensatz.
(1) Ou comme dit le texte : la différenciabililé est changée en la proposition, etc.: autre chose est, en effet, la différenciabilité, autre chose la proposition en laquelle on la change en l'ajoutant comme prédicat à un sujet.
tout* et par suite elle ne constitue point une déter mi nation essentielle de ce sujet (1). Ce n'est donc point, en ce sens qu'on doit entendre cette seconde proposition. Mais si c'est le sujet lui-même qui, suivant celte proposition, est différencié, il ne le sera que par sa propre déterminabilité. En ce cas, on n'a plus ici la différeneiabilité comme telle, mais la différence déterminée (2). C'est là aussi le sens de la proposition de Leibnitz.
Zusatz. Lorsque l'entendement s'applique à considérer l'identité, dans le fait il va déjà au delà de l'identité, et ce qu'il a devant soi c'est la différence sous forme de simple différeneiabilité. Ainsi lorsque, d'après la prétendue loi de l'identité, nous disons: la mer est la mer, F air est F air, la lune est la lune, etc., ces objets sont pour nous l'un à l'égard de l'autre dans un état d'indifférence, ce qui fait que ce n'est pas l'identité, mais la différence que nous avons devant nous. Cependant nous ne nous bornons pas à considérer les choses comme différentes, mais nous les comparons entre elles, ce qui amène les déterminations de l'égalité et de l'inégalité. L'œuvre des sciences finies consiste en grande partie dans l'application de ces déterminations, et aujourd'hui par méthode scientifique on entend surtout ce procédé qui consiste à comparer entre eux les différents objets. On ne doit point méconnaître la grande importance des résultats auxquels on est arrivé sur cette
(1) C'est-à-dire du quelque chose, ou du tout, ou de toutes choses.
(2) C'est-à-dire ou n'a plus la différence qui n'est pas le fait de la comparaison extérieure, qui laisse, pour ainsi dire, intacte l'identité du sujet, mais la différence propre et déterminée du sujet, et partant de l'identité ellemême. Par cooséquent, cette proposition est bien opposée à celle où l'on pose comme loi absolue de la pensée l'identité.
voie, surtout dans le domaine de l'anatomie et des langues comparées. Mais l'on remarquera aussi, d'abord, que l'on est allé trop loin lorsqu'on a prétendu qu'il fallait appliquer ce procédé à toutes les branches du savoir, et qu'on y obtiendrait les mêmes résultats, et ensuite, et surtout, que l'on ne saurait complètement satisfaire le besoin de la connaissance parla simple comparaison, et que des résultats semblables à ceux que nous venons de rappeler sont des préliminaires, nécessaires sans doute, mais seulement des préliminaires de la vraie connaissance rationnelle (1). -En outre, relativement à ce procédé de comparaison consistant à ramener les différences à l'identité, les mathématiques sont la science où ce but est le plus complètement atteint, et cela par la raison que la différence quantitative est la différence tout à fait extérieure. Le triangle et le carré, par exemple, diffèrent qualitativement. La géométrie en faisant abstraction de celte différence, et en ne considérant que leur grandeur, les pose comme égaux. Que ce soit là un privilège que ni les sciences empiriques ni la philosophie ne doivent envier aux mathématiques, c est ce que nous avons fait observer plus haut (§ 10, Zusatz), et c'est ce qui résulte aussi de tout ce qui a été dit précédemment sur l'identité de l'entendement. — On raconte que Leibnitz s'élant un jour entretenu à la cour sur le principe de la différence (% les seigneurs et les dames de la cour pour combattre la proposition du philosophe se mirent à chercher dans le jardin deux feuilles parfaitement
(4) Begreifend, suivant et par la notion : ce qui constitue la vraie est
absolue connaissance.
(2) Nommé par lui principe, ou loi des indiscernables.
identiques. C'est là sans doute une façon très-commode, façon qui est aussi fort goûtée de nos jours, de traiter la métaphysique. Il faut cependant remarquer à l'égard de la proposition leibnitzicnne qu'il ne s'agit pas de saisir la différence comme une simple différenciabilifcé extérieure et indifférente, mais comme différence en elle-même, et que par suite c'est en elles-mêmes que les choses diffèrent (1).